III
LES FORCES MORALES
Il n’est pas d’exemple de peuples arrivés à la civilisation sans discipline, sans respect des lois et sans morale.
Un peuple ne sort de la barbarie que par l’acquisition d’une morale très stable. Dès qu’il l’a perdue, il retourne à la barbarie.
La guerre a montré une fois encore que la puissance d’une nation réside beaucoup plus dans sa force morale que dans sa culture intellectuelle.
La lutte mondiale fut peut-être la première au cours de l’histoire où le succès final dépendit autant de la résistance des soldats que de la capacité des généraux. Ludendorff, dans ses Mémoires, reconnaît que la guerre lui sembla perdue quand il vit fléchir le moral de son armée.
Les liens moraux peuvent devenir aussi forts que des liens matériels. Sur la trirème qui le ramenait volontairement à Carthage, où il se savait condamné à périr, le consul Régulus était attaché par sa parole plus rigoureusement qu’il ne l’eût été par des chaînes de fer. Rome domina le monde tant qu’elle posséda de tels hommes.
Les lois scientifiques gardent leur invariabilité à travers le temps chez les peuples les plus divers. La morale change au contraire selon les besoins de chaque époque. Si, comme le remarquait Pascal, ce qu’on appelle vice et vertu varie avec les climats, c’est que le vice et la vertu, étant l’expression des nécessités sociales d’une époque, se transforment forcément quand ces nécessités évoluent. Il est donc naturel qu’en matière sociale « la vérité en deçà des Pyrénées devienne erreur au delà ».
La caractéristique des natures primitives est de céder facilement à leurs impulsions. Il faut une longue éducation ancestrale pour apprendre au cerveau à dominer les impulsions des sens, et acquérir ainsi ce self-control que les Anglais considèrent comme une des plus importantes qualités du caractère.
L’homme vraiment moral n’a pas besoin de discuter sa morale avant d’agir. Une morale débattue demeure généralement sans force.
Les canons restent des armes vaines quand ils ne sont pas soutenus par la force morale des combattants.
Un peuple ayant perdu son armature morale est bien près d’avoir tout perdu.