IV
LE COMMUNISME
Le bolchevisme communiste, comme le socialisme, a pour caractéristiques essentielles le mécontentement, la haine des supériorités et le désir de détruire violemment l’ordre de choses établi.
Quand, par une cause quelconque, le mécontentement grandit chez un peuple, il accepte d’emblée la première doctrine proposée pour remédier à ses maux. Le succès du communisme chez diverses nations est une conséquence de cette loi.
On trouve facilement des hommes disposés à massacrer, mais fort peu qui soient capables de diriger les mécanismes compliqués d’une civilisation. Les communistes russes ne soupçonnaient pas cette vérité élémentaire quand ils assassinèrent systématiquement les intellectuels de leur pays. Ils n’aperçurent leur erreur que devant la ruine économique qui résulta de ces hécatombes.
La désorganisation de la Russie, dont les ouvriers travaillent douze heures par jour sous la férule de maîtres très durs, pour un maigre morceau de pain, montre une fois encore combien les sociétés sont des organismes compliqués. Fils de la nécessité et du temps, ils sont aussi impossibles à transformer avec des décrets que la structure d’un être vivant.
Contrairement à ses théories, le communisme évolue de plus en plus vers un nationalisme jadis inconnu. Les Russes ne comprirent la force de l’idée de patrie que le jour où cette patrie parut menacée par l’étranger.
On a dit, avec raison, au Parlement anglais, que la Russie ne manquait pas d’argent, mais des cerveaux de l’Occident. L’expérience seule put faire entrer cette vérité dans la faible cervelle des communistes.
Si les théories communistes avaient régi l’humanité à travers les âges, l’homme vivrait encore au fond des cavernes, vêtu de peaux de bêtes et disputant aux animaux féroces une problématique pâture. La persistance du bolchevisme en Russie ramènerait bientôt ce pays aux ténèbres de la préhistoire.
Une société purement bolcheviste n’a pas plus besoin de savants que les nègres du continent africain.
Le communisme russe a subi deux phases bien différentes. La première, l’égalisation générale, obtenue par le pillage des fortunes et le massacre des intellectuels. Ce fut l’âge d’or de la doctrine. Mais après l’épuisement des stocks pillés, lorsque, faute de capacités, les usines, les mines et les moyens de transports cessèrent d’être utilisables, l’illusion s’évanouit. Il fallut alors solliciter les capitaux et l’intelligence de l’Occident.
L’extension du socialisme égalitaire, qui ravage la Russie, ramènerait l’Europe à la phase de barbarie qui suivit les anciennes invasions germaniques.