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Les fleurs animées - Tome 2 cover

Les fleurs animées - Tome 2

Chapter 50: SECONDE PARTIE MÉTHODES-FAMILLES
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About This Book

A frame narrative presents a gathering of personified flowers stranded in a wood who pass the time by recounting their past lives among humans, gardens, and exotic climates. Each tale—ranging from a wistful sweet-pea's disappointment with human preferences to a cactus's complaint about European cold—mixes botanical detail, playful anthropomorphism, and pointed social satire. The collection alternates light fable, travel anecdote, and moral observation, contrasting natural habit and human caprice while showcasing vivid imagery and witty commentary.

SECONDE PARTIE

MÉTHODES-FAMILLES

Dieu seul sait quel est le nombre des espèces de plantes qui couvrent notre globe; quant à nous, chétifs, nous n’en connaissons qu’un peu plus de vingt mille. Il est vrai que ce nombre augmente tous les jours, et que, les savants aidant, il continuera à augmenter jusqu’à la fin des siècles; car, je l’ai déjà dit, les savants commencent et ne finissent jamais.

En attendant, vingt mille nous paraît un assez joli chiffre, et s’il nous fallait faire l’histoire de chaque individu, ce ne serait pas trop de l’assistance de trois ou quatre de ces savants, laborieux et patients, bénédictins qui ont enfanté tant d’in-folio dont l’aspect seul suffit pour jeter la terreur dans l’âme du lecteur le plus intrépide. Heureusement nous avons les méthodes, qui simplifient singulièrement cette tâche immense.

D’abord la botanique fut le patrimoine de quelques hommes laborieux qui, recueillant le peu de connaissances acquises sur ce sujet, en firent un tout s’élevant à peine à sept cents espèces, et ils considérèrent ce commencement de science comme une branche de la médecine. Dès les premiers pas, ils sentirent le besoin de classer ces espèces, et ils eurent recours à l’ordre alphabétique. Vint Conrad Gesner, qui conçut l’idée de ranger les plantes par classes, selon les caractères fournis par la fleur et le fruit. A ce dernier succéda Césalpin, médecin du pape Clément VIII, qui tira la botanique du chaos en établissant sa méthode sur l’absence, la présence et le nombre des cotylédons. Plusieurs lui succédèrent jusqu’à Linné, qui fit faire à la science un pas de géant, et divisa les grandes tribus acotylédone, monocotylédone et dicotylédone en vingt-quatre classes. Puis, avant et après beaucoup d’autres, vint de Jussieu, auteur de la méthode dite naturelle, que nous avons adoptée.

M. de Jussieu divise les trois tribus en quinze classes, savoir: les plantes cotylédones, une classe, huit familles;

Les plantes monocotylédones, trois classes, dix-neuf familles;

Les plantes dicotylédones, onze classes, soixante-dix-sept familles.

En tout, quinze classes et cent quatre familles rangées dans cet ordre:

PLANTES ACOTYLÉDONES

PREMIÈRE CLASSE
ACOTYLÉDONIE
 1. Algues.  5. Mousses.
 2. Champignons.  6. Fougères.
 3. Lichénées.  7. Cycadées.
 4. Hépatiques.  8. Rhizospermes.

PLANTES MONOCOTYLÉDONES

DEUXIÈME CLASSE
ACOTYLÉDONIE
17. Commélinées.
18. Alismacées.
19. Colchicacées.
 9. Naïadées. 20. Liliacées.
10. Aroïdées. 21. Broméliées.
11. Typhacées. 22. Narcissées.
  23. Iridées.
TROISIÈME CLASSE
MONOPÉRIGYNIE
 
QUATRIÈME CLASSE
ÉPISTAMINIE
12. Cypéracées.
13. Graminées. 24. Musacées.
14. Palmiers. 25. Amomées.
15. Asparagées. 26. Orchidées.
16. Joncées. 27. Hydrocharidées.

PLANTES DICOTYLÉDONES

CINQUIÈME CLASSE
PÉRISTAMINIE
44. Personnées.
45. Solanées.
46. Borraginées.
28. Aristolochiées. 47. Convolvulacées.
  48. Polémoniacées.
SIXIÈME CLASSE
MONOÉPIGYNIE
49. Bignoniées.
50. Gentianées.
51. Apocynées.
29. Éléagnées. 52. Sapotées.
30. Daphnoïdes.  
31. Protéacées. NEUVIÈME CLASSE
PÉRICOROLLIE
32. Lauroïdées.
33. Polygonées.
34. Atriplicées. 53. Diospyrées.
  54. Rhodoracées.
SEPTIÈME CLASSE
HYPOSTAMINIE
55. Ericoïdes.
56. Campanulacées.
 
35. Amarantées. DIXIÈME CLASSE
SYNANTHÉRIE
36. Plantaginées.
37. Nyctaginées.
38. Plombaginées. 57. Chicoracées.
  58. Cyranocéphales.
HUITIÈME CLASSE
HYPOCOROLLIE
59. Corymbifères.
 
ONZIÈME CLASSE
CORISANTHÉRIE
39. Primulacées.
40. Achantées.
41. Jasminées. 60. Dispacées.
42. Verbénacées. 61. Rubiacées.
43. Labiées. 62. Caprifoliées.

PLANTES DICOTYLÉDONES
— SUITE —

DOUZIÈME CLASSE
ÉPIPÉTALIE
85. Cistées.
86. Qutacées.
87. Caryophyllées.
63. Araliées.  
64. Ombellifères. QUATORZIÈME CLASSE
PÉRIPÉTALIE
 
TREIZIÈME CLASSE
HYPOPÉTALIE
88. Portulacées.
89. Saxifragées.
65. Renonculacées. 90. Crassulées.
66. Papavéracées. 91. Cactoïdes.
67. Crucifères. 92. Onagrées.
68. Capparidées. 93. Mirtées.
69. Sapindées. 94. Mélastomées.
70. Acéridées. 95. Lythrées.
71. Malpighiacées. 96. Rosacées.
72. Hypéricées. 97. Légumineuses.
73. Guttifères. 98. Térébinthacées.
74. Hespéridées. 99. Rhamnides.
75. Méliacées.  
76. Sarmentacées.  
77. Géraniées. QUINZIÈME CLASSE
DICLINIE
78. Malvacées.
79. Magnoliers.
80. Anonées. 100. Euphorbiées.
81. Ménispermées. 101. Cucurbitacées.
82. Berbéridées. 102. Urticées.
83. Hermanniées. 103. Amentacées.
84. Liliacées. 104. Conifères.

Le nombre des familles a été porté par d’autres auteurs à cent douze, à cent quarante, à cent quatre-vingt-quatre. Ce n’est pas qu’ils aient trouvé de nouvelles familles, mais ils en ont fractionné quelques-unes, et ils ont élevé arbitrairement certains genres à la dignité de familles. Nous ne voyons pas que cela serve beaucoup à la science. Ne pouvant faire mieux, les derniers venus ont tenté de faire autrement. Il faut bien trouver quelque aliment à cet insatiable amour-propre qui tourmente les faiseurs de livres.

La méthode de M. de Jussieu est évidemment la plus rationnelle de toutes; il n’a fait des plantes acotylédones qu’une seule classe, par la raison qu’elles ne présentent ni fleurs ni fruits. Les monocotylédones sont classées selon que les étamines sont disposées. Les étamines sont nommées épigynes lorsqu’elles sont attachées sur le pistil; hypogynes, si elles sont placées à la base de l’ovaire, et périgynes, quand elles sont placées sur le calice; ce qui explique les noms donnés aux trois classes des plantes monocotylédones: monohypogynie, monopérigynie et monoépigynie.

Les onze classes de dicotylédones sont établies sur l’absence, la présence de la corolle, et sur le nombre de ses pièces: d’où sont résultées les dicotylédones apétales, formant trois classes, d’après le mode d’insertion des étamines; les dicotylédones monopétales, formant quatre classes, suivant que la corolle staminifère est hypogyne, périgyne, épigyne à anthères soudées, épigyne à anthères libres; les dicotylédones polypétales, divisées en trois classes également, d’après leur mode d’insertion. Enfin, la quinzième classe, diclinie, est composée de plantes diclines, c’est-à-dire irrégulières.

Mon Dieu! nous savons que cela est peu plaisant, mais nous espérons l’avoir rendu clair, et c’est en vérité tout ce qu’il est humainement possible de faire en pareille matière. Qu’on n’oublie pas, de grâce, qu’il n’est point de plaisir, même parmi les plus petits, qui ne coûte une peine, et que les mots les plus rudes s’adoucissent sur de jolies lèvres. Et puis, nous voici tout à l’heure hors de ces ronces; nous allons visiter ces nombreuses familles, et là nous attendent les anecdotes de toute nature, les révélations, les épisodes gais ou terribles, etc.

PREMIÈRE CLASSE
ACOTYLÉDONIE

La famille des algues, la première de cette classe, est placée sur la dernière limite du règne végétal. Ce sont d’abord les conferves, ces filaments verdâtres que l’on voit sur les mares, les eaux stagnantes en général. Ces filaments, qui semblent au premier aspect une sorte de limon flottant, sont pourtant doués de certains mouvements spontanés; ils s’entrelacent et se rapprochent intimement à certaines époques. Puis viennent les fucus ou varechs, qui peuplent les eaux de la mer, et parmi lesquels on remarque d’abord le fucus sacré, qui se couvre d’efflorescences blanches et sucrées, que les Irlandais mangent avec un grand plaisir après les avoir soumises au feu. Mais le genre le plus remarquable de cette famille est le fucus géant et nageant, immense lanière dont la longueur est souvent de plusieurs centaines de pieds, et qui, sur les mers équatoriales, arrête quelquefois les vaisseaux. C’est ce qui arriva à Christophe Colomb, marchant à la découverte d’un nouveau monde. Déjà ses compagnons épouvantés faisaient entendre des menaces et voulaient obliger leur chef à revenir en Europe, Colomb insiste pour aller en avant; il demande quelques jours, promettant qu’on ne peut tarder à voir la terre qu’il cherche, parce que son génie l’a devinée. Tout à coup, les caravelles s’arrêtent au milieu de l’Océan; la sédition va éclater. De toutes parts, on n’aperçoit qu’une vaste forêt flottante. Mais enfin, le vent qui était tombé s’élève; les caravelles glissent à travers ces algues immenses; le nouveau monde est découvert!

Après les algues viennent les champignons, qui n’ont guère de ressemblance avec les familles dont ils sont environnés, mais dont la place est marquée par les caractères négatifs communs à toute cette classe. Cette famille, qui n’a ni feuilles, ni fleurs, ni aucun organe qui y ressemble, présente à la fois des mets délicats et des poisons terribles: à côté de la truffe parfumée, de la morille, de l’excellent champignon comestible, croissent les espèces les plus vénéneuses!

Dans la famille des champignons sont comprises ces moisissures, ces sortes de duvets poudreux, cotonneux, que l’humidité fait naître sur le vieux bois et les végétaux à demi pourris dont ils hâtent la destruction. Cette famille nombreuse présente quelques genres d’un aspect agréable, comme l’oronge, dont le globe, d’un rouge éclatant, tranche sur les tapis de verdure. Mais quand on pense au venin mortel que renferment quelques espèces, la beauté des autres disparaît: qu’importe l’enveloppe, quand le cœur ne recèle que fiel et corruption!

Nous remarquerons encore dans cette classe les lichens, qui naissent partout où l’on pourrait croire la végétation impossible, sur la tête nue des rochers, sur le sommet des monuments, la surface polie des pierres. D’abord, les lichens apparaissent chétifs, souffreteux; mais ce sont de pauvres enfants qui vivent de si peu qu’ils grandissent partout. A force de persévérance, ils creusent la pierre, s’y font une demeure; les générations se succèdent, et la végétation devient vigoureuse là où elle semblait ne pouvoir s’établir. Le lichen est l’aliment du renne, qui lui-même est la seule ressource du Lapon. Le lichen d’Islande se transforme, par la cuisson, en une gelée abondante qui est la nourriture principale de plusieurs peuplades de l’Amérique du Nord; d’une autre espèce, commune en Suède, on tire une sorte de cire dont on fait des bougies, et plusieurs autres contiennent des principes colorants d’un assez grand prix: tant il est vrai qu’il ne faut pas dédaigner le faible, et que dans l’ordre des choses la place qu’occupent les infiniment petits est presque toujours la plus légitimement conquise!

La famille des mousses est la plus élégante, la plus jolie de cette classe. Les mousses sont de charmants petits arbres en miniature qu’on ne peut se lasser d’admirer; les tapis qu’elles forment à l’ombre des forêts rivalisent d’éclat avec les plus beaux velours; et non-seulement elles sont vivaces pour la plupart, mais elles possèdent la singulière propriété de reverdir et de revivre lorsqu’on les humecte, même après qu’elles ont été desséchées depuis plusieurs années. Cette famille contient un grand nombre de genres. Les plus remarquables sont les polytrichs, dont le Lapon, à l’exemple de l’ours, se fait un lit fort doux; les bries, les hypnes, les phasques, dont on se sert pour le calfat des bateaux.

Nous ne dirons rien des hépatiques, petites plantes herbacées qui naissent dans les lieux humides, non plus que des cycadées, petite famille qui tient le milieu entre les palmiers et les fougères, et qu’on ne trouve que dans l’Inde et au Japon; nous passerons également sur les rizospermes, petite plante aquatique à laquelle on ne connaît aucune propriété.

Quant aux fougères, dont les espèces sont assez nombreuses, c’est dans leurs cendres que l’on a su trouver un produit intéressant: elles contiennent abondamment de la potasse qu’on en extrait pour la fabrication du verre, et c’est en faisant allusion à l’origine de cette potasse, que les poètes ont célébré le vin qui rit dans la fougère.

DEUXIÈME CLASSE
MONOHYPOGYNIE

Cette classe ne renferme que trois familles: celle des naïadées est assez nombreuse; elle se compose, ainsi que l’indique son nom mythologique, de plantes qui croissent dans l’eau; l’espèce la plus remarquable est la vallisnère-spirale. Elle est assez commune dans le Rhône; elle porte ses fleurs sur une longue tige roulée en spirale, qui reste constamment sous les eaux pendant six mois, après quoi la spirale se déroule, et la plante s’élève au-dessus de la surface. C’est cette singularité qui a inspiré ces vers à un poète botaniste:

Le Rhône impétueux, sous son onde écumante,
Durant six mois entiers nous dérobe une plante
Dont la tige s’allonge en la saison d’amour,
Monte au-dessus des flots et brille aux yeux du jour.
Les mâles, dans le fond jusqu’alors immobiles,
De leurs liens trop courts brisent les nœuds débiles,
Volent vers leur amante, et, libres dans leurs feux,
Lui forment sur le fleuve un cortége nombreux:
On dirait une fête où le dieu d’hyménée
Promène sur les flots sa pompe fortunée;
Mais les temps de Vénus une fois accomplis,
La tige se retire en rapprochant ses plis.

Les aroïdées, qui forment la deuxième famille de cette classe, ne sont pas moins remarquables. D’une racine ordinairement charnue et tuberculeuse s’élèvent de magnifiques feuilles palmées ou en fer de flèche, d’un vert plus ou moins foncé, quelquefois même diaprées du plus beau pourpre, et rivalisant alors d’éclat avec les fleurs elles mêmes. Au milieu de ces feuilles, et sur une hampe élancée, se déroule une spathe colorée en forme de cornet, enveloppant une colonne florifère à laquelle succède une belle grappe de baies colorées du plus brillant vermillon. Du cornet d’une aroïdée, la calle d’Ethiopie, s’échappe une odeur des plus suaves, tandis que des émanations fétides et cadavéreuses s’exhalent d’une autre espèce, l’arum serpentaire. Il est si rare de trouver réunies la beauté et la bonté!

La famille des typhacées ne se compose que de deux genres: le typha ou massette, et le rubanier ou ruban d’eau, dont on emploie les tiges et les feuilles pour tresser des paillassons, et dont le fruit contient une poudre inflammable.

TROISIÈME CLASSE
MONOPÉRIGYNIE

C’est dans la première famille de cette classe, les cypéracées, plantes herbacées, naissant dans des lieux marécageux, que se trouve le souchet papyrier, qui croît en abondance sur les bords du Nil, et avec lequel les anciens fabriquaient leur papier appelé papyrus. C’était en découpant, étalant et collant ensuite côte à côte les lames desséchées de son tissu, sur lesquelles on collait une autre couche de lames en croisant les fibres à angles droits, et passant la pierre ponce sur le tout, qu’on faisait ce grossier papier dont de nombreux restes ont cependant, malgré leur fragilité, traversé les siècles, et offrent aujourd’hui à notre curiosité les écritures autographes des Égyptiens, des Grecs et des Romains.

A cette classe aussi appartient l’immense et abondante famille des graminées. Les formes sveltes et élancées des graminées, qui permettent à un grand nombre d’occuper très-peu de place, s’harmonient si bien avec les formes variées des autres végétaux, que ce contraste et cette opposition ne lassent jamais. Mais des qualités plus précieuses rendent cette famille bien autrement intéressante: ces frêles végétaux portent la nourriture du monde; dans toutes les contrées, sous tous les climats, des semences de graminées forment l’aliment principal des hommes. C’est ainsi qu’en Europe, les céréales, le blé (fig. 36), le seigle, l’orge, ces antiques compagnons du genre humain, ces plantes si anciennement domestiques, qu’on ne les retrouve presque plus dans l’état sauvage, et qu’elles ne peuvent plus vivre loin de la tutelle de l’homme, sont la base de sa nourriture. Dans l’Inde, et dans tous les pays facilement submergés, le riz les remplace et suffit presque seul à la substantation de nations entières. Enfin, c’est encore dans la famille des graminées que se trouve la canne à sucre, originaire de la Chine, et qui, transportée à Saint-Domingue en 1506, fut ensuite répandue dans une grande partie de la région équatoriale de l’Amérique. Il est remarquable qu’elle a perdu la faculté de donner des graines; c’est par les rejetons qu’on la perpétue maintenant. La matière sucrée est contenue dans la tige. Pour l’en retirer on écrase les tiges, on met sur le feu la liqueur qu’on en obtient, et on l’épure par une série de procédés, jusqu’à en faire du beau sucre blanc et cristallisé, source de si nombreuses jouissances gastronomiques.

Après la famille des graminées, il n’en est pas de plus importante que celle des palmiers. Presque tous les palmiers sont de grands et admirables arbres dont la tige, qu’on appelle stipe, égale dans toute sa longueur, et ne se ramifiant point, forme une colonne élancée, terminée par une couronne toujours verdoyante de feuilles ailées ou en éventail. Les fleurs, qui se changent en grappes appelées régimes, sortent, entre les feuilles, d’une enveloppe particulière qu’on nomme spathe. Les palmiers sont tous habitants des contrées chaudes du globe et étrangers à l’Europe, à l’exception d’une seule espèce. C’est parmi eux que se trouvent les plus élevés des végétaux, comme le palmier cirier des Cordillères, qui produit une cire abondante propre à l’éclairage, et dont la hauteur dépasse souvent deux cents pieds: mais cette grandeur n’est rien en comparaison de leur utilité, des bienfaits qu’ils répandent autour d’eux, et qui en font un objet de respect et d’admiration. C’est parmi eux qu’un seul arbre, comme le cocotier, le sagoutier, suffit à tous les besoins de l’homme qui vit à ses pieds. Il n’est aucune des parties du palmier, à quelque espèce qu’il appartienne, qui ne serve à la nourriture ou à la conservation de la santé de l’homme. La tige de plusieurs, particulièrement celle du sagoutier, offre dans sa moelle, convertie par la vieillesse en une espèce de farine, un aliment éminemment nutritif, appelé sagou. Dans plusieurs autres, les feuilles non encore développées, rassemblées en bourgeon terminal, se mangent sous le nom de chou-palmiste. Leur séve, que l’on recueille au moyen d’incisions faites aux spathes, et qui fermente aisément à cause de la grande quantité de sucre qu’elle contient, fournit une liqueur excellente qu’on appelle vin de palmier, et dont on tire, par la distillation, une espèce d’eau-de-vie appelée rack. Mais c’est surtout à cause de leurs fruits que les palmiers sont éminemment précieux pour l’homme, et ces fruits délicieux, ils les portent en abondance. Le dattier offre aux habitants de la Syrie et de plusieurs autres contrées ses longs régimes de dattes savoureuses, nourriture tellement indispensable pour un grand nombre de tribus arabes, que ces peuples ne peuvent croire qu’il y ait au monde des pays habités où l’on ne trouve point de dattier. Le cocotier fournit aux Indiens une nourriture aussi agréable qu’abondante, et le lontar des Sechelles abandonne tous les ans aux flots ses fruits d’une forme bizarre, les plus gros qui soient portés par un arbre. Cette espèce de flotte vient aborder régulièrement aux îles Maldives. La singulière apparition de ces fruits, dont on ignorait autrefois l’origine, avait fait penser qu’ils étaient produits par des plantes sous-marines. Enfin, des tiges souples du palmier on fait des cordages, des nattes, des siéges, des cannes, etc.; et telle est la beauté de ce végétal, les bienfaits qu’il répand ont éveillé dans le cœur de l’homme un si vif sentiment de reconnaissance, que l’on a fait des feuilles du palmier l’emblème des plus hautes récompenses et le symbole de la victoire.

La quatrième famille de cette classe est celle des asparagées, famille composée de genres qui paraissent bien divers. Ainsi, elle comprend les asperges, le muguet, le fragon épineux, les ignames, etc.

Après cette dernière se placent les joncées, qui ont beaucoup de rapports avec les cypéracées (voir plus haut); puis les commélinées et les alismacées, qui sont peu importantes, bien qu’elles offrent quelque ressemblance avec les liliacées; les colchicacées, parmi lesquelles se trouvent quelques plantes magnifiques, telles que les méthoniques, vulgairement appelées superbes du Malabar; les érithrones, les hélanias, la mérendère des Pyrénées. En automne, nos prairies se couvrent d’une grande quantité de fleurs roses charmantes: c’est le colchique, qui donne son nom à la famille.

Nous voici arrivés à la famille des liliacées, une des plus nombreuses et des plus brillantes du règne végétal, famille glorieuse, ainsi que l’appelait le célèbre botaniste Ventenat, qui la considérait comme la plus grande gloire de l’empire de Flore, appréciation mythologique qui, pour être bien vieille, n’en est pas moins juste. Nulle autre famille, en effet, n’égale celle des liliacées en richesse de couleurs, en élégance de formes, en suavité de parfums. Nommer quelques-unes des plantes qui la composent, suffit pour faire naître les pensées les plus riantes et les plus poétiques que le spectacle de la nature puisse inspirer. A la tête de cette splendide famille, il est juste de placer le lis blanc; puis, aux premiers rangs, le lis turban, dont les fleurs du plus beau rouge écarlate ou d’un jaune admirable ont la forme d’un turban; le lis martagon; le lis de Chalcédoine, aux couleurs purpurines éclatantes; le lis superbe (fig. 37), dont la magnifique girandole est portée sur une tige de près de cinq pieds de hauteur.

Plus humble dans son port, mais non moins riche de coloris, la tulipe suit immédiatement; elle est, sans contredit, un des plus beaux ornements de nos jardins par l’inépuisable variété de ses couleurs; du blanc le plus pur au brun le plus sombre, du rose tendre au violet, du jaune d’or au rouge le plus éclatant, il n’est aucune nuance qu’elle ne puisse offrir, et lorsque, pour la première fois, on jette un coup d’œil sur une plate-bande de tulipes bien choisies, on est tenté de pardonner les folies qu’on a faites, il y a un siècle, pour s’en procurer: à cette époque, certains oignons de tulipes furent payés jusqu’à vingt mille francs; on appela les amateurs exagérés qui faisaient de tels sacrifices des fous-tulipiers. Les fous-tulipiers ne sont pas encore rares de nos jours, et nous devons à M. Alphonse Karr, auteur de l’introduction de nos Fleurs animées, cette charmante anecdote qu’il a publiée ailleurs sous ce titre:

HISTOIRE VÉRITABLE D’UNE TULIPE

Un amateur de tulipes faisait l’exhibition de ses fleurs:—il s’était livré à tous les exercices usités en pareil cas,—entre autres, l’exercice de la baguette, qui consiste à appuyer la baguette de démonstration sur la tige de la tulipe, en feignant d’employer toutes ses forces, sans pouvoir réussir à la courber,—et à dire: «Je vous recommande la tenue de celle-ci: c’est une tringle, messieurs, c’est une barre de fer

En effet, il est convenu entre ces messieurs qu’une tulipe qui ne pèse pas le quart d’une once doit être portée par une barre de fer,—de même que, vers 1812, je crois,—il a été défendu aux tulipes d’être jaunes.

Il avait montré Gluck, cette plante si méritante,—à fond blanc strié de violet;—et Joseph Deschiens,—un vrai diamant, également blanc et violet;—et Vandaël, cette perle du genre, toujours blanche et violette;—et Czartoriski, fleur de 5e ligne, blanche et rose, remarquable par l’extrême blancheur des onglets;—et Napoléon Ier, et le Pourpre incomparable, et seize cents autres,—lorsqu’il arriva à une tulipe devant laquelle il s’arrêta avec un sourire ineffable, la désignant du geste,—mais sans parler;—un des visiteurs demanda si cette tulipe n’avait pas un nom comme les autres.

Le maître des tulipes mit un doigt sur sa bouche,—comme eût fait Harpocrate, le dieu du silence,—puis il dit: Voyez quelle magnificence de coloris,—quelle forme,—quels onglets, quelle tenue, quelle pureté de dessin,—quelle netteté dans les stries,—comme c’est découpé,—comme c’est proportionné!—C’est une tulipe sans défaut.

—Et vous l’appelez?

—Chut! c’est une tulipe qui, à elle seule, vaut tout le reste de ma collection; il n’y en a que deux au monde, Messieurs.

—Mais son nom?

-Chut!... son nom... je ne puis le prononcer sans forfaire à l’honneur...—Je serais bien fier et bien malheureux de dire son nom, de le dire à haute voix,—de l’écrire en lettres d’or au-dessus de sa magnifique corolle; c’est un nom connu et respecté.

—Pardon, Monsieur, je n’insiste pas,—cela paraît tenir à la politique; peut-être est-ce le nom de quelque fameux proscrit;—je ne veux pas me compromettre... D’ailleurs, nous ne partageons pas peut-être les mêmes opinions...

—Nullement, Monsieur, ce nom n’a rien de politique; mais j’ai juré sur l’honneur de ne pas la faire voir sous son vrai nom;—elle est ici incognito, sous l’incognito le plus sévère;—peut-être même en ai-je trop dit... Mais avec tout le monde, avec les gens pour qui je n’ai pas l’estime que vous m’inspirez,—je ne vais pas aussi loin;—je n’avoue même pas que c’est une tulipe, la reine des tulipes; je passe devant avec une indifférence,—une indifférence jouée,—comprenez bien.—Je la désigne sous le nom de Rebecca, mais ce n’est pas son nom...

Les amateurs partirent et moi avec eux; mais je retournai le lendemain, et je lui dis:

—Mais, enfin, c’est donc un mystère bien terrible?

—Vous allez en juger. Cette tulipe... que nous continuerons à appeler Rebecca... était en la possession d’un homme qui l’avait payée fort cher,—surtout parce que, sachant qu’il y en avait une autre en Hollande, il était allé l’acheter, et l’avait écrasée sous les pieds pour rendre la sienne unique.—Tous les ans elle excitait l’envie des nombreux amateurs qui vont voir sa collection; tous les ans, il avait soin de détruire les caïeux qui se formaient autour de l’oignon et qui auraient pu la reproduire.—Pour moi, Monsieur, je n’ose pas vous dire ce que je lui avais offert pour l’un de ces caïeux qu’il pile tous les ans dans un mortier; j’aurais engagé mon bien, compromis l’avenir de mes enfants!

Je ne regardais plus ma collection; mes plus belles tulipes ne pouvaient me consoler de ne pas avoir celle... que je ne dois pas nommer. En vain mon ami...—dois-je appeler ainsi un homme qui me laissait dépérir sans pitié?—en vain mon ami me disait: Venez la voir tant que vous voudrez. J’y allais,—je m’asseyais devant des heures entières; on ne me laissait jamais seul avec elle,—on eût craint sans doute ma passion.—En effet... je l’aurais peut-être volée,—je l’aurais peut-être arrosée d’une substance délétère pour la faire périr; au moins, elle n’aurait pas existé, et je n’aurais pas eu de remords!

Quand Gygès tua Candaule pour avoir sa femme, tout le monde donna tort au roi Candaule, qui avait voulu la faire voir à Gygès, toute nue, sortant du bain.—On n’a qu’à ne pas montrer la tulipe.—J’arrivai à un tel état de désespoir,—qu’une année je ne plantai pas mes tulipes,—mes chères tulipes.—Mon jardinier eut pitié d’elles et peut-être de moi,—et le rustre... je le lui pardonne,—car il les a sauvées,—les planta au hasard,—dans une terre vulgaire.

—Mais enfin, comment avez-vous eu cette tulipe?

—Voilà la chose... Je n’ai pas tout à fait imité Gygès, quoique mon ami ne se soit pas montré plus délicat que Candaule, mais cependant j’ai fait un crime: j’ai fait voler un caïeu.—Candaule a un neveu... Ce neveu, qui attend tout de son oncle, lequel est fort riche, l’aide à planter et à déplanter ses tulipes, et affecte pour ces plantes une admiration qu’il n’a pas, le malheureux! mais sans laquelle son oncle ne supporterait même pas sa présence.—L’oncle est riche, mais il n’est pas d’avis que les jeunes gens aient beaucoup d’argent... Le neveu avait contracté une dette qui le tourmentait beaucoup... Son créancier menaçait de faire sa déclaration à son oncle.—Il s’adressa à moi et me supplia de le tirer d’embarras.—Je fus cruel, Monsieur, je refusai net.—Je me plus à lui exagérer la colère où serait son oncle quand il aurait appris l’incartade. Je le désespérai bien,—puis je lui dis: Cependant, si tu veux, je te donnerai l’argent dont tu as besoin.

—Oh! s’écria-t-il, vous me sauvez la vie.

—Oui, mais à une condition.

—A mille, si vous voulez.

—Non, une seule:—tu me donneras un caïeu de la... tulipe en question.

Il recula d’horreur à cette proposition.

—Mon oncle me chassera, s’écria-t-il,—me chassera et me déshéritera!

—Oui, mais il ne le saura pas,—tandis qu’il saura certainement que tu as fait des dettes.

—Mais s’il le savait jamais!

—A moins que tu ne le lui dises...

—Mais vous...

Enfin, je le pressai, j’effrayai le malheureux jeune homme; il promit de me donner un caïeu quand on déplanterait les tulipes,—mais il exigea mon serment sur l’honneur de ne jamais nommer... celle que j’appelle Rebecca, à personne—et de lui donner un autre nom—jusqu’à la mort de son oncle.

En échange de cette promesse, je lui donnai l’argent dont il avait besoin. Depuis, nous avons tenu tous deux nos serments: j’ai eu la tulipe, et je ne l’ai nommée à personne.—La première fois qu’elle a fleuri ici,—chez moi,—étant à moi,—l’oncle est venu voir mes tulipes.—C’est une politesse qu’on échange entre amateurs.—Il l’a regardée et a pâli.—Comment appelez-vous ceci? m’a-t-il dit d’une voix altérée.

Ah! Monsieur, je pouvais lui rendre tout ce qu’il m’avait fait souffrir!—Je pouvais lui dire le nom... que vous ne savez pas... Je me suis rappelé ma promesse, ma promesse sur l’honneur, et le neveu était là, il me regardait avec angoisse,—et j’ai dit: Rebecca.

Cependant, il trouvait bien quelque ressemblance;—aussi il est resté préoccupé;—il a beaucoup loué le reste de ma collection, et n’a rien dit de celle qui est la perle, le diamant de ma collection.—Il est revenu le lendemain,—puis le surlendemain,—puis tous les jours tant qu’elle a été en fleur;—puis il a réussi à se tromper lui-même: il a cru voir entre Rebecca et... l’autre... des différences imaginaires. Alors il a dit: Elle ressemble un peu à... vous savez?

Eh bien, Monsieur, j’ai aujourd’hui la tulipe que j’ai tant désirée—et je ne suis pas heureux.—A quoi cela me sert-il, puisque je ne puis le dire à personne?

—Quelques amateurs,—forts,—la reconnaissent à peu près:—mais je suis forcé de nier,—et je n’en rencontre pas un assez sûr de lui pour me dire:—Vous êtes un menteur!—Je souffre tous les jours d’affreux tourments:—j’entends ici faire l’éloge de la tulipe que j’ai comme lui.—Quand je suis seul, je m’en régale, je l’appelle de son vrai nom, auquel je joins les épithètes les plus tendres et les plus magnifiques.—L’autre jour, j’ai eu un peu de plaisir:—je l’ai prononcé, ce nom mystérieux,—tout haut, à un homme.—Mais je n’ai pas manqué à mon serment:—cet homme est sourd à ne pas entendre le canon.

Eh bien! cela m’a un peu soulagé;—mais c’est incomplet.—On ne sait pas que je l’ai,—elle...—Tenez... ayez pitié de moi,—mon serment me pèse... Jurez-moi sur l’honneur, à votre tour, de ne pas répéter ce que je vais vous dire... Je vous dirai alors son vrai nom,—le vrai nom de Rebecca,—de cette reine déguisée en grisette.—Votre serment à vous ne sera pas difficile à tenir,—vous n’aurez pas à lutter comme moi, Monsieur. C’est affreux,—mais je désire que cet homme, que ce Candaule soit mort,—pour dire tout haut que j’ai... Tenez, faites-moi le serment que je vous demande.

J’eus pitié de lui, et je lui promis solennellement de ne pas répéter le nom de la fameuse tulipe.

Alors, avec une expression d’orgueil intraduisible,—il toucha la plante de sa baguette, et me dit:—Voici...

Mais, à mon tour, je suis engagé par un serment:—je ne puis dire le nom qu’il fut si heureux de prononcer.

—Croyez-vous qu’on invente ces choses-là?


On remarque encore dans cette famille la majestueuse fritillaire, ou couronne impériale, l’un des ornements les plus pittoresques des jardins; les hémérocalles, dont les fleurs sont presque aussi belles que celles du lis; les yucca, charmants arbrisseaux qui ressemblent un peu au palmier; et une foule d’autres genres qui seuls suffiraient pour justifier le titre de glorieuse donné à cette si belle et si nombreuse réunion.

Auprès de cette superbe famille, dont nous n’avons pu dire toutes les beautés, vient s’en grouper une autre toute petite, celle des broméliées, formée seulement de trois genres, l’ananas ou bromelia, le pitcairnia et la tillandrie. L’ananas est le genre le plus remarquable des trois, et il est assez connu par la délicieuse saveur de son fruit.

Après cette petite famille en vient une immense et belle, celle des narcissées, qui disputent aux liliacées le prix de la beauté des fleurs, de l’élégance du port et de la suavité des parfums. En tête de cette famille se placent les amaryllis, genre si nombreux et si varié, que nous n’en saurions ici énumérer les espèces. Parlons de la plus remarquable, de l’amaryllis gigantesque, qui est peut-être la plus belle des fleurs connues: son oignon, d’une grosseur énorme, pousse, au milieu d’une touffe de feuilles de la plus grande dimension, une tige de trois pouces de diamètre et de plus de deux pieds de hauteur, du sommet de laquelle, et en tous sens, s’étalent au moins soixante pédicules fort longs, terminés chacun par une fleur d’un rose vif, rayée d’un rose plus foncé, et de trois pouces de longueur. Qu’on se figure l’éclat de cette magnifique couronne de plus de six pieds de circonférence, et dont on chercherait en vain dans tout le règne végétal un second exemple! Cette plante si belle a fleuri en France pour la première fois dans le cours de l’année 1820.

C’est à la famille des narcissées qu’appartiennent en outre la jonquille (fig. 38), le narcisse de Constantinople, celui de Chypre, le lis des Incas, les hémantes, les galantines, les perce-neige et l’agavé, dont la floraison est un objet d’admiration: après une croissance d’un grand nombre d’années, l’agavé, ayant acquis toutes ses forces, accomplit ce phénomène: du milieu de ses feuilles s’élève, ou plutôt s’élance, tant son développement est rapide, une tige nue, haute de quinze à vingt pieds, terminée par une immense quantité de fleurs jaune verdâtre, disposées en une magnifique pyramide. Cet accroissement subit s’exécute en quinze jours environ; puis bientôt les fleurs passent, la tige se flétrit, et la plante meurt en laissant un nombre infini de graines et quelques rejetons qui offrent un moyen plus prompt de la propager.

La dernière famille de la classe MONOPÉRIGYNIE se compose des iridées, dont les iris sont le genre principal et le plus nombreux; les deux autres genres les plus importants sont les ixia, dont les fleurs offrent toutes les couleurs et toutes les nuances imaginables, et les glaïeuls, dont les fleurs, aussi fugaces que belles, ne vivent que quelques heures.

QUATRIÈME CLASSE
MONOÉPIGYNIE

Quatre familles seulement composent la quatrième classe: la première est celle des musacées, peu nombreuses en genres, mais qui comptent parmi eux les bananiers, ce qui suffit à son illustration. On croirait aisément, en voyant ce beau et vigoureux végétal, dont la tige a communément trois pieds de circonférence et quinze pieds de hauteur, que c’est un arbre d’une grande solidité et d’une existence durable. Ce n’est pourtant qu’une plante herbacée dont la vie, dans les contrées voisines de l’équateur, ne dure jamais une année entière. Dans les climats tempérés, où, pour la faire croître et fructifier, il faut que l’art vienne au secours de la nature, sa vie se prolonge pendant une assez longue suite d’années; elle peut même être d’un siècle; mais il ne peut éviter sa destinée, qui est de périr dès qu’il a donné ses fruits.

Tout récemment, alors que la fièvre de la commandite était dans toute sa violence, des spéculateurs s’en étaient pris au bananier; ils prétendaient pouvoir faire du papier avec la tige de cette plante. Vite, la prétendue découverte est mise en actions au capital de plusieurs millions: les actionnaires vinrent... Où n’en viendrait-il pas? On fit réellement du papier de bananier; mais il était fort mauvais, et il revenait à un prix quadruple de celui fabriqué par les procédés et avec les matières ordinaires. Il est vrai que les actionnaires avaient le droit d’aller contempler deux bananiers rabougris, souffreteux, qui s’étiolaient dans les salons du gérant, rue Montmartre, no 171, et que ce plaisir ne leur a coûté que quelques centaines de mille francs!... En vérité, quand on pense au genre actionnaire et à quelques autres, on est forcé de convenir que notre orgueil seul a pu nous faire placer le règne auquel nous appartenons au-dessus de celui où se trouvent tant de si belles et si bonnes choses qui ne mentent pas, qui ne volent pas, et dont le muet et doux langage ne passe par les yeux que pour réjouir le cœur... Décidément les fous-tulipiers ne sont pas si fous qu’ils le paraissent!

Les amomées, deuxième famille de cette classe, comprennent le basilier, plante d’ornement, haute de quatre pieds, dont les feuilles sont tournées en cornet avec tant de perfection, que les eaux de la pluie y séjournent comme dans des vases. Dans cette famille sont rangés l’amome gingembre, le curcuma, la zédoaire, et quelques autres genres moins importants.

La bizarrerie est le caractère principal de la famille des orchidées. L’orchis militaire, par exemple, et l’orchis singe présentent, dans chacune de leurs fleurs, l’apparence d’une figure humaine suspendue. Il est vrai que l’imagination aide quelque peu à ces ressemblances; mais elle n’ajoute rien à l’illusion que produisent les fleurs des autres genres de cette famille, qui figurent, les unes des mouches, les autres des taons et plusieurs autres insectes. A cette singularité, la famille des orchidées joint l’avantage de compter parmi ses membres la vanille, qui fournit le plus suave des parfums du règne végétal.

Nous ne mentionnerons que pour mémoire la dernière famille de cette classe, les hydrocharidées, herbes aquatiques que quelques auteurs ont rangées à tort parmi les naïadées.

CINQUIÈME CLASSE
ÉPISTAMINIE

Cette classe ne contient qu’une seule famille, les aristolochiées, plantes qui habitent ordinairement les pays chauds. C’est dans cette famille que se trouvent les plus grandes fleurs connues: le célèbre voyageur de Humboldt a vu, dans l’Amérique méridionale, des fleurs d’aristoloche qui avaient quatre pieds de circonférence.

SIXIÈME CLASSE
PÉRISTAMINIE

La plupart des genres de la première famille de cette classe, les éléagnées, viennent de l’Inde et de l’Amérique septentrionale. On remarque parmi ces plantes le grignon de Cayenne, l’argousier, les badamiers, et, plus particulièrement, le badamier au vernis, d’où découle la matière résineuse qui forme le célèbre vernis avec lequel les Chinois recouvrent les meubles connus en Europe sous le nom d’objets en laque de Chine.

Les daphnoïdes ne sont pas une famille bien importante; cependant c’est au nombre des genres dont elle se compose que se trouve le bois-dentelle. C’est un arbuste de la Jamaïque dont l’écorce intérieure est formée de fils entrelacés qu’on peut étendre avec un peu de précaution, et qui offre alors une ressemblance frappante avec la dentelle la plus belle, à supposer pourtant que la dentelle soit une jolie chose. On rapportait à une dame de beaucoup d’esprit que cet arbrisseau pouvait parfaitement s’acclimater en Europe, ce qui serait un grand bonheur pour les dames, qui pourraient désormais avoir de très-belle dentelle à bon marché.

—Eh! Monsieur, répondit la dame au nouvelliste mal avisé, ne comprenez-vous pas que les femmes ne font cas de cette laide chose qu’on appelle dentelle, que parce qu’elle coûte un prix fou? Viennent vos arbustes, et personne n’en voudra.

La famille des protéacées se compose de très-beaux arbres qui croissent naturellement en Afrique; le genre le plus remarquable est l’arbre d’argent, dont les feuilles en fer de lance, et d’un éclat presque métallique, reflètent les rayons du soleil d’une manière éblouissante.

Les espèces du genre laurier, qui a donné son nom à la quatrième famille de cette classe, les lauroïdes, sont fort nombreuses et trop connues pour que nous en parlions longuement. Le plus important du genre est le cannellier, espèce de laurier cultivé à Ceylan, et dont l’écorce, enlevée et exposée au soleil, se roule et forme ce que nous appelons la cannelle. Une autre espèce du même genre est le muscadier, dont la graine est connue sous le nom de muscade.

Les polygones, les patiences et les rhubarbes sont les principaux genres de la famille des polygonées. Le blé noir ou sarrasin est le plus important; les patiences et les rhubarbes sont d’une utilité douteuse.

Les atriplicées, sixième et dernière famille de cette classe, sont des plantes potagères, la bette blanche, la betterave, etc. La betterave a acquis depuis trente ans une haute importance. En 1812, on ne connaissait que le sucre de canne, qui valait quatorze francs le kilogramme en France, par suite de la guerre avec l’Angleterre. Des essais furent faits pour obtenir du sucre de quelques plantes indigènes. Les Parisiens se moquèrent beaucoup de ces tentatives; on chansonna le sucre indigène et ses fabricants, et nous nous rappelons avoir vu aux vitres de Martinet, ce musée en plein vent de la rue du Coq, une caricature représentant le roi d’Angleterre et Napoléon, tous deux couronne en tête; l’Anglais lançait à l’Empereur une énorme betterave, en s’écriant: Va te faire sucre! Et voilà qu’aujourd’hui le sucre de betterave, aussi beau, aussi bon, aussi et même plus abondant que le sucre de canne, met en péril les plantations de nos colonies! Les Anglais, qui ont beaucoup ri du mot, trouveraient sans doute, en cas de guerre, la chose fort peu plaisante.

SEPTIÈME CLASSE
HYPOSTAMINIE

Les propriétés des amarantées, première famille de cette classe, sont nulles ou inconnues. Les genres les plus remarquables sont l’amarante tricolore et la queue-de-renard, qu’on cultive dans les jardins.

Les plantaginées sont une petite famille composée des genres plantain (fig. 39) et littorelle; ce sont des plantes herbacées qui croissent sous presque toutes les latitudes.

Les nyctaginées sont ainsi nommées parce que, dans la plupart des espèces de cette famille, les fleurs ne s’épanouissent que pendant la nuit. L’espèce la plus commune est la belle-de-nuit, qu’on appelle aussi merveille du Pérou, parce qu’elle est originaire de ce pays.

La quatrième et dernière famille de cette classe se compose des plombaginées. Ce sont de petites plantes comme le gazon d’Olympe, et d’autres petits gazons employés en bordure dans les jardins.

HUITIÈME CLASSE
HYPOCOROLLIE

La primevère et l’oreille-d’ours sont les principaux genres de la famille des primulacées, la première de la huitième classe. Ces fleurs sont fort connues et peu remarquables.

Les acanthées, qui forment la deuxième famille, sont surtout remarquables à cause de l’élégance de leurs feuilles, qui ont été adoptées pour ornement par les sculpteurs de l’antiquité. Callimaque fut le premier qui s’en servit pour décorer le chapiteau de l’ordre corinthien dont il est regardé comme l’inventeur.

Parure élégante des jardins, les espèces composant la famille des jasminées forment autour d’elles une atmosphère de parfums s’exhalant du lilas et de toutes les espèces de jasmin. Mais le genre le plus important de cette famille est l’olivier, source de prospérité pour la Provence et les contrées méridionales de l’Europe.

On attribuait autrefois aux espèces de la famille des verbénacées des propriétés prodigieuses: ainsi, le genre gattilier passait pour être le remède le plus efficace contre les tourments de l’amour; et la verveine, autre genre de la même famille, jouait un grand rôle dans les enchantements et la sorcellerie. Aujourd’hui il n’y a plus guère que les médecins qui reconnaissent quelque vertu à cette plante, mais ils n’en sont pas plus sorciers pour cela.

Les jolies plantes composant la famille des labiées, plantes dont les caractères sont aussi naturels que les propriétés, habitent plus particulièrement les collines et les lieux exposés au soleil; tels sont le thym, la sarriette, la sauge, qui forment un si agréable assaisonnement. Un phénomène curieux s’observe dans une espèce de cette famille, le dracocephalum variegatum: les fleurs, au nombre de quatre, sont presque droites et sessiles; elles sont susceptibles d’être mues horizontalement dans l’espace d’un demi-cercle, et restent immobiles dans la position qu’on leur a fait prendre.

On a donné le nom de personnées aux plantes composant la sixième famille de cette classe, parce que la configuration de leurs fleurs représente assez bien un masque. Elles sont d’un grand usage en médecine; quelques-unes contiennent un poison très-actif.

Les plantes de la famille des solanées ont en général une teinte sombre et livide, une odeur fétide, qui semblent indiquer leurs propriétés dangereuses; telles sont la belladone, la mandragore, la jusquiame, la pomme épineuse, etc. Mais, par compensation, cette famille compte au nombre de ses membres la pomme de terre, qui est du pain tout fait, et grâce à laquelle il ne peut plus y avoir de famine en Europe. Cette plante fut apportée en 1590 du Pérou en Europe, où elle s’est multipliée à l’infini, non sans peine pourtant! Pendant près de deux siècles, le peuple n’en voulait faire d’autre usage que de la donner pour nourriture aux pourceaux, et il fallut des efforts inouïs pour déraciner le préjugé qui l’empêchait d’être admise sur la table du pauvre. Le célèbre Parmentier fut le plus infatigable propagateur de la pomme de terre. Désespéré pourtant du peu de succès qu’il obtenait, il s’avisa de s’adresser au roi Louis XVI.—«Sire, lui dit-il, c’est dans trois jours la fête de Votre Majesté (Saint-Louis, 25 août): si vous consentiez à porter ce jour-là une fleur de pomme de terre à la boutonnière de votre habit, je suis persuadé que cela ferait plus que tous les écrits possibles pour faire adopter cette plante.» Le roi y consentit, et il ordonna en même temps qu’à partir de ce moment on servît chaque jour sur sa table un plat de pommes de terre. L’expédient eut un résultat prodigieux: bien en cour, les pommes de terre firent fureur à la ville, et le peuple accepta enfin un bienfait qu’il avait si longtemps repoussé.

C’est encore dans la famille des solanées que se trouve le tabac. Jean Nicot, ambassadeur de France en Portugal l’apporta en 1559 à la reine Catherine de Médicis. L’usage du tabac est une lèpre qui va s’étendant sans cesse; aussi n’a-t-il pas fallu de grands efforts pour le propager.

Dans la famille des borraginées, les changements de couleurs sont presque universels. C’est ainsi, par exemple, que les fleurs du tournefort, d’un blanc verdâtre d’abord, passent, avant de se flétrir, à une couleur noire très-foncée: d’autres plantes de la même famille, telles que la pulmonaire, la consoude, ont les fleurs rouges à leur épanouissement, et bleues dans leur vieillesse. A cette famille appartiennent les héliotropes, dont quelques espèces sont très-recherchées, et l’orcanette, dont la racine contient un principe colorant d’un rouge plus ou moins foncé, et dont les dames athéniennes se servaient comme de fard, pensant sans doute qu’il devait leur être permis d’emprunter quelque chose aux fleurs auxquelles on les comparait.

La famille des convolvulacées se compose de plusieurs genres de liserons d’une forme élégante. A cette famille appartient la patate, qui offre un aliment presque aussi substantiel que la pomme de terre.

Presque toutes les plantes de la famille des polémoniacées, qui vient ensuite, sont originaires de l’Amérique septentrionale. L’un des genres les plus remarquables de cette famille est le phlox, qui présente une grande variété de couleurs. Le genre des cobæa est aussi fort joli. A Paris, dans les quartiers populeux, les cobæa tapissent une grande partie des fenêtres, et la beauté de leurs fleurs fait un contraste frappant avec la malpropreté des rues. C’est la fleur du pauvre; comme lui, elle vit de peu, sa jeunesse passe vite et ses joies sont courtes.

Entièrement exotique, la famille des bignoniées porte de très-belles fleurs. La principale espèce est le catalpa, bel arbre originaire d’Amérique, qui forme dans quelques-uns de nos jardins de magnifiques allées. La bignone toujours verte, qu’on nomme aussi jasmin odorant de la Caroline, et la bignone droite, ou jasmin de la Virginie, sont aussi de fort belles plantes. A la même famille appartient le sésame d’Orient; c’était le sésame des anciens: ses graines contiennent un principe oléagineux dont on tire une huile excellente.

Après la famille des gentianées, entièrement composée de plantes herbacées donnant de très-belles fleurs, vient celle des apocynées, plus nombreuse et plus brillante, qui comprend les lauriers-roses, les frangipaniers et les pervenches, ces douces et modestes fleurs que Rousseau affectionnait et qu’il préférait même à la rose. C’est aussi aux apocynées qu’appartient le genre des asclépias, qui est très-nombreux, et la plante appelée gobe-mouche, dont nous avons parlé dans notre première partie.

Les sapotées, qui forment la dernière famille de cette classe, sont toutes plantes exotiques dont plusieurs sont cultivées dans les pays chauds, tant à cause du parfum de leurs fleurs que pour leurs fruits, qui ont une saveur très-agréable. Celui du sapotillier est un mets délicieux pour les habitants des Antilles.

NEUVIÈME CLASSE
PÉRICOROLLIE

Les diospyrées, première famille de la neuvième classe, sont des arbres résineux; le styrax est une de ses espèces les plus remarquables: la résine qu’on en retire par incision dans quelques contrées de l’Asie, se nomme storax; le benjoin, résine précieuse, est produit par un autre arbre de la même famille.

On doit au genre rhododendron, le plus remarquable de la famille des rhodoracées, plusieurs belles espèces qui font l’ornement des jardins; l’azalée est aussi une fort jolie plante de la même famille. On assure que le miel des abeilles qui ont butiné sur les fleurs de cette plante est dangereux.

La famille des éricoïdes diffère peu de la précédente: le genre bruyère est le principal de cette famille; il renferme un grand nombre d’espèces originaires du cap de Bonne-Espérance; telles sont la bruyère en arbre, la bruyère cendrée, la bruyère élégante et celle de la Méditerranée.

La plupart des plantes de la famille des campanulacées sont cultivées à cause de leur brillante corolle en forme de clochette; le nombre des campanules est considérable, et leurs fleurs rivalisent de beauté. Un autre genre de cette famille, les lobélies, porte un suc vénéneux, et la lobelia tupa, qu’on trouve au Chili, est un des poisons les plus actifs que l’on connaisse.

DIXIÈME CLASSE
ÉPICOROLLIE—SYNANTHÉRIE

Cette classe ne se compose que de trois familles; la première est celle des chicoracées, dont les fleurs ne s’épanouissent que par un beau temps. A cette famille appartient la laitue, la romaine, la chicorée sauvage, que l’on a si ridiculement essayé de substituer au café, la scorsonère et le salsifis.

A la famille des cyranocéphales appartiennent les artichauts, les cardons, le chardon, et au milieu de beaucoup d’autres plantes, la plus précieuse pour les dames, celle à l’aide de laquelle elles font disparaître la pâleur produite par l’insomnie, les plaisirs et les fatigues du bal, le carthame, enfin, qui est la base du rouge végétal, grâce auquel tant de belles ajoutent l’éclat et la fraîcheur de la rose à la blancheur du lis (vieux style).

La plus grande partie des plantes appartenant à la famille des corymbifères produisent de jolies fleurs; tel est le genre aster, qui comprend l’œil-de-Christ, l’aster en feuilles de cœur, la reine-marguerite. Viennent ensuite les chrysanthèmes (fig. 40), les soleils et les immortelles, qui doivent ce nom à leur longue durée.

ONZIÈME CLASSE
ÉPICOROLLIE—CORISANTHÉRIE

Après les dispacées, première famille de cette classe, dont les valérianes sont le genre principal, viennent les rubiacées, nombreuse famille qui doit surtout son importance à l’efficacité des remèdes produits par quelques-unes de ses espèces; tels sont le quinquina et l’ipécacuanha. C’est aussi aux rubiacées qu’appartient le végétal qui fournit le café. Cet arbrisseau, originaire de l’Arabie, fut transporté par les Hollandais à Batavia, et de là à Amsterdam. Un pied fut envoyé à Paris, où il prospéra dans les serres du Jardin des Plantes. Plusieurs pieds furent, de là, envoyés à la Martinique; mais un seul y arriva vivant. Telle est l’origine de toutes les plantations qui existent aujourd’hui aux Antilles.

Le principal genre des caprifoliées, troisième et dernière famille de la onzième classe, est le chèvrefeuille, dont les fleurs exhalent un parfum si délicieux; viennent ensuite le sureau, le gui, le manglier et quelques autres peu importants.

DOUZIÈME CLASSE
ÉPIPÉTALIE

Deux familles seulement composent cette classe, les araliées, petite famille à laquelle est dû le genseng, dont l’origine a été longtemps douteuse, et qu’on a confondu avec l’angélique, et la famille des ombellifères, à laquelle appartiennent la carotte, le panais, le céleri, le persil, l’anis, la coriandre, l’angélique, etc.

TREIZIÈME CLASSE
HYPOPÉTALIE

Cette classe est la plus nombreuse du règne végétal; vingt-trois familles la composent. La première est celle des renonculacées, famille aussi dangereuse que belle, dont presque tous les individus ont des propriétés vénéneuses; telles sont la renoncule âcre, la rampante, appelée bouton-d’or, la renoncule aquatique, la scélérate, la clématite brûlante, appelée vulgairement herbe aux gueux, parce que les mendiants s’en servent souvent pour se donner des ulcères factices.

Cela n’empêche pas qu’un grand nombre de renonculacées soient cultivées dans les jardins à cause de la beauté de leurs fleurs. Les plus remarquables sont le gant de Notre-Dame, le pied-d’alouette, toutes les variétés d’anémones, les pivoines, etc. C’est aussi à cette famille qu’appartiennent les aconits, dont une espèce, l’aconit napel, servait à empoisonner les flèches dans l’antiquité. Bien que le suc de cette dernière plante soit encore une substance très-dangereuse de nos jours, il est permis de penser qu’elle a perdu quelque chose de sa violence, de même que la ciguë, qui, au témoignage de l’histoire, était, dans l’antiquité, un poison des plus violents et des plus infaillibles, et qui est maintenant, dans nos contrées, une plante presque anodine. Le meilleur est pourtant de ne pas s’y fier.

La famille des papavéracées n’est pas moins remarquable que la précédente: les sucs de ces plantes offrent des colorations diverses, à l’aide desquelles les sauvages de l’Amérique se teignent le corps. Presque tous les genres de papavéracées jouissent de propriétés narcotiques; mais c’est surtout dans le pavot d’Orient (papaver somniferum), très-cultivé dans nos jardins, que cette propriété se trouve à un haut degré. La meilleure espèce est celle de Perse; c’est d’elle qu’on tire l’opium, qui est d’un usage si général parmi les Orientaux, chez lesquels il remplace les liqueurs spiritueuses, proscrites par la loi de Mahomet. L’opium, dans ces contrées, se prend en infusion ou il se fume mêlé avec du tabac. Pris à petite dose de l’une ou de l’autre manière, l’opium excite la gaieté et plonge dans une douce ivresse; à une dose plus forte, il détermine l’assoupissement, le délire, la mort. L’abus que font les Orientaux de cette substance est la seule cause de l’espèce d’engourdissement moral dans lequel ces peuples sont constamment plongés. Il faut qu’il soit bien difficile de renoncer à l’usage de l’opium quand on en a l’habitude, puisque la peine de mort prononcée par la loi, en Chine, contre tout fumeur, mangeur, vendeur ou acheteur de cette substance, n’a pu y faire renoncer la population. L’empereur, voulant absolument détruire ce déplorable usage, a tenté d’interdire l’accès de ses États aux navires anglais chargés d’opium. Mais les Anglais, marchands avant tout, lui ont fait la guerre, et le grand souverain du Céleste Empire a dû se résigner à laisser empoisonner ses sujets. Il y a des gens qui voient là un progrès de la civilisation!

La famille des crucifères comprend les ravenelles, les giroflées, les juliennes, charmantes fleurs qui ornent et embaument nos parterres; le genre raifort, rave, radis, cresson, appartient aussi à la famille des crucifères, de même que le genre chou, dont les variétés sont innombrables, le colza, le turneps, le navet, le pastel, dont on retire l’indigo, la moutarde, etc.

Les capparidées forment une famille beaucoup moins nombreuse et moins importante; on y remarque pourtant le câprier, dont les fruits se mangent confits dans du vinaigre, et le réséda, modeste fleur dont l’odeur est si agréable.

Les sapindées forment la cinquième famille de cette classe. Toutes les plantes de cette famille sont exotiques; la principale est le savonnier: ses fruits sont revêtus d’une écorce savonneuse dont on se sert en Amérique et aux Indes pour blanchir le linge.

La famille des acéridées est aussi fort restreinte, puisqu’elle ne se compose que des érables, des marronniers et des frênes. L’érable produit le sucre en assez grande abondance; il suffit, pour obtenir cette substance, de faire une incision à l’arbre; il en découle un sirop que l’on cristallise facilement. C’est du frêne à fleurs qu’on obtient la manne. A voir ces énormes marronniers d’Inde qui font l’ornement de nos plus belles promenades, on pourrait croire que quelques-uns sont âgés de plusieurs siècles; il n’en est rien pourtant, car le premier individu de ce genre ne fut apporté en France qu’en 1615; on le planta à l’hôtel Soubise, et ce fut encore bien longtemps après que la beauté de ses fleurs le fit adopter comme arbre d’ornement.

Les malpighiacées ont beaucoup d’analogie avec les acéridées. On doit la découverte de cette famille au célèbre botaniste Malpighi, qui lui donna son nom. Quelques genres de malpighiacées donnent des fruits assez estimés dans les îles de l’Amérique et du Pérou.

Les hypéricées, dont les genres sont vulgairement appelés millepertuis, doivent ce nom à la grande quantité de points glanduleux, transparents, dont leurs feuilles sont souvent parsemées. Plusieurs genres de cette famille donnent un suc résineux connu sous le nom de gomme-gutte d’Amérique.

Il en est de même de la plupart des genres de la famille des guttifères.

Les hespéridées sont aussi des végétaux exotiques, dont beaucoup sont cependant cultivés avec succès en Europe. Ornements majestueux de nos jardins, les hespéridées séduisent nos yeux par la beauté de leurs fleurs et de leurs fruits, comme elles charment notre odorat par les délicieux parfums qu’elles exhalent. C’est à cette belle famille qu’appartiennent l’oranger, le citronnier, le camélia, le thé, etc.

La famille des méliacées donne aux arts plusieurs bois précieux, entre autres l’acajou.

Celle des sarmentacées, qui vient ensuite, n’a qu’un seul genre important, la vigne; mais ses innombrables variétés sont une source immense de richesse. La vigne habite un grand nombre de contrées; mais c’est dans les pays méridionaux et surtout dans les terroirs volcaniques qu’elle déploie toute la vigueur et la beauté de sa végétation.

«Je me rappelle encore, dit un voyageur, l’impression que produisit sur moi l’aspect enchanteur de l’immense jardin du Vésuve; de toutes parts s’élevaient de longs sarments de vigne qui, s’entrelaçant de mille manières différentes, offraient leurs grappes magnifiques au voyageur brûlé par les ardeurs du soleil. Point d’épiderme ni de graines coriaces comme dans la plupart des raisins de nos contrées: peau, pulpes, semences, tout se résolvait en un suc délicieux. Après avoir franchi ce nouvel Éden et dépassé la demeure de l’ermite, la végétation, jusqu’alors si brillante, ne s’annonça plus que par quelques arbres; bientôt elle cessa entièrement, et ma vue n’eut plus à se reposer que sur de vastes champs de lave. Le chemin devenait roide et escarpé; mais une fois arrivé au sommet, je fus bien dédommagé de mes fatigues par l’imposant spectacle qui s’offrit à mes regards. A gauche, je contemplais le cap Sorrento, les îles de Caprée, de Procita, Portici, Torre del Greco et la mer. A droite se dessinait le beau bassin du golfe de Naples, l’immense amphithéâtre formé sur ses bords par la ville, la côte du Pausilippe, Pouzzoles et le promontoire de Misène. Derrière moi j’avais les montagnes de la Calabre et la ville de Pompeïa; enfin les Camaldules terminaient ce magnifique paysage. L’admiration que me causait ce tableau était souvent interrompue par les bruits qu’on entendait dans l’intérieur de la montagne, et qui précédaient les longues colonnes de feu qu’on voyait s’élever dans les airs, retomber en gerbes immenses, ou se répandre comme un torrent sur les flancs du Vésuve, qui ressemblait à une mer de feu. Je quittai ce lieu de merveilles, l’âme pleine de ces grandes émotions qu’un tel spectacle peut seul faire naître. En descendant la montagne, le guide me montra plusieurs endroits où la vigne est d’une fertilité prodigieuse. Lorsque la lave d’une éruption l’a détruite, il suffit du plus petit rejet pour qu’elle repousse avec la plus grande rapidité, et dans l’espace d’un an, elle se couvre d’une récolte supérieure à celle de l’année précédente. Cette extrême fertilité explique l’insouciance de l’habitant du Vésuve pour les dangers sans cesse renaissants dont il est entouré.»

La famille des géraniées est une de celles qui renferment le plus de plantes d’agrément; à elle appartiennent les géraniums, dont il existe plus de deux cents variétés, depuis le géranium écarlate, dont l’odeur est fétide, jusqu’au géranium triste, qui exhale pendant la nuit un si délicieux parfum. A cette famille appartiennent également la vive capucine, la tendre balsamine et la timide violette, ce doux symbole de discrétion et de modestie.

A la famille des malvacées appartiennent les mauves, ces belles roses trémières aux mille couleurs dont il se fait maintenant de si charmantes et si nombreuses collections; le cacaoyer, avec le fruit duquel se fait le chocolat, et le baobab ou calebassier, ce colosse du règne végétal, dont le tronc a souvent plus de cent pieds de circonférence. Le célèbre Adanson a observé en Afrique quelques-uns de ces arbres dont l’existence, d’après ses calculs, remontait à plus de quatre mille ans.