WeRead Powered by ReaderPub
Les gens de théâtre cover

Les gens de théâtre

Chapter 2: PRÉFACE
Open in WeRead

Explore more books like this:

About This Book

A series of witty sketches and observations about theatrical life that mix satirical portraits, backstage anecdotes, and cultural criticism. The author examines how audiences, playwrights, and fashions reshape the stage, lampooning superficial trends such as plays built around display rather than substance, while celebrating theatre's labor and courage. Interspersed with descriptive scenes of a small company's rehearsal room and its concierge couple, the pieces alternate caustic critique and affectionate admiration, using humor to expose vanities and defend the art's enduring social role.

PRÉFACE

Puisque c'est au théâtre que ce livre est consacré, j'aurais pu — pour mettre en repos ma conscience — me rappeler ce qui se passe au théâtre même.

Vous avez, comme moi, remarqué avec quel cœur on y rit de sa propre caricature.

Les transes de Sosie font pâmer de joie le peureux ; l'hypocrite se gausse à l'aise de Tartufe ; les infortunes de Sganarelle plongent dans des accès de délire tous les maris de sa famille.

Car l'homme est ainsi fait qu'il ne se reconnaît nulle part, — probablement parce qu'il ne se connaît jamais. Chacun de nous est le plus mauvais juge de la ressemblance de son portrait.

En partant de ce principe, je n'avais point à craindre que personne s'attribuât les ridicules et les travers dont ce volume essaye le croquis.

N'importe! On a tant médit du théâtre et de tout ce qui en approche, que nous ne voulons pas avoir l'air de faire chorus à ces banales et souvent injustes déclamations.

Le temps n'est plus — Dieu merci — où les comédiens se voyaient frappés d'une proscription brutale qui ne s'arrêtait même pas devant une tombe. Ces planches que l'intolérance feignait de prendre pour des tréteaux, trop de noms illustres les ont glorifiées pour que la confusion soit désormais possible.

Qui sait même si à l'exagération de la défaveur n'a pas succédé de nos jours l'exagération de l'engouement?

De là la nécessité de faire sentir de temps en temps les épines de ce monde dont on est toujours tenté de ne voir que les fleurs ; le besoin de prévenir les naïfs en inscrivant sur la porte : Ici il y a des piéges-à-brebis.

La flatterie et l'illusion sont les plus dangereuses conseillères ; mieux vaut le coup de griffe de la critique que le coup d'encensoir de la flagornerie. Le théâtre doit en savoir quelque chose, — lui qui passe son temps à châtier — en riant quand il le peut.

Usons donc de cette chère et bonne licence du rire qui épargne tant de larmes, à ce qu'assure Beaumarchais. Frondons les défauts et au besoin les vices.

En narguant l'exception, on démontre la règle — qui, pour les gens de théâtre, est honorabilité, labeur et courage.