ORANGER.—Dans les pays chauds, et même en France, dans la Provence, l’oranger est un arbre de pleine terre, donnant en abondance des fruits parfumés, d’une saveur délicieuse; mais partout ailleurs on ne cultive l’oranger que comme arbre d’ornement, et pour sa fleur, si belle et d’une si suave odeur.
La culture de l’oranger présente beaucoup moins de difficultés qu’on ne le croit communément. Il se plaît dans une terre franche, mélangée de terre de bruyère et de terreau; il craint plus l’eau que le froid, et bien qu’il soit prudent de le mettre en serre d’octobre en avril, on pourrait sans danger le laisser à l’air libre tant que la température ne serait pas plus basse que quatre degrés centigrades au-dessous de zéro. Aussi, dans la serre où on le place, ne faut-il faire du feu que lorsque le froid arrive à ce point.
Vers la fin d’avril, on remet les orangers à l’air libre; il est bon alors d’en laver les grosses branches et le tronc avec de l’eau claire et une brosse, et d’en arroser abondamment le feuillage.
Tous les trois ou quatre ans au plus, il faut renouveler, au moins en grande partie, la terre dans laquelle végète l’oranger. Lorsqu’on s’aperçoit que les feuilles, ordinairement d’un beau vert, pâlissent, cela annonce que l’arbre est trop à l’étroit; que ses racines sont gênées. On a alors le choix entre deux expédients: l’un consiste à tailler les branches de manière à ce que l’arbre exige moins de subsistance; l’autre est de mettre l’oranger dans une caisse plus grande que celle où il est gêné.
L’oranger se multiplie assez facilement par marcottes et par boutures; il est aussi très-facile de le multiplier par graines: dans une terre composée comme nous l’avons dit plus haut, on plante, à une profondeur de deux centimètres et à une distance de sept à huit centimètres les uns des autres, les pépins d’une orange très-mûre et même pourrie; puis on enfonce le contenant de cette plantation dans un pot plus grand ou une caisse remplie de fumier de cheval. On le couvre d’une cloche de verre qu’on lève de temps en temps pour donner de l’air et arroser avec de l’eau tiède. Cela se fait en mars; au mois de mai on peut supprimer la cloche, et, en septembre, les plantes étant assez fortes, on les sépare pour mettre chacune dans le pot ou dans la caisse qui lui est destinée, et dont la terre doit être mélangée comme il est dit plus haut. Il est très-important, en levant ces jeunes plantes, de ne point dégarnir leurs racines de la terre qui leur est adhérente.
Les fleurs de l’oranger nouvellement cueillies sont d’un grand prix; les distillateurs, à Paris, les payent jusqu’à douze francs le kilogramme; mais les jardiniers fleuristes les font payer bien plus cher encore, quand il s’agit d’en faire une couronne de mariée; car la fleur d’oranger est l’emblème par excellence de la virginité. Et voyez comme l’épigramme se glisse partout! il n’est pas un produit de nos jardins que les fabricants de fleurs artificielles soient parvenus à imiter d’une manière plus parfaite. C’est à ce point qu’aujourd’hui presque toutes les couronnes de jeunes mariées sortent des ateliers de la rue Saint-Denis, à Paris... Mon Dieu! nous savons bien qu’elles n’en sont pas moins pures pour cela (les jeunes mariées); mais, il faut le dire, si la fraude n’est pas là d’un fâcheux augure, elle est certainement de bien mauvais goût.
OREILLES D’OURS.—C’est le nom fort laid d’une très-jolie plante dont les amateurs cultivent jusqu’à six cents variétés et dont ils font d’admirables collections. Toutes ces variétés fleurissent en avril, et leurs couleurs vives et veloutées présentent l’aspect le plus agréable. L’oreille-d’ours n’aime pas le soleil, et pourtant plus qu’une autre plante elle redoute l’humidité; aussi est-il nécessaire, pour en obtenir de beaux produits, de la cultiver en pots, afin de pouvoir, lorsque les pluies du printemps sont trop abondantes, les garantir de ce danger. Pour cela, il n’est pas nécessaire de rentrer les pots; on les couche seulement de manière que la pluie n’atteigne que les parois extérieures du vase sans pouvoir pénétrer à la racine de la plante. L’oreille-d’ours se plaît à l’exposition du nord et de l’ouest, dans une terre composée moitié de terre franche, moitié de terre de bruyère, le tout mélangé d’un peu de terreau. On n’arrose cette plante que dans les temps très-secs; encore ces arrosements doivent-ils être fort peu abondants. La multiplication s’obtient par éclats de racine; mais pour former une collection, il faut semer les graines, dès qu’elles sont mûres, en terre de bruyère et à l’ombre. Le plant étant assez fort, on le relève et on le repique, en observant une distance de dix ou douze centimètres entre chacun. On obtient ainsi toutes les variétés possibles, et lors de l’inflorescence on peut faire un choix des plus jolis.
ORNITHOGALE.—Plante bulbeuse, donnant en juin des fleurs blanches en étoile. On en cultive plusieurs variétés, de couleurs diverses, dont quelques-unes sont odorantes. Toutes se cultivent de la même manière.—Terre franche mêlée de terre de bruyère; arrosements fréquents.—Multiplication par caïeux séparés des oignons, que l’on relève tous les deux ans, en juillet. On nettoie ces caïeux, on les met sur une planche, dans un lieu sec et à l’ombre, et on les plante en octobre. C’est encore une des fleurs dont on fait collection: il y a des ornithogales indigènes et d’autres exotiques; la culture des diverses espèces est la même.
OROBE.—C’est une des plus précoces et des plus jolies fleurs printanières, jaunes ou rouges, selon la variété, qui s’épanouissent en mars.—Plante vivace, à racines fibreuses, demandant peu de soins.—Terre franche.—Multiplication par semis, ou mieux par éclats.
ORVALE ou LAMIER.—Belle plante à racines fibreuses, donnant, en avril, de grandes fleurs blanches tachetées d’un beau vert.—Terre franche.—Multiplication par éclats en octobre ou par semis en février.
OXALIDE.—Plante de serre chaude, qui fleurit en février. On en cultive plusieurs espèces, dont une seule, l’oxalide pied-de-chèvre, est odorante. Les fleurs de cette dernière sont d’un beau jaune; celles des autres espèces sont d’un rose tendre, ou blanches rayées de rouge.—Terre de bruyère; arrosements peu abondants, mais fréquents.—Multiplication par caïeux, détachés en juin et replantés en septembre.
P
PACHYSANDRE.—Plante vivace dont les fleurs, petites et d’un rose tendre, s’épanouissent en mai.—Terre de bruyère, peu d’eau.—Multiplication par rejetons ou par éclats de racines.
PAIN-DE-POURCEAU OU CYCLAME.—Les fleurs de cette plante s’épanouissent en mai, et présentent cette singularité que la partie supérieure de leur corolle regarde la terre; aussi en a-t-on fait le symbole du regret. On en cultive plusieurs espèces, dont quelques-unes ont une odeur fort agréable; mais l’aspect de ces fleurs est triste; on dirait, selon l’expression de M. de Chateaubriand, qu’elles aspirent à la tombe. Cette disposition ne justifie pourtant pas le hideux nom vulgaire qu’on leur a donné.—Terre de bruyère, peu d’eau; en serre aux premiers froids.—Multiplication par racines ou par graines semées en juin, en pots, et dont les plants doivent être relevés et repiqués au mois de mars suivant.
PANCRATIER.—On en cultive deux espèces: le pancratier maritime et le pancratier d’Illyrie. Ce sont des plantes bulbeuses fort jolies, dont les grandes fleurs blanches, qui s’épanouissent en juillet, exhalent une odeur fort agréable.—Terre de bruyère; peu d’eau.—Multiplication par caïeux détachés en septembre et replantés un mois après, de même que les oignons.
PANICAUT.—Fleurs bleues en août.—Terre fraîche; arrosements modérés.—Multiplication par rejetons, ou par graines semées au printemps.
PAQUERETTE.—Charmante petite plante vivace dont les fleurs, dès le mois d’avril, émaillent le gazon des pelouses, et qui n’ont besoin, pour s’épanouir, que d’un rayon de soleil et d’une goutte de rosée. De cette gentille petite villageoise l’éducation a fait presque une grande dame; sa parure si simple s’est nuancée de riches couleurs, et ses formes ont gagné en grâce ce qu’elles ont perdu en modestie. Par la culture, en effet, on obtient des pâquerettes doubles, blanches, rouges, roses, panachées, etc.; mais, malgré ces métamorphoses, la pâquerette se contente de peu.—Terre franche et fraîche, c’est tout ce qu’il lui faut, et il suffit, pour la multiplier à l’infini, d’en diviser les touffes au mois de mars.
PARNASSIE.—En août, fleurs blanches et jaunes, d’un aspect singulier, à cause des espèces d’écailles et de cils dont elle est garnie. Plante vivace à racines fibreuses.—Terre de bruyère; arrosements fréquents et abondants en tout temps.—Multiplication par éclats de racines, au printemps.
PAVOT.—Charmante fleur qui s’épanouit en juin, et dont la graine a des propriétés narcotiques très-puissantes et même dangereuses. On en cultive plusieurs espèces: la plus brillante est le pavot oriental, dont les fleurs, d’un rouge éclatant, atteignent une grandeur extraordinaire. C’est de cette espèce, ainsi que nous l’avons dit dans la Botanique, que l’on tire l’opium, poison d’un grand prix, et dont les effets sont si singuliers ou si terribles, selon les doses qu’on en absorbe. Pris à dose modérée, l’opium exalte au plus haut degré toutes les facultés intellectuelles: sous l’influence de cette substance, on vit en quelque sorte dans un monde nouveau et tout rempli de prodiges dont, à l’état normal, il serait impossible de se faire l’idée; l’homme d’une élocution difficile devient éloquent; le plus illettré est poète; quelques-uns parlent des langues qu’ils n’ont jamais apprises, qu’ils possèdent comme par intuition tant que l’influence de l’opium est dans sa force, et qu’ils oublient entièrement lorsque vient la réaction. Cette réaction est terrible: le regard s’éteint; une pâleur livide succède à l’animation du visage; les sens s’affaiblissent d’autant plus que la surexcitation qu’ils viennent d’éprouver a été plus violente, et le malheureux mangeur ou fumeur d’opium arrive à un état presque complet d’idiotisme, qui dure jusqu’à ce qu’une nouvelle dose de ce poison l’en fasse sortir. L’homme le mieux constitué ne résiste pas longtemps à ces alternatives d’exaltation et d’anéantissement: il vieillit vite; ses cheveux blanchissent et ses mains tremblent avant l’âge, et il touche à la caducité alors que les facultés dont la nature l’a doué devraient être dans toute leur force...
En vérité, je vous le dis, tout cela est dans une fleur, et j’en sais d’autres encore dont les propriétés sont plus redoutables...; mais c’est du pavot qu’il s’agit: cette plante annuelle se sème en mars.—Terre franche; arrosements modérés.
PENSÉE.—Cette fleur, qui fleurit en mars, n’est qu’une variété de la violette, et c’est la seule qui se plaise au soleil, où elle étale avec complaisance sa parure violette et jaune. Il faut bien lui pardonner cette ostentation, car elle n’a pas, comme sa modeste sœur, un doux parfum qui puisse faire deviner sa retraite.—Terre franche, arrosements modérés.—Multiplication par graines.
PERCE-NEIGE.—Jolie petite fleur blanche, la première qui se montre à travers le manteau glacé qui couvre assez ordinairement la terre au mois de février. Au banquet de la vie, la pauvrette ne doit apparaître qu’un instant; penchée mélancoliquement vers la terre, elle semble regretter l’obscurité d’où elle n’est sortie que pour annoncer le réveil de la nature. Ce gentil précurseur du printemps se plaît en terre franche et fraîche.—Multiplication par caïeux que l’on détache des oignons tous les deux ou trois ans, au mois de juillet.
PERVENCHE.—Si cette plante nous est chère, ce n’est pas la faute à Voltaire, comme disait Béranger, il y a quelque trente ans; mais nous devons convenir que c’est un peu la faute de Rousseau. La pervenche était, en effet, la fleur de prédilection du philosophe de Genève, auquel elle rappelait quelques jours heureux de sa jeunesse. On en a fait depuis le symbole du premier amour. C’est, en réalité, une petite fleur modeste, d’une inocuité parfaite. On en cultive deux espèces: la grande, dont la fleur, qui s’épanouit en mai, est d’un bleu d’azur, et la petite, qui est d’un rouge vif.—Terre franche, peu d’eau.—Multiplication par rejetons et par graines.
PHALANGÈRE.—Belle plante, dont les fleurs en épi, blanches ou roses, selon la variété, s’épanouissent en juillet. On en cultive de plusieurs espèces, et les fleurs de quelques-unes ressemblent, en petit, aux fleurs du lis, ce qui a fait donner à l’une d’elles le nom de lis de saint Bruno.—Terre franche, mêlée de terre de bruyère et de terreau; arrosements fréquents.—Multiplication par graines.
PHLOX.—Admirable plante vivace qui a souvent plus d’un mètre et demi de hauteur, et dont les charmantes fleurs, roses, bleues, lilas, blanches, selon la variété, doivent être mises au nombre des plus beaux ornements des jardins, de juillet en septembre.—Terre franche; arrosements abondants.—Multiplication par éclats de racines.
PHLOMIS.—Plante vivace qui fleurit en août. Ses fleurs, d’un rouge violacé, sont peu remarquables; mais cela fait nombre et jette de la variété dans un parterre. Les racines de cette plante sont bulbeuses, et on la multiplie par la séparation de ses bulbes, qu’on opère au mois d’avril, et qui doivent être replantées aussitôt.
PIED-D’ALOUETTE.—Plante annuelle, dont les fleurs en épi offrent toutes les variétés de couleurs imaginables. Rien de plus joli au mois de juin et de juillet qu’une bordure de pied-d’alouette; il n’est pas de fleur qui ajoute autant à la beauté d’un parterre, surtout lorsque les graines ayant été recueillies avec soin, on a pu mélanger les couleurs.—Terre franche mélangée de terreau; arrosements fréquents et peu abondants.—Multiplication par graines semées fin mars.
On cultive une autre espèce de pied-d’alouette, dont la tige est plus élevée que celle dont nous venons de parler, et dont les fleurs sont plus grandes. Cette dernière est vivace et peut se multiplier par éclats de racines, séparés en octobre.
PIGAMON.—La fleur de cette plante, qui s’épanouit en mai, est surtout remarquable à cause d’une aigrette de soixante étamines que portent ses pétales. On en cultive deux variétés, l’une jaune, l’autre lilas. C’est une plante vivace, à racines fibreuses, qui se plaît en terre franche et qu’on multiplie par éclats en octobre.
PIMENT.—Ce n’est pas pour ses fleurs qu’on cultive cette plante annuelle, mais pour ses fruits, qui sont au mois d’août gros comme des œufs de poule, et d’un beau rouge éclatant, et qui font un très-bel effet au milieu des fleurs qui s’épanouissent dans le cours de ce mois. Ce fruit a d’ailleurs l’avantage de pouvoir être employé en cuisine. Il est plus ardent que le poivre, dont il a, en partie, la saveur et les propriétés. Sa culture, d’ailleurs, demande peu de soins. On le sème, au printemps, en terre franche mêlée de terreau, exposition du midi; peu ou point d’eau.
PIVOINE.—On cultive deux espèces de pivoine, qui fleurissent en mai; la pivoine commune et la pivoine en arbre. La première est une plante vivace, dont les grandes et belles fleurs sont rouges, blanches ou roses, selon la variété. Elle se plaît en terre franche, demande peu de soins, et se multiplie par éclats de racines, faits en octobre.
La pivoine en arbre est un bel arbuste qui a quelquefois deux mètres de haut. Ses fleurs, grandes et roses, conservent pendant un mois entier et plus leur fraîcheur, qui est des plus suaves. La culture de cet arbuste demande quelques soins. D’abord, il doit être en pot ou en caisse, afin de pouvoir être rentré dès les premiers froids, et tant que dure l’hiver, il faut qu’il reçoive le plus de lumière possible.—Terre de bruyère, cinq dixièmes; terre franche, trois dixièmes; terreau, deux dixièmes.—Multiplication par graines, et mieux par marcottes, qui prennent très-facilement, mais qu’il ne faut sevrer que la deuxième année, afin que la plante soit vivace; levée la première année, la marcotte donnerait des fleurs; mais ce ne serait qu’une plante annuelle.
PODALYRIA.—Plante vivace, à racines fibreuses, dont les fleurs, d’un beau bleu, paraissent en juin; elles sont inodores et peu remarquables, malgré leur couleur; mais elles font nombre dans un parterre, où il faut avant tout de la variété.—Terre franche; arrosements modérés.—Multiplication par graines semées fin mars, ou par éclats de racines, au mois d’octobre.
PODOPHILLE.—Les fleurs de cette plante, à racines fibreuses, s’épanouissent en mai; elles sont blanches et présentent la forme d’un bouclier.—Terre franche; arrosements modérés.—Multiplication par rejetons ou par graines semées en mars.
POIS DE SENTEUR.—C’est encore là une de ces belles, suaves et modestes fleurs qui prodiguent leurs faveurs à quiconque leur accorde quelques brins de terre, un peu d’eau, et leur permet de recevoir un rayon de soleil. Rien de plus joli que ces fleurs veloutées, rouges, roses, bleues, blanches, qui ressemblent aux ailes des plus beaux papillons et qui répandent au loin leur enivrant parfum. Et pourtant cette délicieuse fleur est assez généralement dédaignée; c’est que, par malheur... par bonheur plutôt, elle ne coûte rien, ce qui la fait adopter par le pauvre. Elle fait, avec la capucine, le cobæa, l’ornement des fenêtres-mansardes, et il est peu de chaumières dont les chétives murailles ne lui accordent protection.
Belle et bonne, c’est aux belles et aux bonnes que nous la recommandons.—Terre franche.—Multiplication par graines semées fin mars.
POLÉMOINE.—Plante peu remarquable, donnant en mai des fleurs en bouquets, d’un rouge nuancé de bleu.—Terre franche.—Multiplication par graines ou par éclats de racines, en mars.
PRIMEVÈRE.—C’est encore une de ces plantes dont certains amateurs font des collections, à cause du nombre de variétés qu’on peut en obtenir. Les primevères offrent près de quatre cents variétés qui présentent toutes les couleurs et toutes les nuances connues et qui toutes fleurissent en avril. Cette plante se multiplie parfaitement par éclats; mais, pour obtenir des variétés, il faut avoir recours au semis, qui se fait dans les premiers jours de mars.—Terre légère et franche.
PULMONAIRE.—On cultive deux espèces de cette plante, qui ne diffèrent entre elles qu’en ce que l’une est vivace: c’est la pulmonaire de Virginie, et l’autre est annuelle: c’est la pulmonaire de Sibérie. Toutes deux donnent, en mars, de petites fleurs. Celles de la première espèce sont rouges, bleues ou blanches, selon la variété. La seconde n’a que des fleurs bleues, petites, comme celles de l’autre, mais d’un éclat plus vif.
La pulmonaire vivace se multiplie par éclats de racines, au mois d’octobre; on multiplie celle de Sibérie par graines semées aussitôt après les grands froids.—Terre légère et fraîche pour toutes deux.
PYROLE.—En juin, petites fleurs d’un rose tendre, placées par deux sur chaque pédoncule. On en cultive deux espèces: l’une odorante et l’autre inodore. Même culture pour toutes deux.—Terre de bruyère; arrosements fréquents.—Multiplication par éclats de racines, au printemps.—En serre pendant l’hiver.
R
REINE-MARGUERITE.—Les fleurs de cette plante, que l’on nomme aussi Aster de la Chine, rivalisent de beauté avec celles du dahlia, et ses variétés ne sont pas moins nombreuses. Elles s’épanouissent en juillet, et l’on en fait de brillantes collections qui offrent un aspect charmant. La culture en est excessivement facile.—Terre franche.—Multiplication par graines semées en avril. La meilleure graine est celle que la tige-mère porte à son extrémité; si on la garde un an avant de la semer, la fleur n’en est que plus belle.
Il y a un grand nombre d’espèces d’asters; les plus remarquables après la reine-marguerite sont: l’œillet-de-christ, le soyeux, le géant et le denté. Ces quatre espèces peuvent se multiplier par éclats de racines séparées en octobre.
RENONCULE.—C’est encore une des plus belles fleurs qui se puissent voir. Les faiseurs de collections en comptent près de six cents variétés qui réunissent toutes les couleurs et toutes les nuances connues, toutes... excepté le bleu. Certes, nous sommes loin du temps où les oignons de tulipes se cotaient à la banque d’Amsterdam et atteignaient des prix fabuleux. Cependant il est certain qu’un horticulteur qui serait assez heureux pour obtenir une renoncule bleue pourrait faire une rapide et brillante fortune. Quoi d’extraordinaire? N’avons-nous pas vu, il y a quelques années, la graine d’une certaine espèce de chou se vendre, rue de Richelieu, à Paris, cinq francs l’une... oui, cinq francs une seule graine, ce qui portait le produit d’un seul chou à cinquante ou soixante mille francs! L’industriel qui possédait ces graines en vendit pour un demi-million en six mois. Ce prodigieux résultat bouleversa l’esprit de ce malheureux; il devint fou et se fit sauter la cervelle.
Donc il n’existe pas de renoncules bleues, mais il en peut naître une, et c’est là le plus cher espoir de tous les amateurs qui cultivent exclusivement cette jolie fleur. Au reste, cette culture est des plus faciles. La graine, que l’on récolte en octobre, doit être gardée dans un lieu sec pendant un an et même deux ans. On la sème en automne sur une terre franche, puis on la recouvre d’une légère couche de terreau et l’on arrose fréquemment. Mais on ne multiplie les renoncules par graines que pour obtenir de nombreuses et nouvelles variétés. Lorsqu’on veut s’en tenir à la collection qu’on possède, il est plus simple de les multiplier par la séparation des griffes, qu’on replante aussitôt, ou l’année suivante. Dans ce cas, les couleurs de la fleur sont plus vives. Les renoncules fleurissent en juin; la séparation des griffes se fait vers la fin de juillet.
RÉSÉDA.—Petite plante vivace, connue de tout le monde. Ses formes n’ont rien de remarquable, mais son parfum le dispute à celui de la rose. Le réséda est vivace; on le multiplie par éclats de racines ou par semis. Toutes les terres lui sont bonnes, pourvu qu’elles ne soient pas trop sèches.
Le réséda dit en arbre n’est pas une espèce différente de celle dont nous venons de parler; on fait du réséda un arbuste en retranchant les branches inférieures, et en soutenant, à l’aide d’un tuteur, la tige qui s’élève ainsi et devient ligneuse.
RHEXIE.—Plante originaire de la Virginie, dont les grandes fleurs, d’un rouge vif s’épanouissent en juin.—Terre de bruyère; beaucoup d’eau.—Multiplication par graines semées au commencement du printemps.—En terre pendant l’hiver.
RHODODENDRON.—Bel arbrisseau d’Amérique, de deux mètres de hauteur, dont les grandes fleurs blanches, roses ou rouges, selon la variété, ont la forme d’un cornet fort évasé.—Terre de bruyère, exposition du nord; beaucoup d’eau.—Multiplication par marcottes et par graines, quand elles arrivent à parfaite maturité, ce qui est rare. On en cultive de plusieurs espèces; le rhododendron en arbre est une des plus belles, mais elle ne supporte pas le froid; elle doit être rentrée de bonne heure.
ROMARIN.—Joli arbrisseau dont la hauteur ne dépasse guère un mètre et demi, et qui forme ordinairement un buisson touffu. Ses fleurs, d’un bleu pâle, s’épanouissent au mois de février, dans la saison des bals, alors que la terre est couverte de neige et de glace. Autrefois, à cette époque de l’année, la moindre fleur était une merveille; aujourd’hui que Paris possède des jardins d’hiver où les fleurs sont aussi abondantes au mois de janvier qu’elles peuvent l’être en juin dans le plus riche parterre, le romarin est presque dédaigné... Ainsi passe la gloire de ce monde!
Le romarin, dont toutes les parties sont aromatiques, se plaît dans une terre légère, peu humide, et il se multiplie par marcottes et par boutures.
RONCE.—Voilà une pauvre plante bien calomniée par les moralistes, qui ne cessent de comparer la vie de l’homme à un sentier parsemé de ronces et d’épines! Eh! messieurs, qui savez tout et une infinité d’autres choses encore, faut-il donc vous apprendre qu’il est des ronces charmantes qui n’ont point d’épines... Et, quand elles en auraient! La rose en a bien... Nous le répétons, des ronces charmantes, sans épines, à feuilles panachées, à fleurs doubles roses et à fruits blancs. C’est un de nos travers de nous laisser prendre aux mots qui, la plupart du temps, ne servent qu’à enraciner l’erreur. Par exemple, il est arrivé qu’un naturaliste obtus a dit, a écrit que l’écrevisse marchait à reculons; eh bien! quarante siècles ne suffiront pas à détruire cette erreur. La vérité est que l’écrevisse marche comme tous les autres animaux doués des organes de la locomotion, en avant; seulement elle peut nager en arrière... Hélas! il en sera des ronces comme il en est des écrevisses, et c’est en vain que nous tentons de les réhabiliter. Mais c’est ici le cas de mettre en pratique cette belle devise: Fais ce que dois, advienne que pourra. Nous proclamons donc qu’il est des espèces de ronces fort jolies; telles sont celles à feuilles découpées, le framboisier du Canada, et quelques autres.—Terre franche et ferme; exposition du nord ou de l’ouest.—Multiplication par graines, marcottes et rejetons, au printemps: les fleurs paraissent en juillet.
ROSE D’INDE.—En septembre, grandes fleurs jaunes et blanches, selon la variété.—Terre franche.—Multiplication par semis, en mars; relever les plants et les repiquer en mai ou en juin. Beaucoup d’eau.
ROSE DE NOËL.—Plante à racines fibreuses, donnant, en février, de grandes fleurs d’un rose tendre.—Terre franche, mêlée de terre de bruyère. En serre.—Multiplication par éclats de racines, en octobre.
ROSE TRÉMIÈRE.—Grande et superbe plante de deux à trois mètres de haut, dont les larges et admirables fleurs, qui s’épanouissent en juillet, offrent toutes les couleurs et toutes les nuances. Les variétés de cette plante sont innombrables, et les collections qu’on en fait grossissent chaque année.—Terre fraîche; peu d’eau—Multiplication par graines semées dans les derniers jours d’avril.
ROSIER.—Hélas! tarde venientibus... Pardon, Mesdames, cela veut dire que les absents ont tort, ou bien que les derniers venus doivent se contenter de ce qu’ils trouvent. Or, nous venons le dernier vous parler de la rose... Oh! oui, nous le savons bien, on vous a tout dit sur la rose: on vous a fait son histoire; on vous a raconté ses qualités, ses défauts, ses mœurs, ses amours; on vous a initiées à tous ses secrets, à toutes ses métamorphoses, et vous avez vu la rose, fleur, femme, reine! Mais il n’est pas de récolte si complétement faite que le pauvre ne trouve à glaner dans le champ qui l’a produite: essayons de glaner.
On compte aujourd’hui un peu plus de deux mille espèces de roses, et nous avons entendu un savant horticulteur affirmer que quatre gros volumes in-folio en petit texte ne suffiraient pas pour rapporter ce qu’il y a seulement de plus curieux dans la culture de cette fleur. Nous l’avouerons, toutefois, nous nous défions énormément de ces prétendues curiosités visibles seulement pour ces amateurs enthousiastes bien résolus à voir des merveilles partout. Mais les deux mille et tant d’espèces existent, et c’est un fait que nous constatons, heureux que nous sommes d’avoir à constater ici quelque chose!
Puisque nous voici entré dans cette voie, nous pourrions bien, Mesdames, vous donner la nomenclature de ces espèces; mais vous en seriez quittes pour tourner rapidement le feuillet, et nous en serions pour nos frais d’érudition horticole; ce serait trop de moitié.
Nous nous contenterons donc de vous dire que les botanistes et les horticulteurs,—car ces gens-là s’entendent quelquefois,—ont divisé les rosiers en onze classes, savoir:
Les rosiers FÉROCES... Oh!
Les rosiers BRACTÉOLÉS,
Les rosiers cannelles,
Les rosiers pimprenelles,
Les rosiers à cent feuilles,
Les rosiers velus,
Les rosiers rouillés,
Les rosiers CYNORRHODONS... Ouf!
Les rosiers à styles soudés,
Les rosiers BANKSIENS... Ah!
Et cela est tout rose; qui oserait le contester?... Mais cela n’empêche pas que la rose soit le chef-d’œuvre de la végétation, d’où il résulte que les rosiers sont indispensables dans un parterre, quelque peu étendu qu’il soit. Et rien n’est si facile de les y mettre et de les y faire vivre, la culture de ces arbustes étant des plus simples. Presque tous les rosiers se plaisent dans une terre franche, légère; ceux du Bengale seuls s’accommodent mieux de la terre de bruyère. Tous se multiplient par graines, rejetons, boutures, marcottes, et il n’est pas d’arbustes plus dociles à la greffe et qui se prêtent plus volontiers aux caprices de l’horticulteur.
Les plus belles roses fleurissent en juin; mais il en est pour toutes les saisons, et il n’est pas rare de voir, dans nos jardins, des roses du Bengale s’épanouir sous des flocons de neige.
RUDBECKIA.—En juillet, grandes fleurs rouges. Cette plante, à racines fibreuses, demande peu de soins.—Terre franche, arrosements modérés.—Multiplication par graines semées en avril.
S
SABLINE.—Charmantes petites fleurs blanches qui surgissent en mai du milieu d’un gazon touffu, et dont on fait de très-jolies bordures.—Terre franche; arrosements fréquents.—Multiplication par éclats de racines, en octobre, ou par graines semées fin mars.
SABOT DE VÉNUS.—Fleurs brunes, d’une forme singulière, paraissant en mai et exhalant absolument le même parfum que les fleurs d’oranger. Les pétales de cette fleur, au nombre de quatre, ressemblent parfaitement aux ailes d’un moulin à vent.—Terre de bruyère; exposition de l’ouest; arrosements fréquents.—Multiplication par graines semées en mars.
SAFRAN.—Plante bulbeuse dont les fleurs jaunes, blanches, grises ou bleues, selon la variété, s’épanouissent en février.—Terre franche, mêlée de terre de bruyère; peu d’eau.—Multiplication par caïeux, qu’il ne faut détacher que tous les trois ou quatre ans en juin et qu’on replante en juillet, en laissant entre eux une distance de cinq à six centimètres.
SAINFOIN A BOUQUET.—Plante peu remarquable, donnant en juillet des fleurs rouges en épis.—Terre légère.—Multiplication par graines semées en avril.
SANGUINAIRE.—Cette plante, originaire du Canada, ne porte qu’une seule feuille en forme de cœur, dont les nervures sont rouges. Ses fleurs, blanches et de moyenne grandeur, paraissent en avril.—Terre franche; arrosements modérés.—Multiplication par éclats de racines, en automne.
SANSÉVIÈRE.—Jolie plante donnant en mai et en août de nombreuses fleurs roses en épis, très-odorantes.—Deux espèces; même culture: terre de bruyère, peu d’eau.—Multiplication par graines semées fin mars ou par œilletons.
SARETTE.—Plante à racines fibreuses, dont les fleurs en épis, rouges ou lilas, selon la variété, paraissent en septembre et octobre.—Terre franche.—Multiplication par graines semées fin octobre, on peut aussi multiplier cette plante par éclats de racines, mais seulement quand elle a atteint une certaine force, c’est-à-dire la troisième ou la quatrième année.
SAUGE.—On en cultive plusieurs espèces qui toutes fleurissent en juillet, août, septembre et octobre. Fleurs roses, bleues ou d’un beau rouge, selon l’espèce.—même culture pour toutes: terre franche mêlée de terre de bruyère et de terreau; peu d’eau; en serre l’hiver.—Multiplication par graines semées en octobre et tenues chaudement, ou par boutures, au printemps.
SAXIFRAGE.—Très-belle plante dont on cultive plusieurs espèces, donnant toutes, en mai, de jolies fleurs rouges, blanches ou roses, selon l’espèce.—Toutes se cultivent de la même manière: terre de bruyère, en pots, afin de les mettre en serre pendant l’hiver.—Multiplication par éclats, en avril.
SCABIEUSE ou FLEUR DE VEUVE.—Jolies fleurs d’un rouge foncé, veloutées et d’un parfum très-agréable.—Terre légère.—Multiplication par graines, semées en avril. On en cultive plusieurs espèces, dont quelques-unes sont vivaces, comme la scabieuse des Alpes et la scabieuse de Crète; ces dernières peuvent se multiplier par éclats et par boutures. Toutes fleurissent en juillet.
SCEAU DE SALOMON.—Plantes à racines fibreuses, donnant, en avril, de belles fleurs blanches pendantes. Plusieurs espèces.—Même culture pour toutes: terre franche; arrosements fréquents.—Multiplication par éclats de racines en automne, ou par graines semées au commencement de mars.
SCILLE.—On en cultive de plusieurs espèces, qui toutes fleurissent en avril, mais dont les fleurs ne se ressemblent pas et qui demandent des soins différents. Plusieurs, comme la scille du Pérou, la scille maritime, la scille à deux feuilles doivent être mises en terre de bruyère et en pots pour être rentrées l’hiver. D’autres, comme la scille d’Italie, la scille agréable, qu’on appelle aussi jacinthe étoilée, se plaisent mieux en pleine terre. Les fleurs de presque toutes les espèces sont bleues; mais elles diffèrent par la forme: les unes sont en épis, d’autres en grappes, d’autres encore en ombelles, etc. Plusieurs sont inodores, quelques-unes ont un parfum à peu près semblable à celui de l’aubépine. Toutes se multiplient par caïeux, séparés des oignons tous les deux ans.
SEDUM.—Jolies fleurs rouges ou roses, en juin, d’une odeur de rose très-prononcée, cette odeur s’exhalant soit de la fleur, soit de la racine, selon la variété. Il y a pourtant quelques variétés inodores.—Terre de bruyère pour toutes; peu ou point d’eau; exposition du midi.—Multiplication par boutures, par éclats ou par graines.
SÉNEÇON.—On en cultive deux espèces qui se subdivisent en plusieurs variétés. Le séneçon d’Afrique donne de très-belles fleurs rouges, simples ou doubles, selon la variété. La variété simple se multiplie par graines semées dans les premiers jours du printemps; la variété double se multiplie par boutures. L’espèce dite à feuilles d’Adonis, dont les fleurs sont d’un beau jaune, se multiplie par éclats de racines, en octobre.
SENSITIVE.—Cette plante, connue de tout le monde, n’est remarquable que par les divers mouvements qu’elle exécute. Pendant la nuit, les feuilles de la sensitive sont accolées les unes aux autres, près des pétioles; au jour elles reprennent leur état ordinaire, comme si elles sortaient d’un profond sommeil. (V. Sommeil des Plantes, Botanique des Dames, première partie.)
La sensitive éprouve d’une manière toute particulière ce besoin que les plantes ont, plus que tous les êtres organisés, des rayons du soleil. Son feuillage en suit généralement la direction, et, en observant avec soin, on aperçoit un changement continuel de position dans toutes ses feuilles. La sensitive exécute, en outre, un mouvement de plication plus singulier: quand une feuille se ferme, soit par le contact d’un corps étranger, soit par la privation de la lumière, son pétiole se rapproche du rameau et fait avec lui un angle plus aigu qu’auparavant. Lorsque l’attouchement est très-fort, on voit successivement toutes les parties de la plante se resserrer. Néanmoins, les mouvements des folioles, des feuilles et des rameaux sont indépendants les uns des autres, et il est possible de toucher le rameau si délicatement que lui seul reçoive une impression de mouvement. Mais il faut, pour cela, qu’en se pliant, le rameau n’aille pas porter ses feuilles contre quelque autre partie de la plante, car elle s’en ressentirait au même instant. Les parties de la plante qui se sont fermées se rouvrent ensuite et reprennent le premier état; le temps nécessaire pour cela est inégal, selon la vigueur de la plante, la saison et l’heure du jour.
Jusqu’à présent on n’a pas donné une explication satisfaisante de ce phénomène, non plus que de tant d’autres mystères dont Voltaire a dit:
Personne ne l’a dit, mais peut-être le dira-t-on quelque jour. En attendant nous dirons, nous, que la sensitive est un arbuste indispensable dans un parterre.—Terre de bruyère, peu d’eau; en serre dès les premiers froids.—Multiplication par boutures, marcottes et rejetons.
SEPTAS.—Plante à racines tubéreuses, originaire d’Amérique, mais naturalisée depuis longtemps dans notre climat.—En août, fleurs rouges en ombelles, blanches à l’intérieur.—Terre de bruyère, peu d’eau.—Multiplication par bulbes levées en octobre et mises en vente vers le milieu de mars.
SILÈNE.—C’est au genre de cette fleur qu’appartient l’attrape-mouche dont nous avons dit les propriétés dans la Botanique. A l’exception de cette sensibilité que les diverses espèces possèdent à un degré plus ou moins élevé, les silènes sont des fleurs qui n’ont rien de remarquable. Rouges ou blanches, selon la variété, ces plantes fleurissent en juin, sont annuelles et se multiplient par graines semées au printemps, en terre franche. Elles sont inodores, une seule exceptée, dont les fleurs sont d’un rouge vif, et qu’il faut mettre en pot afin de pouvoir la rentrer en hiver, cette espèce étant vivace.
SILPHIUM.—Plante vivace dont la fleur, qui s’épanouit en septembre, ressemble à celle des soleils. La tige de quelques silphiums atteint une hauteur de six mètres; mais cette fleur n’est remarquable que par son étendue.—Terre franche; arrosements modérés.—Multiplication par éclats de racines et plus sûrement par graines semées au mois d’avril.
SOLDANELLE.—C’est une petite plante des Alpes qui réunit deux avantages: elle est vivace et fleurit en mars, c’est-à-dire à l’époque où la terre est encore presque nue. Ses fleurs, rouges ou blanches, selon la variété, sont d’un effet très-agréable bien qu’elles soient petites. N’est-il pas naturel de se sentir quelque préférence pour ces pauvres petites fleurettes que font éclore les premiers rayons du doux soleil de printemps, et qui viennent les premières égayer nos regards et nous annoncer une vie nouvelle, au risque d’être anéanties avant le temps par le terrible vent du nord, qui se fait encore si fréquemment sentir à cette époque?... De grâce, Mesdames, ayez un peu de pitié pour ces petites audacieuses; donnez-leur une terre légère mêlée d’un peu de terreau; placez-les à l’exposition du midi, afin que le soleil qu’elles aiment les vivifie, et recueillez leur graine en avril ou mai pour la semer en octobre, en pots, afin de pouvoir les rentrer pendant les plus grands froids. Les soldanelles peuvent aussi se multiplier par éclats de racines.
SOLEIL.—Grande et belle plante annuelle, dont les fleurs jaunes, radiées, commencent à se montrer dans les premiers jours d’août, et n’ont pas moins, quelquefois, d’un mètre de circonférence, tandis que la tige s’élève à une hauteur de trois à quatre mètres. Cette fleur, comme presque toutes les autres, semble suivre le cours du soleil et se tourne de manière à en recevoir constamment les rayons.
Il est peu de plantes plus majestueuses que celle-là, et pourtant on la dédaigne, elle est souvent exclue des parterres où sont admises une foule d’autres qui sont bien loin d’avoir son éclat et sa majesté. D’où vient cela? Serait-ce que le soleil est une fleur inodore? Mais la tulipe, le dahlia ne sont pas plus favorisés sous ce rapport, et le dahlia, la tulipe, exigent des soins dont le soleil se passe parfaitement.—C’est, dit-on, une plante vulgaire...—Vulgaire, pourquoi? Comment! vous osez faire un crime à cette immense corolle si justement appelée soleil, de sa facilité à naître, à grandir? Il est vrai que pour une belle elle se contente de peu; un coin de cour dépavé lui suffit; que l’on jette une graine, en avril, à la place du pavé absent, c’est assez. Eh bien! c’est là, il nous semble, être belle et bonne à la fois, qualités qui se trouvent, hélas! trop rarement réunies... A ces causes, Mesdames, nous vous demandons grâce pour cette belle fleur; vous lui consacrerez quelque superbe territoire, trois ou quatre fois grand comme la main; vous l’arroserez peu ou point, et vous en recueillerez, vers la fin de septembre, la graine, grosse, abondante et délicieuse, dont vous pourrez faire d’excellent orgeat pour vos soirées.
SOUCI.—Fleurs jaunes paraissant à la fin d’avril. C’est une plante peu remarquable; mais sa culture est facile, et elle jette de la variété dans un parterre. On la multiplie par graines semées en mars sur une terre franche, et recouvertes d’un peu de terreau.—Deux espèces, l’une jaune safranée; l’autre blanche, qui a la singulière propriété de se fermer lorsque l’atmosphère est humide.—Même culture pour toutes deux.
SOWERBÉE.—Jolie plante dont la tige ressemble à un jonc, et dont les fleurs, en bouquets, d’un beau rouge pourpre, s’épanouissent en mai.—Terre de bruyère, arrosements modérés. En pots, afin de pouvoir être rentrée l’hiver.—Multiplication par graines.
SPAROXIS.—Fleurs violettes ou jaunes, selon l’espèce, grandes et belles, s’épanouissant en avril.—Terre de bruyère; peu d’eau.—Multiplication par caïeux détachés en juillet et plantés en octobre.—En serre pendant l’hiver.
SPIGÈLE.—En juin, fleurs en épis d’un beau rouge à l’extérieur et jaunes en dedans. Cette plante demande beaucoup de soins; il lui faut de la terre de bruyère pure, des arrosements peu abondants, mais fréquents.—Multiplication par graines.
SPIRÉE.—En juillet, fleurs en bouquets, simples ou doubles, blanches ou roses, odorantes ou inodores, selon l’espèce.—Terre franche, arrosements modérés.—Multiplication par graines, par tubercules, ou par éclats de racines.
STACHYS.—Jolie plante donnant, en juillet, des fleurs en épis d’un beau rouge.—Terre de bruyère mélangée de terreau; peu d’eau.—Multiplication par éclats de racines, en automne. Cette plante doit être rentrée dès les premiers froids et placée de manière à ne pas manquer de lumière.
STATICÉ.—Petites fleurs qui paraissent en juillet, rouges et néanmoins peu apparentes. On en cultive de plusieurs espèces, toutes assez délicates, et c’est à peu près leur seul mérite.—Terre légère, peu d’eau; en serre pendant l’hiver.—Multiplication par éclats de racines, en octobre, ou par graines, au printemps.
STÉVIE.—On cultive sept ou huit espèces de cette jolie plante, qui toutes sont vivaces, à l’exception d’une seule, et donnent, en juillet, de très-belles fleurs blanches, roses ou violettes.—Terre de bruyère, arrosements peu fréquents.—Multiplication par graines, semées sur capot, au printemps, pour être repiquées en juin.—En serre l’hiver.
STRAMOINE.—On en cultive de deux espèces qui diffèrent beaucoup l’une de l’autre: le stramoine cornu et le stramoine en arbre. Le premier est une fort jolie plante annuelle, dont les grandes et belles fleurs blanches, qui s’épanouissent en août, exhalent une odeur très-agréable.—Terre légère, beaucoup d’eau.—Multiplication par graines, semées au printemps.—Le stramoine en arbre est un joli arbrisseau, dont les fleurs blanches, qui paraissent également en août, ont quelquefois jusqu’à trente-cinq centimètres de longueur, et dont l’odeur est aussi des plus agréables. Cet arbrisseau exige beaucoup de soins: il lui faut une terre légère, peu d’eau, jamais de froid, beaucoup de lumière et un air fréquemment renouvelé.
SWERTIA.—Plante vivace, dont les fleurs bleues, en étoiles, paraissent en juin. Elle demande peu de soins; toute terre lui convient.—Multiplication par éclats de racines et par graines, semées en août ou septembre.
SYMPHORICARPOS.—Fleurs roses en grappes, qui s’épanouissent vers la fin de mars, et auxquelles succèdent des fruits blancs et gros comme des perles. Cette plante est d’un joli effet dans un parterre.—Terre légère, arrosements modérés.—Multiplication par éclats.
SYRINGA.—Très-bel arbrisseau, dont les jolies fleurs blanches, qui paraissent en juin, exhalent une odeur des plus agréables, mais dont l’intensité dans un appartement de peu d’étendue cause des maux de tête, et peut même asphyxier. On en cultive aussi une espèce qui est entièrement inodore.—Même culture pour toutes deux: terre franche, exposition du nord ou de l’ouest.—Multiplication par marcottes, boutures, rejetons, éclats de racines. Quoique fort joli, cet arbrisseau n’est convenablement placé que dans un jardin d’une assez grande étendue.
T
TABAC.—Nous ne sommes pas assez injuste pour ne pas le reconnaître, le tabac est une plante fort innocente en apparence, qui se multiplie par graines semées au printemps, et dont les fleurs, qui s’épanouissent en septembre, exhalent une odeur assez semblable à celle du jasmin (celles du tabac ondulé). Mais qu’est-ce que ce chétif mérite du tabac, en comparaison des maux affreux qu’il répand sur toute la surface du globe!... Nous l’avons déjà dit, le tabac est une horrible lèpre qui s’étend sans cesse, et qui est mille fois plus funeste qu’une invasion de Barbares. C’est un affreux poison qui empeste l’air que nous respirons, qui engourdit les sens, qui étouffe l’imagination. Il n’est pas de crimes, de méfaits horribles, monstrueux, que le tabac n’ait commis ou qu’il n’ait fait commettre: c’est par lui que tous les liens sociaux sont relâchés; c’est lui qui abrutit le peuple, qui déprave le goût. C’est le tabac qui rendit souvent le grand Frédéric cruel; c’est lui qui a aidé les geôliers anglais à tuer Napoléon. Grâce à lui, les plus belles dents se carient, l’haleine la plus douce devient fétide, les narines s’élargissent, se tuméfient, le regard se ternit, la voix se voile, l’appétit s’éteint; les désirs s’émoussent, la pensée s’alourdit... Et pourtant il s’est trouvé des poètes pour chanter cette nauséabonde substance!...
De grâce donc, Mesdames, point de tabac, même en fleur; on ne saurait prendre trop de soin pour se garantir des mauvaises influences.
TAGÉTÈS ou GRAND ŒILLET-D’INDE.—Grandes et belles fleurs jaunes ou blanches, simples ou doubles, selon la variété, qui s’épanouissent en septembre. C’est une fleur commune, mais d’un assez joli effet quand elle est accompagnée.—Terre légère, arrosements abondants.—Multiplication de graines, semées en avril, pour repiquer les plants en mai ou juin.
THLASPI.—Plante de serre; jolies fleurs blanches, en janvier.—Terre de bruyère, très-peu d’eau.—Multiplication par boutures et par rejetons, levés en juillet. Cette plante doit être rentrée avant les premiers froids.
THUYA.—Arbrisseau toujours vert, mais qui n’a que ce mérite. Il sert à orner les terrasses et les cours, et il ne craint ni le froid ni l’humidité.—Multiplication par boutures et par marcottes.
THYM.—Plante commune, à petites fleurs rouges, qui paraissent en juin, et qui exhalent, de même que toutes les autres parties de la plante, une odeur aromatique des plus agréables. On en cultive plusieurs variétés dont on fait surtout les bordures, à cause du peu de soin que demande cette bonne et jolie petite plante, qui se contente de la place qu’on lui accorde, du terrain dans lequel on la pose, et qui, malgré le vent et l’orage, les glaces de l’hiver et les ardeurs du soleil de l’été, ne cesse de montrer ses petites branches vertes, et de prodiguer son parfum. Par malheur, les artistes culinaires se sont emparés depuis des siècles de ce précieux aromate, et cela l’a fait dédaigner par les amateurs de fleurs. C’est une injustice criante, contre laquelle nous protestons de toutes nos forces. Depuis quand cesse-t-on d’être aimable par cela seul qu’on est utile? Nous demandons pour le thym une réhabilitation complète.—Multiplication par éclats de racines, en tout temps; mais de préférence en automne.
THYMÉLÉE DES ALPES.—Fleurs roses, qui s’épanouissent en janvier, ce qui est leur principal mérite. L’arbrisseau qui les porte ne dépasse presque jamais un mètre de hauteur.—Terre de bruyère, arrosements fréquents et peu abondants.—Multiplication par graines. On peut aussi multiplier les arbrisseaux par boutures et par marcottes; mais elles ne réussissent que difficilement.
TIGRIDIE.—Très-jolie plante à racines bulbeuses, fleurissant en août, et dont les fleurs violettes, jaunes et rouges, offrent l’aspect le plus agréable.—Terre de bruyère.—Multiplication par caïeux détachés tous les deux ou trois ans.—En serre aux premiers froids.
TRACHÉLIE.—En août, jolies petites fleurs, d’un beau bleu, qui sont d’un effet très-agréable dans un parterre. Plante vivace, qui redoute le froid.—Terre de bruyère pure, très-peu d’eau.—Multiplication par graines, semées fin septembre, sur capot et sous cloche, ou par boutures, traitées de la même manière.
TRIFOLIUM.—Bel arbuste, dont les fleurs jaunes, qui paraissent en mai, sont nombreuses et fort jolies.—Terre de bruyère, mêlée de terre franche.—Multiplication par graines, semées aussitôt leur maturité, par boutures et par marcottes.
TRILLIE.—Plante à racines fibreuses, qui fleurit en avril. Ses fleurs, d’un rouge foncé, sont peu remarquables.—Terre légère.—Multiplication par éclats de racines, en automne, ou par graines, en juin.
TRITOMA.—Grandes et belles fleurs en épis, d’un rouge éclatant, couronnant au mois d’août une tige d’un mètre de haut.—Terre de bruyère, arrosements modérés.—Multiplication par graines.
TROLLE.—En avril, les fleurs jaunes.—Terre légère, peu d’eau.—Multiplication par éclats de racines, en automne, ou par graines, semées en mars.
TUBÉREUSE.—Plante à racines bulbeuses, donnant en juillet de belles fleurs blanches en épis, d’un parfum délicieux.—Terre de bruyère, mélangée de terreau; arrosements fréquents et abondants.—Multiplication par graines.
TULIPE.—Il y a encore des amateurs qui poussent jusqu’au fanatisme l’amour de cette belle fleur, ainsi que nous l’avons dit ailleurs.
Au mois de septembre, on plante les oignons ou les caïeux, dans une terre franche, mélangée d’un peu de terreau, et bien ameublie, à la profondeur de sept à huit centimètres, et à quinze centimètres de distance les uns des autres. On arrose modérément. La fleur paraît en avril, et il faut alors, autant que possible, la garantir du soleil. Lorsque la fleur est passée, et que la tige commence à se fléchir, on arrache les oignons, que l’on nettoie avec soin; on en sépare les caïeux, et on les garde dans un endroit sec pour les replanter au mois de septembre suivant.
V
VALAIRE.—En mai, fleur d’un rouge foncé, inodores et peu remarquables.—Terre de bruyère.—En serre l’hiver.—Multiplication par graines et par éclats de racines.
VALÉRIANE.—Plante des Pyrénées, à racines fibreuses, donnant en juin des fleurs rouges, blanches ou violettes, selon la variété, et toutes d’un très-bel effet.—Terre de bruyère.—Multiplication par éclats de racines, au mois d’octobre.
VARAIRE.—C’est une assez jolie plante, qui fleurit en juin. On en cultive quatre espèces différentes: la noire, la blanche, la verte et la jaune.—Même culture pour toutes.—Terre franche, exposition de l’ouest, arrosements fréquents.—Multiplication par graines semées en avril.
VÉLAR.—En mai, fleurs jaunes peu remarquables.—Terre de bruyère.—Multiplication par graines et par éclats.
VELTHEMIA.—Belle plante de serre, qui fleurit en mars, et dont les fleurs en grappes rouges et jaunes sont d’un bel effet.—Terre de bruyère, mêlée de terreau, peu d’eau.—Multiplication par caïeux, détachés tous les deux ans, ou par graines.
VERGE D’OR.—Plante à racines fibreuses, donnant, en août, des fleurs jaunes, petites, mais nombreuses, et d’un aspect agréable.—Terre de bruyère.—Multiplication par éclats, en octobre.
VÉRONIQUE.—En août, fleurs bleues, blanches ou d’un rose pâle, selon la variété.—Terre légère, arrosements fréquents.—Multiplication par éclats de racines, en octobre, ou par graines, semées en avril.
VERVEINE DE MIQUELON.—Plante bisannuelle, dont les petites fleurs en épis, d’un beau rouge, paraissent en avril.—Terre légère.—Multiplication par graines.
VIEUSSEUXIE.—Plante à racines bulbeuses, dont les fleurs blanches, tachetées de bleu et bordées de noir, s’épanouissent en mai.—Terre de bruyère, mélangée de terreau, peu d’eau.—Multiplication par caïeux.
VIGNE-VIERGE.—Arbrisseau grimpant, dont le feuillage, d’un beau vert, forme de fort jolis berceaux.—Terre franche.—Multiplication par boutures et marcottes.
VILLARSIE.—Jolie fleur, d’un beau jaune, qui s’épanouit en juin.—Terre de bruyère et terreau, beaucoup d’eau.—Multiplication par éclats de racines.
VIOLETTE.—Charmante fleur, emblème du mérite modeste, qui pousse partout, sur la lisière d’un bois, le revers d’un fossé, au pied d’une haie, sans culture et sans soins, et qui n’annonce sa présence que par le parfum qu’elle exhale. Toute espèce de terre lui convient, et elle se multiplie par graines et par racines.
Y
YUCCA.—Arbrisseau d’un mètre de haut, garni de feuilles épaisses, du sein desquelles part une hampe qui, au mois d’août, se couvre d’une grande quantité de grandes et belles fleurs blanches, en forme de calice.—Terre de bruyère, arrosements rares.—Multiplication par boutures et par rejetons.
Z
ZINNIA.—Belles fleurs jaunes et rouges, qui s’épanouissent en octobre. Cette plante, qui est annuelle, se multiplie par graines, semées au printemps, sur terre légère, recouverte d’un peu de terreau.
Voilà, Mesdames, pour la théorie; mais la théorie n’est pas ici le beau côté de la chose. C’est dans la pratique que vous attendent les surprises agréables, les découvertes spontanées, les résultats imprévus. Il suffit de voir les fleurs pour les aimer; mais cette tendresse est bien autrement vive quand on les cultive. Cela devient souvent une véritable passion; passion chaste et pure toutefois, qui ne prépare ni regrets, ni remords, et qu’on peut avouer toujours, habituée qu’elle est à ne se loger que dans une belle âme.
CTE FŒLIX.