CHAPITRE III
Les Relations
internationales
et les Alliances
I
LES RELATIONS INTERNATIONALES
Alors que la solidarité des peuples devrait être la loi des temps modernes, une haine intense plane sur l’univers. Haine entre nations, entre classes diverses d’une même nation, haine entre partis politiques de chaque classe. L’interdépendance des peuples est une nécessité qui finira peut-être par les solidariser, mais son influence reste actuellement nulle.
La haine entre peuples, la défiance entre gouvernants, sont devenues les grands ressorts psychologiques de la politique actuelle. On put évaluer l’intensité de ces sentiments quand on vit l’Amérique et l’Angleterre renoncer à la paix future, que leur promesse d’intervention en cas d’attaque de l’Allemagne eût rendue certaine.
Si, dans leurs relations, les individus se conduisaient avec autant de mauvaise foi et de méfiance que les peuples entre eux, aucune société ne pourrait durer.
L’union entre citoyens à l’intérieur, entre alliés à l’extérieur, est reconnue comme seule base possible d’une paix durable. Les haines grandissantes de peuple à peuple et d’une classe à l’autre, dans un même pays, prouvent malheureusement que des intérêts évidents, mais lointains, restent sans force contre les impulsions passionnelles du moment.
L’amitié entre individus peut subsister malgré les différences d’intérêts. Entre peuples, l’amitié ne représentant qu’une communauté d’intérêts ne saurait survivre à leurs divergences. Ce principe de psychologie collective conditionne la durée possible d’une alliance.
Le monde oscille aujourd’hui entre le nationalisme, impérialiste et l’internationalisme. Le nationalisme implique, avec la solidarité sociale, le culte de la patrie. L’internationalisme, remplaçant la solidarité par la lutte des classes, rendrait un peuple aussi impuissant à se protéger contre les guerres civiles que contre les invasions.
Le nationalisme, qui seul donne aux peuples leur cohésion, a des chances de durée parce qu’il constitue un sentiment naturel. Mais la force même de ce sentiment le fait souvent dégénérer en impérialisme agressif. Il substitue alors les guerres extérieures aux guerres intérieures.
Si intense soit la haine entre peuples, elle n’est jamais aussi vive qu’entre les partis politiques d’un même peuple.
Le monde changera de face et les rapports entre les divers pays seront profondément transformés lorsque les politiciens qui en dirigent les destinées auront découvert que l’intérêt d’une nation n’est pas basé sur le dommage causé à une autre. Ils renonceront alors au besoin d’hégémonie qui continue d’aveugler l’esprit des gouvernants.
En politique internationale, les coups d’épingle répétés finissent par engendrer des coups de canon.