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Les joyeuses Bourgeoises de Windsor

Chapter 12: SCÈNE III
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About This Book

La pièce met en scène un chevalier vaniteux dont les tentatives pour séduire deux femmes mariées sont retournées contre lui par une suite d'astuces et de pièges comiques, incluant lettres trompeuses, déguisements et humiliations burlesques. Des intrigues secondaires — rivalités amoureuses autour d'une jeune héritière, jalousies conjugales et quiproquos linguistiques — alimentent les situations. L'ensemble combine satire sociale, comique de caractère et jeux de langage pour souligner la vanité et la crédulité, et se conclut par des châtiments ridicules et des réconciliations qui rétablissent l'ordre social de façon comique.


SCÈNE III

Dans le parc de Windsor

Entrent CAIUS et RUGBY.


CAIUS.--Jack Rugby!

RUGBY.--Monsieur?

CAIUS.--Quelle heure est-il, Jack?

RUGBY.--Il est plus que l'heure, monsieur, à laquelle sir Hugh avait promis de venir.

CAIUS.--Palsambleu! il a sauvé son âme en ne venant pas. Il a bien prié dans sa Bible puisqu'il ne vient pas. Palsambleu! Jack Rugby, il est mort s'il vient.

RUGBY.--Il est prudent, monsieur; il savait que Votre Seigneurie le tuerait, s'il venait.

CAIUS.--Palsambleu! un hareng n'est pas si bien mort qu'il le sera, quand je l'aurai tué. Rugby, prenez votre rapière: je veux vous dire comment je le tuerai.

RUGBY.--Hélas! je ne sais pas tirer des armes, monsieur.

CAIUS.--Faquin! prenez votre rapière.

RUGBY.--Restez coi; voici du monde.

(Entrent l'hôte, Shallow, Slender et Page.)

L'HÔTE.--Dieu te soit en aide, gros docteur!

SHALLOW.--Dieu vous garde, monsieur le docteur Caius!

PAGE.--Vous voilà, mon bon monsieur le docteur!

SLENDER.--Je vous donne le bonjour, monsieur.

CAIUS.--Pour quelle raison êtes-vous venus ici un, deux, trois, quatre?

L'HÔTE.--Pour te voir te battre, te voir parer, riposter, te voir ici, te voir là, te voir pousser tes bottes d'estoc, de taille, puis ta seconde, ta flanconnade. Est-il mort, mon Éthiopien? est-il mort, mon Francisco? Que dit mon Esculape, mon Galien, mon coeur de sureau? Est-il mort, gros flairant? Est-il mort?

CAIUS.--Palsambleu! c'est un poltron que ce prêtre, s'il en est un dans le monde; il n'ose pas montrer son nez.

L'HÔTE.--Tu es un roi castillan, mon urinal, un Hector de Grèce, mon garçon!

CAIUS.--Je vous prie, soyez tous témoins que je l'ai attendu seul, cinq ou six, deux, trois heures, et qu'il ne vient pas.

SHALLOW.--C'est qu'il se montre le plus sage, messire docteur. Il est le médecin des âmes, et vous le médecin des corps: si vous alliez combattre tous deux, vous agiriez contre l'esprit de vos professions. N'est-il pas vrai, monsieur Page?

PAGE.--Monsieur Shallow, vous avez été vous-même un fameux bretteur, quoique vous soyez maintenant un homme de paix.

SHALLOW.--Mille-z-yeux, monsieur Page, tout vieux que je suis aujourd'hui, et officier de paix, je ne puis voir une épée nue que les doigts ne me démangent. Nous avons beau devenir juges et docteurs, et ecclésiastiques, monsieur Page, il nous reste toujours quelque arrière-goût de notre jeunesse. Nous sommes les enfants des femmes, monsieur Page.

PAGE.--C'est une vérité, monsieur Shallow.

SHALLOW.--Cela se retrouve toujours, monsieur Page. Monsieur le docteur Caius, je viens pour vous ramener chez vous: je suis juge de paix. Vous vous êtes montré un sage médecin; et monsieur Evans s'est montré un sage et paisible ecclésiastique. Il faut que je vous ramène, et que vous m'accompagniez, monsieur le docteur.

L'HÔTE, s'avançant gravement.--Sous le bon plaisir de la justice.... Un mot d'avis, monsieur de Papier-mâché26.

Note 26: (retour) Muck water. On n'est pas bien d'accord sur le sens de cette expression; mais il est clair, par la suite du dialogue, que c'est un terme de mépris. On a cru pouvoir rendre en français par papier mâché.

CAIUS.--Papier mâché! Que veut dire ce mot?

L'HÔTE.--Papier mâché, dans notre langue, veut dire bravoure, mon gros.

CAIUS.--Palsambleu! j'ai plus de papier mâché dans ma personne que l'Anglais. Ce diable de mâtin de prêtre, je lui couperai ses oreilles!

L'HÔTE.--Il te chantera pouille solidement, mon gros.

CAIUS.--Chante pouille! Qu'est-ce que cela veut dire?

L'HÔTE.--Cela veut dire qu'il te demandera pardon.

CAIUS.--Palsambleu! voyez-vous; il me chantera pouille. Je veux, moi, qu'il en soit ainsi.

L'HÔTE.--Je l'y obligerai, ou qu'il s'aille promener.

CAIUS.--Je vous remercie bien de cela.

L'HÔTE.--Et de plus, mon gros.... mais, un moment. (A part aux autres.) Vous, monsieur mon convive, et monsieur Page, et vous aussi, cavalier Slender, allez tous à Frogmore, en passant par la ville.

PAGE.--Sir Hugh y est, n'est-ce pas?

L'HÔTE.--Il est là. Voyez de quelle humeur il sera; et moi je viens à travers champs, et vous amène ce docteur. Est-ce bien comme cela?

SHALLOW.--Nous y allons. (Tous à Caius.) Adieu, mon bon monsieur le docteur.

(Page, Shallow et Slender sortent.)

CAIUS.--Palsambleu! je veux tuer le prêtre; car il veut parler à Anne Page, le faquin.

L'HÔTE.--Qu'il meure: mais d'abord rengaine ton impatience. Jette de l'eau froide sur ta colère, et viens à Frogmore par le chemin des champs. Je te mènerai à une ferme où mistriss Anne est invitée à un repas, et là, tu lui feras la cour. Dis-je-bien, mon galant?

CAIUS.--Palsambleu! je vous remercie de cela. Palsambleu! je vous aime. Je vous procurerai les bonnes pratiques, tous les comtes, les chevaliers, les lords, les gentilshommes mes patients.

L'HÔTE.--Comme de ma part je serai ton antagoniste auprès de miss Anne. Dis-je bien?

CAIUS.--Palsambleu! c'est bien dit: fort bien.

L'HÔTE.--Venez donc.

CAIUS.--Marchez sur mes talons, Jack Rugby.

(Ils sortent.)

FIN DU DEUXIÈME ACTE.



ACTE TROISIÈME


SCÈNE I

Dans la campagne, près de Frogmore.

Entrent SIR HUGH EVANS et SIMPLE.


EVANS.--Bon serviteur de monsieur Slender, de votre nom, ami Simple, dites-moi, je vous prie, dans quels endroits avez-vous cherché le sieur Caius, qui se qualifie docteur en médecine?

SIMPLE.--Vraiment, monsieur, du côté de Londres, du côté du parc, de tous côtés; du côté du vieux Windsor, partout, en vérité, excepté du côté de la ville.

EVANS.--Je vous prie ardemment de regarder aussi de ce côté-là.

SIMPLE.--J'y vais, monsieur.

(Simple sort.)

EVANS.--Bénédiction sur mon âme! Je suis plein de colère et tout mon esprit est tremblant. Je serai bien content s'il m'a attrapé. Comme j'ai de la mélancolie! Je lui briserais la tête avec sa fiole d'urines, si je trouvais une bonne occasion pour la chose.--Bénédiction sur mon âme.

(Il chante.)

Au bord des profondes rivières dont la chute

Est accompagnée des mélodieux madrigaux


Que chantent les oiseaux,

Nous ferons des lits de roses

Et mille siéges odoriférants,

Au bord des...

Miséricorde! J'ai bien plus envie de pleurer.

(Il chante.)

Les oiseaux chantaient leurs mélodieux madrigaux,

Tandis que j'étais assis près de Babylone,

Et qu'un millier de siéges odoriférants,

Au bord des...

SIMPLE.--Le voici, sir Hugh; il vient par ici.

EVANS.--Il est le bienvenu.

(Il chante.)

Au bord des rivières dont la chute...

Dieu fasse prospérer le bon droit! Quelles armes porte-t-il?

SIMPLE.--Il n'a pas d'armes, monsieur; voilà aussi mon maître et monsieur Shallow qui viennent du côté de Frogmore avec un autre monsieur. Ils sont sur la descente par ici.

EVANS.--Je vous prie donnez-moi ma robe, ou plutôt gardez-la entre vos bras.

(Page, Shallow et Slender entrant, et feignant d'être surpris de trouver Evans dans ce costume,
dont ils prétendent ignorer les raisons).

SHALLOW.--Eh! qui vous savait ici, monsieur le curé? Bien le bonjour, sir Hugh. Surprenez un joueur sans ses dés, et un docteur sans ses livres, vous crierez miracle.

SLENDER.--Ah! douce Anne Page!

PAGE.--Le ciel vous tienne en santé, cher sir Hugh!

EVANS.--Que Dieu dans sa miséricorde vous donne à tous sa bénédiction.

SHALLOW.--Quoi! la science et l'épée? Les étudiez-vous toutes deux, monsieur le curé?

PAGE.--Et toujours jeune, sir Hugh? Comment, en simple pourpoint, dans ce jour humide et nébuleux?

EVANS.--Il y a des causes et des raisons pour cela.

PAGE.--Nous sommes venus vous chercher, monsieur le curé, pour faire une bonne oeuvre.

EVANS.--Fort bien: quelle bonne oeuvre?

PAGE.--Nous avons laissé là-bas un très-respectable personnage qui, ayant reçu sans doute une insulte de quelqu'un, oublie toute patience et toute gravité à un point que vous ne sauriez imaginer.

SHALLOW.--J'ai vécu quatre-vingts ans27 et plus, mais je n'ai jamais vu un homme de son état, de sa gravité et de sa science, oublier ainsi tout ce qu'il se doit à lui-même.

Note 27: (retour) Four score. L'action de la pièce est, selon toute apparence, placée dans le printemps de 1414. Shallow, étant à Saint-Clément, a été maltraité par Jean de Gaunt, comme nous l'apprend Falstaff dans la seconde partie de Henri IV. Jean de Gaunt était né en 1339. On peut supposer à Shallow cinq ans de plus que lui, ce qui le fait naître en 1334, et lui donne quatre-vingts ans en 1414.

EVANS.--Quel est-il?

PAGE.--Je crois que vous le connaissez: c'est monsieur le docteur Caius, notre célèbre médecin français.

EVANS.--Par la volonté de Dieu et la colère de mon âme, j'aimerais mieux vous entendre parler d'un plat de potage.

PAGE.--Pourquoi?

EVANS.--Il n'en sait pas plus sur Hippocrate ou Galien... et de plus c'est un crétin. Je vous le donne pour le crétin le plus poltron que vous puissiez désirer de connaître.

PAGE.--Je parie que c'est lui qui devait se battre avec le docteur.

SLENDER.--Ah! douce Anne Page!

(Entrent Caius, l'hôte et Rugby.)

SHALLOW.--En effet, ses armes l'indiquent. Retenez-les tous deux.--Voilà le docteur Caius.

PAGE.--Allons, mon bon monsieur le curé, rengainez votre épée.

SHALLOW.--Et vous la vôtre, mon bon monsieur le docteur.

L'HÔTE.--Désarmons-les, puis laissons-les disputer ensemble. Qu'ils conservent leurs membres, et estropient notre anglais!

CAIUS, bas à son ennemi.--Je vous prie, laissez-moi vous dire un mot à l'oreille. Pourquoi n'êtes-vous pas venu me trouver?

EVANS, bas.--Je vous prie, ayez patience. (Haut.) Nous prendrons notre temps.

CAIUS.--Palsambleu! vous êtes un poltron de Jean le chien, un Jean le singe.

EVANS, bas.--Je vous prie, ne donnons pas ici de quoi rire à ces messieurs. (Haut.) Je vous fendrai votre tête de poltron avec votre urinal, pour vous apprendre à manquer au rendez-vous que vous donnez.

CAIUS.--Comment, diable, Jack Rugby, mon hôte de la Jarretière, ne l'ai-je pas attendu pour le tuer, ne l'ai-je pas attendu sur la place que j'ai indiquée?

EVANS.--Comme j'ai une âme chrétienne, voici incontestablement la place indiquée. J'en prends pour jugement mon hôte de la Jarretière.

L'HÔTE.--Paix, tous deux, Gallois et Gaulois, docteur des Gaules, et prêtre de Galles, médecin de l'âme et médecin du corps.

CAIUS.--Ah! voilà qui est très-vraiment bon! excellent!

L'HÔTE.--Paix, vous dis-je; écoutez votre hôte de la Jarretière. Suis-je politique? Suis-je subtil? Suis-je un Machiavel? Perdrai-je mon docteur? Non, il me donne des potions et des consultations. Perdrai-je mon curé, mon prêtre, mon sir Hugh? non, il me donne la parole et les paraboles. Donne-moi ta main, docteur terrestre; bon.--Donne-moi, ta main docteur céleste; bon.--Enfants de l'art, je vous ai trompés tous deux: je vous ai adressés à deux places différentes. Vos coeurs sont fiers, votre peau est sauve: qu'une bouteille de vin des Canaries soit la fin de tout ceci; venez, mettez leurs épées en gage: suivez-moi, enfant de paix; venez, venez, venez.

SLENDER.--O douce Anne Page!

(Shallow, Slender, Page et l'hôte sortent.)

CAIUS.--Ah! je vois ce que c'est. Vous faites des sots de nous deux. Ah! ah!

EVANS.--C'est bon, il a fait de nous deux ses joujoux. Je désire que nous soyons bons amis, et que nous mettions un peu ensemble nos deux cervelles pour une vengeance de ce teigneux, de ce calleux de craqueur, l'hôte de la Jarretière.

CAIUS.--Palsambleu! de tout mon coeur. Il m'a promis de me mener là où est Anne Page. Palsambleu, il s'est trop moqué de moi.

EVANS.--Je lui fendrai sa caboche. Venez, je vous prie.

(Ils sortent.)


SCÈNE II

La grande rue de Windsor.

Entrent MISTRISS PAGE et ROBIN.


MISTRISS PAGE.--Allons, marchez devant, mon petit gaillard: vous aviez le poste de suivant, mais vous voilà devenu guide. Qu'aimez-vous mieux de me montrer le chemin, ou de regarder les talons de votre maître?

ROBIN.--J'aime mieux, ma foi, vous servir comme un homme, que de le suivre comme un nain.

MISTRISS PAGE.--Oh! vous êtes un petit flatteur: je le vois, vous ferez un courtisan.

(Entre Ford.)

FORD.--Heureuse rencontre, mistriss Page! Où allez-vous?

MISTRISS PAGE.--Eh! vraiment, monsieur, chez votre femme. Est-elle au logis?

FORD.--Oui, et si désoeuvrée qu'elle pourrait vous servir de pendant pour le besoin de société.--Je pense que si vos maris étaient morts, vous vous marieriez toutes les deux.

MISTRISS PAGE.--Soyez-en sûr, à deux autres maris.

FORD.--Où avez-vous fait l'emplette de ce joli poulet?

MISTRISS PAGE.--Je ne peux pas me rappeler le maudit nom de celui qui l'a donné à mon mari. Comment s'appelle votre chevalier, petit?

ROBIN.--Sir John Falstaff.

FORD.--Sir John Falstaff!

MISTRISS PAGE.--Lui-même, lui-même; je ne puis jamais retrouver son nom. Mon bon mari et lui se sont épris d'une telle amitié... Ainsi, votre femme est chez elle?

FORD.--Oui, je vous le dis, elle y est.

MISTRISS PAGE.--Excusez, monsieur, je suis malade quand je ne la vois pas.

(Mistriss Page et Robin sortent.)

(Ford s'avance sous la halle.)

FORD.--Page a-t-il bien sa tête? A-t-il ses yeux? A-t-il ombre de bon sens? Sûrement tout cela dort, rien de tout cela ne lui sert plus. Quoi! ce petit garçon porterait une lettre à vingt milles, aussi facilement qu'un canon donne dans le but à deux cents pas. Il vous fait les arrangements de sa femme, fournit à sa folie des tentations et des occasions.--La voilà qui va chez la mienne, et le valet de Falstaff avec elle. Il n'est pas difficile de deviner l'approche d'un pareil orage.--Le valet de Falstaff avec elle!--O les bons complots!--Tout est arrangé: et voilà nos femmes révoltées qui se damnent de compagnie.--C'est bien, je te surprendrai! Je donne ensuite la torture à ma femme; je déchire le voile modeste de l'hypocrite mistriss Page; j'affiche Page lui-même pour un Actéon tranquille et volontaire; et, témoins des effets de ma colère, tous mes voisins crieront: C'est bien fait! (L'horloge sonne.) L'horloge me donne le signal, et l'assurance du fait justifie mes perquisitions. Quand j'aurai trouvé Falstaff, on m'en louera plus qu'on ne m'en raillera; et aussi sûr que la terre est solide, Falstaff est chez moi.--Allons.

(Entrent Page, Shallow, Slender, l'hôte, sir Hugh Evans, Caius et Rugby.)

SHALLOW.--Bien charmés de vous rencontrer, mon sieur Ford.

FORD.--Fort bien; bonne compagnie, sur ma foi. J'ai bonne chère au logis, et, je vous prie, venez tous dîner avec moi.

SHALLOW.--Quant à moi, il faut que vous m'en dispensiez, monsieur Ford.

SLENDER.--Il faut bien que vous m'excusiez aussi. Nous sommes convenus de dîner avec mistriss Anne, et je n'y manquerais pas pour plus d'argent que je ne le puis dire.

SHALLOW.--Nous sollicitons un mariage entre mistriss Anne Page et mon cousin Slender, et nous devons avoir réponse aujourd'hui.

SLENDER.--J'espère que vous êtes pour moi, père Page.

PAGE.--Tout à fait, monsieur Slender; je me déclare en votre faveur.--Mais ma femme, monsieur le docteur Caius, est entièrement pour vous.

CAIUS.--Oui, palsambleu! et la jeune fille m'aime: ma gouvernante Quickly m'a dit tout cela.

L'HÔTE.--Hé! que dites-vous du jeune M. Fenton; il danse, il pirouette, il est tout brillant de jeunesse, fait des vers, parle en beaux termes, est parfumé de toutes les odeurs d'avril et de mai. Allez, c'est lui qui l'aura; ses boutons ont fleuri28. C'est lui qui l'aura.

Note 28: (retour) C'était la coutume parmi les jeunes paysans, lorsqu'ils étaient amoureux, de porter dans leur poche des boutons d'une certaine plante appelée, en raison de cet usage, boutons des jeunes gens (batchelor's buttons). Selon que les boutons s'ouvraient ou se flétrissaient, ils jugeaient du succès de leur amour.

PAGE.--Jamais de mon aveu, je vous le promets. Ce jeune homme n'a rien: il a été de la société de notre libertin prince et de Poins: il est d'une sphère trop élevée, il en sait trop. Non, il ne se servira pas de mes doigts pour remettre ensemble les débris de sa fortune. S'il prend ma fille, qu'il la prenne sans dot. Mon argent attend mon consentement, et mon consentement n'est pas pour lui.

FORD.--Que du moins quelques-uns de vous viennent dîner avec moi. Sans compter la bonne chère, vous vous amuserez. Je veux vous faire voir un monstre: vous serez des nôtres, monsieur Page; vous en serez, cher docteur; et vous aussi, sir Hugh.

SHALLOW.--Adieu donc; bien du plaisir.--Nous en ferons notre cour plus à notre aise chez monsieur Page.

(Shallow et Slender sortent.)

CAIUS.--Jean Rugby, retournez au logis; je reviendrai bientôt.

(Rugby sort.)

L'HÔTE.--Adieu, chers coeurs; je vais trouver mon honnête chevalier Falstaff, et boire avec lui du vin de Canarie.

(L'hôte sort.)

FORD, à part.--Je crois que je vais d'abord là-dedans lui servir d'une bouteille qui le fera danser.--Venez-vous, mes chers messieurs?

EVANS.--Nous venons avec vous voir le monstre.

(Ils sortent.)


SCÈNE III

Une pièce dans la maison de Ford.

Entrent MISTRISS FORD et MISTRISS PAGE.


MISTRISS FORD.--Ici, Jean; ici, Robert.

MISTRISS PAGE.--Vite, vite, et le panier de lessive?

MISTRISS FORD.--Je vous en réponds. Robin! allons donc.

(Entrent des domestiques avec un panier.)

MISTRISS PAGE.--Venez, venez, venez donc.

MISTRISS FORD.--Posez-le là.

MISTRISS PAGE.--Donnez vos ordres à vos gens: le temps nous presse.

MISTRISS FORD.--Rappelez-vous bien ce que je vous ai prescrit, Jean, et vous, Robert. Tenez-vous prêts là, à la porte dans la brasserie; et, quand vous m'entendrez vous appeler précipitamment, venez sur-le-champ: vous chargerez sans hésiter, sans délai, ce panier sur vos épaules: cela fait, portez-le en toute hâte au lavoir, là, dans le pré de Datchet, portez-le et videz-le dans le fossé boueux près du bord de la Tamise.

MISTRISS PAGE.--Vous exécuterez ceci de point en point?

MISTRISS FORD.--Je le leur ai dit et redit; ils savent leur leçon par coeur.--Sortez, pour revenir dès que vous m'entendrez vous appeler.

(Les domestiques sortent.)

MISTRISS PAGE.--Ah! voilà le petit Robin.

(Robin entre.)

MISTRISS PAGE.--Eh bien! mon petit espion, quelles nouvelles en poche?

ROBIN.--Sir John, mon maître, est à la porte de derrière. Mistriss Ford, il désire votre compagnie.

MISTRISS PAGE.--Regardez-moi, petit patelin: nous avez-vous été fidèle?

ROBIN.--Oui, je le jure: mon maître ignore que vous soyez ici. Il m'a menacé même d'une éternelle liberté, si je vous contais les nouvelles; car, m'a-t-il dit, il me chasserait pour toujours.

MISTRISS PAGE.--Tu es un bon enfant. Ta discrétion t'habillera: cela te vaudra des chausses et un pourpoint; mais je vais me cacher.

MISTRISS FORD.--Allez.--Toi, va dire à ton maître que je suis seule. Mistriss Page, souvenez-vous de votre rôle.

(Robin sort.)

MISTRISS PAGE.--Je te le promets. Si j'y manque, sifflez-moi.

(Mistriss Page sort.)

MISTRISS FORD.--Allez, allez.--Nous corrigerons ces humeurs malsaines, cette grosse citrouille mouillée.--Il faut lui apprendre à distinguer les tourterelles des geais.

(Falstaff entre.)

FALSTAFF.--T'ai-je obtenu, mon céleste bijou29? Je mourrais maintenant sans regret. N'ai-je pas assez vécu? C'est ici le terme de mon ambition. O bienheureux moment!

Note 29: (retour) Citation d'Astrophel et Stella de Sidney.

MISTRISS FORD.--O mon cher sir John!

FALSTAFF.--Mistriss Ford, je ne sais point mentir, je ne sais point flatter. O mistriss Ford! je vais pêcher par un souhait qui m'échappe: je voudrais que votre mari fût mort! Je te le dis devant le seigneur des seigneurs, je te ferais milady.

MISTRISS FORD.--Moi votre lady, sir John! Hélas! je serais une pauvre lady.

FALSTAFF.--Que la cour de France m'en présente une égale à toi! Je vois d'ici ton oeil égaler l'éclat du diamant: tu as deux sourcils arqués précisément de la forme qu'il faut pour soutenir la coiffure en portrait, la coiffure à voiles, toute espèce de coiffure en point de Venise.

MISTRISS FORD.--Un simple mouchoir, sir John: c'est la seule coiffure qui aille à mon visage et pas trop bien encore.

FALSTAFF.--Tu es une traîtresse de parler ainsi. Tu ferais une femme de cour accomplie, et tu poses le pied avec une fermeté qui te donnerait une démarche parfaite dans un panier à demi-cercles! Je vois bien ce que tu serais, sans la fortune ennemie. La nature est ton amie; allons, il faut bien que tu en conviennes.

MISTRISS FORD.--Croyez-moi, il n'y a en moi rien de ce que vous dites.

FALSTAFF.--Et qu'est-ce donc qui m'a forcé à t'aimer? laisse-moi te persuader qu'il y a en toi quelque chose d'extraordinaire. Tiens, je ne sais pas mentir ni dire que tu es ceci, comme ces chrysalides sucrées qui vous viennent semblables à des femmes, sous un habit d'homme, sentant comme la boutique d'un droguiste dans le temps des herbes fraîches. Non, je ne le puis pas: mais je t'aime, je n'aime que toi, et tu le mérites.

MISTRISS FORD.--Ah! ne me trahissez pas, sir John! Je crains que vous n'aimiez mistriss Page.

FALSTAFF.--Vous pourriez tout aussi bien dire, que j'aime à me promener devant la porte d'un créancier, qui m'est plus odieuse que la gueule d'un four à chaux.

MISTRISS FORD.--En ce cas, le ciel sait combien je vous aime; et vous l'éprouverez un jour.

FALSTAFF.--Persévère dans ces bons sentiments, je les mériterai.

MISTRISS FORD.--Et moi, je vous dis, vous les méritez, sans quoi je ne les aurais pas.

ROBIN, derrière le théâtre.--Mistriss Ford! mistriss Ford!--voilà mistriss Page, toute rouge, toute essoufflée, les yeux tout troublés, qui voudrait vous parler à l'instant.

FALSTAFF.--Il ne faut pas qu'elle me voie: je vais me cacher derrière la tapisserie.

MISTRISS FORD.--Oui, de grâce: cette femme est la médisance même. (Falstaff se cache. Entrent mistriss Page et Robin.) De quoi s'agit-il? qu'est-ce que c'est?

MISTRISS PAGE.--O mistriss Ford, qu'avez-vous fait? Vous êtes déshonorée, vous êtes perdue, perdue pour jamais!

MISTRISS FORD.--De quoi s'agit-il, chère mistriss Page?

MISTRISS PAGE.--O ciel, est-il possible, mistriss Ford!... ayant un si honnête homme de mari, lui donner un pareil sujet de soupçon!

MISTRISS FORD.--Quel sujet de soupçon?

MISTRISS PAGE.--Quel sujet de soupçon!--Rentrez en vous-même.--Que vous m'avez trompée!

MISTRISS FORD.--Comment? Hélas! de quoi s'agit-il?

MISTRISS PAGE.--Votre mari va paraître, femme, avec toute la justice de Windsor, pour chercher un gentilhomme, qui est, dit-il, en ce moment chez lui, de votre consentement, pour profiter criminellement de son absence. Vous êtes perdue!

MISTRISS FORD, à part.--Parlez plus haut.--(Haut.) J'espère que cela n'est pas.

MISTRISS PAGE.--Plaise au ciel qu'il ne soit pas vrai que vous ayez un homme ici! Du moins est-il certain que votre mari arrive suivi de la moitié de la ville pour le chercher. Je suis venue devant pour vous avertir: si vous vous sentez innocente, oh! j'en suis charmée. Mais si vous avez en effet un ami chez vous, qu'il sorte, qu'il sorte au plus tôt.--Ne restez point interdite; rappelez vos sens, défendez votre réputation, ou dites adieu pour la vie à toute espèce de bonheur.

MISTRISS FORD.--Que ferai-je? ma chère amie; il y a un gentilhomme dans la maison, et je crains bien moins ma honte que le danger qui le menace. Je donnerais mille livres pour qu'il fût hors de la maison.

MISTRISS PAGE.--Eh! par mon honneur, laissez là vos je donnerais, je donnerais; voilà votre mari qui arrive.--Savez-vous quelque moyen de le faire évader?--Vous ne pouvez le cacher dans la maison.--Comme vous m'avez trompée!--Mais j'aperçois un panier.--S'il est d'une taille raisonnable, il peut s'y fourrer. Nous pouvons le couvrir de linge sale, comme si c'était pour l'envoyer blanchir. C'est précisément le moment de la lessive, envoyez-le par vos gens au pré Datchet.

MISTRISS FORD.--Il est trop gros pour y entrer. Que deviendrai-je?

(Falstaff rentre.)

FALSTAFF.--Laissez-moi voir; laissez-moi voir: oh! laissez-moi voir.--J'y tiendrai, j'y tiendrai.--Suivez le conseil de votre amie.--J'y tiendrai.

MISTRISS PAGE.--Et quoi? sir John Falstaff! chevalier, est-ce là votre lettre?

FALSTAFF.--Je t'aime, je n'aime que toi, aide-moi à sortir d'ici, laisse-moi me fourrer là dedans.... Jamais...

(Il entre, s'entasse dans le panier qu'on achève de couvrir de linge sale.)

MISTRISS PAGE.--Robin, aidez-nous à couvrir votre maître. Appelez vos gens, mistriss Ford.--Ah! perfide chevalier!

MISTRISS FORD.--Eh! Jean! Robert, Jean! (Robin sort. Les deux domestiques entrent.) Tenez, emportez ces hardes: passez une perche dans les deux anses; mon Dieu, que vous êtes lents! Portez-les à la blanchisseuse dans le pré Datchet: vite, allez.

(Entrent Ford, Page, Caius, sir Hugh Evans.)

FORD.--Approchez, je vous prie. Si j'ai soupçonné sans cause, vous aurez droit de vous moquer de moi: ne m'épargnez pas dans ce cas les plaisanteries; je les mérite. Arrêtez; où portez-vous ceci?

ROBERT.--Vraiment, à la rivière.

MISTRISS FORD.--Eh! qu'avez-vous besoin de savoir où ils le portent? Sont-ce là vos affaires? Il vaudrait mieux que vous vinssiez vous mêler de la lessive!

FORD.--C'est pour laver. Si je pouvais me laver aussi de cette corne de cerf30. Cerf, cerf, cerf, je vous le dis, véritable cerf, je vous en réponds, et cerf de la saison encore. (Les valets sortent emportant le panier.) Messieurs, j'ai rêvé cette nuit; je vous dirai mon rêve. Commençons par chercher mes clefs; les voilà. Montez, parcourez, visitez mes chambres, furetez partout; notre renard est pris, j'en suis garant: laissez-moi fermer d'abord cette issue, et maintenant fouillez le terrier.

Note 30: (retour) Buck! I wish I could wash myself of the Buck! Ford joue sur le mot buck qui signifie également lessive, lessiver et daim. Le jeu de mots a été impossible à rendre littéralement.

PAGE.--Cher monsieur Ford, calmez-vous; c'est trop vous faire injure à vous-même.

FORD.--Soit, monsieur Page, soit. Montons, messieurs; vous allez avoir du plaisir. Suivez-moi, messieurs.

EVANS.--Ce sont là des visions, et des jalousies bien fantastiques.

CAIUS.--Palsambleu! ce n'est pas la mode en France: on ne voit point de jaloux en France.

PAGE.--Suivons-le, messieurs, puisqu'il le veut: voyons le résultat de ses recherches.

(Evans, Page et Caius sortent.)

MISTRISS PAGE.--L'aventure n'est-elle pas doublement réjouissante?

MISTRISS FORD.--Je ne sais pas de mon mari ou de sir John, lequel des deux je suis le plus contente d'avoir attrapé.

MISTRISS PAGE.--Dans quelles transes il devait être, quand monsieur Ford a demandé ce qu'il y avait dans le panier?

MISTRISS FORD.--J'ai peur qu'il n'ait besoin d'être lavé aussi. Nous lui aurons rendu service en l'envoyant au bain.

MISTRISS PAGE.--Qu'il s'aille faire pendre ce débauché coquin; je voudrais voir tous ceux de son espèce dans des angoisses pareilles.

MISTRISS FORD.--Il faut que mon mari ait eu quelque raison particulière de soupçonner que sir John était ici. Je ne l'ai jamais vu si brutal dans sa jalousie.

MISTRISS PAGE.--Je trouverai moyen de le savoir; mais il faut nous divertir encore aux dépens de Falstaff. Sa fièvre de libertinage ne cédera pas à cette seule médecine.

MISTRISS FORD.--Nous lui enverrons cette sotte carogne de mistriss Quickly, pour nous excuser de ce qu'on l'aura jeté à l'eau, et lui donner une nouvelle espérance qui lui attirera une nouvelle correction.

MISTRISS PAGE.--C'est bien pensé. Donnons-lui rendez-vous demain à huit heures pour venir recevoir un dédommagement.

(Rentrent Ford, Page, Caius et sir Hugh Evans.)

FORD.--Il est introuvable.--Peut-être le fat s'est-il vanté de choses qui passaient son pouvoir.

MISTRISS PAGE.--Entendez-vous?

MISTRISS FORD.--Oui, oui, paix. Vous en usez bien avec moi, monsieur Ford, n'est-il pas vrai?

FORD.--Oui, oui, madame.

MISTRISS FORD.--Que le ciel rende vos actions meilleures que vos pensées!

FORD.--Amen.

MISTRISS PAGE.--Monsieur Ford, vous vous faites un grand tort.

FORD.--Bien, bien, c'est à moi à supporter cela.

EVANS.--S'il y a quelqu'un dans la maison, dans les chambres, dans les coffres et dans les armoires, que le ciel me pardonne mes péchés au jour du grand jugement.

CAIUS.--Palsambleu! je dis de même, il n'y a pas une âme ici.

PAGE.--Eh! fi! monsieur Ford, n'avez-vous pas de honte! Quel esprit, quel démon vous a suggéré ces idées? Je ne voudrais pas avoir une pareille maladie pour tous les trésors du château de Windsor.

FORD.--C'est ma faute, monsieur Page; j'en subis la peine.

EVANS.--Vous souffrez d'une mauvaise conscience. Votre femme est une aussi honnête femme qu'on la puisse choisir entre cinq mille, et je dis encore entre cinq cents.

CAIUS.--Palsambleu! je vois bien que c'est une honnête femme.

FORD.--A la bonne heure. Messieurs, je vous ai promis à dîner. Venez, en attendant, vous promener dans le parc; je vous en prie, pardonnez-moi. Je vous conterai pourquoi j'ai fait tout cela.--Allons, ma femme, allons, mistriss Page, pardonnez-moi, je vous en prie. Je vous en prie du fond du coeur, pardonnez-moi.

PAGE.--Allons, messieurs, entrons. Mais, par ma foi, nous le ferons enrager; et moi, je vous invite à venir déjeuner demain matin chez moi, et après cela à la chasse à l'oiseau. J'ai un faucon admirable pour le bois. Est-ce chose dite?

FORD.--Tout à fait.

EVANS.--S'il y en a un, je serai le second de la compagnie.

CAIUS.--S'il y en a un ou deux, je serai le troisième31.

Note 31: (retour) Turd (excrément) pour third (troisième).

FORD.--Monsieur Page, venez, je vous en prie.

(Ils sortent. Evans et Caius demeurent seuls.)

EVANS.--Et vous, je vous prie, souvenez-vous demain de ce pouilleux de coquin d'hôte.

CAIUS.--C'est bon, oui de tout mon coeur.

EVANS.--Ce pouilleux de coquin avec ses tours et ses moqueries.

(Ils sortent.)


SCÈNE IV

Une pièce dans la maison de Page.

Entrent FENTON et MISTRISS ANNE PAGE.


FENTON.--Je vois que je ne puis pas gagner l'amitié de ton père. Cesse donc de me renvoyer à lui, chère Nan.

ANNE.--Hélas! comment donc faire?

FENTON.--Aie le courage d'agir par toi-même. Il m'objecte ma trop grande naissance; il prétend que je cherche seulement à réparer au moyen de ses richesses le désordre mis dans ma fortune. Il me cherche encore d'autres querelles. Il me reproche les sociétés désordonnées où j'ai vécu; il me soutient qu'il est impossible que je t'aime autrement que comme un héritage.

ANNE.--Peut-être qu'il dit vrai.

FENTON.--Non; j'en jure devant le ciel sur tout mon bonheur à venir. Il est vrai, je l'avouerai, la fortune de ton père fut le premier motif qui m'engagea à t'offrir mes soins; mais, en cherchant à te plaire, je te trouvai d'un bien plus grand prix que l'or monnoyé, ou les sommes pressées dans des sacs; et ce n'est plus qu'à la fortune de te posséder que j'aspire maintenant.

ANNE.--Mon cher monsieur Fenton, ne vous lassez pas pourtant de rechercher la bienveillance de mon père: monsieur Fenton, recherchez-la toujours. Si l'empressement et les plus humbles prières ne peuvent rien, eh bien, alors, écoutez un mot....

(Ils se retirent pour causer à l'écart.)

(Entrent Shallow, Slender et Quickly.)

SHALLOW.--Dame Quickly, rompez leur colloque: mon parent désire parler pour son compte.

SLENDER.--Allons, il faut que je fasse ici mon coup. En avant, il ne s'agit que d'oser.

SHALLOW.--Ne vous effrayez pas, neveu.

SLENDER.--Oh! elle ne m'effraye pas; je ne m'inquiète pas de cela, si ce n'est que j'ai peur.

QUICKLY.--Ecoutez donc, monsieur Slender voudrait vous dire deux mots.

ANNE.--Je suis à lui dans l'instant. C'est celui que choisit mon père. (A part.) Quelle foule de défauts disgracieux et ridicules sont embellis par trois cents livres de rente!

QUICKLY.--Et comment se porte le cher monsieur Fenton? Un mot, je vous prie.

SHALLOW.--Elle vient. Ferme, cousin. O mon garçon! tu avais un père....

SLENDER.--J'avais un père, mistriss Anne. Mon oncle peut vous dire de bons tours de lui.--Mon cher oncle, je vous conjure, racontez à mistriss Anne l'histoire des deux oies que mon père vola dans une basse-cour.

SHALLOW.--Mistriss Anne, mon neveu vous aime.

SLENDER.--Oui, je vous aime autant que j'aime aucune autre femme du comté de Glocester.

SHALLOW.--Il vous entretiendra conformément à votre qualité.

SLENDER.--Je vous en réponds. Robe longue ou robe courte32, personne, dans le rang d'écuyer, ne m'en revaudra.

Note 32: (retour) Come curt and long tail, viennent courte et longue queue. C'est-à-dire, viennent des gens obligés de couper la queue à leur chien, et de ceux qui ont le droit de la lui laisser longue: ce qui était une des marques distinctives des différentes classes.

SHALLOW.--Il vous donnera cent cinquante livres de douaire.

ANNE.--Mon bon monsieur Shallow, laissez-le faire sa cour lui-même.

SHALLOW.--Vraiment, je vous en remercie; je vous remercie de cet encouragement. Cousin, elle vous appelle: je vous laisse.

ANNE.--Eh bien! monsieur Slender?

SLENDER.--Eh bien! mistriss Anne?

ANNE.--Expliquez vos volontés.

SLENDER.--Mes volontés, c'est là un vilain discours à entendre, vraiment: la plaisanterie est bonne. Grâce au ciel, je n'ai pas encore songé à les mettre par écrit, mes volontés; je ne suis pas si malade, grâce au ciel.

ANNE.--Je demande seulement, monsieur Slender, ce que vous me voulez?

SLENDER.--Quant à moi, en mon particulier, je ne vous veux rien, ou peu de chose. Votre père et mon oncle ont fait quelques arrangements; si cela réussit, à la bonne heure, sinon, au chanceux la chance. Ils peuvent vous dire mieux que moi comment les choses vont. Tenez, demandez à votre père: le voilà qui vient.

(Entrent Page et mistriss Page.)

PAGE.--Eh bien! cher Slender! Aime-le, ma fille Anne.--Comment, qu'est-ce que c'est? Que fait ici M. Fenton? C'est m'offenser, monsieur, que d'obséder ainsi ma maison. Je vous ai dit, ce me semble, que j'avais disposé de ma fille.

FENTON.--Monsieur Page, ne vous fâchez pas.

MISTRISS PAGE.--Mon bon monsieur Fenton, cessez d'importuner ma fille.

PAGE.--Elle n'est point faite pour vous.

FENTON.--Monsieur, voudrez-vous m'écouter?

PAGE.--Non, mon cher monsieur Fenton.--Entrons, monsieur Shallow; mon fils Slender, entrons.--Instruit comme vous l'êtes de mes vues, vous me manquez, monsieur Fenton.

(Page, Shallow et Slender sortent.)

QUICKLY, à Fenton.--Parlez à mistriss Page.

FENTON.--Chère mistriss Page, aimant votre fille d'une façon aussi honorable que je le fais, je crois devoir soutenir mes prétentions sans reculer, malgré les obstacles, les rebuts et les procédés désobligeants. Accordez-moi votre appui.

ANNE.--Ma bonne mère, ne me mariez pas à cet imbécile.

MISTRISS PAGE.--Ce n'est pas mon intention: je vous cherche un meilleur époux.

QUICKLY.--C'est le docteur, mon maître.

ANNE.--Hélas! j'aimerais mieux être enterrée vivante, ou assommée à coups de navets33.

Note 33: (retour) Bow'd to death with turnips.

MISTRISS PAGE.--Allons, ne vous chagrinez pas. Monsieur Fenton, je ne serai ni votre amie, ni votre ennemie. Je saurai de ma fille si elle vous aime, et ce que j'apprendrai à cet égard déterminera mes sentiments. Jusque-là, adieu, monsieur: il faut que Nancy rentre; son père se fâcherait.

(Mistriss Page et Anne sortent.)

FENTON.--Adieu, ma chère madame; adieu, Nan.

QUICKLY.--C'est mon ouvrage.--Comment, ai-je dit, voudriez-vous sacrifier votre enfant à un imbécile ou à unmédecin? Voyez-vous, monsieur Fenton?--C'est mon ouvrage.

FENTON.--Je te remercie, et je te prie, ce soir, de trouver le moment de donner cette bague à ma chère Nan: voilà pour ta peine.

(Il sort.)

QUICKLY.--Va, que le ciel t'envoie le bonheur! Quel bon coeur il a! Une femme passerait à travers l'eau et le feu pour servir un si bon coeur. Mais pourtant je voudrais que mon maître obtint mistriss Anne, ou je voudrais que M. Slender l'obtint; ou, en vérité, je voudrais que ce fût M. Fenton. Je ferai mon possible pour tous les trois; car je l'ai promis, et je tiendrai ma parole; mais spécieusement34 à M. Fenton.--Mais nos dames m'ont donné une autre commission pour le chevalier sir John Falstaff. Quelle bête je suis de m'amuser ici.

(Elle sort.)

Note 34: (retour) Elle veut dire spécialement.