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Les incertitudes de l'heure présente cover

Les incertitudes de l'heure présente

Chapter 28: I L’EXTRÉMISME
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About This Book

The author offers a series of concise reflections on the social and political consequences of recent upheavals, arguing that scientific and economic interdependence clashes with inherited emotional and mystical impulses. He analyzes the instability of institutions, alliances, and moral beliefs after major conflict, the erosion of traditional habits, and the emergence of precarious, theory-built arrangements. Emphasizing psychological and structural causes, he surveys law, morality, religion, and political alignments, and proposes that understanding a few fundamental social principles can illuminate contemporary uncertainties and guide reconstruction.

CHAPITRE V
Les Formes modernes du Despotisme

I
L’EXTRÉMISME

L’extrémisme observé chez tous les partis révolutionnaires est un état mental où l’homme, dominé par une idée fixe, devient incapable de percevoir les réalités et leurs conséquences.


Les extrémistes de toutes opinions possèdent, malgré la divergence des buts poursuivis, des caractères identiques. L’extrémiste sincère est mystique, violent et borné.


Un extrémiste qui posséderait quelque trace de jugement et de clairvoyance cesserait aussitôt d’être extrémiste.


Le Conventionnel, pourvoyeur fervent de la guillotine, qui se déclarait prêt à transformer son pays en cimetière pour imposer ses croyances, traduisait la mentalité des extrémistes de tous les âges. Les apôtres du syndicalisme, du communisme et du socialisme rêvent les mêmes massacres.


La suggestion et la contagion mentale conduisent facilement une foule à l’extrémisme, mais cet extrémisme est généralement éphémère.


Dans les assemblées révolutionnaires, les opinions extrêmes tendent à engendrer des opinions plus extrêmes encore. Après les Girondins, ce fut la Terreur. Aux révolutionnaires russes modérés qui renversèrent le tsarisme, se substituèrent bientôt les sanguinaires bolchevistes.


Depuis les origines de l’histoire, tous les partis politiques extrêmes débutent dans la splendeur des illusions et finissent dans la bassesse des rivalités intestines.


Les progrès de certaines opinions extrémistes, visiblement absurdes, confirment cette fondamentale notion, que la force d’une théorie sociale ou religieuse ne dépend pas de sa valeur rationnelle, mais seulement de son empire sur les âmes.


L’ambition et le besoin de popularité ont pu conduire certains hommes clairvoyants à l’extrémisme ; mais, sachant très bien que son application rendrait tout gouvernement impossible, ils le rejettent en arrivant au pouvoir.


A la phase ultime de son évolution, l’extrémisme ressort beaucoup plus du domaine de la pathologie mentale que de la politique. Les établissements d’aliénés sont remplis d’extrémistes.