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Les incertitudes de l'heure présente cover

Les incertitudes de l'heure présente

Chapter 41: III L’INTELLIGENCE, LES SENTIMENTS ET L’INTUITION
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About This Book

The author offers a series of concise reflections on the social and political consequences of recent upheavals, arguing that scientific and economic interdependence clashes with inherited emotional and mystical impulses. He analyzes the instability of institutions, alliances, and moral beliefs after major conflict, the erosion of traditional habits, and the emergence of precarious, theory-built arrangements. Emphasizing psychological and structural causes, he surveys law, morality, religion, and political alignments, and proposes that understanding a few fundamental social principles can illuminate contemporary uncertainties and guide reconstruction.

III
L’INTELLIGENCE, LES SENTIMENTS ET L’INTUITION

L’intelligence et les sentiments sont des compagnons inséparables, mais qui, depuis l’origine des âges, ont rarement réussi à s’entendre.


L’intelligence ayant considérablement évolué dans le cours des siècles, alors que les sentiments ont peu changé, il en résulte une discordance croissante entre la logique sentimentale, qui détermine la conduite, et la logique rationnelle, qui cherche à la diriger, mais y réussit rarement.


Dans le domaine de l’intelligence, la différence entre les hommes est immense. Dans les cycles de l’affectif et du mystique où s’élaborent les causes de nos actions, l’inégalité disparaît. C’est pour cette raison qu’un bolcheviste sans culture et un professeur instruit peuvent accepter des illusions identiques.


La raison se met facilement au service des sentiments, alors que ces derniers se mettent rarement au service de la raison. Cette loi psychologique explique l’origine de guerres qu’aucun argument rationnel ne pourrait justifier.


L’être dont l’intelligence ne réussit pas à dominer la sensibilité pourra devenir un remarquable artiste, un éminent écrivain, mais non un homme d’État supérieur.


Une conviction fondée seulement sur la raison devient rarement mobile d’action. Les influences mystiques et sentimentales sont indispensables pour faire agir.


L’homme est en progrès quand il commence a séparer sa raison de ses passions. Le progrès s’accentue lorsque sa raison devient assez forte pour dominer un sentiment présent en lui opposant l’influence d’un sentiment lointain.


L’acquisition de l’aptitude à dominer ses sentiments exigea des siècles d’efforts. Bien des peuples en sont restés à l’âge où Ésaü vendait contre un plat de lentilles présent son droit d’aînesse futur.


Grâce au mode de connaissance qualifié intuition, les femmes arrivent à deviner des conséquences que la logique rationnelle ne perçoit pas aisément.


La raison seule peut montrer si les certitudes intuitives constituent des réalités ou des erreurs. L’intelligence est donc le complément nécessaire de l’intuition.


Les intuitions intellectuelles sont génératrices de découvertes dans tous les domaines de l’art et de la pensée. Les intuitions sentimentales représentent les véritables guides dans les circonstances difficiles de la vie.


On reconnaît qu’une poussière d’hommes est devenue une nation lorsque, dans les grands événements comme la dernière guerre, se forment instantanément des intuitions collectives conduisant tous les citoyens à une conduite identique malgré les divergences de croyances.


L’habitude, permettant de canaliser les intuitions et refréner les impulsions, constitue un guide de la vie plus sûr que tous les enseignements des livres.