Nous voici arrivés murmura-t-il à voix basse.
—Oui, répondit lentement Marguerite, c'est un plan ingénieux, qui fait honneur à la sagacité de madame ma mère.
—Certes, reprit le serpent, et Votre Altesse comprend qu'on ait tenu à le lui laisser ignorer jusqu'à sa réalisation...
L'astuce et le triomphe diaboliques incrustés dans le sourire de Duprat ravivèrent la fierté de la sœur de François Ier.
Portant sur lui ce même regard dont elle avait déjà foudroyé son audace:
—Vous vous trompez, messire; madame la duchesse régente était sûre de mon obéissance, en tous les cas.
—Quoi! Votre Altesse consentirait?...
—A tout, pour être à l'abri de tentatives indignes de moi, pour punir l'insolence de mes ennemis et protéger efficacement ceux que j'aime...
—C'est là, je le proclame, parler en grande princesse, fit le chancelier avec une déférence pleine de contrainte. Et puis, protéger ses amis tout en devenant impératrice, c'est un espoir qui séduirait plus d'une sœur de roi.
—Messire, vous oubliez que deux fois je vous ai prié de sortir!...
En même temps, le visage animé par l'indignation, elle porta à ses lèvres le sifflet d'argent, qui fit accourir mademoiselle de Tournon et Michel Gerbier, portant chacun un flambeau.
—Éclairez à messire le grand-chancelier, ordonna sèchement la princesse.
Il s'approcha cependant encore audacieusement d'elle, et feignant de la saluer:
—Madame la régente avait raison, lui dit-il, de faire mystère de son projet; pour qu'il réussît, il eût fallu qu'il ne tombât pas dans mon oreille.
Soulagé par cette déclaration de guerre, il se redressa et sortit, sans accorder une marque d'attention à Hélène, qui lui tenait soulevée la tenture de la porte.
—Qu'on me laisse seule... dit la princesse à sa favorite. Ma chère Hélène, j'ai le feu dans le cerveau.
Tout bruit s'étant alors éloigné, Marguerite laissa aller sa tête contre le dossier de velours de son siège, et, les paupières closes, les mains jointes, elle s'abandonna au tumulte de ses impressions, comme le naufragé se laisse, à bout de résistance, étourdir par la tempête.
Lorsqu'elle secoua enfin cet engourdissement, ce fut pour être saisie par une surprise nouvelle.
Devant elle, à genoux, dans l'attitude la plus humble, elle vit le bouffon de la cour, Triboulet.
D'un geste suppliant, il arrêta la parole indignée qu'il lisait déjà au bord de ses lèvres:
—Écoutez-moi, Altesse! s'écria-t-il, écoutez-moi!...
—Qui t'a permis d'entrer? d'où sors-tu? Ce n'est point ici un lieu pour tes quolibets ni pour tes noirceurs!
—Écoutez-moi, madame! répéta-t-il. J'étais là pendant que le grand chancelier vous parlait...
Et il montrait le dessous de la table couverte d'un tapis.
—Tu as osé!... Et tu as entendu?...
—Tout ce qui s'est dit, oui, madame.
Elle prit pour la seconde fois son sifflet.
—Arrêtez!... exclama le bouffon, ne me chassez pas sans m'entendre!
Il prononça ces mots d'un accent si persuasif et si douloureux, que le terrible sifflet s'arrêta en chemin.
—Le chancelier est un infâme, poursuivit-il avec entraînement; ce que j'ai souffert à l'entendre, ce que j'ai éprouvé d'admiration et de joie en présence de vos réponses, Votre Altesse ne le saura jamais!
—Pourquoi étais-tu là? demanda-t-elle, peu sensible à l'enthousiasme de ce gnome odieux.
—Pour vous offrir mon concours et mes services.
—Toi, reptile!...
—Oh! injuriez, frappez; vous n'irez jamais aussi loin que je le mérite; mais quelque jour laissez-moi vous expliquer mes douleurs, mes tourments...
—Ceci sort de votre rôle, maître fou, dit-elle, implacable à son tour; et si je ne m'égaye pas de vos sottises, je ne suis pas davantage d'humeur à m'apitoyer sur vos ennuis. Ça donc!...
Et elle tourna le sifflet dans ses doigts, prête à le porter à sa bouche.
—Eh bien, non, dit-il; je suis insensé, je ne vous parlerai pas de moi, mais de ce qui vous intéresse...
—Créature du chancelier, quel personnage jouez-vous ici?
—Votre Altesse croit-elle donc que je sois obligé d'aimer messire Duprat en raison des gages qu'il me paye?... Je le sers, c'est vrai, mais je le hais!
—La distinction est heureuse. En sorte que vous pouvez conclure que moi, que vous entourez de votre honteux espionnage...
—Je ne demande qu'à vous témoigner mon dévouement, oui, Altesse; c'est là, non pas un sophisme, mais une vérité, et c'est pour cela que je me suis glissé ici et que vous me voyez à vos pieds.
—Décidément, c'est une scène de comédie... Assez, maître fou; relevez-vous, et estimez-vous heureux de sortir sans le châtiment que vous mériteriez...
—Madame, insista-t-il à deux genoux, acceptez mes services! Ne me jugez pas sur mes actions, sur mes méfaits accomplis... Vous ne me permettez pas de vous entretenir de mes tortures; hélas! elles vous expliqueraient tout, et si courroucée que vous soyez, elles atténueraient mes torts devant vous.
—Eh mais, attendez donc, il me semble que votre patron le chancelier m'a déjà dit quelque chose comme cela... Vous êtes à la fois son serviteur et son écho...
—Madame, je n'ai pas l'audace ni l'ambition du chancelier... Que votre bouche me sourie une fois, que votre main me permette un de ces baisers que je l'ai vue accorder au chancelier lui-même, et je suis à vous corps et âme, et vous vous servirez de moi à votre discrétion et merci; et pour cette faveur qui me réhabilitera et m'élèvera au rang d'homme, moi, l'avorton ridicule, le vil histrion; pour cette grâce, pour ce rayon de soleil dans mes ténèbres, je tenterai, j'accomplirai des choses impossibles!
Il s'était traîné en rampant jusqu'aux pieds de la princesse, qui se reculait au plus profond de son siège, ainsi qu'à l'approche de ces êtres hideux qui inspirent une répulsion invincible.
—Arrière! lui dit-elle, arrière, misérable! Tu oses implorer ma bienveillance, quand c'est toi qui as trahi et perdu l'homme que j'aime!... Ah! si je ne te méprisais tant, combien je te haïrais!...
Ces paroles foudroyèrent un instant le bouffon. Il se releva d'abord, par un ressort nerveux; puis ses jambes torses flageolèrent, et il étendit les bras pour chercher un point d'appui. Ses yeux ne voyaient plus, un spasme étreignait sa poitrine.
Il se débattit pour reprendre son équilibre et pour parler, sans réussir à l'un ni à l'autre.
Si les courtisans l'eussent aperçu dans cet état, son succès eût été accompli: jamais il n'avait été plus laid ni plus grotesque.
Mais la princesse lisait sous ses contorsions une expression de rage qui lui faisait peur.
—Soit donc!... balbutia-t-il à la fin; soit!... Mais si cet amant chéri succombe dans la lutte... n'accusez que vous-même!...
Et il sortit en titubant et en tournant sur lui-même comme un homme ivre.
XII
LES DEUX PLANÈTES.
S'il a fallu arriver jusqu'à notre époque pour jouir du déblayement de l'espace qui s'étend entre le Louvre et les Tuileries, et si, jusqu'au second empire, tous les gouvernements avaient reculé devant la charge de cette tâche, qu'on juge de ce qu'était ce quartier sous le règne de François Ier, dans la première partie du seizième siècle.
Qu'on se figure, Paris étant limité de ce côté par les remparts du Louvre, un faubourg marécageux, avec les inconvénients, l'insalubrité des recoins les plus déshonorants de la capitale, et l'incohérence, le laisser-aller, l'absence d'ordonnancement d'une campagne.
C'était un refuge, un repaire si fangeux, que nous ne saurions faire à aucune des portions actuelles de la banlieue l'injure de le lui comparer.
On n'y voyait pas des rues, mais des labyrinthes. Le cordeau de l'ingénieur n'avait eu garde de s'arrêter nulle part. Chacun avait bâti à son aise, à sa fantaisie. Les jardins, les cours, les écuries, s'entremêlaient avec les maisons de terre, de bois, de briques, et c'était toujours aux dépens du chemin, aussi rétréci qu'il était tortueux et irrégulier.
Si la propreté des rues était à peu près lettre morte dans les trois quarts de la capitale, on peut croire que ce n'était pas là qu'il fallait aller chercher le pavage ni l'enlèvement des immondices. La nature spongieuse du sol, envahi périodiquement à l'époque des grosses eaux, venait en aide à cette insouciance, pour entretenir dans ces misérables ruelles une humidité fétide et malsaine.
Le voisinage de la cour n'y faisait rien, d'ailleurs; celle-ci se croyait suffisamment abritée derrière les remparts de son Louvre, dont l'enceinte, avec ses fossés intérieurs et extérieurs, et ses appartements non aérés et plus mal éclairés encore, ne prouvait pas, dans le plus haut personnel du royaume, une grande entente des nécessités ni des agréments de l'hygiène.
Au bout de ce quartier s'élevaient les Tuileries, c'est-à-dire une fabrique de tuiles, désignée dans les titres du quatorzième siècle sous le nom de la Sablonnière, parce qu'alors c'était une carrière de sable.
On trouve pour la première fois cette désignation de Tuileries dans un édit de 1416, par lequel François Ier ordonne que toutes les tueries et écorcheries de Paris seront transférées hors des murs de cette ville, «près ou environ des Tuileries-Saint-Honoré, qui sont sur ladite rivière de Seine, outre les fossés du château du Louvre».
Nicolas de Neuville, sieur de Villeroi, secrétaire des finances, le même auquel, dans un de ces fréquents besoins d'argent et par un des expédients familiers à Duprat, on vendit, en 1522, pour la somme de cinquante mille livres, tous les produits des greffes de la ville de Paris et de la prévôté,—Nicolas de Neuville possédait dans ce rayon une maison avec cour et jardin. François Ier s'en rendit possesseur pour l'offrir comme villa de plaisance à sa mère, Louise de Savoie, qui possédait déjà l'hôtel des Tournelles, qu'elle n'aimait pas à habiter. En échange, le roi donna à Nicolas de Neuville la terre de Chanteloup, près Montlhéry.
Cependant, cette habitation ne parut pas convenir encore à Louise de Savoie, car elle ne la garda que peu de temps.
En 1525, date de notre récit, elle ne l'occupait déjà plus, et la donnait, pour en jouir pendant leur vie, à Jean Tiercelin, maître d'hôtel du Dauphin, et à Julie Dutrot, sa femme. C'est sur l'emplacement de cette propriété que s'éleva dans la suite le vaste et somptueux palais qui devint la demeure de nos rois.
A l'époque de la captivité du roi, la duchesse régente était donc forcée de loger habituellement au Louvre, et les Tuileries n'étaient bien, comme nous venons de le démontrer par des témoignages historiques, qu'une fabrique de tuiles.
Il est vraisemblable que l'état matériel de ce quartier et le voisinage des abattoirs, tueries et écorcheries, pour parler le langage d'alors, n'étaient pas étrangers au dégoût de la mère du roi pour ce quartier.
On pense bien aussi que la police, déjà si insuffisante dans l'intérieur de la ville, n'était pas très active dans ce ramas d'habitations, fort mal hanté en général, et, dès la tombée du jour, les indigènes d'humeur paisible n'avaient rien de plus pressé que de se clore prudemment dans leurs logis.
Les chats, les chiens errants, quelques animaux de basse-cour, cherchant leur pâture dans les immondices, étaient à peu près les seuls êtres vivants qu'on y rencontrât alors, et nous n'avons pas besoin d'ajouter que l'éclairage, même celui des niches des saints au coin des rues, y était totalement inconnu.
Qu'allaient donc faire dans ce fâcheux dédale, par une nuit des plus noires, deux personnages d'allure honnête, à en juger par leur démarche?
C'était un homme et une femme, le premier d'un âge avancé, la seconde beaucoup plus jeune.
De grands manteaux bruns les enveloppaient, et des masques noirs couvraient le haut de leur visage.
En examinant bien leur silhouette, on eût reconnu que l'un et l'autre n'étaient pas dénués de moyens de défense, en cas de méchante rencontre, et que leurs manteaux étaient disposés de façon à leur en permettre l'usage.
C'était le vieillard qui servait de guide à sa compagne, mais lui-même possédait peu la clef de ces détours, ou se trouvait dérouté par les ténèbres, car il hésitait à chaque coin de ruelle, et plusieurs fois il lui fallut revenir sur ses pas.
La jeune femme le suivait avec une docilité entière, réglant son pas sur le sien, s'arrêtant quand il s'arrêtait, se hâtant s'il allait vite, rétrogradant lorsqu'il avait fait fausse route.
Non seulement pas une plainte ne lui échappait, mais son compagnon et elle n'échangeaient même aucune parole.
Ce ne fut qu'après une course assez ardue que le guide suspendit une seconde sa marche, à l'entrée d'une impasse étroite, bordée de cahutes dont les toits aigus se rapprochaient de tous les côtés, comme pour se donner l'accolade de la misère et du délabrement; et, pour la première fois rompant le silence:
—Nous voici arrivés, murmura-t-il à voix basse.
Un faible rayon de lune étant descendu jusque-là, à travers la trouée des pignons et des surplombs, il étendit la main dans la direction d'une porte basse, cintrée, seul huis percé sur toute la façade d'une des maisons de l'impasse.
Ce défaut d'ouvertures donne à cette demeure un aspect bizarre et plein de réticences.
On se demandait tout de suite pourquoi cette haine de la clarté, ce besoin de ne pas ouvrir les mœurs et habitudes de sa vie privée à la curiosité des voisins, ou ce mépris pour les affaires du dehors. L'habitation prenait-elle l'air par des croisées sur une cour ou un jardin, ou bien ses habitants vivaient-ils à la manière de troglodytes, dans les ténèbres et dans les trous?
Au sommet de l'accent circonflexe formé par le toit, une girouette rouillée faisait tourner à tous les vents l'image d'un hibou.
Les curieux, s'obstinant à y voir un autre problème proposé à la perspicacité, se demandaient, sans pouvoir décider rien, si l'oiseau de Minerve figurait là comme l'emblème du recueillement et de l'étude, ou comme une allusion à la solitude ténébreuse du lieu.
L'image était bien choisie, dans tous les cas, car dès que la bise la faisait tournoyer, il en partait un son criard qu'on eût pris pour celui d'une chouette véritable.
Loin d'être rebutée par cet aspect répulsif, la jeune femme hâta le pas vers la porte aux panneaux de cœur de chêne grossièrement sculptés, et l'eut bientôt atteinte.
—Tu vas m'attendre à l'angle de la maison, dit-elle à son guide, et veiller.
Il y avait dans son accent, malgré la déférence dont il était empreint, cette inflexion naturelle aux gens habitués à commander.
—Ainsi, fit d'un ton respectueux le vieillard, vous persistez absolument, madame, à entrer seule dans ce lieu.
—Il le faut, mon vieil ami. Mais ne crains rien, je ne compte pas y séjourner longtemps.
—Ainsi soit-il, et que nos saints patrons vous assistent. Je me blottis là, dans ce coin, où le plus clairvoyant ne distinguerait pas les doigts de sa main, l'œil au guet, l'oreille aux écoutes.
—C'est parfaitement; ne sors pas de là.
—Allez donc, madame, et que notre sire Dieu vous seconde.
Il fit comme il avait dit, et sa compagne, saisissant avec résolution le heurtoir, frappa trois coups successivement gradués, le premier très fort, le second plus faible, le troisième plus léger encore.
Quoique ce mode de cogner ressemblât à un signal, la maison ne bougea pas d'abord. Aucun bruit ne s'y produisit, aucun filet de lumière ne se montra dans le cadre de cette porte sinistre.
Le sein de la jeune femme battait avec quelque émotion; mais, quelle que dût être son impatience, elle attendit sans renouveler son appel.
Sans doute elle possédait des données sur les allures des hôtes ou de l'hôte de l'endroit.
En effet, son attente ne fut pas vaine.
Un guichet percé dans une des moulures, et si étroit qu'elle n'avait pu l'apercevoir,—juste ce qu'il fallait pour laisser passer le rayon visuel,—se trouva ouvert.
—Que voulez-vous? demanda une voix cassée et grondeuse.
—Ouvrez! répondit-elle.
—Chez qui donc croyez-vous frapper à cette heure avancée?
—Chez maître Gaspard Cinchi.
—Et vous souhaitez?...
—Lui parler un moment. —Hum! hum! grommela la voix, tandis que l'œil de la porte cyclope paraissait interroger le dehors, pour s'assurer qu'il n'y avait bien là qu'une personne.
—Faites vite, je vous supplie, maître, insista la visiteuse on laissant glisser par le judas une demi-douzaine d'écus d'or fleurdelisés.
—Vous êtes seule? demanda-t-on encore, comme si l'on ne tenait pas compte de cette aubaine.
—Quelqu'un m'attend dans le voisinage.
On cessa enfin d'interroger, et la porte s'ouvrit sans bruit juste assez pour laisser passer une personne, et se referma d'elle-même dès que la jeune femme s'y fut glissée.
—Cette première pièce était une petite antichambre carrée, d'une entière obscurité; on sentait sous ses pieds le sol raboteux en terre battue.
—Venez, dit alors la voix.
Une autre porte s'ouvrit et donna accès dans une salle humide et basse, sans fenêtre d'aucune espèce.
Une lampe, pendue à la poutre du milieu, y brûlait sans cesse, à en juger par la couche de fumée noire qui drapait les solives comme une nappe mortuaire.
Cette salle n'avait d'autres meubles qu'un fauteuil carré, deux escabelles garnies de cuir comme lui, et une table de chêne à pieds tournés.
L'atmosphère était imprégnée surtout de l'odeur huileuse de la lampe, mais on y percevait aussi comme les émanations vagues de senteurs âcres et empyreumatiques.
Au reste, ces détails occupaient bien moins la visiteuse que la physionomie du personnage en présence duquel elle se trouvait.
Qu'on se représente un vieillard aussi vieux que l'imagination pourra le créer, vêtu d'une longue robe brune, encore garnie par devant et aux poignets de restes de fourrure. Ses cheveux blancs, épais et longs, descendaient sur ses épaules et finissaient par se confondre avec sa barbe blanche, longue et épaisse comme eux.
Une ceinture de cuir, bouclée autour de ses seins, retenait sa robe.
Il était grand et son âge, que l'on n'eût pas osé calculer tant il semblait avoir vécu, n'avait pas courbé sa taille, ni même éteint la vivacité de ses yeux.
De ses larges manches sortaient deux mains osseuses, et ce qu'on apercevait de ses bras ressemblait plus à un squelette qu'à une machine vivante.
De son côté, il embrassa de l'éclair de ses prunelles ardentes tout l'ensemble de la jeune femme; elle avait rejeté sur ses épaules le coqueluchon de son manteau, mais elle conservait son masque, et il ne demanda pas qu'elle le déposât.
Duprat eût payé bien cher pour voir couler ces pleurs.
—Vous avez donc quelque chose de bien important à me dire, prononça-t-il lentement, que vous n'avez pas craint de venir me trouver ainsi, malgré la nuit?...
—A cause de la nuit, répondit-elle; car le jour je n'eusse pas osé.
—Parlez, alors, madame; que souhaitez-vous?
—Oh! tous les secrets de votre science, toutes les ressources de votre art, tous les calculs de votre astrologie... N'épargnez rien, je suis riche; je ne vous ménagerai pas la récompense; elle sera proportionnée à vos services.
A l'appui de cette promesse, elle lui remit une bourse entière, qu'il fit glisser, sans manifester aucune explosion de reconnaissance, dans l'escarcelle pendue à sa ceinture.
—Dans ce cas, dit-il seulement, nous ne serions pas suffisamment bien ici. Venez encore.
Il l'introduisit dans une troisième pièce; mais l'accumulation des objets qui encombraient celle-ci compensait largement la nudité des deux premières.
Les murailles disparaissaient sous des fragments de tapisserie, recouvrant des portes et des croisées, tant on redoutait décidément l'air et la clarté dans ce logis, mais plus particulièrement encore sous un amoncellement des objets les plus bizarres, les plus hétérogènes.
Les planches, disposées en forme d'étagères, par rayons, supportaient un monde de fioles, de bouteilles de grès, de creusets, de cristallisations, d'oiseaux, de serpents, de quadrupèdes empaillés. Des guirlandes de plantes desséchées pendaient çà et là à travers les solives saillantes du plafond.
Un ou deux sièges recouverts de cuir ou de peau brute, dont un usage fréquent avait usé la moitié des poils, des escabelles sans dossiers, des tables surchargées de manuscrits, d'instruments de mathématiques, de sphères et de planisphères célestes, formaient le plus gros du mobilier.
Au fond, dans un angle, se dressait un fourneau où luisait un reste de charbon rouge; autour de ce fourneau, s'amoncelaient des alambics, des cornues, des creusets, des vases de métal ou de terre réfractaire de la forme la plus inusitée.
Une lampe de cuivre d'un modèle primitif, c'est-à-dire dont la mèche, passant par un bec assez étroit, baignait dans un réceptacle rempli d'huile, éclairait ce capharnaüm d'une façon si restreinte qu'aucun des meubles, aucun des appareils ne se dessinait sous un aspect précis, et que les moins éloignés semblaient eux-mêmes au milieu d'un nuage.
Quand, par hasard, un souffle d'air venait de la porte par laquelle l'alchimiste introduisit la dame au masque, il imprimait à la flamme une ondulation qui semblait se communiquer aux curiosités de ce muséum, et jusqu'aux grands personnages des tapisseries.
Le vieillard ne cessait pas, de son œil pénétrant, d'observer la visiteuse, mais il ne surprit dans son attitude aucune des marques d'émotion que cette fantasmagorie causait sur ses clients ordinaires. Ou c'était une femme supérieure, ou le motif de sa démarche était si sérieux qu'il dominait en elle toute autre idée.
Il lui fit signe de s'asseoir sur le siège le plus convenable, et prit place en même temps en face d'elle, près de la table où brûlait la lampe.
—Que souhaitez-vous de moi, madame? demanda-t-il en fixant toujours son œil perçant, qui allait chercher sa pensée sous le masque dont elle cachait ses traits.
—Maître, je veux connaître ma destinée et celle d'un être dont l'existence m'est plus chère que la mienne.
—C'est un horoscope, prononça lentement l'alchimiste.
Et, là-dessus, il alla écarter le coin de l'une des tentures qui retombaient sur les fenêtres, et par l'embrasure, il regarda le ciel.
Quelques rares étoiles y scintillaient, à des espaces fort lointains les uns des autres.
—La nuit est peu propice, murmura-t-il.
Cependant il s'arma d'une lunette, à l'aide de laquelle il parcourut longtemps avec soin l'espace supérieur.
La jeune femme le suivait anxieusement du regard, dans un silence respectueux.
—J'aperçois votre étoile, fit-il au bout d'un quart d'heure.
—Parlez, parlez, maître!
Et, si brave qu'elle se fût montrée jusqu'alors, gagnée par l'influence du lieu, par les aromes subtils qu'on y respirait, par l'attirail du nécroman, par son accent bref et convaincu surtout, elle sentit son cœur battre, et retint sa respiration pour ne rien perdre des mots hachés qui lui échappaient.
—Ce n'est pas un astre ordinaire... il jette des feux singuliers... on dirait des diamants pétris de sang, de larmes et d'or... Mais est-ce bien votre étoile?... Oui, je n'en peux douter; elle scintille au centre des signes du zodiaque qui présidèrent à votre naissance...
Il se tut un moment; son attention paraissait redoubler.
—Non, non! murmura-t-il avec force, ce n'est pas naturel... Il existe là une erreur de ma science ou un prodige impénétrable à mon esprit... Essayons si les calculs nous en donneront la solution...
Laissant retomber la tenture, il revint à sa table, déposa sa lunette auprès de lui, saisit une plume, et commença à couvrir une large feuille de papier de figures algébriques, de dessins bizarres et de pyramides de chiffres.
—A coup sûr, dit-il, en marquant d'une pause chaque membre de phrase, vous êtes appelée, madame, à de hautes destinées... Les existences communes n'ont pas de ces combinaisons merveilleuses... Que voulez-vous que je vous annonce?... Souveraine?... Un trône?... Oui, c'est bien un trône?...
Et comme il porta sur elle son regard inspiré, il la vit plus triste que quand elle était entrée, inclinant la tête et soupirant:
—Hélas!... ce trône, je ne l'ai pas souhaité!...
Elle pensait sans doute à la couronne d'impératrice que sa mère prétendait lui mettre au front, comme celle du martyre.
Les vues de l'empereur sur sa personne lui avaient été communiquées naguère une première fois; une répulsion instinctive les lui avait fait repousser; elle avait peur de ce conquérant sans miséricorde et sans foi, et sa conduite présente vis-à-vis de François Ier achevait de le lui rendre odieux.
Il lui fallait cependant souhaiter, dans le double intérêt qui occupait sa vie, le retour de son frère et le salut de son amant, que ce dessein réussît.
Habitué à pénétrer les ambitions humaines, Gaspard Cinchi vit bien, à la douloureuse indifférence de sa cliente, qu'elle était en effet d'une essence peu commune. Il lui promettait le diadème, et ce présage ne faisait qu'assombrir son front.
L'horoscope était vrai, peut-être, mais si cette jeune femme était réservée à un trône, ce n'était pas à celui d'Espagne et d'Occident, ainsi qu'elle devait le croire en cette circonstance.
—Vous suivez mes paroles, n'est-ce pas, madame? dit le nécroman; je lis dans votre avenir que vous serez reine.
—Certes, j'entends bien, mon père; vous me parlez de ma fortune comme si c'était cela qui m'amène...
—De quoi souhaitez-vous donc que je vous entretienne?...
—Hélas! de peu de chose, de mon cœur...
Il y avait presque un sanglot dans ces quelques paroles.
Le vieillard en tressaillit; un visage bien affligé se dérobait donc sous ce masque noir!
Il recommença diverses supputations, les renouvela, les vérifia, et leurs résultats étaient sans doute étranges, comme les conjonctures de l'étoile de cette femme, car, à chaque combinaison, il lui échappait des interjections pleines de surprise.
—Pauvre femme! fit-il avec pitié; c'est bizarre, voici trois fois que je renouvelle mes calculs, ils sont exacts; car, de quelque façon que je procède, j'aboutis au même résultat.
Eh bien, ce résultat me montre dans votre destinée une ligne qui se croise avec la mienne, de même que j'ai distinctement vu au ciel une jonction entre nos deux étoiles... Je cherche vainement quel est cet arcane du Grand-Être... De grâce! venez vous-même en aide à ma science en défaut ou insuffisante.
—Que souhaitez-vous?
—Vous croyez, n'est-ce pas, comme tout esprit sensé, à une autre vie, à la perpetuité de l'essence qui vous anime?
—Qui n'y croit pas? répondit-elle en écoutant avidement, car ce début ressemblait aux propres discours que lui avait tenus Jacobus de Pavanes dans leur dernière entrevue.
Évidemment, une femme du grand monde, comme vous paraissez être, comme votre horoscope dit que vous êtes, a peu le loisir de s'occuper de ces matières abstraites; mais puisque vous avez eu la hardiesse de pénétrer dans l'antre de la science, laissez-moi vous interroger en son nom.
Beaucoup de faux prophètes et de faux savants prétendent chercher l'avenir dans les rêves. Les rêves tiennent à une seconde vie, c'est vrai; mais ce n'est pas à une vie future, c'est à une vie passée. Ne vous rappelez-vous point en avoir fait quelquefois qui semblaient vous reporter à une autre période d'une existence dont vous ne retrouviez plus la trace étant éveillée, et que cependant, tant que durait la torpeur de votre esprit et de vos sens, vous auriez juré avoir traversée déjà?
De grâce, écoutez-moi, madame, si abstraites que ces idées vous semblent. Le rêve n'est pas, je vous le répète, une anticipation sur l'avenir. Il nous représente deux périodes de notre existence: la période actuelle, quand il nous retrace les incidents récents qui nous ont vivement impressionnés; la période antérieure, quand il nous offre l'image d'épisodes, de sensations que nous reconnaissons, que nous tenons pour aussi vraies que les premières tant qu'il dure, et qui nous étonnent parfois encore quand il est dissipé. Car nous jurerions, en rentrant en nous-mêmes, que nous les avons réellement éprouvées à une époque, dans des conditions qui nous échappent.
—C'est vrai, j'ai ressenti cela; il y a des instants où nous nous souvenons de choses qui ne nous sont jamais arrivées, répondit la jeune femme, attirée au plus haut point par ces distinctions. Je comprends votre théorie, c'est celle qui admet la migration, la transmission des âmes...
—Vous avez dit le mot! s'écria le vieillard, au comble de la surprise; mais l'avez-vous trouvé de vous-même, ou quelqu'un vous l'a-t-il enseigné?
—Je répondrai plus tard à votre question, mon père. Poursuivons d'abord le sujet qui nous occupe.
—C'est que, reprit-il, ce rapprochement de nos deux étoiles dans une conjoncture néfaste s'expliquerait peut-être par un rapprochement de nos esprits dans une existence antérieure; sinon, il me faut répondre à la demande que vous me faites de votre horoscope, que nos destinées se coudoient, et qu'elles sont funestes toutes deux...
Ici, le vieillard laissa tomber sa tête sur sa poitrine et exhala un long soupir.
La dame au masque le considéra un moment avec une tristesse aussi profonde que la sienne même; mais pour ne pas le laisser s'y absorber davantage:
—Mon père, dit-elle, vous souffrez?
—Oh! oui, je souffre bien, madame!... fit-il en relevant peu à peu sa tête blanchie; et moi qui compose des charmes pour le bonheur des autres, j'aurais bien besoin de trouver la mandragore qui mettrait fin à mes tourments.
Leurs planètes avaient-elles en effet quelque coïncidence mystérieuse? On eût pu le supposer, à voir l'attraction qui amenait sur ce vieillard la sollicitude de cette jeune femme, et en songeant qu'ils se rencontraient cependant pour la première fois.
—Quoique je ne possède pas encore la couronne que vous m'annoncez, dit-elle, il m'est arrivé de rendre quelques services à des malheureux, de prévenir des injustices, de faire réparer de grands torts. Si ma protection pouvait vous servir, je vous l'accorderais avec bonheur... Ayez confiance, maître, ouvrez-moi votre cœur.
Les infortunés ont si grand besoin de consolation, qu'ils accueillent souvent à la légère l'espoir qu'on fait luire devant eux, bien que la déception soit parfois le fruit de leur facilité. Gaspard Cinchi avait trop la connaissance du cœur et de la perfidie des hommes pour se livrer ainsi; mais, aux manières de sa visiteuse, il devinait une personne puissante; à son accent, au peu de mots qu'elle avait prononcés, il reconnaissait une nature généreuse.
—Mon histoire est douloureuse, dit-il. Ma vie s'est écoulée dans l'étude. Elle eût dû se terminer depuis longtemps, car le ciel ne l'a prolongée au delà du terme ordinaire que pour entourer ma vieillesse d'épreuves cruelles... Je n'ai pas toujours trafiqué de ma science. C'est seulement depuis que je me suis installé en ce logis que j'ai compris la nécessité d'en tirer profit; car avec de l'or, on opère bien des choses, et il me faut beaucoup d'or pour réussir dans celle à laquelle tient le reste de mon existence.
A l'âge où la nature est inclémente, un miracle d'en haut m'avait accordé un fils... le modèle de toutes les vertus, de tous les talents... Je l'aimais comme Israël aimait Benjamin.
Il me rendait cette affection, mais elle ne suffisait pas à ses vingt ans, et bientôt surgit en lui une de ces passions violentes, envahissantes, exclusives, qui entraînent et affolent leurs victimes. Il aimait, le malheureux enfant, il aimait une grande dame!...
Oh! non pas, je dois le croire, une femme telle que vous, qui vous montrez humaine et bonne; mais quelqu'une de ces demoiselles de haut blason, qui jouent avec ces passions sincères comme les chattes avec leurs proie, pour les meurtrir d'un coup de leurs griffes couvertes de velours, quand elles en ont assez!
A travers les trous de son masque, les prunelles de la jeune femme lançaient des éclairs, ses narines se dilataient avec force, des frémissements glissaient sur ses lèvres.
—Votre fils, demanda-t-elle toute tremblante, vous confia-t-il le nom de cette dame?
—Jamais... Quelque femme d'un grand nom et d'un misérable cœur, sans doute... Je vous en fais juge: adonné aux idées de la réforme, à la suite d'un prélat illustre, il s'est vu saisir, entraîner dans une des prisons de Paris, au Châtelet, à la Bastille ou au Louvre, je n'ai pu savoir dans laquelle, et cette femme, qui est influente et considérée,—c'est tout ce qu'il m'en a dit,—cette femme l'y laisse gémir sous la menace d'un arrêt plus affreux peut-être!...
N'est-ce pas, madame, cette femme n'a pas d'entrailles?...
Son interlocutrice s'était levée à ces derniers mots, et elle étendait le bras vers le vieillard par un geste solennel.
Trois coups appliqués à la porte extérieure, mais que l'on distingua parfaitement malgré la distance, arrêtèrent la parole sur ses lèvres.
—On frappe! dit le nécroman, et c'est quelqu'un qui connaît le signal. Que faire?...
—Allez voir, maître; et si c'est pour une consultation, donnez-la: j'attendrai autant qu'il sera nécessaire... car il faut que je vous parle encore!... Mais où me retirer? A aucun prix, je ne saurais me laisser voir ici...
—Là, dit-il en montrant un des pans de la tapisserie; mettez-vous là.
C'était un recoin obscur, espèce de cabinet sans meubles. A tout hasard, la jeune femme s'y blottit.
XIII
LE PHILTRE ET LE POISON.
Cette fois c'était un homme, ainsi que la jeune femme cachée sous la tenture s'en convainquit promptement par le murmure confus de voix qui arrivait jusqu'à elle, au fond du laboratoire, à travers la sonorité des deux premières pièces vides. Il parlait très haut, et insistait pour pénétrer jusqu'au cœur de la place, quoique maître Gaspard Cinchi s'efforçât de le retenir dans la salle précédente.
La dame au masque ne distinguait pas ses paroles, mais quelques inflexions de son accent la frappèrent particulièrement. Elle était certaine de les connaître, sans se rappeler au juste à qui elles appartenaient.
L'alchimiste, pressé d'en finir avec ce nouveau client, se décida à l'introduire dans le laboratoire.
—Entrez donc, lui dit-il; mais, en vérité, je ne peux vous accorder qu'un court entretien.
—Foi de gentilhomme! exclama son visiteur, il y a donc encombrement dans les forges de Satanas!
A ce juron, qui n'appartenait qu'au roi François Ier, la jeune femme avait redoublé d'attention, et son œil avait trouvé dans la tapisserie un vide par lequel elle pouvait tout observer.
Le nouveau venu était un nain tout contrefait, enveloppé dans un manteau gris traînant sur ses talons. Un feutre noir, sur lequel se dressait à pic une grande plume, noire aussi, retombait jusque sur son visage.
Mais il rejeta négligemment sur une escabelle feutre et manteau, et s'accroupissant à la façon orientale entre les bras du plus grand des fauteuils de cuir:
—Maître, dit-il, vous êtes pressé, je ne suis pas en humeur de paroles vaines. Je serai bref et logique.
Ce disant, il jeta sur la table une bourse de soie brodée aux fleurs de lys et gonflée d'or.
La jeune femme suivait cette scène avec une émotion indicible, le gnome qui venait de prendre possession du fauteuil du sorcier, et qui semblait ici dans son empire naturel, c'était le bouffon de la cour, le sarcastique, le joyeux Triboulet!
Certes, il ne justifiait guère en ce moment son renom de gaieté inépuisable.
Ses cheveux roux et rudes pendaient en mèches inégales autour de son gros cou apoplectique; les éraillures de ses yeux suintaient le sang; ses épaisses lèvres crispées grimaçaient des contours impossibles; des traces de rouge et de fard mal essuyés zébraient sa face blêmie.
Il n'était plus ni comique ni grotesque, il était hideux.
Le nécroman le considérait avec sa vigilance habituelle, et, frappé du désespoir empreint sur ses traits abattus, il n'attendit pas qu'il l'interrogeât:
—Vous êtes malheureux? lui dit-il.
—Taisez-vous! répondit-il, ranimé par ce mot. Je ne vous demande pas cela... Ce qui passe en moi, nul ne doit le savoir! je voudrais me le cacher à moi-même. Ce ne sont pas vos consolations ni vos horoscopes que je viens chercher...
—Que souhaitez-vous donc?
—L'aide de votre science la plus positive, l'alchimie.
Cependant, Gaspard Cinchi avait rencontré juste du premier mot.
Triboulet était malheureux; il était descendu dans l'antre infernal du nécroman, parce que l'enfer était déjà en lui et l'attirait.
Ce qu'il avait voulu faire comprendre à la princesse Marguerite était-il vrai? Y avait-il réellement un cœur dans cette machine à quolibets et à tours de force? Oui, mais un cœur semblable au reste de cette créature manquée,—incomplet.
Il était,—sarcasme du sort! qui lui arrachait des rires fauves trempés de larmes de feu,—il était amoureux de la plus divine créature que le monde eût encore admirée.
Et quand il descendait en lui-même, il se prenait d'une telle exécration pour sa laideur repoussante, pour son avilissement odieux, qu'il se faisait horreur et qu'il eût voulu se souffleter de sa propre main.
Cependant il l'aimait follement, éperdument, sans que la raison ni la conscience de son indignité, de la distance qui le séparait d'elle, réussît à le détourner d'une adoration voisine du fétichisme.
Oh! ses dédains, son indifférence méprisante, comme ils lui déchiraient l'âme à lui qui n'eût demandé d'autre joie que de se faire broyer sous les roues de son équipage, écraser sous les pas de sa haquenée, pour être seulement l'objet d'un regard ou d'une plainte de sa part!
Vos pressentiments vous ont bien servi, mon père.
Et quand le chancelier était venu le choisir pour confident de sa passion, réclamer ses services, lui donner de l'or pour l'aider à se faire aimer de cette femme, quel supplice, quelle rage, quelle démence!
Mais elle n'aimait pas le chancelier plus que le fou; il était impossible qu'elle l'aimât jamais, et c'était une âpre consolation dans ses misères de voir son patron souffrir de son mal, d'attiser insidieusement le brasier de ses tortures.
Il n'était donc pas seul dédaigné, pas seul repoussé, méprisé! C'est une des joies de Belzébuth de sentir des compagnons de supplice.
Oui, mais quel paroxysme de jalousie, en découvrant au fond des fosses du Louvre le vainqueur de cet esprit superbe, l'amant aimé de cette beauté sans égale!
Une démence furieuse s'était emparée de lui; son imagination, exaltée, familière à l'idée du mal, avait forgé, brasier volcanique, un projet dont il commençait en ce moment l'exécution.
—Expliquez-vous, reprit Gaspard Cinchi; que souhaitez-vous de l'alchimie?
—Deux choses: un philtre et un poison.
Les traits du vieillard ne bougèrent pas. Il était accoutumé sans doute à ces sortes de requêtes qui composaient le meilleur revenu de sa profession.
Cependant, le bouffon officiel, pour prévenir un refus, ajouta avec vélocité en montrant la bourse:
—Ceci ne suffit-il pas pour ces deux objets?
Gaspard Cinchi abaissa froidement les yeux sur le sachet, le prit par la main et sembla le peser.
Craignant toujours une hésitation:
—Ajoutez ceci! dit Triboulet.
Et il fit rouler près de la bourse deux bagues ornées de gros diamants, qu'il arracha de ses doigts.
—Vous êtes un homme sage et discret? lui dit avec son calme irritant et énigmatique le vieillard.
—Non, je suis un fou et un bavard... mais je sais payer, et je veux être servi... Est-ce assez, enfin.
De sa poigne nerveuse il brisa une chaîne d'or, présent du roi son maître, cachée sous son pourpoint, et la lança à côté du reste.
—J'entends fort bien, murmura Gaspard: vous voulez posséder les deux talismans qui rapprochent l'homme du génie du bien et de celui du mal: le philtre qui fait aimer et le poison qui tue.
—Eh bien, oui... le philtre qui endort la méfiance, qui ôte la force de résister, qui engourdit les sens et qui nous livre sans résistance la femme qui nous eût repoussés et meurtris éveillée... Cette femme, je l'aime; assiste-moi, suppôt de l'enfer, il faut qu'elle m'appartienne!...
—Quant au poison?...
—Ne me prenez pas pour un assassin ni pour un misérable voleur, vieillard!...
Je suis un homme offensé qui se venge!
—Il y a pour cela le duel, objecta Gaspard.
—Le duel!... ah! ah! ah! exclama le bouffon avec un éclat strident qui fit vibrer les fioles sur leurs étagères, qui donc se battrait avec moi?...
—C'est juste, répondit gravement l'alchimiste.
Un éclair de joie traversa la sombre physionomie de Triboulet.
—Enfin! vous me comprenez et vous consentez?
—Venez demain, à l'heure où vous êtes venu ce soir, les deux choses seront prêtes.
—Le philtre qui endort.
—Et le poison?
—Le poison qui foudroie.
—Demain soir, à la même heure, maître, je vous apporterai une seconde bourse et des bijoux plus précieux que ceux-ci.
En même temps il était sauté en bas de son fauteuil, avait repris son manteau et son feutre et se dirigeait vers la sortie.
L'alchimiste le reconduisit jusqu'à la porte de l'impasse et ne revint qu'après l'avoir solidement fermée.
En rentrant dans son laboratoire, il trouva la jeune femme debout près de la table, dans une attitude imposante et solennelle.
—Maître, lui dit-elle, tu ne tiendras pas la parole que tu as donnée à cet homme.
—Pourquoi cela, madame? demanda Gaspard, secrètement ému de la vibration de sa voix.
—Parce que la femme qu'il veut perdre, c'est moi! le rival qu'il veut empoisonner... c'est ton fils!...
XIV
A TRAVERS LA NUIT.
Le centenaire passa lentement ses longs doigts osseux sur son front, l'œil fixe, le sein haletant.
Il n'en croyait ni ses sens ni sa raison.
—Mon fils!... répétait-il, épelant ces deux syllabes comme s'il les entendait pour la première fois; mon fils!...
La jeune femme le regardait, attendrie par cette grande surprise, résultat d'une si grande tendresse.
Elle avait trop de délicatesse innée pour élever de nouveau la voix; elle sentait que le coup avait été si violent qu'il avait ébranlé ce cerveau de bronze; elle attendait que la réaction s'opérât, que les idées reprissent leur cours régulier.
Le vieillard s'avança jusqu'à elle, et, saisissant avec respect le bord de son manteau, pour s'assurer à la fois que ce n'était pas une vaine apparition et qu'elle ne tentait pas de lui échapper.
—Madame, madame, balbutia-t-il, n'avez-vous pas dit: Mon fils?...
Elle lui répondit par un signe de tête.
—Non, non... fit-il tout frissonnant, parlez! que j'entende ce mot de votre bouche.
—Vous avez parfaitement entendu, maître; je vous ai dit que l'homme qui sort d'ici médite un double forfait;—le poison qu'il réclame, il le destine à votre fils.
L'alchimiste tressaillit de nouveau, et frappé enfin de la pensée qui aurait dû lui venir la première, s'il eût moins obéi à l'élan de sa raison qu'à celui de la froide sagesse:
—D'où savez-vous que Gaspard Cinchi a un fils?
La jeune femme sourit doucement:
—Puisque je sais cela, ne voyez-vous pas aussi que je connais votre vrai nom, messire Jean de Pavanes?
—Mon nom! Oui, vous savez mon nom... Qui vous l'a révélé? par le ciel, dites!...
—Votre science et vos discours, mon père.
—Ah! attendez, de grâce, ne précipitez rien... Je suis si vieux, vos paroles sont si solennelles... Ma pauvre tête s'égare... Madame, soyez bonne, indulgente... Madame, en me parlant de lui, de mon enfant, est-ce que vous ne m'avez pas dit encore... Oh! je n'ose en croire mon souvenir. Vous m'avez dit qu'il avait une protectrice, une amie?...
—Je vous ai dit que je l'aime, mon père.
Elle répéta cet aveu avec gravité, avec conviction, comme une chose naturelle dont il n'y a pas à se cacher.
—Oh! merci! merci! Vous êtes une noble femme, vous! Ah! du moins, vous ne rougissez pas d'obéir à votre cœur, et ce n'est pas la bonne fortune qui vous attire... Merci, merci.
Et, dans son émotion, il couvrait de ses baisers ces belles mains royales où les lèvres de son fils avaient déjà déposé les leurs.
—Ah! il y a longtemps que je vous cherche et vous fais chercher, maître; car je vous avais déjà en estime et en honneur à cause de lui.
—Oui, il vous a parlé de son vieux père, n'est-ce pas? A votre tour, parlez-moi de lui.
—Il pense à vous, il vous pleure; il vous aime, à ce point que j'ai parfois été prise de jalousie contre vous.
—Mon enfant!... mon Jacobus!... Ah! laissez-moi pleurer...
Il tomba sur un siège, tout rayonnant et tout en larmes.
—Vous avez raison de le chérir, car c'est le plus grand cœur et le plus beau gentilhomme de France.
—N'est-ce pas, madame!... Oh! je le vois bien, vous l'aimez comme moi... Oui, c'est cela, je comprends à présent cette rencontre de nos étoiles... Les cieux sont un livre sublime, voyez-vous, pour ceux qui savent y lire; mais vous, madame, vous êtes donc l'ange de la consolation?
Elle secoua sa tête soudain attristée au souvenir de cet horoscope:
—Je suis l'ange des tombeaux, maître.
—Je ne demande pas à voir vos traits, reprit le vieux Jean de Pavanes; mais ces hautes destinées que je découvrais dans votre planète... La science aurait-elle à la fois révélé une vérité et indiqué un mensonge?
—La science, je suis forcée de le souhaiter et de le craindre, la science a peut-être dit vrai. Si l'on choisissait sa destinée, j'enchaînerais sur l'heure la mienne à celle du chevalier de Pavanes.
—Je ne sais quel prestige il y a dans votre voix, madame, mais plus je vous entends, plus il me semble que c'est une bouche royale qui parle.
—Hélas!...
La jeune femme poussa un long soupir, et, retirant son masque, laissa contempler son visage à l'alchimiste.
Jean de Pavanes, en quittant secrètement la ville de Meaux, pour éviter le sort des autres novateurs, et plus particulièrement pour s'attacher à la fortune de son fils, qu'il savait être transféré dans l'une des prisons de Paris, avait dû changer de nom.
Il s'était installé dans le faubourg du Louvre en qualité de physicien et d'alchimiste, se tenait à portée de connaître la fortune de son cher enfant, et comptant sur les ressources que lui procurait son art pour parvenir jusqu'à lui, pour le sauver en gagnant les geôliers.
Mais on n'arrivait pas ainsi jusqu'aux prisonniers de religion sous l'administration d'Antoine Duprat.
La régente et la sœur du roi étaient les premières personnes auxquels les noms de ces criminels eussent été communiqués.
Le vieux docteur avait vu plusieurs fois naguère la princesse Marguerite figurer aux côtés du roi dans les solennités publiques; en la reconnaissant dans la personne de la dame qu'il avait devant lui, il voulait se précipiter à ses genoux.
Mais elle, le forçant à se relever avec cette grâce séraphique qui lui appartenait:
—Redressez-vous, mon père, lui dit-elle, c'est à ma couronne de duchesse, à mon diadème de reine future à s'incliner devant vos cheveux blancs et votre savoir... Puisse celui-ci découvrir un arcane assez efficace pour sauver notre ami commun.
—Oh! madame, ne pouvez-vous pas tout!
—S'il en était ainsi, Jacobus serait-il encore dans les fers!
—Cependant, vous êtes la sœur de monseigneur le roi, et l'on sait qu'il ne vous a jamais affligée d'un refus.
—C'est vrai, messire: le roi présent, tout! le roi absent, rien!
—Et le roi est à Madrid... soupira le centenaire.
—Et le ciel sait à quel sacrifice j'étais décidée pour le ramener... N'importe, reprit-elle avec énergie, si le chancelier a ses archers, j'ai mes secrets et mon amour.
—Nous avons des adversaires puissants? hasarda l'alchimiste, dont le cœur s'était serré en présence de ces réflexions.
—Trop puissants!
—Le grand chancelier, messire Antoine Duprat?
—Lui surtout.
—Puis ce grotesque personnage, ce nain, dont vous avez surpris les intentions?...
—Un histrion empoisonneur, fit Marguerite avec dégoût. Ce sont des gens redoutables, car ils ont pour eux l'autorité, la force et l'absence de tout scrupule.
—Le crime de Jacobus est-il donc tel qu'il n'y ait pas d'espoir?
—Son vrai crime, mon père, c'est de m'aimer, ou plutôt d'être aimé de moi... Comprenez-vous?
—Oui, sans doute, ce philtre que l'infâme gnome réclamait pour posséder une femme qui le repousse... ce poison pour se venger d'un rival...
—Qui ne lui a rien fait!
—Ah! du moins, s'il ose se présenter demain en ce lieu...
—De la prudence, maître!... Recevez-le bien, au contraire, acceptez son or; seulement, au lieu des liqueurs dangereuses qu'il vous demande, donnez-lui en d'inoffensives... Trompez ce trompeur.
—Je me fie à votre sagesse; il sera fait, mot pour mot, ainsi que vous souhaitez. Mais mon fils, du moins, vous pouvez me le faire embrasser?
—Il est enfermé dans une cellule des fosses de la Grosse-Tour. Oui, maître, vous l'embrasserez...
—Bientôt, n'est-ce pas?
—Cette nuit même.
—Oh! partons!...
—Quelques mots encore. Un projet avait été conçu pour obtenir le retour du roi; j'en concevais grand espoir. Mais ce projet, par une trahison que je ne puis connaître, est tombé à la connaissance du grand chancelier, et la couronne que vous m'avez prédite ne sera probablement pas celle d'Espagne. Il faut donc chercher autre chose.
—Une évasion?...
—Nous y avons pensé, mais c'est le moyen le plus difficile et le plus périlleux... J'en ai imaginé un autre, auquel vous pouvez me servir.
—Oh! parlez, alors.
—Vous avez été appelé tout récemment au Louvre, près de madame la duchesse régente qui voulait vous consulter?
—En effet, madame, et sur son invitation, j'ai commencé pour elle certaines opérations cabalistiques que je lui ai juré de ne confier à personne.
—Un envoûtement!
—Vous le saviez?...
—Ma mère voulait m'associer à cette entreprise; mais de telles pratiques, je le dis à vous-même, répugnent à ma conscience.
L'alchismiste comprit que ce n'était pas le moment d'entreprendre la réhabilitation de son art aux yeux de la princesse. Il ne le tenta donc pas, et entrant dans sa pensée:
—Durant l'entretien qu'elle m'a accordé, j'ai été vingt fois sur le point d'interrompre mes calculs pour me jeter aux pieds de Son Altesse et implorer sa protection. Chaque fois que j'allais le faire, quelque chose de dur, de funeste dans son regard, dans son maintien, glaçait ma parole; il fallait commencer par lui révéler qui j'étais, et je n'osais; je craignais de compromettre à la fois la confiance qu'elle m'accordait comme physicien et ma propre liberté, qui peut être utile à ramener celle de mon fils.
Je ne l'eusse pas quittée cependant sans risquer cet aveu, mais quelqu'un, le grand chancelier, s'est fait annoncer. Madame la régente m'a renvoyé alors par une porte de service, tandis qu'il s'avançait d'un autre côté. Je ne suis parti qu'en me jurant bien de surmonter tous mes scrupules dans l'entrevue prochaine, où je lui rendrai compte de mon opération.
—Le hasard et vos pressentiments vous ont bien servi, mon père.
—Comment, madame la régente?...
—Ma mère ne peut rien pour votre fils, et vos aveux étaient pleins de dangers. Croyez-en ma parole.
—Tout s'écroule donc autour de nous?
—Pas encore. Il faut lutter; nous lutterons, et, je le répète, vous aurez votre part dans notre œuvre de délivrance et de justice.
Ma mère s'est-elle ouverte à vous sur les soucis qui l'oppressent?... Quand on réclame d'un homme de science un service tel que celui-là, on a coutume de lui dévoiler les profondeurs de son âme.
—Non; elle s'est montrée pleine de réticences. Elle n'a pas même voulu que je lui adressasse ce jour-là son horoscope. Elle m'a dit que le docteur Agrippa y avait échoué, qu'elle attendait, pour me le demander, le succès de l'entreprise dont elle me chargeait d'abord.
—Elle veut que vos pratiques surnaturelles la délivrent d'un ennemi?
—Elle a ajouté que je ne devais avoir aucun scrupule, que cet homme était un misérable, souillé de crimes odieux, qui eussent mérité les plus éclatants supplices, et que ce serait œuvre méritoire d'en purger la société.
Je lui ai dit alors que pour rendre les incantations et les charmes plus efficaces, il fallait qu'elle me procurât, pour le mêler à la cire dont je pétrirais son image, quelque chose qui eût appartenu à la personne de cet homme, par exemple, quelques gouttes de son sang ou un peu de ses cheveux.
Elle m'a promis de me fournir l'un ou l'autre de ces objets à notre seconde entrevue, en même temps qu'elle me révélerait les noms qu'il fallait livrer à la cabale. En attendant, j'ai entamé la confection de la figurine... Tenez, fit-il, en ouvrant une armoire, la voici.
Aucun de nos lecteurs n'ignore combien ces pratiques superstitieuses furent longtemps accréditées, nous ne reviendrons donc pas sur ce que nous avons précédemment dit à cet égard.
L'envoûtement était une opération cabalistique par laquelle on croyait causer à son ennemi le même supplice qu'on infligeait à une figure de cire que l'on désignait de ses noms, surtout de ses prénoms. Parfois aussi, c'était sur un cœur arraché chaud et saignant d'un bouc ou d'un bélier égorgé exprès, que l'on opérait en y enfonçant un nombre cabalistique d'épingles, et en le faisant ainsi griller au milieu d'un brasier.
Au fait, il serait superflu d'insister sur l'exactitude de nos indications, dont chacun peut avoir des notions plus ou moins précises.
Il faut remonter jusqu'aux grands âges de la Grèce et de Rome pour trouver l'origine de ces pratiques sur des figures de cire; les devins sacrés les employaient fréquemment, soit dans le même but que nos astrologues du moyen âge, soit pour la pénétration des songes.
La céromancie, ou divination par la cire, a été longtemps en usage en Turquie et dans les pays musulmans; il n'est pas bien sûr qu'elle soit, même aujourd'hui, totalement délaissée par les savants ulémas du parti des vieilles croyances.
D'ailleurs, encore, il ne faudrait pas aller bien en avant dans nos provinces de Normandie, du Maine, des Flandres et bon nombre d'autres, pour trouver de prétendus sorciers ou devins qui exploitent la crédulité des campagnards à l'aide de ces superstitions scrupuleusement calquées sur celles du moyen âge. Les sorts jetés au moyen de la cire figurant une image grossière ou brûlant à l'état de cierge, le cœur de mouton ou de bœuf saignant, piqué d'épingles, jouissent d'un crédit que les progrès des lumières ni la marche des siècles n'ont pu déraciner.
La superstition est ce qui change et s'efface le moins ici-bas. L'homme s'y sent tellement isolé, dans une condition tellement transitoire et précaire, qu'il court avidement après les prestiges qui lui semblent un point de jonction entre cette existence mesquine et le monde plus élevé auquel il aspire.
Sur un des rayons de l'armoire de l'alchimiste, Marguerite aperçut en effet l'ébauche d'une figurine de cire.