XXVI
LA PETITE VÉROLE
Un jour, Camille se plaignait de mal de tête, de mal de cœur. Son visage pâle et altéré inquiéta Mme de Fleurville, qui la fit coucher; la fièvre, le mal de tête continuant, ainsi que le mal de cœur et les vomissements, on envoya chercher le médecin. Il ne vint que le soir, mais, quand il arriva, il trouva Camille plus calme; Élisa lui avait mis aux pieds des cataplasmes saupoudrés de camphre qui l'avaient beaucoup soulagée; elle buvait de l'eau de gomme fraîche. Le médecin complimenta Élisa sur les soins éclairés et affectueux qu'elle donnait à sa petite malade; il complimenta Camille sur sa bonne humeur et sa docilité, et dit à Mme de Fleurville de ne pas s'inquiéter et de continuer le même traitement. Le lendemain, Élisa aperçut des taches rouges sur le visage de Camille; les bras et le corps en avaient aussi; vers le soir chaque tache devint un bouton, et en même temps le mal de cœur et le mal de tête se dissipèrent. Le médecin déclara que c'était la petite vérole: on éloigna immédiatement les trois autres enfants. Élisa et Mme de Fleurville restèrent seules auprès de Camille. Mme de Fleurville voulait aussi renvoyer Élisa, de peur de la contagion; mais Élisa s'y refusa obstinément.
ÉLISA.
Jamais, madame, je n'abandonnerai ma pauvre enfant malade; quand même je devrais gagner la petite vérole, je ne manquerai pas à mon devoir.
CAMILLE.
Ma bonne Élisa, je sais combien tu m'aimes, mais, moi aussi, je t'aime, et je serais désolée de te voir malade à cause de moi.
ÉLISA.
Ta, ta, ta; restez tranquille, ne vous inquiétez de rien, ne parlez pas; si vous vous agitez, le mal de tête reviendra.»
Camille sourit et remercia Élisa du regard; ses pauvres yeux bouffis étaient à moitié fermés; son visage était couvert de boutons. Quelques jours après, les boutons séchèrent, et Camille put quitter son lit; il ne lui restait que de la faiblesse.
Pendant sa maladie, Madeleine, Marguerite et Sophie demandaient sans cesse de ses nouvelles: on leur défendit d'approcher de la chambre de Camille, mais elles pouvaient voir Élisa et lui parler; vingt fois par jour, quand elles entendaient sa voix dans la cuisine ou dans l'antichambre, elles accouraient pour s'informer de leur chère Camille; elles lui envoyaient des découpures, des dessins, de petits paniers en jonc, tout ce qu'elles pensaient pouvoir la distraire et l'amuser. Camille leur faisait dire mille tendresses; mais elle ne pouvait rien leur envoyer, car on lui défendait de travailler, de lire, de dessiner, de peur de fatiguer ses yeux.
Il y avait huit jours qu'elle était levée; ses croûtes commençaient à tomber, lorsqu'elle fut frappée un matin de la pâleur d'Élisa.
CAMILLE, avec inquiétude.
Tu es malade, Élisa; tu es pâle comme si tu allais mourir. Ah! comme ta main est chaude! tu as la fièvre.
ÉLISA.
J'ai un affreux mal de tête depuis hier: je n'ai pas dormi de la nuit; voilà pourquoi je suis pâle: mais ce ne sera rien.
CAMILLE.
Couche-toi, ma chère Élisa, je t'en prie; tu peux à peine te soutenir; vois, tu chancelles.»
Élisa s'affaissa sur un fauteuil; Camille courut appeler sa maman, qui la suivit immédiatement. Voyant l'état dans lequel était la pauvre Élisa, elle lui fit bassiner son lit et la fit coucher malgré sa résistance. Le médecin fut encore appelé; il trouva beaucoup de fièvre, du délire, et déclara que c'était probablement la petite vérole qui commençait. Il ordonna divers remèdes, qui n'amenèrent aucun soulagement; le lendemain il fit poser des sangsues aux chevilles de la malade, pour lui dégager la tête et faire sortir les boutons. Depuis qu'Élisa était dans son lit, Camille ne la quittait plus; elle lui donnait à boire, chauffait ses cataplasmes, lui mouillait la tête avec de l'eau fraîche. Il fallut toute son obéissance aux ordres de sa mère pour l'empêcher de passer la nuit auprès de sa chère Élisa.
«C'est en me soignant qu'elle est devenue malade, répétait-elle en pleurant: il est juste que je la soigne à mon tour.»
Élisa ne sentait pas la douceur de cette tendresse touchante: depuis la veille elle était sans connaissance; elle ne parlait pas, n'ouvrait même pas les yeux. On lui mit vingt sangsues aux pieds sans qu'elle eût l'air de les sentir; son sang coula abondamment et longtemps; enfin on l'arrêta, on lui enveloppa les pieds de coton. Le lendemain tout son corps se couvrit de plaques rouges: c'était la petite vérole qui sortait. En même temps elle éprouva un mieux sensible; ses yeux purent s'ouvrir et supporter la lumière; elle reconnut Camille qui la regardait avec anxiété, et lui sourit; Camille saisit sa main brûlante et la porta à ses lèvres.
«Ne parle pas, ma pauvre Élisa, lui dit-elle, ne parle pas; maman et moi, nous sommes près de toi.»
Élisa ne pouvait pas encore répondre; mais, en reprenant l'usage de ses sens, elle avait repris le sentiment des soins que lui avaient donnés Camille et Mme de Fleurville; sa reconnaissance s'exprimait par tous les moyens possibles.
Pendant plusieurs jours encore Élisa fut en danger. Enfin arriva le moment où le médecin déclara qu'elle était sauvée; les boutons commençaient à sécher; ils étaient si abondants, que tout son visage et sa tête en étaient couverts.
Quand elle fut mieux et qu'elle commença à prendre quelque nourriture, Camille, qui allait tout à fait bien, demanda à sa mère si elle ne pouvait pas sortir et voir sa sœur et ses amies.
«Tu peux te promener, chère enfant, dit Mme de Fleurville, et causer avec Madeleine et tes amies, mais pas encore les embrasser ni les toucher.»
Camille sauta hors de la chambre, courut dehors, et, entendant les voix de Madeleine, de Sophie et de Marguerite, qui causaient dans leur petit jardin, elle se dirigea vers elles en criant:
«Madeleine, Marguerite, Sophie, je veux vous voir, vous parler; venez vite, mais ne me touchez pas!»
Trois cris de joie répondirent à l'appel de Camille; elle vit accourir ses trois amies, se pressant, se poussant, à qui arriverait la première.
«Arrêtez! cria Camille, s'arrêtant elle-même, maman m'a défendu de vous toucher. Je pourrais encore vous donner la petite vérole.
MADELEINE.
Je voudrais tant t'embrasser, Camille, ma chère Camille!
MARGUERITE.
Et moi donc! Ah bah! je t'embrasse tout de même.»
En disant ces mots, elle s'élançait vers Camille, qui sauta vivement en arrière.
«Imprudente! dit-elle. Si tu savais ce que c'est que la petite vérole, tu ne t'exposerais pas à la gagner.
SOPHIE.
Raconte-nous si tu t'es bien ennuyée, si tu as beaucoup souffert, si tu as eu peur.
CAMILLE.
Oh oui! mais pas quand j'étais très malade. Je souffrais trop de la tête et du mal de cœur pour m'ennuyer; mais la pauvre Élisa a souffert bien plus et plus longtemps que moi.
MADELEINE.
Et comment est-elle aujourd'hui? Quand pourrons-nous la revoir?
CAMILLE.
Elle va bien; elle a mangé du poulet à déjeuner, elle se lève, elle croit que vous pourrez la voir par la fenêtre demain.
MADELEINE.
Quel bonheur! et quand pourrons-nous t'embrasser, ainsi que maman?
CAMILLE.
Maman, qui n'a pas eu comme moi la petite vérole, pourra vous embrasser tout à l'heure; elle est allée changer ses vêtements, qui sont imprégnés de l'air de la chambre d'Élisa.»
Les enfants continuèrent à causer et à se raconter les événements de leur vie simple et uniforme. Bientôt arriva Mme de Fleurville avec Mme de Rosbourg; les enfants se précipitèrent vers elle et l'embrassèrent bien des fois, pendant que Mme de Rosbourg embrassait Camille. Depuis trois semaines Mme de Fleurville n'avait vu les enfants que de loin et à la fenêtre. Le matin même, le médecin avait déclaré qu'il n'y avait plus aucun danger de gagner la petite vérole ni par elle ni par Camille; mais Élisa devait encore rester éloignée jusqu'à ce que ses croûtes fussent tombées.
Le lendemain il y avait grande agitation parmi les enfants; Élisa devait se montrer à la fenêtre après déjeuner. Une heure d'avance, elles étaient comme des abeilles en révolution; elles allaient, venaient, regardaient à la pendule, regardaient à la fenêtre, préparaient des sièges; enfin elles se rangèrent toutes quatre sur des chaises, comme pour un spectacle, et attendirent les yeux levés. Tout à coup la fenêtre s'ouvrit et Élisa parut.
«Élisa, Élisa, ma pauvre Élisa! s'écrièrent Camille et Madeleine, que les larmes empêchèrent de continuer.
MARGUERITE.
Bonjour, ma chère Élisa.
SOPHIE.
Bonjour, pauvre Élisa.
ÉLISA.
Bonjour, bonjour, mes enfants; voyez comme je suis devenue belle; quel masque sur mon visage!
CAMILLE.
Oh! tu seras toujours ma belle et ma bonne Élisa; crois-tu que j'oublie que c'est pour m'avoir soignée que tu es tombée malade?
ÉLISA.
Tu me l'as bien rendu aussi. Tu es une bonne, une excellente enfant; tant que je vivrai, je n'oublierai ni la tendresse touchante que tu m'as témoignée pendant ma maladie, ni la bonté de Mme de Fleurville.»
Et la pauvre Élisa, attendrie, essuya ses yeux pleins de larmes; son attendrissement gagna les enfants, qui se mirent à pleurer aussi. Mme de Fleurville et Mme de Rosbourg arrivèrent pendant que tout le monde pleurait.
«Qu'y a-t-il donc? demandèrent-elles un peu effrayées.
—Rien, maman; c'est la pauvre Élisa qui est à sa fenêtre.»
Ces dames levèrent les yeux, et, voyant pleurer Élisa, elles comprirent la scène de larmes joyeuses qui venait de se passer.
«Il s'agit bien de pleurer, aujourd'hui! dit Mme de Rosbourg; laissons Élisa se reposer et se bien rétablir, et allons, en attendant, arranger une fête pour célébrer son rétablissement.
—Une fête! une fête! s'écrièrent les enfants; oh! merci, chère madame! Ce sera charmant! Une fête pour Élisa.»
Élisa était fatiguée; elle se retira dans le fond de sa chambre; les enfants suivirent Mme de Rosbourg et discutèrent les arrangements d'une fête en l'honneur d'Élisa. En passant au chapitre suivant, nous saurons ce qui aura été décidé.
XXVII
LA FÊTE
Depuis quelques jours tout était en rumeur au château; on enfonçait des clous dans une orangerie attenante au salon; on assemblait et on brouettait des fleurs; on cuisait des pâtés, des gâteaux, des bonbons. Les enfants avaient avec Élisa un air mystérieux; elles l'empêchaient d'aller du côté de l'orangerie; elles la gardaient le plus possible avec elles, afin de ne pas la laisser causer dans la cuisine et à l'office. Élisa se doutait de quelque surprise; mais elle faisait l'ignorante pour ne pas diminuer le plaisir que se promettaient les enfants.
Enfin le jeudi suivant, à trois heures, il y eut dans la maison un mouvement extraordinaire. Élisa s'apprêtait à s'habiller, lorsqu'elle vit entrer les enfants, qui portaient un énorme panier couvert et qui avaient leurs belles toilettes du dimanche.
CAMILLE.
Nous allons t'habiller, ma bonne Élisa; nous apportons tout ce qu'il faut pour ta toilette.
ÉLISA.
J'ai tout ce qu'il me faut; merci, mes enfants.
MADELEINE.
Mais tu n'as pas vu ce que nous t'apportons; tiens, tiens, regarde.»
Et, en disant ces mots, Madeleine enleva la mousseline qui couvrait le panier. Élisa vit une belle robe en taffetas marron, un col et des manches en dentelle, un bonnet de dentelle garni de rubans et un mantelet de taffetas noir garni de volants pareils.
ÉLISA.
Ce n'est pas pour moi, tout cela; c'est trop beau! Je ne mettrai pas une si élégante toilette; je ressemblerais à Mme Fichini.
MARGUERITE.
Non, non, tu ne ressembleras jamais à la grosse Mme Fichini.
CAMILLE.
Il n'y a plus de Mme Fichini; c'est la comtesse Blagowski qu'il faut dire.
MADELEINE.
Bah! la comtesse Blagowski ou Mme Fichini, qu'importe! Habillons Élisa.»
Avant qu'elle eût pu les empêcher, les quatre petites filles avaient dénoué le tablier et déboutonné la robe d'Élisa, qui se trouva en jupon en moins d'une minute.
CAMILLE.
Baisse-toi, que je te mette ton col.
MADELEINE.
Donne-moi ton bras, que je passe une manche.
MARGUERITE.
Etends l'autre bras, que je te passe l'autre manche.
SOPHIE.
Voici la robe: je la tiens toute prête; et le bonnet.»
La robe fut passée, arrangée, boutonnée; les enfants menèrent Élisa devant une glace de leur maman: elle se trouva si belle, qu'elle ne pouvait se lasser de se regarder et de s'admirer. Elle remercia et embrassa tendrement les enfants, qui l'accompagnèrent chez Mmes de Fleurville et de Rosbourg, car Élisa voulait les remercier aussi.
«A présent, mes enfants, dit-elle en se dirigeant vers sa chambre, je vais ôter toutes ces belles affaires; je les garderai pour la première occasion.
CAMILLE.
Mais non, Élisa; il faut que tu restes toute la journée habillée comme tu es.
ÉLISA.
Pour quoi faire?
MADELEINE.
Tu vas voir; viens avec moi.»
Et, saisissant Élisa, les quatre enfants la conduisirent dans le salon, puis dans l'orangerie, qui était convertie en salle de spectacle et qui était pleine de monde. Les fermiers et les messieurs du voisinage étaient dans une galerie élevée, les domestiques et les gens du village occupaient le parterre. Les enfants entraînèrent Élisa toute confuse à des places réservées au milieu de la galerie; elles s'assirent autour d'elle; la toile se leva, et le spectacle commença.
Le sujet de la pièce était l'histoire d'une bonne négresse qui, lors du massacre des blancs par les nègres à l'île Saint-Domingue, sauve les enfants de ses maîtres, les soustrait à mille dangers, et finit par s'embarquer avec eux sur un vaisseau qui retournait en France; elle dépose entre les mains du capitaine une cassette qu'elle a eu le bonheur de sauver, qui appartenait à ses maîtres massacrés, et qui contenait une somme considérable en bijoux et en or; elle déclare que cette somme appartient aux enfants.
On applaudit avec fureur; les applaudissements redoublèrent lorsque de tous côtés on lança des bouquets à Élisa, qui ne savait comment remercier de tous ces témoignages d'intérêt.
Après le spectacle on passa dans la salle à manger, où l'on trouva la table couverte de pâtés, de jambons, de gâteaux, de crèmes, de gelées. Tout le monde avait faim; on mangea énormément; pendant que les voisins et les personnes du château faisaient ce repas, on servait dehors, aux gens du village, des pâtés, des galantines, des galettes, du cidre et du café.
Lorsque chacun fut rassasié, on rentra dans l'orangerie, d'où l'on avait enlevé tout ce qui pouvait gêner pour la danse; les chaises et les bancs étaient rangés contre le mur; les lustres et les lampes étaient allumés. Au moment où les enfants entrèrent, l'orchestre, composé de quatre musiciens, commença une contredanse; les petites et Élisa la dansèrent avec plusieurs dames et messieurs; les autres invités se mirent aussi en train, et, une demi-heure après, tout le monde dansait dans l'orangerie et devant la maison. Les enfants ne s'étaient jamais autant amusées; Élisa était enchantée et attendrie de cette fête donnée à son intention, et dont elle était la reine. On dansa jusqu'à onze heures du soir. Après avoir mangé encore quelques pâtés, du jambon, des gâteaux et des crèmes, chacun s'en alla, les uns à pied, les autres en carriole.
Les enfants rentrèrent chez elles avec Élisa, après avoir bien embrassé et bien remercié leurs mamans.
SOPHIE.
Dieu! que j'ai chaud! ma chemise est trempée!
MARGUERITE.
Et moi donc! ma robe est toute mouillée de sueur.
MADELEINE.
Ah! que j'ai mal aux pieds!
CAMILLE.
Je n'en puis plus! A la dernière contredanse, mes jambes ne pouvaient plus remuer.
MARGUERITE.
As-tu vu ce gros petit bonhomme, au ventre rebondi, qui a été roulé dans un galop?
CAMILLE.
Oui, il était bien drôle; il sautait, il galopait tout comme s'il n'avait pas eu un gros ventre à traîner.
SOPHIE.
Et ce grand maigre qui sautait si haut qu'il a accroché le lustre!
MADELEINE.
Il a manqué de prendre feu, ce pauvre maigre; c'est qu'il aurait brûlé comme une allumette.
SOPHIE.
As-tu remarqué cette petite fille prétentieuse qui faisait des mines et qui était si ridiculement mise?
MADELEINE.
Non, je ne l'ai pas vue. Comment était-elle habillée?
SOPHIE.
Elle avait une robe grise avec de grosses fleurs rouges.
MADELEINE.
Ah oui! je sais ce que tu veux dire; c'est une pauvre ouvrière très timide et qui n'est pas du tout prétentieuse.
SOPHIE.
Par exemple! si celle-là ne l'est pas, je ne sais qui le sera. Et cette autre, qui avait une robe de mousseline blanche chiffonnée, avec des nœuds d'un bleu passé qui traînaient jusqu'à terre, trouves-tu aussi qu'elle n'était pas affectée?
CAMILLE.
Voyons, ne disons pas de mal de tous ces pauvres gens, qui se sont habillés chacun comme il l'a pu, qui se sont amusés et qui ont contribué à nous amuser.
SOPHIE, avec aigreur.
Mon Dieu, comme tu es sévère! Est-ce qu'il est défendu de rire un peu des gens ridicules?
CAMILLE.
Non, mais pourquoi trouver ridicules des gens qui ne le sont pas.
SOPHIE.
Si tu les trouves bien, ce n'est pas une raison pour que je sois obligée de dire comme toi.
MADELEINE.
Sophie, Sophie, tu vas te fâcher tout à fait, si tu continues sur ce ton.
SOPHIE.
Il n'est pas question de se fâcher! je dis seulement que je trouve Camille on ne peut plus ennuyeuse avec sa perpétuelle bonté. Jamais elle ne rit de personne; jamais elle ne voit les bêtises et les sottises des autres.
MARGUERITE, avec vivacité.
C'est bien heureux pour toi!
SOPHIE, sèchement.
Que veux-tu dire par là?
MARGUERITE.
Je veux dire, mademoiselle, que si Camille voyait les sottises des autres et si elle en riait, elle verrait souvent les vôtres, et que nous ririons toutes à vos dépens.
SOPHIE, en colère.
Je m'embarrasse peu de ce que tu dis, tu es trop bête.
ÉLISA, qui entre.
Eh bien! eh bien! qu'est-ce que j'entends? On se querelle par ici?
SOPHIE.
C'est Marguerite qui me dit des sottises.
ÉLISA.
Il me semble que, lorsque je suis entrée, c'était vous qui en disiez à Marguerite.
SOPHIE, embarrassée.
C'est-à-dire.... Je répondais seulement,... mais c'est elle qui a commencé.
MARGUERITE.
C'est vrai, Élisa; je lui ai dit qu'elle disait des sottises; j'avais raison, puisqu'elle a dit que Camille était ennuyeuse.
ÉLISA.
Mes enfants, mes enfants, est-ce ainsi que vous finissez une si heureuse journée, en vous querellant, en vous injuriant?»
Sophie et Marguerite rougirent et baissèrent la tête; elles se regardèrent et dirent ensemble:
«Pardon! Sophie.
—Pardon! Marguerite.»
Puis elles s'embrassèrent. Sophie demanda pardon aussi à Camille, qui était trop bonne pour lui en vouloir. Elles achevèrent toutes de se déshabiller, et se couchèrent après avoir dit leur prière avec Élisa. Élisa les remercia encore tendrement de toute leur affection et de la journée qui venait de s'écouler.
XXVIII
LA PARTIE D'ANE
MARGUERITE.
Maman, pourquoi ne montons-nous jamais à âne? c'est si amusant!
MADAME DE ROSBOURG.
J'avoue que je n'y ai pas pensé.
MADAME DE FLEURVILLE.
Ni moi non plus; mais il est facile de réparer cet oubli; on peut avoir les deux ânes de la ferme, ceux du moulin et de la papeterie, ce qui en fera six.
CAMILLE.
Et où irons-nous, maman, avec nos six ânes?
SOPHIE.
Nous pourrions aller au moulin.
MARGUERITE.
Non, Jeannette est trop méchante; depuis qu'elle m'a volé ma poupée, je n'aime pas à la voir; elle me fait des yeux si méchants que j'en ai peur.
MADELEINE.
Allons à la maison blanche, voir Lucie.
SOPHIE.
Ce n'est pas assez loin! nous y allons sans cesse à pied.
MADAME DE FLEURVILLE.
J'ai une idée que je crois bonne; je parie que vous en serez toutes très contentes.
CAMILLE.
Quelle idée, maman? dites-la, je vous en prie.
MADAME DE FLEURVILLE.
C'est d'avoir un septième âne....
MARGUERITE.
Mais ce ne sera pas amusant du tout d'avoir un âne sans personne dessus.
MADAME DE FLEURVILLE.
Attends donc; que tu es impatiente! Le septième âne porterait les provisions, et..., et vous ne devinez pas?
MADELEINE.
Des provisions? pour qui donc, maman?
MADAME DE FLEURVILLE.
Pour nous, pour que nous les mangions!
MARGUERITE.
Mais pourquoi ne pas les manger à table, au lieu de les manger sur le dos de l'âne?»
Tout le monde partit d'un éclat de rire: l'idée de faire du dos de l'âne une table à manger leur parut si plaisante, qu'elles en rirent toutes, Marguerite comme les autres.
«Ce n'est pas sur le dos de l'âne que nous mangerons, dit Mme de Fleurville, mais l'âne transportera notre déjeuner dans la forêt de Moulins; nous étalerons notre déjeuner sur l'herbe dans une jolie clairière, et nous mangerons en plein bois.
—Charmant, charmant! crièrent les quatre petites en battant des mains et en sautant. Oh! la bonne idée! embrassons bien maman pour la remercier de sa bonne invention.
—Je suis enchantée d'avoir si bien trouvé, répondit Mme de Fleurville en se dégageant des bras des enfants qui la caressaient à l'envi l'une de l'autre. Maintenant je vais commander un déjeuner froid pour demain et m'assurer de nos sept ânes.»
Les petites coururent chez Élisa pour lui faire part de leur joie et pour lui demander de venir avec elles.
ÉLISA, en les embrassant.
Mes chères petites, je vous remercie de penser à moi et de m'inviter à vous accompagner; mais j'ai autre chose à faire que de m'amuser. A moins que vos mamans n'aient besoin de moi, j'aime mieux rester à la maison et faire mon ouvrage.
MADELEINE.
Quel ouvrage? tu n'as rien de pressé à faire!
ÉLISA.
J'ai à finir vos robes de popeline bleue; j'ai à faire des manches, des cols, des jupons, des chemises, des mou....
MARGUERITE.
Assez, assez, grand Dieu! comme en voilà! Et c'est toi qui feras tout cela?
ÉLISA.
Et qui donc? sera-ce vous, par hasard.
CAMILLE.
Eh bien, oui; nous t'aiderons toutes pendant deux jours.
ÉLISA, riant.
Merci bien, mes chéries! J'aurais là de fameuses ouvrières, qui me gâcheraient mon ouvrage au lieu de l'avancer! Du tout, du tout, à chacun son affaire. Amusez-vous; courez, sautez, mangez sur l'herbe; mon devoir à moi est de travailler: d'ailleurs, je suis trop vieille pour gambader et courir les forêts.
SOPHIE.
Vous dansiez pourtant joliment le jour du bal.
ÉLISA.
Oh! cela, c'est autre chose: c'est pour entretenir les jambes. Mais sans plaisanterie, mes chères enfants, ne me forcez pas à être de la partie de demain, j'en serais contrariée. Une bonne est une bonne, et n'est pas une dame qui vit de ses rentes; j'ai mon ouvrage et je dois le faire.
L'air sérieux d'Élisa mit un terme à l'insistance des enfants; elles l'embrassèrent et la quittèrent pour aller raconter à leurs mamans le refus d'Élisa.
«Élisa, dit Mme de Fleurville, fait preuve de tact, de jugement et de cœur, chères petites, en refusant de nous accompagner demain; c'est la délicatesse qu'elle met dans toutes ses actions qui la rend si supérieure aux autres bonnes que vous connaissez. C'est vrai qu'elle a beaucoup d'ouvrage; et, si elle perdait à s'amuser le peu de temps qui lui reste après avoir fait son service près de vous, vous seriez les premières à en souffrir.»
Les enfants n'insistèrent plus et reportèrent leurs pensées sur la journée du lendemain.
«Dieu! que la matinée est longue! dit Sophie après deux heures de bâillements et de plaintes.
—Nous allons dîner dans une demi-heure, répondit Madeleine.
SOPHIE.
Et toute la soirée encore à passer! Quand donc arrivera demain?
MARGUERITE, avec ironie.
Quand aujourd'hui sera fini.
SOPHIE, piquée.
Je sais très bien qu'aujourd'hui ne sera pas demain, que demain n'est pas aujourd'hui, que..., que....
MARGUERITE, riant.
Que demain est demain, et que M. la Palisse n'est pas mort.
SOPHIE.
C'est bête, ce que tu dis! Tu crois avoir plus d'esprit que les autres....
MARGUERITE, vivement.
Et je n'en ai pas plus que toi. C'est cela que tu voulais dire?
SOPHIE, en colère.
Non, mademoiselle, ce n'est pas cela que je voulais dire: mais, en vérité, vous me faites toujours parler si sottement....
MARGUERITE.
C'est parce que je te laisse dire.
CAMILLE, d'un air de reproche.
Marguerite, Marguerite!
MARGUERITE, l'embrassant.
Chère Camille, pardon, j'ai tort; mais Sophie est quelquefois... si..., si..., je ne sais comment dire.
SOPHIE, en colère.
Voyons, dis tout de suite si bête! Ne te gêne pas, je te prie.
MARGUERITE.
Mais non, Sophie, je ne veux pas dire bête; tu ne l'es pas, mais... un peu... impatientante.
SOPHIE.
Et qu'ai-je donc fait ou dit de si impatient?
MARGUERITE.
Depuis deux heures tu bâilles, tu te roules, tu t'ennuies, tu regardes l'heure, tu répètes sans cesse que la journée ne finira jamais....
SOPHIE.
Eh bien, où est le mal? je dis tout haut ce que vous pensez tout bas.
MARGUERITE.
Mais du tout; nous ne le pensons pas du tout! N'est-ce pas, Camille? n'est-ce pas, Madeleine?
CAMILLE, un peu embarrassée.
Nous qui sommes plus âgées, nous savons mieux attendre.
MARGUERITE, vivement.
Et moi qui suis plus jeune, est-ce que je n'attends pas?
SOPHIE, avec une révérence moqueuse.
Oh! toi, nous savons que tu es une perfection, que tu as plus d'esprit que tout le monde, que tu es meilleure que tout le monde!
MARGUERITE, lui rendant sa révérence.
Et que je ne te ressemble pas, alors.»
Mme de Rosbourg avait entendu toute la conversation du bout du salon, où elle était occupée à peindre; elle ne s'en était pas mêlée, parce qu'elle voulait les habituer à reconnaître d'elles-mêmes leurs torts; mais, au point où en était venue l'irritation des deux amies, elle jugea nécessaire d'intervenir.
MADAME DE ROSBOURG.
Marguerite, tu prends la mauvaise habitude de te moquer, de lancer des paroles piquantes, qui blessent et irritent. Parce que Sophie a su moins bien que toi réprimer son impatience, tu lui as dit plusieurs choses blessantes qui l'ont mise en colère: c'est mal, et j'en suis peinée; je croyais à ma petite Marguerite un meilleur cœur et plus de générosité.
MARGUERITE, courant se jeter dans ses bras.
Ma chère, ma bonne maman, pardonnez à votre petite Marguerite; ne soyez pas chagrine; je sens la justesse de vos reproches, et j'espère ne plus les mériter à l'avenir. (Allant à Sophie.) Pardonne-moi, Sophie; sois sûre que je ne recommencerai plus, et, si jamais il m'échappe une parole méchante ou moqueuse, rappelle-moi que je fais de la peine à maman: cette pensée m'arrêtera certainement.»
Sophie, apaisée par les reproches adressés à Marguerite et par la soumission de celle-ci, l'embrassa de tout son cœur. Le dîner fut annoncé, et on lui fit honneur; la soirée se passa gaiement; Sophie contint son impatience et se mêla avec entrain aux projets formés pour le lendemain. La nuit ne lui parut pas longue, puisqu'elle dormit tout d'un somme jusqu'à huit heures, moment où sa bonne vint l'éveiller. Quand sa toilette fut faite, elle courut à la fenêtre et vit avec bonheur sept ânes sellés et rangés devant la maison. Elle descendit précipitamment et les examina tous.
«Celui-ci est trop petit, dit-elle; celui-là est trop laid avec ses poils hérissés. Ce grand gris a l'air paresseux; ce noir me paraît méchant; ces deux roux sont trop maigres; ce gris clair est le meilleur et le plus beau: c'est celui que je garde pour moi. Pour que les autres ne le prennent pas, je vais attacher mon chapeau et mon châle à la selle. Elles voudront toutes l'avoir, mais je ne le céderai pas.»
Pendant que, songeant uniquement à elle, elle choisissait ainsi cet âne qu'elle croyait préférable aux autres, Nicaise et son fils, qui devaient accompagner la cavalcade, plaçaient les provisions dans deux grands paniers, qu'on attacha sur le bât de l'âne noir.
Mme de Fleurville, Mme de Rosbourg et les enfants arrivèrent: il était neuf heures; on avait bien déjeuné, tout était prêt; on pouvait partir.
MADAME DE FLEURVILLE.
Choisissez vos ânes, mes enfants. Commençons par les plus jeunes. Marguerite, lequel veux-tu?
MARGUERITE.
Cela m'est égal, chère madame; celui que vous voudrez, ils sont tous bons.
MADAME DE FLEURVILLE.
Eh bien, puisque tu me laisses le choix, Marguerite, je te conseille de prendre un des deux petits ânes; l'autre sera pour Sophie. Ils sont excellents.
SOPHIE, avec empressement.
J'en ai déjà pris un, madame: le gris clair; j'ai attaché sur la selle mon chapeau et mon châle.
MADAME DE FLEURVILLE.
Comme tu t'es pressée de choisir celui que tu crois être le meilleur, Sophie! Ce n'est pas très aimable pour tes amies, ni très poli pour Mme de Rosbourg et pour moi. Mais, puisque tu as fait ton choix, tu garderas ton âne, et peut-être t'en repentiras-tu.»
Sophie était confuse; elle sentait qu'elle avait mérité le reproche de Mme de Fleurville, et elle aurait donné beaucoup pour n'avoir pas montré l'égoïsme dont elle ne s'était pas encore corrigée. Camille et Madeleine ne dirent rien et montèrent sur les ânes qu'on leur désigna; Marguerite jeta un regard souriant à Sophie, réprima une petite malice qui allait sortir de ses lèvres, et sauta sur son petit âne.
Toute la cavalcade se mit en marche: Mmes de Fleurville et de Rosbourg en tête, Camille, Madeleine, Marguerite et Sophie les suivant, Nicaise et son fils fermant la marche avec l'âne aux provisions.
On commença par aller au pas, puis on donna quelques petits coups de fouet, qui firent prendre le trot aux ânes; tous trottaient, excepté celui de Sophie, qui ne voulut jamais quitter son camarade aux provisions. Elle entendait rire ses amies; elle les voyait s'éloigner au trot et au galop de leurs ânes, et, malgré tous ses efforts et ceux de Nicaise, son âne s'obstina à marcher au pas, sur le même rang que son ami. Bientôt les cinq autres ânes disparurent à ses yeux; elle restait seule, pleurant de colère et de chagrin; le fils de Nicaise, touché de ses larmes, lui offrit des consolations qui la dépitèrent bien plus encore.
«Faut pas pleurer pour si peu, mam'selle; de plus grands que vous s'y trompent bien aussi. Votre bourri vous semblait meilleur que les autres: c'est pas étonnant que vous n'y connaissiez rien, puisque vous ne vous êtes pas occupée de bourris dans votre vie. C'est qu'il a l'air, à le voir comme ça, d'un fameux bourri; moi qui le connais à l'user, je vous aurais dit que c'est un fainéant et un entêté. C'est qu'il n'en fait qu'à sa tête! Mais faut pas vous chagriner; au retour, vous le passerez à mam'selle Camille, qui est si bonne qu'elle le prendra tout de même, et elle vous donnera le sien, qui est parfaitement bon.»
Sophie ne répondait rien; mais elle rougissait de s'être attiré par son égoïsme de pareilles consolations. Elle fit toute la route au pas; quand elle arriva à la halte désignée, elle vit tous les ânes attachés à des arbres; ses amies n'y étaient plus; elles avaient voulu l'attendre, mais Mme de Fleurville, qui désirait donner une leçon à Sophie, ne le permit pas: elle les emmena avec Mme de Rosbourg dans la forêt. Elles y firent une charmante promenade et une grande provision de fraises et de noisettes; elles cueillirent des bouquets de fleurs des bois, et, lorsqu'elles revinrent à la halte, leurs visages roses et épanouis et leur gaieté bruyante contrastaient avec la figure morne et triste de Sophie, qu'elles trouvèrent assise au pied d'un arbre, les yeux bouffis et l'air honteux.
«Ton âne ne voulait donc pas trotter, ma pauvre Sophie? lui dit Camille d'un ton affectueux et en l'embrassant.
—J'ai été punie de mon sot égoïsme, ma bonne Camille; aussi ai-je formé le projet de prolonger ma pénitence en reprenant le même âne pour revenir.
—Oh! pour cela, non; tu ne l'auras pas! s'écria Madeleine: il est trop paresseux.
—Puisque c'est moi qui ai eu l'esprit de le choisir, dit Sophie avec gaieté, j'en porterai la peine jusqu'au bout.»
Et Sophie, ranimée par cette résolution généreuse, reprit sa gaieté et se joignit à ses amies pour déballer les provisions, les placer sur l'herbe et préparer le déjeuner. Les appétits avaient été excités par la course; on se mit à table en s'asseyant par terre, et l'on entama d'abord un énorme pâté de lièvre, ensuite une daube à la gelée, puis des pommes de terre au sel, du jambon, des écrevisses, de la tourte aux prunes, et enfin du fromage et des fruits.
MARGUERITE.
Quel bon déjeuner nous faisons! Ces écrevisses sont excellentes.
SOPHIE.
Et comme le pâté était bon!
CAMILLE.
La tourte est délicieuse!
MADELEINE.
Nous avons joliment mangé!
MARGUERITE.
J'avais une faim affreuse.
MADAME DE ROSBOURG.
Veux-tu encore un peu de vin pour faire passer ton déjeuner?
MARGUERITE.
Je veux bien, maman. A votre santé!»
Tous les enfants demandèrent du vin et burent à la santé de leurs mamans. Le repas terminé, on fit dans la forêt une nouvelle promenade, et cette fois en compagnie de Sophie.
Nicaise et son fils déjeunèrent à leur tour pendant cette promenade, et rangèrent les restes du repas et de la vaisselle, qu'ils placèrent dans les paniers.
«Papa, dit le petit Nicaise, faut pas que mam'selle Camille ait le bourri fainéant de Mlle Sophie; mettons-lui sur le dos le bât aux provisions et mettons la selle sur le bourri noir; il n'est pas si méchant qu'il en a l'air; je le connais, c'est un bon bourri.
—Fais, mon garçon, fais comme tu l'entends.»
Quand les enfants et leurs mamans revinrent, elles trouvèrent les ânes sellés, prêts à partir. Sophie se dirigeait vers son gris clair et fut surprise de lui voir le bât aux provisions. Nicaise lui expliqua que son garçon ne voulait pas que mam'selle Camille restât en arrière.
«Mais c'était mon âne, et pas celui de Camille.
—Faites excuse, mam'selle; mam'selle Camille a dit à mon garçon que ce serait le sien pour revenir. Mais n'ayez pas peur, mam'selle, le bourri noir n'est pas méchant; c'est un air qu'il a; faut pas le craindre: il vous mènera bon train, allez.»
Sophie ne répliqua pas: dans son cœur elle se comparait à Camille; elle reconnaissait son infériorité; elle demandait au bon Dieu de la rendre bonne comme ses amies, et ses réflexions devaient lui profiter pour l'avenir. Camille voulut lui donner son âne, mais Sophie ne voulut pas y consentir et sauta sur l'âne noir. Tous partirent au trot, puis au galop; le retour fut plus gai encore que le départ, car Sophie ne resta pas en arrière. On rentra pour l'heure du dîner; les enfants, enchantées de leur journée, remercièrent mille fois leurs mamans du plaisir qu'elles leur avaient procuré.
Mme de Fleurville ouvrit une lettre qu'on venait de lui remettre.
«Mes enfants, dit-elle, je vous annonce une heureuse nouvelle: votre oncle et votre tante de Ruges et votre oncle et votre tante de Traypi m'écrivent qu'ils viennent passer les vacances chez nous avec vos cousins Léon, Jean et Jacques; ils seront ici après-demain.
—Quel bonheur! s'écrièrent toutes les enfants; quelles bonnes vacances nous allons passer!»
Les vacances et les cousins arrivèrent peu de jours après. Le bonheur
des enfants dura deux mois, pendant lesquels il se passa tant
d'événements intéressants que ce même volume ne pourrait en contenir le
récit. Mais j'espère bien pouvoir vous les raconter un jour[1].
FIN.