BOTANIQUE
DES DAMES
INTRODUCTION
PAR
ALPHONSE KARR
Arrêtez-vous ici,—charmantes lectrices,—n’allez pas plus loin,—posez le livre,—on vous trompe.—M. Grandville, avec ses ingénieux et gracieux caprices; M. Delord, avec ses pages spirituelles, sont tout simplement deux traîtres: à travers des sentiers fleuris et parfumés, ils vous conduisent dans un piége; ils veulent vous livrer aux savants,—et à quels savants! aux botanistes,—à ces hommes qui sont vos ennemis, comme ils sont ceux des fleurs.
Pauvres fleurs!—voyez le sort qu’ils leur font subir: ils arrachent la pervenche aux bords des haies,—les wergiss-mein-nicht aux rives des fleuves,—le réséda au pied des vieux murs;—puis, comme nous l’avons dit dans notre monologue, ils les assassinent, les aplatissent, les écrasent, les dessèchent, leur ôtent leur parfum et leur couleur;—puis, sur ces tombes qu’ils appellent des herbiers, ils gravent de ridicules et prétentieuses épitaphes;—ils les rendent laides d’abord, et enfin ennuyeuses.
Prenez garde!—ils veulent vous rendre savantes.—Défiez-vous d’eux comme des hommes qui veulent vous faire fumer des cigarettes.—Au nom du ciel,—au nom de votre beauté, au nom de notre amour, restez femmes,—n’espérez pas devenir rien de mieux.
Vous devez savoir quelque gré à l’éditeur des Fleurs animées de ce qu’il a fait dans votre intérêt.
Il n’a pas osé ne pas mettre un petit traité de botanique dans son ouvrage; mais il a voulu écrire devant: Ici est un piége; ici est l’ennui.
A qui a-t-il demandé une introduction?—Certes, il n’avait pas besoin de moi.—M. Delord lui a fait un livre spirituel, et dix autres mieux que moi lui auraient écrit son introduction; dix autres qui demeurent à Paris comme lui,—qui sont ses voisins,—qu’il rencontre tous les jours.
Eh bien! il est allé me chercher aux bords de la mer, loin de Paris,—au lieu de dire à M. Delord: Monsieur Delord, finissez le livre, tout le monde y trouvera son compte.
Au lieu de dire à un botaniste: Monsieur le botaniste, faites-moi ici un éloge de votre science.
Il s’est adressé à moi,—parce qu’il sait que moi, qui suis jardinier,—que moi, qui aime toutes les fleurs, et que les fleurs aiment un peu, j’ai écrit bien des pages contre des gens qui ont dit que la rose à cent feuilles est un monstre.
Il n’osait pas ne pas joindre à son ouvrage un traité de botanique, mais il a placé à la porte une sentinelle vigilante pour vous crier: Au large! si vous tentez de franchir le seuil de ce petit temple élevé à l’ennui.
En France, on aime le plaisir, mais on respecte, on vénère l’ennui;—on lui élève des temples et on lui fait des sacrifices,—comme les anciens sans doute en faisaient aux Euménides, à la fièvre, à la peste et à la guerre; les places, les honneurs, les dignités, sont pour les auteurs des gros livres ennuyeux.—On enferme les livres d’abord dans de magnifiques reliures,—puis dans une bibliothèque.
On gorge les auteurs de tout ce qu’ils peuvent désirer,—on tâche de les apaiser; puis alors on lit les charmants poètes,—et les historiens de cœur.
Peut-être aussi vous trompe-t-on—et me trompe-t-on en même temps.
Peut-être suis-je aussi,—mais sans le savoir,—un des complices des embûches qui vous sont tendues ici.
Peut-être, après avoir cherché les moyens de vous faire lire la botanique,—après vous y avoir fait amener tout doucement par les deux traîtres que je vous ai dénoncés; après avoir confié la machine infernale à un ouvrier adroit et spirituel, qui en a habilement déguisé la forme, a-t-on encore eu peur que vous ne lisiez pas le traité de botanique,—et a-t-on pensé que le seul attrait sérieux qu’on pût lui donner était d’en faire quelque chose de défendu.
Et c’est alors qu’on est venu me chercher.
Pour moi, si je suis complice de cette trahison, c’est, je le répète, à mon insu,—et je vous dis encore: Arrêtez-vous.—N’allez pas plus loin par le livre, on vous trompe!
Alphonse KARR.
PREMIÈRE PARTIE
PHYSIOLOGIE
Les savants sont des tyrans impitoyables. Voyez ce qu’ils ont fait de la botanique, cette charmante et gracieuse science! Ils avaient à dire l’histoire des arbres, des plantes, des fleurs! Leur mission principale paraissait être de faire répéter cette histoire par de jolies et fraîches lèvres, sur lesquelles il semble qu’on ne doive mettre que des perles et des feuilles de rose. Eh bien! sans pitié ni merci, ils se sont brutalement emparés de ces frêles et suaves filles du ciel et de la rosée; ils les ont froissées, mutilées; ils les ont jetées dans le creuset de l’étymologie, et après toutes ces effroyables tortures, et comme pour s’assurer l’impunité, ils ont caché leurs victimes sous un monceau de noms barbares. Ainsi, grâce à eux, l’aubépine, ce symbole d’espérance et de virginité, gémit sous l’affreux nom de mespilus oxyacantha; le chèvrefeuille, ce doux lien d’amour, s’appelle lanicera caprifolium; la giroflée des murailles, charmante consolatrice du pauvre, est à jamais marquée de ce double stygmate cheirantus chieri; puis, ce sont des chrysanthemum leucanthemum (grande marguerite), des lyriodendron tulipifera, vaccinium oxycocus, etc. Nous en passons des plus terribles.
Tout cela est affreux, n’est-ce pas?... Malheureusement tout cela est nécessaire. Admirer n’est pas connaître, et pour connaître, l’ordre et la méthode sont indispensables. Comment, en effet, étudier les vingt mille espèces de plantes connues sans les diviser en groupes, familles, classes, etc.? Comment, au milieu de cette multitude, se passer des secours de l’étymologie? Pardonnons donc aux savants, qui n’ont fait qu’obéir à la nécessité, et entrons dans ce beau domaine dont ils ont dissipé les ténèbres.
Le règne végétal ne tient pas, comme on le croit communément, le milieu entre les règnes minéral et animal; il se rapproche beaucoup plus de ce dernier que de l’autre; les végétaux, comme les animaux, naissent, vivent, s’accroissent, se reproduisent et meurent; quelques plantes même semblent douées de sentiment. On a donné à l’étude de ce règne le nom de botanique.
Semence ou graine.—Le but que s’est proposé la nature dans la création des êtres animés, est la reproduction de l’espèce. C’est pour elle qu’elle a varié à l’infini ces enveloppes protectrices destinées à garantir les fleurs des injures de l’air; c’est pour elle qu’elle mûrit les fruits dont les sucs alimentaires contribuent au développement et à l’accroissement de la semence, qui est à la fois la terminaison et le point de départ du grand œuvre de la végétation.
La graine a des analogies très-marquées avec l’œuf des animaux: c’est d’elle que doit sortir une plante parfaitement semblable à celle qui l’a portée. Le prolongement filiforme qui attache la graine à son enveloppe est destiné à lui transmettre des sucs nourriciers. L’embryon contenu dans la graine est la plante entière en miniature. C’est lui qui, se développant, deviendra un végétal semblable à celui dont il tire son origine.
L’embryon est essentiellement formé de quatre parties: le mésofite ou la tigelle, la radicule, la plumule et les cotylédons.
Le mésofite est la partie de l’embryon qui unit la radicule à la plumule; la radicule s’échappe la première des enveloppes de la semence; c’est le rudiment de la plante; la plumule est la partie de l’embryon qui représente la tige; les cotylédons forment la partie la plus considérable de l’embryon, ce sont des lobes ou corps charnus; leur nombre varie selon les plantes; quelquefois ils manquent tout à fait. C’est sur leur présence, leur absence et leur nombre que l’on a établi les trois grandes tribus du règne végétal:
Les plantes acotylédones, qui n’ont point de cotylédons;
Les monocotylédones, qui n’ont qu’un seul cotylédon;
Les dicotylédones, qui ont plusieurs cotylédons.
Germination.—Ainsi, dans toute graine réside le principe de la vie, du développement, de la grâce ou de la majesté. Mais ce principe dort, et son sommeil peut être éternel, si une main amie ne lui vient en aide. Il est vrai que la plupart des embryons enfermés dans ces œufs végétaux peuvent attendre sans péril la circonstance favorable qui leur permettra d’en briser la coquille. Quelques graines, en effet, conservent pendant fort longtemps la faculté germinative: pour plusieurs, cette faculté existe encore plus d’un siècle après la maturité, et l’on assure que des graines trouvées à Herculanum et à Pompéi, deux mille ans après que ces cités eurent été ensevelies sous le sol, ont germé facilement.
Et puis, à défaut de la main de l’homme, la nature, cette tendre mère, use de toutes sortes d’ingénieux moyens pour assurer la propagation des espèces; c’est ainsi qu’elle a doué certains fruits, tels que ceux de la balsamine, du sablier, d’un mouvement élastique qui lance au loin les semences: l’air, les vents, les eaux de la mer, des fleuves, servent aussi à transporter les semences à des distances prodigieuses. Il n’est pas rare que la mer jette sur les côtes de la Norvége divers fruits de l’Amérique qui ont conservé leur propriété germinative, malgré l’espace de temps considérable qu’a nécessité cette longue traversée. Certaines graines sont aussi transportées d’un lieu dans un autre par des oiseaux, et déposées sur un terrain favorable à la germination. Enfin, une foule de circonstances fortuites aident encore à la propagation. C’est ainsi que les habitants de l’île de Guernesey se trouvèrent dotés d’une des plus belles fleurs du Japon: un vaisseau venant de ce dernier pays en France, apportait plusieurs caisses d’oignons d’une très-belle espèce de liliacée, connue depuis sous le nom d’amaryllis de Guernesey. Ce vaisseau fit naufrage sur les côtes de l’île; les caisses se brisèrent contre des rochers, et les oignons furent disséminés sur le sable; ils s’y enracinèrent, s’y naturalisèrent, et devinrent, pour les habitants, un objet de commerce très-lucratif.
Beaucoup de graines périssent cependant; mais c’est là une nécessité, à raison de leur abondance, qui est réellement prodigieuse; ainsi, on en a compté jusqu’à trente-deux mille sur un seul pied de pavot, et l’on a calculé que si toutes ces semences réussissaient, elles couvriraient notre globe tout entier à la cinquième génération.
Trois choses sont essentiellement nécessaires à la germination: la chaleur, l’air et l’humidité. Confiée à la terre dans ces conditions, la graine ne tarde pas à se gonfler; la vie commence: l’embryon déchire son enveloppe, et livre passage à la plumule à travers ses cotylédons écartés. La radicule se tourne vers la terre et produit en tous sens des fibrilles. La radicule devient et reste le pivot de la racine; les fibrilles en forment le chevelu. La plumule s’élève, nourrie par les cotylédons dont la substance se liquéfie, devient laiteuse, et qui remplissent l’office de véritables mamelles.
L’enfant est né, il grandit chaque jour; ses traits se dessinent, ses formes se dégagent; on voit encore un peu ce qu’il fut, et l’on commence à deviner ce qu’il sera.
ORGANES DE LA VÉGÉTATION
Racines.—Presque tous les végétaux sont formés de deux parties distinctes, la tige et la racine; la première, brillante de parure et de beauté, s’élève dans l’atmosphère; l’autre, dépourvue d’éclat, s’enfonce dans la terre pour y accomplir obscurément ses fonctions, véritable image des destinées diverses des grands et du peuple: ayant une même origine, l’un travaille et souffre au profit de l’autre qui s’étend et domine.
C’est par les racines que les végétaux vivent: qu’elles cessent de fonctionner, ils s’étiolent et meurent. Il y a des racines dont l’existence ne dure qu’un an, d’autres vivent deux ans, d’autres encore de trois à douze ans; la durée d’un certain nombre est illimitée. C’est ce qui a fait diviser les plantes en annuelles, bisannuelles, vivaces et ligneuses.
On divise les racines en trois classes: les fibreuses (fig. 1re)[*], qui sont composées d’une multitude de jets longs et filamenteux; les tubéreuses (fig. 2), qui présentent des masses tuberculeuses irrégulières, charnues, contenant souvent une fécule abondante, et les pivotantes (fig. 3), qui s’enfoncent perpendiculairement dans la terre.
Ces formes variées ne sont point un effet du hasard; elles sont, pour l’observateur, une preuve de la prévoyance de notre bonne mère commune, prévoyance qui se manifeste partout et toujours, et qui a donné naissance à ce proverbe:
A brebis tondue, Dieu mesure le vent.
Ainsi, sur les montagnes, sans cesse assaillies par les vents, on ne trouve que des racines fibreuses, dont les ramifications pénètrent dans les anfractuosités, s’y cramponnent et permettent aux tiges de braver les orages; les racines pivotantes se logent dans les terres fortes, profondes, et les racines tubéreuses s’étendent dans les terrains maigres et sablonneux.
Comme on vient de le voir, la durée de la vie des végétaux est subordonnée à celle des racines; mais celles-ci, à leur tour, sont soumises à l’influence de la température. Le ricin, par exemple, qui dans les pays chauds forme des arbres ligneux, n’est dans notre climat qu’une plante annuelle; et nos plantes potagères, transportées dans les contrées méridionales, y deviennent vivaces et ne peuvent plus y être mangées.
L’analogie est si grande entre les parties du végétal qui s’étendent sous le sol et celles qui s’élèvent au-dessus, que ces dernières peuvent devenir racines; par exemple, les filets pendants des branches du figuier des pagodes tombent jusqu’à terre, s’y enracinent en très-peu de temps: ce sont des enfants qui reviennent au sein maternel.
Tiges.—Les tiges présentent une grande diversité de formes: il en est qui rampent sur le sol sans y jeter de racines; d’autres, au contraire, poussent des drageons qui s’enracinent et produisent de nouvelles tiges; d’autres encore, trop faibles pour atteindre seules l’élévation qu’elles ambitionnent, entourent de leurs circonvolutions les troncs des grands arbres, les unes s’enroulant constamment de gauche à droite, les autres toujours de droite à gauche. Ainsi, si l’on plante au pied d’un arbre une tige de haricot et une de houblon, elles s’enrouleront en sens inverse et se croiseront; que l’on essaye de changer leur direction, elles la reprendront, et si l’obstacle qu’on leur aura opposé est insurmontable, elles mourront.
Les tiges sont ou cylindriques, ou cannelées, ou triangulaires. Dans un grand nombre de végétaux, la tige est unie, sans poil ni duvet; dans beaucoup d’autres, elle est couverte de petites écailles garnies de poil, et elle porte des bulbilles à l’aisselle des feuilles. Les tiges sont herbacées lorsqu’elles sont tendres, molles, et elles meurent après une année d’existence; elles sont vivaces s’il croît une nouvelle tige l’année suivante; elles sont sous-ligneuses quand la base résiste à l’hiver; enfin, elles sont ligneuses quand elles se convertissent en bois.
Maintenant, supposons que de la graine soumise à la germination sorte une plante herbacée, à tige; elle s’élèvera plus ou moins rapidement, sa tige aura des feuilles, mais aux aisselles de ces feuilles il n’y aura point de boutons, et la plante ne vivra que de un à trois ans. De la graine qui doit produire un arbuste, la tige prendra une consistance ligneuse, mais les aisselles des feuilles seront également dépourvues de boutons. Elle résistera aux hivers, et produira des fruits et des fleurs chaque année. La tige de l’arbrisseau sera plus vigoureuse et portera des boutons; mais elle se divisera, à sa base, en un certain nombre de rameaux ligneux. Enfin, la tige qui doit devenir un arbre s’élèvera d’un seul jet à une certaine hauteur. Cette tige, de la racine à ses premiers rameaux, s’appelle tronc (fig. 4). Les rameaux sont divisés en quatre ordres, selon leur force.
Examinons maintenant la structure de la tige, et prenons pour cela celle d’un végétal ligneux qui est le plus complet. En la tranchant transversalement, nous trouverons d’abord l’écorce, recouverte d’un mince épiderme; sous l’écorce est le liber, partie essentiellement vivante et organique du végétal, et qui doit son nom à la facilité avec laquelle on peut le séparer en feuillets semblables à ceux d’un livre; vient ensuite l’aubier, puis le bois proprement dit, et ensuite la moelle.
La partie concentrique du bois qui entoure la moelle est composée de vaisseaux poreux, suivant une direction parallèle dans toute la longueur des tiges, et dans lesquels circule la séve, principe vital de tous les végétaux. Une partie de ces vaisseaux se prolongent latéralement, entraînant une portion de la moelle. Ces vaisseaux, qu’on nomme prolongements médullaires, ont dans l’écorce leur partie essentiellement vivante, d’où il résulte que l’on voit souvent des arbres dont la végétation est encore très-vigoureuse, bien que leur partie ligneuse soit anéantie, et qu’ils en soient réduits à leur écorce, ainsi que cela se présente fréquemment dans les saules.
Voici maintenant la marche de l’accroissement: chaque année, les feuilles déliées du liber se solidifient et s’unissent aux dernières couches de l’aubier, qui n’est encore qu’un bois imparfait, mais qui passe à l’état de bois au fur et à mesure que le liber passe à l’état d’aubier. Il en résulte que les couches concentriques se superposant annuellement, elles indiquent parfaitement l’âge du végétal. Ce n’est pas là toutefois une règle sans exception; cette règle, qui s’applique aux tiges dicotylédones, la plus nombreuse des tribus végétales, n’est pas applicable aux monocotylédones, dont la structure présente un sens inverse. Par exemple, que l’on examine la coupe transversale d’un palmier, on ne trouve plus d’écorce, d’aubier, de couches concentriques, de prolongements médullaires; le tissu le plus solide et le plus ancien dans cette tige est à l’extérieur, par la raison que l’accroissement vient de l’intérieur. Ainsi, un palmier, à sa naissance, forme une touffe de feuilles sans tige; un an après, il naît de nouvelles feuilles du centre des premières, et celles-ci, repoussées vers la circonférence, tombent en vieillissant; mais leurs bases se soutiennent et forment un anneau qui est l’origine de la tige; l’année suivante, un second anneau se forme de la même manière au-dessus du premier, de telle sorte que l’âge du palmier peut se calculer par ses anneaux.
Branches et rameaux.—Les branches et les rameaux ont une organisation parfaitement semblable aux tiges; ils forment, avec la tige, un angle qui s’ouvre davantage à mesure que l’arbre vieillit, et les branches finissent souvent par devenir pendantes.
Les tiges de quelques végétaux croissent avec une grande rapidité et atteignent une prodigieuse longueur: les chênes, dans nos forêts, atteignent souvent une hauteur de quarante mètres, et les palmiers des Cordillères dépassent quelquefois soixante mètres.
La grosseur des tiges de certains végétaux n’est pas moins remarquable; on montre, au village d’Allouville, près d’Yvetot, un chêne qui n’a pas moins de neuf mètres de circonférence, et dans l’intérieur duquel on a construit une chapelle et une salle assez vaste. Le châtaignier de l’Etna, qu’on appelle dans le pays l’albero a centicavalli, a près de quatorze mètres de tour, et cent cavaliers peuvent se mettre à l’abri sous ses rameaux, ce qui n’est rien cependant en comparaison de quelques baobabs du Sénégal, qui ont jusqu’à trente mètres de circonférence à la naissance du tronc.
Il est bien dur d’être forcé d’en convenir, mais il faut de la franchise avant tout: les végétaux, qui n’ont peut-être de moins que nous que la faculté de la locomotion, nous sont bien supérieurs sous d’autres rapports: ainsi, ce n’est pas seulement par les graines que les végétaux se reproduisent, mais encore par la greffe, par les boutures, le marcottage, les éclats de racines, etc.
Boutons.—Ces moyens de reproduction ont démontré que, dans chacun des boutons espacés sur un rameau, se trouve renfermée une plante entière, pourvue de tous ses organes. Ces boutons sont de petits corps entourés d’écailles qui se développent dans l’aisselle des feuilles et à l’extrémité des rameaux. Ils commencent assez généralement à se montrer en été, et on leur donne alors le nom d’yeux. Pendant l’automne, ils grossissent: ce sont les boutons proprement dits. Au retour du printemps, les écailles tombent, les boutons se développent, et ils prennent le nom de bourgeons (fig. 5).
Il y a trois espèces de boutons: ceux qui produisent des branches, et qu’on appelle boutons à bois; ceux qui produisent des feuilles, nommés boutons à feuilles, et ceux qui produisent des fleurs, qu’on nomme boutons à fleurs ou boutons à fruits. Les racines des plantes vivaces portent des boutons qui, en se développant, produisent des tiges annuelles. Ces boutons, qu’on appelle turions, se distinguent des boutons proprement dits en ce que leur origine est constamment souterraine.
Feuilles.—La pousse des feuilles, ou la foliation, commence immédiatement après l’apparition du bourgeon. Leur naissance est le signe d’une vie nouvelle pour tous les êtres de la création: dans les bois si longtemps silencieux retentissent les chants des oiseaux; les champs se couvrent de fleurs; les hommes se sentent meilleurs; le cœur s’épanouit, et de même que la séve, le sang circule plus vite. Les feuilles contribuent de deux manières à la production de ce sentiment universel de bien-être: d’abord, en charmant la vue, elles font naître les plus douces émotions; puis elles versent dans l’espace des flots d’air vital, en même temps qu’elles absorbent les émanations putrides, les germes de destruction et de mort.
La plupart des feuilles sont soutenues par une queue mince et légère nommée pétiole, et elles se terminent par une expansion membraniforme appelée disque. Les feuilles qui n’ont point de pétiole s’étendent en lames dès leur séparation de la tige. On appelle les premières feuilles pétiolées, et les secondes feuilles sessiles. Elles restent attachées à la tige et aux branches jusqu’aux premiers froids de l’hiver; alors elles tombent, à moins qu’elles ne soient vivaces, et elles rendent avec usure à la terre les sucs qu’elles en avaient reçus pour se produire et s’étendre; cette chute se nomme effeuillaison. Dans les arbres qu’on nomme toujours verts, les feuilles périssent en tout temps.
C’est sur le disque que l’on peut observer l’arrangement des nervures et toutes les subtiles ramifications, veines, veinules, dont une substance pulpeuse, appelée parenchyme, remplit les intervalles (fig. 6). Le bord de la feuille opposé au pétiole se nomme sommet, on appelle côtés les deux extrémités latérales; les deux faces de la feuille sont recouvertes d’un épiderme très-mince: la face supérieure est ordinairement lisse et brillante, la face inférieure est mate et moins colorée.
Il y a trois sortes de feuilles: les simples (fig. 7), les composées (fig. 8), et les composées articulées. La feuille simple est formée d’une seule expansion; le pétiole n’a point de division sensible. La feuille composée est un assemblage de petites feuilles ou folioles fixées au sommet ou sur les parties latérales d’un même pétiole par un pétiole particulier; lorsque ces folioles sont douées de certains mouvements, comme dans la sensitive, on dit que la feuille est articulée.
Le vert est la couleur ordinaire des feuilles; mais la nuance en est infiniment variée depuis le vert tendre jusqu’au vert brun et presque noir; quelques plantes portent pourtant des feuilles rouges, jaunes ou panachées; mais alors on peut les considérer comme n’étant point dans leur état normal. La lumière est le principe de la coloration des feuilles, ainsi que l’on peut s’en convaincre en faisant germer des graines dans une cave: si l’on éclaire quelques-unes des jeunes plantes qui se produiront au moyen de lampes et de miroirs à réflexion, les feuilles qui recevront les rayons lumineux se coloreront en vert; celles qui seront demeurées dans l’obscurité seront blanchâtres.
L’irritabilité des feuilles, leur sommeil, leur réveil, sont des phénomènes qui ne peuvent manquer d’attirer vivement l’attention; ils sont extrêmement remarquables dans la sensitive, qui se contracte rapidement, et en même temps toutes ses feuilles, pour se soustraire au contact des corps étrangers. L’attrape-mouche, plante de l’Amérique septentrionale, exécute un mouvement non moins remarquable: chacune de ses feuilles est divisée à son sommet en deux lobes réunis par une charnière le long de la nervure médiane; qu’un insecte, attiré par la liqueur dont elles sont enduites, vienne se placer sur un de ces lobes, ils se rapprochent aussitôt, et retiennent l’insecte prisonnier. Les feuilles du sainfoin oscillant, plante du Bengale, sont douées de mouvements plus extraordinaires encore. Ces feuilles se composent de trois folioles attachées sur un pétiole commun. La foliole terminale est très-grande, les deux autres sont très-petites. Ces dernières exécutent un mouvement continuel de torsion, et décrivent continuellement un arc de cercle. Ce mouvement continue même alors que l’on a détaché la feuille de la tige, ce qui prouve qu’il appartient à la feuille, et est tout à fait indépendant de la plante mère. Que la grande foliole soit agitée par une cause quelconque, aussitôt le mouvement des deux petites cesse.
On doit l’observation de ce phénomène à Linné, qui lui donna le nom de sommeil des plantes. Quelques naturalistes en ont cherché la cause dans l’absence de la lumière, et ils sont parvenus à changer les heures de sommeil de la sensitive en l’éclairant artificiellement; mais, pour que cette expérience fût concluante, il faudrait qu’elle eût le même résultat sur beaucoup d’autres végétaux, et il a été impossible de l’obtenir sur le plus grand nombre.
Ainsi, les plantes sentent: elles dorment, elles se meuvent; chez quelques-unes se manifeste un sentiment de crainte: qui oserait dire que tout cela ne soit que purement mécanique? Le mouvement de locomotion qui leur manque n’empêche pas qu’elles tiennent dans la création une place bien supérieure à celle occupée par un grand nombre d’individus du règne animal.
Le sommeil des plantes se manifeste de quatre manières dans celles dont les feuilles sont simples: 1o les feuilles s’appliquent face à face, comme dans l’arroche des jardins; 2o elles enveloppent la tige, comme dans l’onagre molle, pour protéger les boutons et les fleurs; 3o étendues horizontalement pendant le jour, elles se roulent en cornet, et renferment les jeunes pousses, comme la mauve du Pérou; 4o elles se penchent vers la terre et forment une espèce de voûte au-dessus des fleurs inférieures, comme la balsamine.
Les feuilles composées affectent six positions différentes dans les heures de sommeil: 1o elles viennent se placer l’une contre l’autre, comme les feuilles d’un livre: telles sont celles du pois de senteur, du baguenaudier; 2o en s’écartant à leur partie moyenne, elles forment un petit pavillon au-dessus des fleurs, comme le lotier pied-d’oiseau, le trèfle; 3o elles sont réunies à la base et séparées à leur sommet, comme dans le mélilot commun; 4o les folioles se courbent pour couvrir les bourgeons, comme dans le lupin blanc; 5o elles s’abaissent en tournant sur elles-mêmes, tandis que le pétiole commun s’élève, et elles s’appliquent ensuite l’une sur l’autre par leur face supérieure, bien qu’elles pendent vers la terre, comme dans les casses, et ce retournement est d’autant plus remarquable que si l’on voulait l’opérer artificiellement pendant le jour, on ne pourrait y parvenir sans briser les vaisseaux des pétioles particuliers; 6o enfin, elles recouvrent entièrement le pétiole commun à la manière des tuiles d’un toit, comme la sensitive.
Que d’admirables choses! et à quoi bon chercher au loin des émotions quand à chaque pas tant de merveilles s’offrent aux regards de qui veut les voir!
Stipules, vrilles, griffes, suçoirs, épines, aiguillons, poils, glandes.—Indépendamment des organes principaux, un grand nombre de végétaux sont pourvus d’organes accessoires que Linné désignait sous le nom générique de fulcra. Les uns, tels que les aiguillons (fig. 9), les épines (fig. 10), ne sont en quelque sorte, pour certaines plantes, que des armes défensives; d’autres, comme les poils (fig. 11) et les glandes, sont chargés de fonctions sécrétoires, et quelques-uns, comme les vrilles (fig. 12), servent d’auxiliaires aux végétaux qui en sont armés, pour les aider à quitter le sol sur lequel la faiblesse de leurs tiges semblait les avoir condamnés à ramper.
Le pétiole est parfois accompagné de deux petites feuilles qui diffèrent tout à fait de la forme des autres: ce sont les stipules; si on les rencontre à la base d’une fleur, elles prennent le nom de bractées. Leurs fonctions consistent à protéger les feuilles; elles les enveloppent dans la jeune pousse, elles les accompagnent dans leur développement, et périssent dès qu’elles sont devenues inutiles.
Les griffes sont des espèces de racines par lesquelles certaines plantes s’accrochent à d’autres végétaux ou aux corps environnants. Lorsque ces griffes, indépendamment du soutien qu’elles prêtent aux plantes, leur procurent les aliments nécessaires à leur nourriture, on les nomme suçoirs.
Fleurs.—Les fleurs sont les organes destinés à accomplir le grand œuvre de la reproduction: couleurs séduisantes, parfums suaves, élégance dans les contours, délicatesse dans le tissu, grâces dans le développement et le port, tous ces attributs, prodigués aux fleurs même les plus communes, font du temps de la floraison un moment de parure, de triomphe, et l’époque la plus brillante, la plus éclatante de leur vie. L’enfance est passée, nous touchons au temps de la jeunesse et de la beauté.
La fleur se compose de quatre parties principales: le calice (fig. 13), la corolle (fig. 14), les étamines (fig. 15), et les pistils (fig. 16); on appelle fleur complète celle qui possède ces quatre parties, et fleur incomplète celle à laquelle il en manque une ou plusieurs. Les fleurs peuvent se composer simplement d’étamines et de pistils réunis sur le même support, ou placés sur la même plante, dans des fleurs distinctes, ou situés sur des individus séparés, ce qui forme les fleurs hermaphrodites, monoïques et dioïques. Ces deux derniers genres sont également compris sous la dénomination de déclives ou d’unisexuelles.
Le diamètre des fleurs est très-variable: quelques-unes sont si petites qu’elles échappent à la vue; d’autres, comme l’aristoloche d’Amérique, par exemple, ont quelquefois au delà d’un mètre de circonférence. Leur durée, variable aussi, est également très-courte: nées pour accomplir les fonctions de la reproduction, bientôt elles perdent leur éclat, leurs formes s’altèrent, les grâces s’envolent, la jeunesse s’éteint et la maturité commence.
Les fleurs sont sessiles ou pédonculées: elles sont sessiles lorsqu’elles sont posées sur la tige sans intermédiaire; elles sont pédonculées lorsqu’elles sont soutenues par un support plus ou moins étendu qu’on nomme pédoncule; c’est le plus grand nombre. C’est au sommet du pédoncule, qui va s’élargissant, que paraissent les parties de la fructification. Les formes de cet organe sont très-variées: il est droit ou incliné, parfois il se roule en spirale; il peut être simple ou composé de plusieurs parties que l’on nomme pédicelles. Lorsqu’il part immédiatement de la racine, on le nomme hampe. La partie qui soutient les fleurs sessiles ou pédiculées s’appelle axe.
INFLORESCENCE
L’arrangement, la disposition générale des fleurs sur la tige ou les autres organes qui les supportent se nomment inflorescence. Les fleurs sont toujours placées à l’aisselle d’une feuille, mais elles affectent diverses dispositions: les unes sont solitaires, les autres sont réunies plusieurs ensemble. C’est ce qui constitue l’inflorescence simple et l’inflorescence composée, lesquelles se subdivisent en inflorescences qui ont reçu des noms particuliers, tels que ceux de panicule, thyrse, grappe, épi, spadice, verticille, ombelle, corymbe, cyme, capitule. L’inflorescence est panicule lorsque l’axe commun se ramifie, et que ses divisions secondaires sont allongées et laissent entre elles une certaine distance, comme dans les graminées (fig. 17). Le thyrse est une sorte de grappe dont l’axe est très-allongé et dont les rameaux forment de petites cimes. Lorsque le pédoncule commun se ramifie plusieurs fois et régulièrement, l’inflorescence prend le nom de grappe, comme dans le marronnier d’Inde (fig. 18). Lorsque les fleurs sont disposées sur un axe commun, simple, non ramifié, elles forment l’épi, comme le blé, l’orge, le plantin (fig. 19). Dans l’inflorescence spadice, le pédoncule commun est couvert de fleurs sans calice. L’inflorescence est verticille lorsque les fleurs naissent à l’aisselle des feuilles, et forment une espèce d’anneau autour de la tige. Les fleurs sont en ombelle lorsque tous les pédoncules étant égaux, l’ensemble des fleurs présente une surface bombée, telle est la carotte (fig. 20). Dans le mode d’inflorescence appelé corymbe, l’axe central forme une inflorescence terminée et les rameaux latéraux des inflorescences indéfinies, comme dans la millefeuille (fig. 21). Lorsque la fleur terminale est environnée de trois bractées ou plus, et que chaque rameau peut offrir un développement égal au précédent, on nomme cette inflorescence cyme; cette inflorescence est celle de la centaurée (fig. 22). Enfin, on donne le nom de capitule à l’inflorescence qui est particulière aux plantes de la famille des cynanthérées: tels sont le chardon, l’artichaut (fig. 23).
L’inflorescence, en général, peut encore être modifiée par des influences diverses, telles que certains modes de culture: de là résultent les fleurs doubles, pleines et polifères. La culture est aux fleurs ce que l’éducation est aux jeunes filles; elle augmente leur beauté en les douant de grâces particulières, en les préservant de mille dangers, en leur conservant le plus longtemps possible tout leur éclat.
Dans les fleurs doubles, le nombre des pétales est plus considérable que celui que leur avait primitivement donné la nature. Les fleurs pleines sont entièrement formées de pétales. Les fleurs polifères sont celles du centre desquelles naît une seconde fleur semblable à la première. Tout cela est dû à l’art de l’horticulture, et, pour quelques amateurs sévères, ces fleurs devenues si belles ne sont que des êtres monstrueux. C’est là une ridicule exagération, condamnée par la sagesse des nations qui a formulé ce proverbe:
Et toujours la parure embellit la beauté.
Cela n'est pas très-grammatical, mais cela est vrai.
Calice.—Nous avons vu plus haut que la fleur se compose de quatre parties principales; examinons maintenant chacune de ces parties.
Le calice peut être considéré comme le protecteur de la fleur; il se compose d’une espèce d’épanouissement de l’écorce à l’extrémité du pédoncule. Sa couleur est toujours verte, à peu d’exceptions près. Ainsi elle devient jaune dans la capucine, et rouge dans la grenade, mais toujours elle est verte d’abord. Quelquefois il est d’une seule pièce, et quelquefois il est composé de plusieurs qui affectent la forme de petites écailles, comme dans l’œillet. Le plus ordinairement il est de forme cylindrique. Lorsqu’il ne renferme qu’une seule fleur, on le nomme calice propre, et calice commun lorsqu’il en renferme plusieurs; il est simple quand il ne forme qu’une seule enveloppe; double quand il se compose de plusieurs.
Nous éviterons ici, comme précédemment, les termes scientifiques qui n’ajoutent rien à la connaissance des choses, et qui n’auraient d’autre résultat que de faire grimacer de jolies bouches. Qu’importe, en effet, que l’on sache que les savants nomment monophylle le calice qui se compose d’une seule pièce, et polyphylle celui qui en a plusieurs? Qu’importent les supères, les infères, les embriqués, les caliculés, etc., qui n’indiquent que des modifications insignifiantes?
Le calice a beaucoup d’analogie avec la feuille, non-seulement par sa forme, mais encore par sa contexture et les fonctions qu’il remplit. On y remarque des nervures, des trachées, etc., absolument comme dans la feuille, et dans quelques fleurs même, le calice se transforme en véritables feuilles; enfin, comme les feuilles, il absorbe et exhale certains fluides.
Corolle.—C’est la corolle qui continue la beauté de la fleur: grâce, coloris, parfum, tout lui est réservé. Comme le calice, elle peut être formée d’une seule ou de plusieurs pièces; c’est ce qui a fait croire à plusieurs botanistes qu’elle n’était qu’une modification du calice; plusieurs ont même confondu le calice et la corolle, grossière erreur, relevée à bon droit par les savants naturalistes dignes de ce nom.
Chacune des pièces qui composent la corolle se nomme pétale; on dit qu’elle est monopétale quand elle est formée d’un seul pétale, et polypétale quand elle se compose de plusieurs. On appelle onglet la partie par laquelle le pétale tient à la fleur, et lame sa partie supérieure. De la base au sommet, elle forme le tube, divisé en deux parties: l’orifice, qui est la partie supérieure, et le limbe, qui comprend toute la partie dilatée.
Hélas! il est bien douloureux de l’avouer, mais l’analyse de cette charmante chose, la corolle, que la nature a si richement ornée, est affreusement aride! Nous lisons dans un ouvrage moderne: «Il est bien fâcheux que l’étude des végétaux nécessite la connaissance d’une multitude de termes dont l’emploi doit souvent précéder la définition.» Oh! oui, cela est fâcheux, cela est déplorable! mais Dieu a voulu qu’il n’y ait pas, sur cette terre périssable, de joie, de plaisir sans mélange... Encore quelques pas dans ce sentier épineux! S’il faut souffrir un peu pour être belles, comme on le dit communément, c’est aussi la condition expresse pour être... non pas savantes, mesdames, mais instruites, ce qui est bien différent! Donc, nous reprenons courage, n’est-ce pas? et nous n’aurons pas une trop grande peur des vilains mots, c’est convenu. Ainsi, j’oserai vous dire qu’il y a six espèces de corolles régulières, savoir:
La campanulée, qui se dilate vers sa base et s’évase en forme de cloches. Exemple: le liseron des champs (fig. 24);
L’infundibuliforme, qui ressemble quelque peu à un entonnoir;
L’hypocratériforme, qui a le tube court, la fleur plane, comme le phlox (fig. 25);
La corolle en roue, dont le tube se voit à peine et qui est dentelée;
La tubulée, dont le tube est allongé et peu ouvert à son orifice;
L’urcéolée, dont le tube est plus resserré à son orifice que dans ses autres parties.
Les corolles monopétales irrégulières les plus remarquables sont les labiées et les personnées; les premières offrent deux divisions inégales et ouvertes qu’on nomme lèvres, et qui sont placées l’une au-dessous de l’autre. Dans les personnées, les deux lèvres sont rapprochées, forment une proéminence.
Cette diversité de formes dans les corolles monopétales se reproduit dans les polypétales, dont les régulières comprennent: les rosacées, les caryophyllées et les cruciformes. Les irrégulières sont nommées papillonacées, à cause de leur ressemblance avec le papillon.
Viennent ensuite la corolle ligulée et la corolle tubuleuse, qui appartiennent aux fleurs composées, et qui, en se combinant, forment les floculeuses, les semi-floculeuses et les radiées.
Certains produits minces et colorés se trouvent quelquefois entre la corolle et les étamines, auxquels Linné a donné le nom de nectaires, à cause du liquide visqueux et sucré qu’ils sécrètent.
Non-seulement la corolle, ainsi que nous l’avons dit, est presque toujours parée des plus riches couleurs, mais il arrive souvent qu’elle en change: il y a même des corolles coquettes qui changent jusqu’à trois fois de parure en un jour; telle est celle du gladiolus venicolor: le matin, sa couleur est brune, c’est un négligé qu’elle quitte bientôt; à midi, elle revêt une fraîche robe verte, et, vers la fin du jour, elle étale avec complaisance sa parure d’un admirable bleu clair...
En vérité, je vous le dis, au risque de paraître trivial à force d’être vrai, jamais il n’y eut, il n’y aura jamais plus d’analogie entre deux choses diverses qu’il n’en existe entre les femmes et les fleurs. Il est vrai que ces dernières sont muettes; mais nous ne disons pas heureusement.
Indépendamment des riches couleurs qui la parent, la corolle a encore l’avantage d’être un foyer d’émanations délicieuses. Cela est vrai comme règle, mais nous devons avouer qu’elle souffre d’assez nombreuses exceptions: d’abord, il est une assez grande quantité de fleurs qui ne sentent absolument rien, et de ce nombre sont quelques-unes des plus riches en parure, comme les dahlias, les camélias; il en est, en outre, dont l’odeur est insupportable, comme certaine espèce de géranium, l’arum dracunculus, etc.
Étamines, Pistils.—Les étamines et les pistils sont les organes de la fructification; c’est par eux que s’accomplit le grand, l’inexplicable mystère de la reproduction des plantes: privée de ces organes essentiels, la fleur est stérile. D’une partie de l’étamine, nommée anthère, s’échappe, dans un temps propice, une poussière fécondante nommée pollen; ce sont de petits corps jaunes, blancs, rouges ou violets, qui se répandent sur le ou les pistils, et dès lors la plante est fécondée.
Ce grand secret de la fécondation des plantes a été découvert par Linné. Nous avons déjà montré que les plantes sentent; Linné dit qu’elles aiment, et il le prouve, l’audacieux! Nous le répétons, les savants sont capables de tout!
FRUCTIFICATION
C’est alors que commence cette maturité dont nous avons parlé plus haut: les pistils et étamines se flétrissent, les pétales tombent, le fruit se montre soutenu par le calice, ce père nourricier dont la tâche n’est pas encore entièrement remplie.
Fruit.—Le fruit se compose toujours de deux parties principales: le péricarpe et la graine.
Le péricarpe est une enveloppe parfois sèche ou membraneuse, le plus souvent épaisse et charnue, laquelle contient dans son intérieur une ou plusieurs graines.
Le péricarpe est quelquefois si ténu et semble si bien identifié avec la graine, qu’on ne l’en distingue que difficilement; aussi quelques auteurs ont-ils émis l’opinion que, dans certains fruits, le péricarpe n’existait pas; mais c’est une erreur aujourd’hui bien reconnue: le péricarpe existe constamment, et il est toujours composé de trois parties, savoir: une membrane extérieure ou épiderme, nommée épicarpe; une substance charnue (sarcocarpe), et une membrane intérieure (endocarpe)... N’avions-nous donc pas trois fois raison en disant, au commencement de ce traité, que les savants sont des suppôts de tyrannie! Nous leur accordons l’épicarpe, le sarcocarpe, l’endocarpe; nous convenons avec eux que, arrivés à l’époque de leur maturité, les péricarpes ont la complaisance de s’ouvrir pour livrer passage aux graines; nous voulons même bien que ces complaisants péricarpes se nomment déhiscents, et toujours animés du même esprit de paix, nous convenons volontiers qu’ils sont bien plus estimables que les péricarpes indéhiscents, qui ne laissent échapper les graines que lorsqu’ils tombent en pourriture. Alors nous croyons en avoir fini sur ce point... Hélas! les savants commencent et ne finissent jamais: pour eux, il y a toujours quelque chose de nouveau sous le soleil... Et les valves, s’il vous plaît?... et les cloisons, et les loges, et la suture? Nous nous bornerons à dire que ces quatre derniers noms représentent des choses destinées à retenir les graines prisonnières jusqu’à ce que l’heure de la liberté ait sonné pour elles.
Les fruits se présentent sous douze formes principales que l’on divise en deux grandes classes: les fruits à péricarpes secs, qui sont au nombre de neuf, et les fruits à péricarpes charnus, divisés en quatre espèces.
Dans les péricarpes secs, le plus commun est la capsule, dont la boîte est d’une forme et d’une capacité très-variables; elle est elliptique, ou orbiculaire, ou en croissant, ou bien elle offre la forme d’une silique, comme la grande chélidoine (fig. 26).
Le péricarpe appelé follicule se compose ordinairement de deux follicules dressées ou divergentes, fusiformes ou cylindriques; les semences sont contenues dans la follicule, et le plus souvent enveloppées d’une substance cotonneuse (fig. 27).
Le péricarpe appelé la samare est une espèce de capsule membraneuse, plus ou moins comprimée, divisée en une ou deux loges.
Le légume ou gousse est un fruit membraneux à deux valves qu’on nomme cosses, réunies par deux sutures opposées; les graines sont attachées le long de la suture inférieure, et placées alternativement sur l’une et l’autre valve ou cosse, ainsi que cela se voit dans le pois, la vesce (fig. 28).
La silique ne diffère de la gousse que par une cloison longitudinale qui divise les deux valves.
Le cône est composé d’écailles ligneuses, comme la pomme de pin (fig. 29).
La nucule ou noisette est un péricarpe osseux qui ne contient qu’une graine et ne s’ouvre pas.
La cariopse est un fruit sec à une seule graine, dont le péricarpe est tellement adhérent à la graine proprement dite, qu’il ne peut s’en séparer que par l’opération du blutage, comme pour le blé, le seigle, etc.
Le péricarpe nommé achaine est un peu moins adhérent à la graine que le précédent. Il est simple ou composé.
Voyons maintenant les péricarpes des fruits charnus; ils sont, comme nous l’avons dit, au nombre de quatre: la baie, le drupe, la pomme et le pépon.
La baie ne s’ouvre point naturellement à la maturité; elle renferme une ou plusieurs semences, et ses graines et ses loges sont disposées dans un ordre apparent, comme dans la groseille, le raisin (fig. 30).
Le drupe est un péricarpe charnu, composé de deux substances de différente nature: l’une extérieure, charnue, pulpeuse; l’autre intérieure, ligneuse, comme dans les pêches, cerises, noix, marrons (fig. 31).
La pomme est un péricarpe charnu, couronné par le limbe du calice, partagé en plusieurs loges dont la paroi interne est cartilagineuse. Exemple: la pomme d’api (fig. 32 et 33).
Le pépon est un fruit charnu, régulier, qui fait corps avec le calice et renferme plusieurs graines. Ce fruit est particulier à la famille des cucurbitacées (fig. 34 et 35).
Le volume des fruits est souvent bien disproportionné avec celui des végétaux qui les produisent: ainsi la courge, plante rampante et herbacée, porte des fruits énormes, et le chêne n’en a que de très-petits. Les physiologistes cherchent vainement la raison de cette anomalie; nous leur conseillons de consulter La Fontaine, fable IV, livre IX.
Et pourtant, nous osons affirmer que La Fontaine avait très-peu étudié les péricarpes; il était certainement moins savant, sur ce point, que M. de Jussieu; mais, d’un autre côté, les fables de M. de Jussieu sont beaucoup moins amusantes que celles de La Fontaine. Évidemment, il n’y a pas compensation.
HABITATION DES VÉGÉTAUX
Les climats divers ne conviennent point indistinctement aux végétaux. Il faut presque à chaque plante un terrain particulier, une atmosphère différente. Les unes ne se plaisent que dans les champs incultes, tandis que d’autres ne peuvent germer que dans des terres cultivées. Plusieurs naissent dans les sables; un certain nombre se plaisent sur les rochers. Il en est qui ne peuvent vivre qu’au fond des marais, d’où elles s’étendent à la surface des eaux. Enfin, la mer a aussi sa végétation, végétation luxuriante, qui ne le cède en puissance à aucun des terrains les plus favorisés.
Il n’est presque aucune portion de la terre où la végétation ne puisse s’établir; mais elle présente des différences immenses entre les contrées équatoriales, les régions tempérées et les régions polaires. C’est entre les tropiques qu’elle se montre dans toute sa puissance et sa majesté; c’est là qu’on trouve le baobab, ce colosse du règne végétal, dont le tronc, ainsi que nous l’avons dit, atteint quelquefois jusqu’à trente mètres de circonférence; c’est là que vit et se multiplie cette admirable famille de palmiers avec lesquels nos plus beaux arbres ne sauraient soutenir la comparaison. Dans ces contrées, les graminées deviennent arborescentes; les fougères s’élèvent jusqu’à huit ou neuf mètres: c’est la patrie des fruits les plus exquis, des parfums les plus suaves. C’est surtout dans les régions équatoriales, comme aux bords du Gange, où la température, constamment humide et chaude, est entretenue par les feux du soleil et le débordement des grands fleuves, que la végétation montre une vigueur prodigieuse.
Mais cette exubérance de vie, qui augmente la puissance des forts, tuerait les faibles. Que l’on transporte sous ce ciel de feu une frêle et légère Parisienne, elle s’étiolera promptement, et rien ne pourra la sauver d’une prompte destruction... C’est toujours cette éternelle comparaison entre les deux règnes, comparaison née de ce que d’une seule, unique et admirable chose sortie de la main de Dieu, notre orgueil a voulu faire trois choses distinctes. Qui donc, en effet, pourrait dire avec précision où finit l’un des trois règnes et où commence l’autre?
L’histoire naturelle est une immense chaîne à laquelle il ne manque pas un anneau, et c’est en vain que les princes de la science y ont cherché une solution de continuité. Il y a sur les confins du règne minéral des individus qui végètent, et sur les confins du règne végétal des individus qui vivent...
L’extrême chaleur sans humidité n’est pas favorable à la végétation. Aussi, quelle différence entre les contrées dont nous venons de parler et les déserts sableux de l’Afrique, desséchés par les ardeurs brûlantes du soleil, où l’homme, en y entrant, semble se dévouer à la mort! Là, de quelque côté qu’on jette les yeux, on n’aperçoit que des images de destruction et de néant.
L’excessive chaleur n’est pourtant pas un obstacle à toute végétation; il est des plantes qui résistent à quatre-vingts et même cent degrés de chaleur (température de l’eau bouillante). Aux eaux thermales de Dax, on a vu croître et se développer une tremella dans une fontaine dont l’eau est constamment chaude de soixante-dix à soixante-douze degrés.
Si la végétation des pays tempérés n’a pas cette beauté, cette magnificence des plantes des tropiques, elle ne leur cède en rien pour la grâce des formes et l’abondance des produits. Le Nord lui-même n’est pas déshérité sous ce rapport; c’est là que les robustes pins et sapins élèvent vers les nues leurs troncs vigoureux. Mais, au-dessus de deux mille mètres d’élévation, on ne les trouve plus; ils sont remplacés par les aliziers, les bouleaux, qui bravent un froid de quarante degrés, froid capable de faire éclater les sapins les plus vigoureux.
Ce dernier phénomène a souvent été remarqué par nos soldats pendant la désastreuse campagne de Russie; alors que ces malheureux s’asseyaient sur la neige pour y prendre quelque repos, il arrivait que de violentes explosions se faisaient entendre autour d’eux: «Encore l’ennemi! se disaient-ils; toujours, toujours sur nos pas! Un ciel de fer sur nos têtes, et devant nous des déserts de glace sans horizon!» Ils reprenaient leurs armes avec désespoir et marchaient vers le lieu d’où l’explosion s’était fait entendre, et ils ne trouvaient rien, rien que des arbres que l’intensité du froid avait fait éclater avec un bruit semblable à celui du canon.
Plus on s’approche des pôles, plus le nombre des végétaux diminue; au Spitzberg, au Groënland, au Kamtschatka, le nombre des espèces ne dépasse pas trente.
De même qu’elle se montre sur les plus hautes montagnes, la végétation pénètre aux plus grandes profondeurs, dans les entrailles de la terre, dans les cavernes, dans les mines les plus profondes; mais à ces deux extrémités, il n’y a que des champignons et des lichens.
On trouve sur une haute montagne, en la parcourant de sa base à son sommet, à peu près tous les changements de végétation que l’on pourrait observer en voyageant de l’équateur au pôle nord. Au pied de la montagne végètent les plantes des plaines et des contrées méridionales de l’Europe. Les chênes occupent le premier plan; cinq ou six cents pieds au-dessus sont les hêtres; plus haut, les ifs, pins et sapins; puis viennent les aliziers, les bouleaux, les rhododendrons; plus haut encore, on trouve les daphnés, les globulaires, les cistes ligneux. Dans la région des glaces se montrent les saxifrages, les primevères; puis enfin les lichens.
La végétation qui n’existe que faiblement dans un lieu peut y devenir abondante et vigoureuse; tout se modifie, tout change: les marais se dessèchent, les rochers que nous voyons nus et arides porteront peut-être quelque jour des arbres majestueux. Dans les marais, la surface des eaux se couvre d’abord d’une écume verdâtre; ce sont des conferves, frêles plantes auxquelles succèdent des carex, des roseaux, des typhas; puis viennent les sphaignes, qui se multiplient d’une manière prodigieuse. A mesure que ces plantes végètent, leur détritus exhausse le fond du marais, qui finit par se dessécher entièrement. Il en est de même des rochers: des lichens crustacés viennent d’abord marbrer leur surface; de leur décomposition naissent des lichens d’un autre ordre sur le détritus desquels paraissent plus tard des graminées; puis, enfin, la terre végétale augmentant sans cesse, les végétaux ligneux se montrent.
Ainsi que nous venons de le voir, il est, dans les végétaux, des familles particulières à certaines contrées; une seule famille, les céréales, peut s’habituer à tous les climats; œuvre admirable de la Providence, qui, en donnant la terre à l’homme, a voulu qu’il pût trouver à chaque pas une preuve de sa paternelle sollicitude!
MALADIES, MORT ET DÉCOMPOSITION DES VÉGÉTAUX
Les maladies des végétaux peuvent être divisées en deux classes: celles qui n’affectent qu’une partie du végétal, comme les ulcères, les excroissances qui résultent presque toujours de blessures, et les maladies générales qui envahissent toute la plante.
Les plaies faites par un instrument tranchant se guérissent plus facilement que celles produites par un instrument contondant. Lorsqu’une portion d’écorce a été enlevée à un arbre, la cicatrisation s’opère par l’extension des bords de l’écorce qui se rapprochent en bourrelets.
Les plaies contuses doivent être enlevées par le fer, afin que les lèvres en soient nettes; sans quoi elles donneraient lieu à des exostoses, des tumeurs, qui deviendraient incurables.
Lorsque les blessures ont pénétré jusqu’au cœur du tronc, il s’ensuit un écoulement sanieux qui détermine promptement l’ulcère, la carie, la mort. Ces plaies ne sont pourtant pas absolument incurables, et l’on parvient quelquefois à les faire disparaître par le fer ou par le feu.
De toutes les maladies générales, la mieux caractérisée est l’étiolement, qui a pour cause ordinaire la privation de la lumière. Les plantes atteintes de cette maladie sont faibles, grêles, blafardes. Pour la guérir, il suffit, lorsque le mal n’est pas trop avancé, de rendre la lumière à la plante qui en est atteinte; mais cela ne doit se faire que graduellement: le passage trop brusque d’un état à un autre serait plus nuisible qu’efficace.
La panachure, la jaunisse, qui atteignent un grand nombre de végétaux, sont presque toujours causées par l’abondance de la séve et l’extravasation des sucs.
Le froid exerce une grande influence sur les plantes. Dilatés par la congélation des liquides, les vaisseaux, les tissus cellulaires se déchirent, et le végétal meurt. Lorsque le déchirement se fait du centre à la circonférence, il se nomme cadron; s’il s’opère en séparant l’une de l’autre les couches ligneuses, il s’appelle roulure; si le froid détruit seulement la couche du liber, on nomme la maladie qui en résulte gelivure.
Les pêchers et les abricotiers ont quelquefois leurs feuilles couvertes d’une substance blanchâtre, mielleuse; c’est le résultat d’une maladie nommée meurier ou blanc mielleux. On opère la guérison de l’arbre qui en est attaqué en enlevant les feuilles qui ne sont point dans leur état normal, et changeant la terre au pied de l’arbre.
Les plantes parasites et certains insectes sont très-souvent une cause de maladie pour les plantes.
Les céréales sont sujettes à plusieurs maladies qui leur sont particulières: le froment peut être atteint de la carie, du charbon, de la rouille. La carie attaque l’intérieur du grain; l’écorce en est sèche, et en la rompant, on trouve à l’intérieur une poussière fine, noire et fétide.
Une espèce de champignon microscopique, nommé uredo segetum, réduit les semences en une poussière d’un brun verdâtre; c’est la maladie nommée charbon. Un autre champignon microscopique, l’uredo linearis, donne naissance à la rouille. Le seul préservatif contre les diverses maladies des céréales consiste à secouer les plantes au moyen d’une corde tendue, que deux hommes, séparés par le champ, promènent sur toute sa superficie. Cette opération suffit pour détruire, au moins en grande partie, les germes de ces maladies.
La cloque ou roulure des feuilles provient de la piqûre d’insectes; les bédéguars, pelotes filamenteuses qui se trouvent sur les rosiers, les galles arrondies des chênes, la laque, la cochenille, n’ont pas d’autre cause.
Après avoir langui pendant un temps, la vie s’éteint entièrement dans le végétal; il devient la proie de tous les agents extérieurs, qui le décomposent entièrement.
Les arbres meurent ordinairement par portions; le plus souvent la mort commence par le sommet; on dit alors que l’arbre est couronné. La racine subit la même altération, dans le même temps, à son extrémité. L’arbre qui est dans cet état peut vivre encore longtemps, mais il ne croît plus.
La décomposition des plantes est un des phénomènes les plus intéressants de la nature; elle présente des différences selon qu’elle s’opère dans le feu, à l’air libre ou dans l’eau.
L’analyse d’un végétal par le feu y démontre la présence de la lumière et du calorique, qui se dégagent entraînant avec eux des matières salines, huileuses; dans cet état, ils constituent la fumée; mais si on les condense dans un tuyau étroit, ils déposent le long des parois une partie des matières qu’ils enlevaient; celles-ci forment la suie, qui contient une huile empyreumatique, du carbone, du fer. Il reste une masse assez considérable qu’on appelle cendres, et qui est une des bases de la terre végétale.
Les plantes exposées à l’air libre se décomposent rapidement: l’eau et l’air qu’elles contiennent déterminent la fermentation, et, par suite, le dégagement des fluides gazeux. Les parties non volatiles, principalement composées de matières salines, forment le terreau, substance très-variable.
Lorsque la décomposition des plantes s’opère dans l’eau, les résultats ne sont plus les mêmes; on obtient alors des produits auxquels on donne le nom de tourbes: les tourbes des marais, presque entièrement formées de jeunes plantes herbacées, mêlées à une certaine quantité de limon, et les tourbes ligneuses, qui constituent la houille ou charbon de terre. Ces dernières sont formées par des masses d’arbres dont plusieurs sont quelquefois assez bien conservés pour qu’on puisse en déterminer l’espèce. Dans la production des tourbes, l’eau est le principal et peut-être le seul agent de la décomposition des plantes, qui sont garanties par ce fluide du contact immédiat de l’air et du soleil.
Ici se termine l’histoire physiologique des plantes; nous avons vu comment elles naissent, s’accroissent, vivent, se reproduisent, meurent et se décomposent; nous les avons vues se mouvoir, veiller, dormir, sentir, aimer, souffrir. Il nous reste à peindre les mœurs de chaque tribu, de chaque famille, leurs goûts, leurs usages, leurs lois; ce sera l’objet de notre seconde partie.