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Les guêpes ­— séries 3 & 4 cover

Les guêpes ­— séries 3 & 4

Chapter 6: Novembre 1841.
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About This Book

A sequence of short, sharp essays and aphorisms that employ wit and irony to probe contemporary manners, literary life, and political practices. The pieces mix playful addresses to prominent cultural figures with trenchant criticisms of public institutions, reflections on national temperament, and vivid everyday observations. Tone shifts between gentle anecdote and biting satire, and the work alternates epigrammatic one-liners, descriptive sketches, and moral commentary to provoke reflection while lampooning hypocrisy and pretension.

Un déluge de mots sur un désert d’idées.
FRÉDÉRIC LE GRAND.

Le peuple, comme partie du pays tranchée et séparée, n’existe pas.—Quand une chose existe, on doit pouvoir dire où elle commence et où elle finit.

Quelques dissentiments politiques qu’il y ait entre vous et moi, vous ne pouvez pas me nier qu’une pomme est une pomme.—Si vous me montrez un soldat, et que vous me disiez: «Voici un soldat,»—je ne puis pas vous répondre: «Ce n’est pas un soldat.»

Le peuple de certains journaux se compose des gens qui font des émeutes.

Le peuple de certains autres se compose des gens qui n’en font pas.

Le «pays» a absolument le même sens.

Le pays, comme le peuple, veut dire ceux qui pensent comme nous,—ou ceux par qui nous faisons tirer les marrons du feu.

Les journaux républicains appellent le peuple la classe la plus nombreuse.

Puis, un jour d’émeute, ils disent: «Le peuple est sur la place.»

Puis, l’émeute finie, on trouve que l’émeute se composait de trois cents hommes,—dont cent cinquante spectateurs,—cinquante gamins au-dessous de seize ans,—quarante voleurs,—et cinquante agents de police,—et une dizaine de pauvres diables de bonne foi qui croient combattre pour la liberté dont ils jouissaient sans contestation, et dont ils se sont privés pour quelques mois.

Le National a déclaré qu’il n’y avait plus de bourgeois, qu’ils étaient trop mêlés au peuple pour qu’on pût les reconnaître.

Disons alors que le peuple est également trop mêlé aux bourgeois pour qu’on puisse le discerner.

Pourquoi alors le National parle-t-il si souvent du peuple, par opposition aux bourgeois?

Les gens qui se font tuer dans les émeutes sont pris généralement sur les dix pauvres diables de bonne foi dont je parlais tout à l’heure.

On brûle un peu,—on pille pas mal.

Et alors vous lisez le lendemain dans le Constitutionnel que tout cela aura pour résultat heureux de ramener M. Passy aux affaires.

Le Courrier Français préfère M. Dufaure.

Le peuple, si respecté,—si prôné, si sanctifié par les partis; le peuple, pour lequel on fait tout, pour lequel on demande tout, est une assez heureuse invention. Si on disait, par exemple, qu’on prend ou qu’on demande telle ou telle chose pour M. Augustin, du café Lyonnais, M. Augustin, du café Lyonnais, dirait le lendemain: «Mais vous ne m’en donnez pas!»

Tandis que le peuple... Qui est-ce qui peut dire: «Je suis le peuple?»

Et d’ailleurs on peut toujours répondre:—«Vous n’êtes pas le peuple.»

Voyez, du reste, monsieur Augustin, relativement au peuple, le dernier numéro des Guêpes.

Songez seulement à l’importance qu’a une émeute aux yeux de la raison—en voyant que:

Un grand nombre des habitants des communes de Beaumont et d’Aubières se sont battus dans les rues de Clermont pour empêcher le recensement; lequel recensement avait été fait dans les communes d’Aubières et de Beaumont depuis longtemps déjà, et n’y avait rencontré aucune opposition.

LA PRESSE.—C’est ici, monsieur Augustin, que vous avez à me rappeler quelque chose.

O moralistes!—ô philosophes!—ô poëtes!—qui dites: «La société tombe en dissolution,—parce qu’il n’y a plus de croyances,—parce qu’on ne croit plus à rien.»

O mes braves gens! plus de croyances! Mais jamais il n’y a eu autant de crédulité; jamais les hommes n’ont été aussi jobards et aussi gobe-mouches; mais les peuples qui adorent et prient la fiente du grand lama sont des incrédules et des voltairiens auprès de nous.

Plus de croyances!—Mais on croit à tout;—mais on se dispute pour tout;—mais on se bat pour tout.

Plus de croyances!—à une époque où un pouvoir aussi singulier que celui de la presse est le seul pouvoir!

On ne croit plus à rien!—Mais écoutez donc, monsieur Augustin.

La presse est un pouvoir qu’il faudrait comparer à Dieu si on ne connaissait pas les champignons,—car il ne procède que de lui-même.

La presse est un champignon qui s’est élevé un matin sur le détritus de tous les autres pouvoirs.

La presse est une puissance nourrie de toutes les autres puissances qu’elle a dévorées.

La liberté de la presse est engraissée du carnage de toutes les autres libertés.

Elle crève d’indigestion et de pléthore.

«On ne croit plus à rien,» dites-vous, parce qu’on ne croit plus à la sainte ampoule, parce qu’on ne prie pas Louis-Philippe de toucher les écrouelles;—on ne croit plus à rien, parce qu’on ne croit plus à nos vieux contes.

Vous dites qu’il n’y a plus de croyances, comme les vieilles femmes disent qu’il n’y a plus de galanterie et plus d’amour.

On ne croit plus à rien!—mais on croit à M. Léon Faucher,—mais on croit à M. Chambolle,—mais on croit à M. Jay.

Mais on croit aux journaux.

Mais on croit aux histoires de centenaires, de veaux à deux têtes, de mendiants millionnaires, toujours les mêmes qu’ils vous racontent quand il n’y a ni séances des Chambres, ni crime un peu corsé.

On ne croit plus à rien!—mais vous avez cru le journal le Temps quand il vous racontait que les Espagnols avaient saisi la Victorieuse; et, quand il a été obligé d’insérer le démenti du ministère, vous avez cru aux choses qu’il vous a racontées le lendemain.

On ne croit plus à rien!—mais, quand le National vous a dit:

«M. Pauchet, membre du conseil général d’Eure-et-Loir, a voté contre le recensement,»

On lui a répondu:

«M. Pauchet n’a pas voté contre le recensement, parce qu’il est MORT depuis plusieurs mois.»

Et vous avez cru ce qu’il a plu au National de vous dire le lendemain.

On ne croit plus à rien!—mais vous avez cru que le duc de Bordeaux était mort, parce que le Moniteur parisien vous l’avait dit.

On ne croit plus à rien! mais le journal le Siècle vous dit: «Le recensement va commencer à Paris; nous ne nous y soumettrons pas, nos portes seront fermées.» On lui répond: «Mais, monsieur le Siècle, il y a quatre mois que vous êtes recensé—vous et votre imprimerie et vos bureaux,—et le lendemain vous lisez le Siècle, et vous croyez ce qu’il vous dit.

On ne croit plus à rien!—mais vous croyez aux pluies de crapauds,—vous croyez au serpent de mer,—vous croyez aux revenants,—vous croyez au chou colossal,—vous croyez à tout ce que les journaux vous racontent.

Les journaux vous disent qu’il y a une émeute à la porte Saint-Denis,—vous allez voir l’émeute qui n’y est pas;—mais la police, aussi naïve que vous, qui vient de son côté, vous prend pour l’émeute et vous empoigne.

Il n’y a plus de croyance! mais trouvez-moi dans une religion,—chez les sauvages mêmes,—croyance plus bizarre à des dogmes plus absurdes.

Quoi! vingt-quatre caractères,—vingt-quatre lettres,—arrangés de certaines façons et mis sous vos yeux sur un carré de papier,—suffisent pour vous rendre gais ou furieux!

Quoi! ces vingt-quatre fétiches, ces vingt-quatre idoles, selon que celle-ci est mise avant celle-là, et celle-là avant celle-ci,—vous imposent toutes leurs volontés!

La presse est un pouvoir immense qui n’en reconnaît aucun au-dessus de lui,—ni aucun à côté de lui.

La presse demande compte de ses actions et de ses pensées au capitaine comme au législateur, à l’agriculteur comme au marin, à l’artiste comme au savant.

La presse est donc dirigée par les savants, les artistes, les agriculteurs, les marins, les capitaines, les législateurs les plus illustres, les plus infaillibles et reconnus par tout le monde comme les plus sages et les plus érudits—pour qu’ils osent ainsi parler d’en haut à tout le monde?

Non, la presse est dirigée par des écrivains—et non pas même par les écrivains les plus illustres du pays;—il n’y en a pas dix dans tous les journalistes dont vous sachiez les noms.

Que le plus fort de tous ces autocrates parle dans une assemblée,—on ne l’écoutera pas;—mais que ses paroles arrivent par la poste, imprimées sur un carré de papier, on ne s’avisera pas de les révoquer en doute, si ce n’est sur la foi d’un autre carré de papier.

Contrairement à la religion du Christ, l’esprit est une religion qui périrait, par l’incarnation; c’est un dieu qui doit ne se manifester que par le bruit de sa colère et de sa foudre, et qui est perdu quand il se montre lui-même.

Grand Dieu! toutes les puissances donnent leur démission, parce qu’il n’y a plus de croyances à une époque où les hommes ont la charmante naïveté de se laisser gouverner par vingt-quatre morceaux de plomb, du papier et de l’encre.

Mais ne faites donc plus de balles. La puissance militaire est morte comme les autres. Je vous ai dit que la presse l’avait mangée. Fondez donc toutes vos balles pour en faire des alphabets. Démolissez vos arsenaux et faites des casses d’imprimerie.

Quoi! il y a une puissance comme celle-là, et ce n’est pas la royauté qui la tient dans ses mains!—Ah! vous méritez ce qui vous arrive, et, qui pis est, ce qui vous arrivera.

Cette puissance, vous ne savez pas la prendre; et vous lui donnez de la force,—vous lui créez des priviléges par vos sottes lois fiscales, par votre avarice insatiable: ne vous plaignez donc pas d’être fouettés, puisqu’on vous paye pour cela, puisque vous faites et vendez les verges.

Liberté illimitée à la presse, plus de timbre, plus de cautionnement, plus de procès,—et elle meurt apoplectique.

Vous ne savez pas la tuer,—vous ne savez pas la conquérir:—elle vous tuera,

Puis elle se tuera après; car il faut aussi lui dire la vérité.

Elle peut tout contre les autres,—elle ne peut rien ni pour les autres, ni pour elle-même.

Elle tue, elle ne crée pas,—elle ne vit pas.

Elle mange tout et elle ne produit rien; quand elle aura tout dévoré,—elle mourra d’indigestion ou de faim.

Ainsi donc, monsieur Augustin,—vous savez comment sont les choses, je crois vous les avoir montrées avec fidélité.

Permettez-moi de vous donner un conseil: tâchez qu’on tue le moins de monde possible, ne dégradez plus personne; il y a bien assez de gens qui se dégradent eux-mêmes, vous pouvez bien attendre.

Croyez-moi, restez au café Lyonnais,—ne livrez pas votre modeste existence à tout ce brouhaha.—Qui sait si votre gloire n’a pas déjà produit pour vous des fruits amers,—et si on ne dit pas de vous, au café Lyonnais,—comme du héros d’un des spirituels dessins de Daumier,—que «vous connaissez le double blanc?»

L’AUTEUR. Les choses sont au fond comme elles ont toujours été,—comme elles seront toujours.

Les hommes ne sont pas si frères qu’on le dit; à peine étaient-ils trois ou quatre au monde, qu’ils ont commencé à s’entre-tuer.

Et La Bruyère l’a dit:

«S’il n’y avait que deux hommes sur la terre, ils ne tarderaient pas à avoir dispute, quand ce ne serait que pour les limites.»

La perturbation actuelle vient de ce que le peuple est un peu comme l’ours du Jardin des Plantes: on lui jette au bout de son arbre un gâteau au haut d’une ficelle pour le faire monter,—puis, quand il monte, on retire la ficelle.

On lui a montré depuis onze ans le gâteau de trop près,—et il est d’autant plus irrité de ne pas le manger.

Que ce soient ceux-ci ou ceux-là,—les plus forts opprimeront toujours les autres, comme les gros poissons mangent les petits et sont eux-mêmes mangés par de plus gros.—Que ceux qu’on appelle le peuple aujourd’hui—deviennent ceux qu’on appelle le pouvoir,—ceux-ci joueront à leur tour le rôle du peuple,—qui jouera le rôle que joue le pouvoir aujourd’hui.

C’est pourquoi tout cela—m’est égal.

Novembre 1841.

NOVEMBRE.—Je commencerai cette troisième année par rendre un immense service à la postérité.

Comme hier, à la fin du jour, il s’élevait de la terre un brouillard froid et épais, je passai la soirée devant le feu à brûler des papiers;—j’ouvris successivement plusieurs cartons, et je fis un triage sévère,—en conservant quelques-uns et livrant aux flammes le plus grand nombre. Toutes ces pensées confiées au papier à diverses époques, par diverses personnes et dans des intentions différentes, formaient un pêle-mêle assez bizarre;—il y avait des promesses et des menaces: des paroles d’amitié, d’amour, de haine, de politesse, enfouies dans ces cartons comme dans la mémoire. En y plongeant la main et en chiffonnant et faisant crier le papier, il me semblait entendre s’échapper une multitude de petites voix qui toutes à la fois me répétaient ce que ces papiers en leur temps avaient été chargés de m’apprendre.—C’était une singulière confusion: Merci des belles fleurs que vous m’avez envoyées, mon ami.—CONTRIBUTIONS DIRECTES. Sommation avec frais.—M*** prie M. Karr de lui faire le plaisir de passer la soirée chez lui le.....—Je ne sais, monsieur, à quoi attribuer.....—Eh bien, oui, je vous crois...—Louis-Philippe, Roi des Français, à tous ceux qui...

Et je les jetais au feu par poignées; puis je vins à rencontrer une liasse énorme de journaux, et je les brûlai tous sans examen.

Et je pensai que, sans doute, je n’étais pas le seul qui profitât des premiers jours où le foyer se rallume pour débarrasser sa maison de l’encombrement des journaux; je me rappelai aussi à combien d’usages domestiques on les consacre d’ordinaire,—et je me dis: «Il viendra un jour où il ne restera plus aucun de ces carrés de papier si puissants aujourd’hui,—un jour où les savants d’une autre époque tâcheront inutilement d’en recomposer un de fragments déshonorés et de cornets épars, comme CUVIER a fait pour les animaux antédiluviens, tels que les dinotherium giganteum.»—Et, dans cette triste pensée, je résolus de laisser à mes arrière-neveux, dans mes petits volumes, qui vivront éternellement, ainsi que vous l’a appris leur éditeur dans son avis du mois dernier,—un fragment important d’un des plus redoutables de ces tyrans de notre époque, en l’ornant d’un commentaire destiné à en faire ressortir les beautés, et à fixer le sens des passages qui pourraient présenter quelque obscurité à une époque plus avancée, ainsi qu’on l’a fait à l’égard de Virgile et d’Homère, qui certes n’ont jamais exercé sur leurs contemporains une puissance égale à celle du moindre des susdits carrés de papier. Ce passage ne peut être long; on sait ce que c’est qu’un commentaire. Il y a tel hémistiche de Virgile sur lequel un seul commentateur a fait trente pages d’explications.

Je prendrai donc une phrase très-courte et très-récente du Courrier français.

«Pour que cet océan reprenne son niveau, il faut que les flots montent graduellement et lentement.»

Écoutez donc, mes guêpes, la voix de votre maître qui vous rappelle des jardins.—Voici la belle saison finie:—les feuilles des arbres roulent par les chemins,—la vigne marchande au vent ses feuilles jaunes,—le cerisier ses dernières feuilles orange.—La feuille de la ronce a pris dans les bois de riches teintes de pourpre. La séve paresseuse ne monte plus jusqu’au sommet des rameaux.—Les dahlias sont décolorés et presque simples,—les astres seuls et les chrysanthèmes de l’Inde montrent encore leurs fleurs:—les premières, étoiles inodores d’un violet triste;—les secondes, houppes échevelées, exhalant une odeur qui semble appartenir à la boutique d’un parfumeur.

Une pluie froide appesantit vos ailes;—rentrez, mes guêpes, et cette fois cherchez votre butin dans la poussière des vieux livres.

Première observation.—«Pour que cet océan reprenne son niveau, il faut que les flots montent graduellement et lentement.»

C’est de la rente qu’entend ici parler l’écrivain.—La rente est de nos jours une chose assez importante pour qu’il n’ait pas hésité à employer, à propos d’elle, une figure hardie et neuve, non pas précisément en elle-même, mais par son application.—Nous ne voyons pas, en effet, qu’aucun poëte ancien ait jamais comparé l’Océan au cinq ni au trois pour cent; et cependant on ne peut pas leur reprocher d’avoir été trop sobres de comparaisons océaniennes.

Quelques personnes demanderont quel est le célèbre financier qui traite de la rente dans les colonnes du Courrier français. Nous sommes fâché d’avoir à dire pour la centième fois à nos lecteurs que ce n’est pas un financier; on pourra m’opposer ces deux vers d’Andrieux:

«..... Retenez de moi ce salutaire avis:
Pour savoir quelque chose, il faut l’avoir appris.»

Cette maxime spécieuse n’a aucun sens quand il s’agit des journaux. On est pour ou contre le pouvoir; si on est pour, tout ce qu’il fait est bien fait;—si on est contre, tout ce qu’il fait est mal fait:—il n’y a pas besoin d’être financier pour cela,—ce serait même une gêne.

Ce monsieur n’est pas non plus un marin; autrement il aurait remarqué que, lorsque l’Océan n’a plus son niveau, ce n’est pas par l’abaissement des flots, mais bien au contraire par leur élévation,—et que les flots, remontant graduellement ou autrement, ne peuvent lui rendre ce niveau.

L’écrivain a écrit cela comme madame de Pompadour traçait à sa toilette sur la carte et envoyait à l’armée au maréchal d’Estrées des plans de campagne marqués avec des mouches.—Mais, comme l’a dit Voltaire, il vaut mieux frapper fort que frapper juste.

Passons aux remarques de détail.

Deuxième observation.—POUR.

Nous retrouvons ce mot dans plusieurs écrivains.—Mais nous ne pensons pas qu’aucun s’en soit servi aussi à propos que notre auteur. Donnons quelques exemples:

«Il faut que l’homme, dans sa lutte avec la vie hostile, combatte pour arriver au bonheur.»—SCHILLER.

«Lorsque je cherche des noms pour les sentiments nouveaux que j’éprouve...»—GOETHE, Faust.

«Messieurs, je suis pour les pauvres. Tous les habitants de Paris sont mes enfants; c’est les pauvres qu’est les aînés.»

M. DE RAMBUTEAU, préfet de la Seine.

Cherchez dans RACINE la scène entre Achille et Agamemnon, vous verrez pour répété quatre ou cinq fois en sept ou huit vers.—C’est un défaut que notre auteur a sagement évité: lisez et relisez sa phrase, vous n’y verrez pour qu’une seule fois.

Le capitaine D*** me disait: «Voici un des mille avantages du cavalier sur le fantassin:—si, après dîner, le fantassin prend un morceau de sucre et un morceau de pain pour son déjeuner du lendemain,—il a l’air d’un grigou et d’un meurt-de-faim; le cavalier dit: C’est pour ma jument,—et personne ne le trouve mauvais.»

Troisième observation.—QUE.

«Ma chambre, ou plutôt une armoire qu’on a faite pour me serrer.»—CHAPELLE.

Κρεἱσσσν τὁ μη ξην εστιν, ἡ ξἡν ἁθλιως
«Il vaut mieux ne pas vivre que vivre misérablement.»
PLUTARQUE.

«Attendez que je chausse mes lunettes.»—RABELAIS.

«Notre envie dure plus longtemps que le bonheur de ceux que nous envions.»—LA ROCHEFOUCAULD.

«Et vous n’aimez que vous quand vous croyez l’aimer.»
CORNEILLE, Bérénice.

«C’est à M. Rousselot, mon prédécesseur à la cour, que le public est redevable des premiers éléments de l’art de soigner les pieds.»—M. LAFOREST, pédicure du roi et de Monsieur, frère du roi. 1781.

«Pour être heureux, qu’est-ce donc qu’il en coûte?»—VOLTAIRE.

De ce temps-ci le que est tombé dans une sorte de discrédit à cause des discours de S. M. Louis-Philippe, où les journalistes ont cru en remarquer plus qu’il n’est rigoureusement nécessaire. Il n’en est pas moins vrai que tous nos bons auteurs s’en sont servis, et que le rédacteur du Courrier français, est suffisamment autorisé par leur exemple. La malveillance lui reprochera peut-être de l’avoir employé deux fois dans cette phrase. Je citerai, pour le justifier, un exemple également applicable aux discours du roi:

«Ce qu’on nomme libéralité n’est le plus souvent que la vanité de donner, que nous aimons mieux que ce que nous donnons.»—LA ROCHEFOUCAULD.

Quatrième observation.—CET.

Notre auteur s’est bien gardé de commettre ici une de ces grossières erreurs si fréquentes dans la bouche ou sous la plume des hommes illettrés. Il a fait accorder le pronom cet en genre et en nombre avec le substantif auquel il se rapporte. Il n’a pas imité M. de B***, qui écrivait cette exemple,—cette horoscope.

Il a suivi, pour l’emploi de ce mot, Ovide, qui dit:

«Ablatum mediis opus in cudibus istud

«On m’enlève cet ouvrage encore sur le métier.»

Nous retrouvons ce pronom dans plusieurs écrivains, qui l’ont employé absolument dans le même sens.

Une femme priait Scarron de faire son épitaphe; c’était un compliment qu’elle voulait obtenir, et Scarron n’était pas disposé à le donner. «Eh bien! dit-il après s’en être défendu longtemps,—mettez-vous derrière cette porte;—il m’est impossible de faire l’épitaphe d’une personne que je vois vivante sous mes yeux.»—Elle obéit, et, après avoir rêvé un moment, il dit:

ÉPITAPHE;

«Ci-gît, derrière cette porte,
Une femme qui n’est pas morte.»

«Cet aigle en cette cage.»—VICTOR HUGO.

Cinquième observation.—OCÉAN.

L’avocat MICHEL (de Bourges) a dit, en pleine Chambre des députés:—«Un océan inextricable.»—C’est une métaphore qui équivaut absolument à celle qui nous peindrait un écheveau de fil en fureur.

Me Michel n’est pas le seul avocat qui s’exprime ainsi. Consolons-le par l’exemple de deux hommes d’un grand talent.

Me BERRYER a à se reprocher:—«C’est proscrire les bases du lien social.»

Et M. le vicomte DE CORMENIN a écrit:—«Le budget est un livre qui tord les larmes et la sueur du peuple pour en tirer de l’or.»

Ajoutons, pour consoler à leur tour ces deux messieurs, que MALHERBE a dit:

«Prends ta foudre, Louis, et va comme un lion

M. DE CASSAGNAC a dernièrement raconté, avec beaucoup d’esprit et je dirai d’éloquence, les effets du mal de mer;—seulement il se trompe quand il dit que les anciens n’en ont pas dit un mot. PLUTARQUE, cité par MONTAIGNE, en parle dans le Traité des causes naturelles, et SÉNÈQUE a écrit à ce sujet:

Pejus vexabar quam ut periculum mihi succurreret. «Je souffrais trop pour penser au danger.»

Plus je multiplierais les exemples,—plus je prouverais que l’emploi que notre auteur a fait du mot océan est neuf et hardi.

Réponse à plusieurs lettres.—Beaucoup de gens me blâment de passer la plus grande partie de ma vie au bord de la mer. C’est incroyable tout ce qu’on a de sagesse pour les autres,—et comme on voit clair dans leurs affaires et dans leurs intérêts.

Quelqu’un m’écrivait dernièrement: «Vous n’êtes pas à Paris, vous n’allez pas dans le monde,—vous ne savez pas ce qui se passe.»—Et ce quelqu’un terminait sa lettre par me faire part de cinq ou six choses dont j’avais parlé un mois auparavant dans les Guêpes; choses qu’il n’avait apprises que de gens qui les tenaient de mes petits soldats ailés.

J’ai souvent cherché la cause qui fait qu’on est si fort irrité contre quelqu’un qui vit dans la solitude. Est-ce donc que les gens ont besoin de tant de spectateurs pour les belles choses qu’ils disent et qu’ils font, qu’ils ne vous permettent de vous absenter que pendant leurs entr’actes d’héroïsme et de grandeur?

Est-ce que l’homme qui vit seul semble dire aux autres un peu trop orgueilleusement qu’il n’a pas besoin d’eux?

Est-ce que l’homme qui vit seul est pour les autres un ami de moins à duper, à exploiter, à trahir, une victime dont on fait tort à leur avidité?

Est-ce que l’homme qui vit seul paraît dire, en se retirant du commerce des hommes: Je ne veux plus vous donner mon amitié pour votre amitié,—mon esprit pour votre esprit,—mon dévouement pour votre dévouement,—ma bonne foi pour votre bonne foi,—parce que je vois que c’est un marché dans lequel je suis toujours dupe et toujours volé?

Je me suis souvent demandé: Que cherche-t-on dans la société des hommes? Est-ce un échange de services? Vous savez bien que chacun ne fait ces échanges qu’avec l’espoir de gagner et de recevoir plus qu’il ne donne.

Est-ce la conversation? Mais combien de choses vous dit-on qui vous intéressent?—et, si vous avez le bonheur de rencontrer par hasard un mot qui vous soit agréable, par combien de phrases creuses vous faut-il l’acheter!—D’ailleurs, n’avez-vous pas les livres, qui vous parlent quand vous voulez,—qui se taisent quand vous voulez,—qui vous parlent de ce que vous voulez, puisque vous pouvez en quitter un pour en prendre un autre, aussi brusquement que bon vous semble? Il ne vous reste à regretter de la conversation que le bruit de la voix: n’avez-vous pas le souvenir qui vous raconte des histoires et l’imagination qui vous raconte des romans?

Regretterai-je les insipides représentations des théâtres,—quand je vois le ciel et la mer,—et l’herbe et les fleurs, et les insectes;—quand je suis entouré de miracles sans cesse renaissants;—quand mes journées se passent douces et calmes,—sans craintes, sans désirs?

Tenez,—rappelez vos souvenirs,—souvenez-vous des bonheurs réels que vous avez rencontrés:—n’avez-vous pas songé alors à les aller cacher dans la solitude, par un instinct secret qui vous disait que l’homme heureux est un ennemi public et un voleur, et qu’il est prudent d’être heureux tout bas?

J’ai fait avec la société—comme les marchands avec les affaires:—quand ils ont fait fortune, ils se retirent. La fortune que j’ai faite se compose de l’indifférence et du dédain de tout ce qu’on se dispute, de tout ce qui est le but de votre vie, et la cause de tous vos chagrins et de toutes vos joies, de tous vos combats, de toutes vos défaites, de tous vos triomphes.

Je ne veux rien,—je ne désire rien:—combien y a-t-il d’hommes aussi riches que moi?

Pour en revenir aux Guêpes,—mes fidèles lecteurs n’ont pas besoin de savoir comment je sais les choses, pourvu que je les leur dise.—Il leur est égal que mes Guêpes traversent la Seine à Quillebeuf ou sur le pont des Arts,—qu’elles se reposent dans les fleurs sans parfum des terrasses parisiennes ou dans les ajoncs dorés des côtes de Bretagne et de Normandie.—Ma vie et mes goûts leur sont un garant de plus que je n’ai aucune raison ni aucun intérêt pour ne pas leur dire vrai dans les conversations que j’ai avec eux chaque mois.

Écoutez bien—et vous allez voir si je sais ce qui se passe au milieu de vous.

M. LAUTOUR-MÉZERAY.—Les journaux vous disent tous, les uns après les autres, que M. Lautour-Mézeray vient d’être nommé sous-préfet à BELLAC.

Rendez-moi grâces, habitants de Bellac, je vais vous parler de votre sous-préfet,—je vais vous donner des sujets de conversation pour quinze jours;—je vais vous dire—sa taille, ses habitudes et ses goûts.

Une de mes Guêpes (Grimalkin) arrive de Paris, de la rue Pigale, nº 19 bis,—c’est là que demeure encore votre sous-préfet au moment où je vous écris,—dans un joli appartement au rez-de-chaussée, donnant sur un jardin, qui est à lui, et qu’il cultive de ses mains,—comme faisait Abdalonyme quand Alexandre le Grand le choisit pour roi.

M. Lautour-Mézeray,—il y a une dizaine d’années, a créé le Journal des enfants. Cette entreprise, qui a eu entre ses mains un immense succès,—l’a fait passer pour un digne successeur de Berquin. M. Lautour, qui a aujourd’hui trente-six ou trente-huit ans, était alors fort jeune. Les pères de province lui écrivaient pour lui demander des avis particuliers pour l’éducation de leurs garçons;—les mères venaient le consulter pour leurs filles.

Pendant ce temps, il prenait sa place à l’Opéra, dans la loge dite des lions—et il allait dîner au Café de Paris, dans une calèche traînée par deux chevaux bais.—A quelque temps de là, il créa le Journal d’horticulture. Il ne faut pas jouer avec l’horticulture:—M. Mézeray fut mordu; il vendit sa calèche et ses chevaux, et acheta pour une calèche et deux chevaux des rosiers et des tulipes—qu’il se mit à cultiver avec amour.

Il n’abandonna pas pour cela sa place dans la loge des lions, ni ses dîners au Café de Paris;—il n’était jardinier que le matin.—Seulement, comme il avait changé de luxe, et que le luxe aime à se montrer, au lieu d’être porté à l’Opéra par ses chevaux,—qu’au bout du compte on est forcé de laisser à la porte, il y portait une fleur rare à la boutonnière de son habit.

On commença par en rire, puis on l’imita; et c’est aujourd’hui une mode presque générale parmi les jeunes élégants. Seulement, comme il est fâcheux d’être éclipsé par ses imitateurs, M. Lautour s’est vu forcé de mettre des fleurs de plus en plus éclatantes. Mais à peine avait-il imaginé un nouveau bouquet, qu’un plagiaire effronté l’obligeait à en chercher un autre; il affectionnait surtout les passiflores.

M. Lautour-Mézeray est généreux de ses fleurs: plus d’une élégante perdra, à son éloignement de Paris, des parures complètes de camélias naturels, qui, placés dans les cheveux, sur les épaules et sur la robe, faisaient un effet ravissant.

Les dames de Bellac sont appelées à hériter.

M. Lautour-Mézeray a fait des prosélytes. Mordu par le démon de l’horticulture, il a mordu, à son tour: 1º M. Eugène Sue, qui a fait construire une serre dans sa retraite de la rue de la Pépinière, et qui portait, l’hiver dernier, un camélia par-dessus les deux ou trois croix qui décorent sa boutonnière; 2º M. Véry, un riche Parisien, qui a dépensé de grosses sommes à Montmorency.

Je suis fâché,—réellement,—habitants de Bellac, de n’avoir pas plus de mal à vous dire de votre sous-préfet:—cela vous amuserait davantage;—mais voilà tout ce que j’en sais,—et j’ai la douleur de dire encore que c’est un homme d’un grand bon sens.

Je ne puis qu’ajouter, pour vous consoler, que la nature lui ayant refusé le don de l’improvisation, il ne vous ferait pas de longs discours,—quand même son bon sens ne l’en rendrait pas ennemi;—ce qui fait que l’heureuse ville de Bellac se trouve seule sous le parapluie, pendant cette averse de discours, de paroles creuses et harangues saugrenues qui inondent la France, depuis que nous avons pour maîtres les avocats et les rhéteurs.

M. THIERS ET M. BOILAY.—Je sais encore que M. Thiers, qui, avant et pendant son ministère, avait accaparé presque tous les journaux,—les perd, en ce moment, peu à peu.—Le désintéressement n’aime pas attendre;—il vient de subir une défection douloureuse.—M. Boilay, qu’il avait inventé, passe à l’ennemi avec armes et bagages. M. Boilay était celui de tous les écrivains de la presse qui convenait le mieux à M. Thiers;—il allait, tous les matins, causer place Saint-Georges, et, le soir, il sténographiait, de mémoire, la pensée exacte du maître. M. Boilay a quitté le Constitutionnel pour le Messager, où il reçoit mille francs par mois. On parle d’arrhes, que les uns portent à vingt mille francs, les autres seulement à dix mille.

M. Thiers était obligé de faire un mot sur cette trahison,—on lui en prête deux. Quelques personnes prétendent qu’il a répété le mot de César: «Tu quoque, Brute!» C’est un mot dont on a usé et abusé.—J’aime mieux l’autre.—M. Boilay,—dit l’ex-ministre, «a fait comme font les cuisinières: aussitôt qu’il a su faire la cuisine, il a changé de maître.»

Je sais encore que S. M. Louis-Philippe continue à faire aux cultivateurs de Versailles une concurrence ruineuse pour ces derniers. Dans le volume du mois de mars 1841, j’avais raconté à M. de Montalivet ce qui se passait. Je lui avais dit les noms des jardiniers de Sa Majesté qui font ce trafic,—et les noms et les adresses des fruitiers et des marchands de comestibles auxquels ils vendent (détails que vous trouverez au susdit volume).

J’ajoutais qu’Abdalonyme avait été jardinier avant d’être roi;—que Dioclétien le fut après avoir été maître du monde;—mais que je ne voyais aucun prince qui eût cumulé les deux professions de roi et de maraîcher et qui les eût exercées simultanément. J’expliquais comment les jardiniers du roi, auxquels les fruits et les légumes de primeur ne coûtent rien, les donnent au commerce à un prix bien inférieur à celui que leur culture coûte aux cultivateurs, et que ceux-ci, par conséquent, ou ne peuvent plus placer leurs produits, ou sont obligés de les donner à perte.

Ma dénonciation eut d’abord d’heureux résultats: la vente ostensible des produits du potager royal cessa tout à coup.

Malheureusement, M. Cuvillier-Fleury,—ou M. Trognon,—ou M. Delatour,—auront trouvé un exemple pour justifier le commerce qu’on faisait faire au roi;—et, en effet,—j’ai moi-même découvert que Charlemagne,—dans un de ses Capitulaires, ordonne de vendre les poulets des basses-cours de ses domaines et les légumes de ses jardins.

Et le potager a continué d’envoyer aux Tuileries vingt fois plus de fruits et de légumes de primeur qu’on ne peut y en consommer;—et les jardiniers sont fondés à croire que, si on ne fait plus vendre, du moins on laisse vendre le surplus;—car, de même qu’avant la défense qui a été faite les jardiniers trouvent chez les fruitiers, crémiers et marchands de comestibles une grande quantité de fruits et de légumes de primeur qu’on leur offre à un prix auquel ils ne peuvent, eux, les donner sans subir une perte énorme,—les marchands ont ordre de dire que tout cela leur vient de la Belgique; mais les cultivateurs demandent par où cela leur arrive.—Les diligences de Bruxelles n’ont pu le leur dire.

Je sais aussi,—Parisiens,—qu’il se fait au milieu de vous une belle et noble chose sans que vous en sachiez rien.

La Salpétrière est un hospice où on reçoit les vieilles femmes et les folles.

Il faudrait deux millions aux directeurs pour faire seulement les améliorations nécessaires.—C’est un établissement grand comme une ville et qui fait vivre six mille personnes,—et où sont les deux plus grandes misères de la vie humaine: la vieillesse et la folie.

Ces pauvres créatures,—secourues par une chanté impuissante,—sont mal vêtues,—mal couchées;—la maison n’est pas assez riche.

Les folles incurables ont depuis peu pour médecin M. Trélat:—c’est un homme doux et persévérant, prenant en pitié ces malheureuses et cherchant ce qu’il pourrait donner de distractions à leurs maux,—puisqu’il ne peut les guérir.—Il a imaginé de les faire chanter;—elles y ont pris goût, et s’en sont bien trouvées; aujourd’hui elles apprennent à lire.

Cette pensée, conçue par la bonté du médecin, est exécutée par deux hommes qui accomplissent gratuitement une tâche d’une difficulté qu’on se représente facilement,—et s’astreignent au spectacle le plus attristant.

Ces pauvres folles aiment leurs professeurs et leurs leçons;—elles accourent en classe dès qu’elles les voient entrer;—celles qui n’y sont pas admises encore—n’ont d’autre ambition que d’y entrer.

Quelques-unes déjà lisent couramment et déchiffrent un peu la musique.

La musique est montrée par le collaborateur de M. Wilhem.

La lecture, par un instituteur, M. Teste,—le frère du ministre.

C’est un homme de soixante ans,—qui gagne sa vie par son travail,—n’a jamais rien voulu accepter de son frère,—et, n’ayant rien à donner,—trouve moyen encore d’être généreux en donnant son temps et son travail.

D’autre part, on les fait travailler à l’aiguille, ainsi que les aveugles et les sourdes-muettes. L’ouvrage que font ces malheureuses est fait parfaitement,—plus promptement que par les ouvrières de la ville; mais il manque des acheteurs.

Voilà les annonces que j’aime à faire et que je ferai tant qu’on voudra.

LA POLICE ET LES COCHERS. La police—continue à justifier les reproches que je lui ai faits déjà bien des fois.

Elle rend une ordonnance sur un abus—et tout est fait.

Mais—Voltaire l’a dit: «Un abus est toujours le patrimoine d’une partie de la nation.»

L’abus ne dit rien,—laisse passer l’ordonnance comme une pluie de printemps,—et reparaît huit jours après;—pour l’ordonnance, il n’en est plus question.

Il y a six mois environ, on a enjoint à tout coche de place de présenter à chaque personne qui monterait dans sa voiture une carte contenant le numéro sous lequel cette voiture est inscrite à la police.

D’abord quelques-uns se soumirent à cette formalité, puis ensuite ils se contentèrent de laisser dans un coin de leur voiture un paquet de ces cartes. Maintenant on s’épargne même ce dernier soin. Disons encore à M. Gabriel Delessert que ses devoirs consistent non-seulement à prendre des mesures utiles dans l’intérêt des habitants de Paris, mais encore à en surveiller l’exécution.

DEUX NOUVEAUX PARTIS. Les nouveaux cigares de Manille de la régie ne valent pas grand’chose;—ils n’ont d’autre intérêt que les deux partis qu’ils ont fait naître en France.—Absolument comme à Lilliput pour les œufs,—il y a les gros boutiens et les petits boutiens.

La régie a fait publier dans les journaux qu’on devait fumer les cigares de Manille par le gros bout.

Le Français, fier et indépendant, s’est révolté contre cette atteinte à sa liberté.—Beaucoup s’obstinent, pour vexer le pouvoir, à fumer les cigares de Manille par le petit bout. Il serait dangereux, dans certains estaminets, de faire autrement;—on passerait pour un courtisan et pour un agent de police.

Je connaissais depuis longtemps les cigares de Manille, qui sont bons,—forts et capiteux.—L. Corbière, mon ami, m’en faisait fumer depuis bien des années, quand je passais par le Havre.—C’est la régie qui a raison. On doit les fumer par le gros bout.—Je le dis hautement, quand je devrais me faire appeler encore ami du château.

Mais ceux de la régie ne valent rien;—et, si on me demande: «Êtes-vous gros boutien ou petit boutien; fumez-vous les cigares de Manille par le gros bout?»—je suis obligé de répondre, comme à l’égard des autres partis politiques: «Je ne les fume par aucun bout.»

SAGACITÉ D’UN CARRÉ DE PAPIER. A propos—d’un article sur la presse, où je demande qu’on supprime le timbre et le cautionnement, et qu’on laisse tout journal dire,—sans exception,—tout ce qu’il veut,—sans jamais lui faire un procès sous aucun prétexte,—un journal de province qui s’appelle le Patriote de Saône-et-Loire,—tire la conséquence que «je demande la censure

Sixième observation.REPRISE.