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Les incertitudes de l'heure présente cover

Les incertitudes de l'heure présente

Chapter 36: III QUELQUES CONSÉQUENCES DES IDÉES DÉMOCRATIQUES
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About This Book

The author offers a series of concise reflections on the social and political consequences of recent upheavals, arguing that scientific and economic interdependence clashes with inherited emotional and mystical impulses. He analyzes the instability of institutions, alliances, and moral beliefs after major conflict, the erosion of traditional habits, and the emergence of precarious, theory-built arrangements. Emphasizing psychological and structural causes, he surveys law, morality, religion, and political alignments, and proposes that understanding a few fundamental social principles can illuminate contemporary uncertainties and guide reconstruction.

III
QUELQUES CONSÉQUENCES DES IDÉES DÉMOCRATIQUES

Une démocratie se définit théoriquement : le gouvernement par le peuple. En réalité, aucune démocratie ne se maintient sans la direction d’une élite. Quand un gouvernement démocratique comme celui de l’Angleterre dure longtemps, c’est qu’il a fini par devenir une aristocratie de la fortune et de l’intelligence.


Le triomphe d’une démocratie marque souvent la fin du pays où il se produit. Sous les influences démocratiques, la Grèce sombra dans la servitude, Rome dans la décadence, les Républiques italiennes du moyen âge et la Russie moderne dans l’anarchie et la dictature.


Platon soutenait que tous les progrès de l’esprit humain sont dus à l’aristocratie de l’intelligence. Contrairement à cette doctrine, les dictateurs russes divisèrent les hommes en quatre classes, dont la plus haute se trouvait représentée par les ouvriers manuels et la plus basse par les intellectuels. Une ruine totale montra vite les conséquences de cette classification.


L’expérience russe aura définitivement prouvé qu’un gouvernement bourgeois, si médiocre qu’on le suppose, est infiniment moins despotique qu’un gouvernement prolétarien, si parfait qu’il puisse être.


Loin de réduire les haines internationales, le progrès des démocraties les rend chaque jour plus fortes.


Une des plus fréquentes erreurs du régime parlementaire consiste à renverser les dirigeants au moment précis où les événements, dominant les volontés, ne permettent pas aux successeurs des ministres renversés de rien changer à la politique de leurs prédécesseurs.


Le principe du service universel obligatoire substituant aux petites armées de jadis la totalité des habitants valides d’un pays, est évidemment parfait au point de vue démocratique. Dans la pratique, il engendre de véritables guerres d’extermination et, par conséquent, la destruction des démocraties créatrices de ce principe.


L’âge moderne se trouve obligé de faire vivre ensemble des hommes exigeant l’égalité, alors que les progrès des civilisations, comme ceux de la nature, se réalisent seulement par des inégalisations successives.