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Les incertitudes de l'heure présente cover

Les incertitudes de l'heure présente

Chapter 49: I LE RÔLE DES DIEUX
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About This Book

The author offers a series of concise reflections on the social and political consequences of recent upheavals, arguing that scientific and economic interdependence clashes with inherited emotional and mystical impulses. He analyzes the instability of institutions, alliances, and moral beliefs after major conflict, the erosion of traditional habits, and the emergence of precarious, theory-built arrangements. Emphasizing psychological and structural causes, he surveys law, morality, religion, and political alignments, and proposes that understanding a few fundamental social principles can illuminate contemporary uncertainties and guide reconstruction.

CHAPITRE IX
L’Évolution des Dieux dans l’Histoire

I
LE RÔLE DES DIEUX

L’histoire des peuples est dominée par celle de leurs dieux. Dans les temps modernes cette domination est restée aussi grande, mais les divinités ont changé de nom. Elles sont remplacées par des idées et des formules auxquelles leurs adorateurs attribuent la même puissance qu’aux anciens dieux.


Aucun peuple ne vécut sans dieux. L’usure du temps, et non la raison, quelquefois les renverse, mais leur trône ne reste jamais vide. Le paganisme usé fit place au Christianisme, qui, usé à son tour, tend à être remplacé par la foi socialiste.


Une civilisation entièrement dégagée d’influences mystiques serait-elle viable ? Nous l’ignorons. Aucune civilisation semblable ne s’est encore manifestée à la surface du globe.


Bien que les croyances religieuses n’aient eu que des illusions pour soutien, elles ont servi d’armature aux grandes civilisations. Pour les propager ou les combattre, le monde fut souvent bouleversé.


Toutes les grandes divinités de l’histoire : Jupiter, Jéhovah, Bouddha, Allah et tant d’autres que des millions d’hommes ont adorées ou vénèrent encore ne furent pas des créations de la peur, comme le voulait Lucrèce. Elles naquirent de l’espérance, seule divinité que le temps n’ait pu ébranler.


Les dieux étant issus des mêmes illusions, et ayant exercé le même rôle, on ne saurait établir de hiérarchie entre eux.


Les croyants imaginent toujours à leur image le dieu qu’ils adorent. Les Hindous pacifiques attribuent à Bouddha leur tolérance et leur douceur. Les Carthaginois, les Chrétiens et les Juifs dotèrent leurs Dieux de l’esprit vindicatif qui les animait.


Un des plus utiles rôles des religions fut de créer des certitudes d’existence future capables d’embellir la vie présente. L’homme assuré d’un bonheur éternel est plus heureux que s’il croit son existence éphémère. Seule, la peur de l’enfer l’empêche d’être tout à fait heureux.


C’est principalement dans la manifestation des arts plastiques que les religions montrèrent leur influence. Les grandes œuvres d’art de l’Égypte, de l’Inde et de l’Europe furent surtout des monuments religieux. A des dieux supposés éternels il fallait bien construire des temples également éternels.


Une des forces des dieux réside dans la difficulté de les remplacer. Les illusions socialistes sont encore moins satisfaisantes pour l’esprit que les illusions religieuses.


La psychologie explique la propagation des croyances religieuses, mais la naissance des dieux est d’une interprétation beaucoup plus difficile. Comment naquirent : Moloch, Jupiter, Apollon, Jéhovah et bien d’autres ? Certaines religions, comme l’islamisme, sortirent tout entières du cerveau d’un halluciné, mais cette genèse n’est pas applicable à l’histoire de tous les dieux.


Ce sera seulement sans doute avec les derniers hommes que disparaîtront les derniers dieux.