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Les Précieuses ridicules

Chapter 4: FIN DES PRÉCIEUSES RIDICULES.
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About This Book

This play presents a brisk satirical comedy in which two young provincial women adopt affected, literary manners and disdain suitors; offended suitors and clever servants conspire to expose their pretensions by posing as exotic and aristocratic figures, producing comic misunderstandings and public humiliation. The scenes trade on parody of fashionable language, mockery of social ambition, and contrasts between genuine feeling and artificial refinement. Short, episodic acts emphasize witty dialogue, rapid reversals, and a critique of performative manners through burlesque situations.

- La Grange -

(un bâton à la main.)

Ah ! ah ! coquins, que faites-vous ici ? Il y a trois heures que nous vous cherchons.

- Mascarille -

(se sentant battre.)

Ahi ! ahi ! ahi ! vous ne m'aviez pas dit que les coups en seraient aussi.

- Jodelet -

Ahi ! ahi ! ahi !

- La Grange -

C'est bien à vous, infâme que vous êtes, à vouloir faire l'homme d'importance !

- Du Croisy -

Voilà qui vous apprendra à vous connaître.

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SCÈNE XV. - Cathos, Madelon, Lucile, Célimène, Jodelet, Mascarille,
            Marotte, violons.

- Madelon -

Que veut donc dire ceci ?

- Jodelet -

C'est une gageure.

- Cathos -

Quoi ! vous laisser battre de la sorte !

- Mascarille -

Mon Dieu ! je n'ai pas voulu faire semblant de rien ; car je suis violent, et je me serais emporté.

- Madelon -

Endurer un affront comme celui-là en notre présence !

- Mascarille -

Ce n'est rien : ne laissons pas d'achever. Nous nous connaissons il y a longtemps ; et, entre amis, on ne va pas se piquer pour si peu de chose.

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SCÈNE XVI. - Du Croisy, La Grange, Madelon, Cathos, Célimène, Lucile,
             Mascarille, Jodelet, Marotte, violons.

- La Grange -

Ma foi, marauds, vous ne vous rirez pas de nous, je vous promets.
Entrez, vous autres.

(Trois ou quatre spadassins entrent.)

- Madelon -

Quelle est donc cette audace, de venir nous troubler de la sorte dans notre maison !

- Du Croisy -

Comment, Mesdames, nous endurerons que nos laquais soient mieux reçus que nous ; qu'ils viennent vous faire l'amour à nos dépens, et vous donnent le bal !

- Madelon -

Vos laquais !

- La Grange -

Oui, nos laquais : et cela n'est ni beau ni honnête de nous les débaucher comme vous faites.

- Madelon -

O ciel ! quelle insolence !

- La Grange -

Mais ils n'auront pas l'avantage de se servir de nos habits pour vous donner dans la vue ; et si vous les voulez aimer, ce sera, ma foi, pour leurs beaux yeux. Vite, qu'on les dépouille sur-le-champ.

- Jodelet -

Adieu notre braverie.

- Mascarille -

Voilà le marquisat et la vicomté à bas.

- Du Croisy -

Ah ! ah ! coquins, vous avez l'audace d'aller sur nos brisées ! Vous irez chercher autre part de quoi vous rendre agréables aux yeux de vos belles, je vous en assure.

- La Grange -

C'est trop que de nous supplanter, et de nous supplanter avec nos propres habits.

- Mascarille -

O fortune ! quelle est ton inconstance !

- Du Croisy -

Vite, qu'on leur ôte jusqu'à la moindre chose.

- La Grange -

Qu'on emporte toutes ces hardes, dépêchez. Maintenant, Mesdames, en l'état qu'ils sont, vous pouvez continuer vos amours avec eux tant qu'il vous plaira ; nous vous laissons toute sorte de liberté pour cela, et nous vous protestons, Monsieur et moi, que nous n'en serons aucunement jaloux.

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SCÈNE XVII. - Madelon, Cathos, Jodelet, Mascarille, violons.

- Cathos -

Ah ! quelle confusion !

- Madelon -

Je crève de dépit.

- Un des Violons -

(à Mascarille.)

Qu'est-ce donc que ceci ? Qui nous payera nous autres ?

- Mascarille -

Demandez à monsieur le vicomte.

- Un des Violons -

(à Jodelet.)

Qui est-ce qui nous donnera de l'argent ?

- Jodelet -

Demandez à monsieur le marquis.

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SCÈNE XVIII. - Gorgibus, Madelon, Cathos, Jodelet, Mascarille, violons.

- Gorgibus -

Ah ! coquines que vous êtes, vous nous mettez dans de beaux draps blancs, à ce que je vois ; et je viens d'apprendre de belles affaires, vraiment, de ces messieurs qui sortent.

- Madelon -

Ah ! mon père, c'est une pièce sanglante qu'ils nous ont faite.

- Gorgibus -

Oui, c'est une pièce sanglante, mais qui est un effet de votre impertinence, infâmes ! Ils se sont ressentis du traitement que vous leur avez fait, et cependant, malheureux que je suis, il faut que je boive l'affront.

- Madelon -

Ah ! je jure que nous en serons vengés, ou que je mourrai en la peine. Et vous, marauds, osez-vous vous tenir ici après votre insolence ?

- Mascarille -

Traiter comme cela un marquis ! Voilà ce que c'est que du monde : la moindre disgrâce nous fait mépriser de ceux qui nous chérissaient. Allons, camarade, allons chercher fortune autre part ; je vois bien qu'on n'aime ici que la vaine apparence, et qu'on n'y considère point la vertu toute nue.

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SCÈNE XIX. - Gorgibus, Madelon, Cathos, violons.

- Un des Violons -

Monsieur, nous entendons que vous nous contentiez, à leur défaut, pour ce que nous avons joué ici.

- Gorgibus -

(les battant.)

Oui, oui, je vous vais contenter ; et voici la monnaie dont je vous veux payer. Et vous, pendardes, je ne sais qui me tient que je ne vous en fasse autant ; nous allons servir de fable et de risée à tout le monde, et voilà ce que vous vous êtes attiré par vos extravagances. Allez vous cacher, vilaines, allez vous cacher pour jamais.

(Seul.)

Et vous, qui êtes cause de leur folie, sottes billevesées (22), pernicieux amusements des esprits oisifs, romans, vers, chansons, sonnets et sonnettes, puissiez-vous être à tous les diables !

FIN DES PRÉCIEUSES RIDICULES.

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Notes [from 1890 edition]

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(1) Le Duchat donne à ce mot la même signification qu'au mot "pécore". Ne viendrait-il pas du mot italien "pecca", vice, défaut, ou du mot latin "pecus", dont on a fait pécore ? (B.)

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(2) On voit par la préface de Molière qu'on distinguait deux ordres de "précieuses", et que cette appellation ne fut pas toujours prise en mauvaise part. Le "Grand Dictionnaire historique des Précieuses", imprimé chez Ribou en 1661, osa nommer ce que la France avait de plus grand, de plus poli, de plus aimable. Les Longueville, la Fayette, Sévigné, Deshoulières, le grand Corneille, Ninon de Lenclos, sont à la tête de cette list nombreuse, où figurent le roi, la reine et toute la cour. (B.)

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(3) Palaprat, contemporain et ami de Molière, nous apprend que "Gorgibus" était le nom d'un emploi de l'ancienne comédie, comme les Pasquins, les Turlupins, les Jodelets, etc. En effet, on trouve souvent le nom de Gorgibus dans les canevas italiens.

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(4) Cyrus et Mandane, Clélie et Aronce, sont les principaux personnages d'"Artamène" et de "Clélie", romans alors très à la mode.

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(5) "Pousser le doux, le tendre et le passionné", expressions du temps, dont les auteurs contemporains offrent plusieurs exemples.

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(6) La carte de "Tendre" est une fiction allégorique du roman de "Clélie". On voit sur cette carte un fleuve d'"Inclination", une mer d'"Inimitié", un lac d'"Indifférence", et une multitude d'autres inventions de ce genre. Pour parvenir à la ville de "Tendre", il fallait assiéger le village de "Billets-Galants", forcer le hameau de "Billets-Doux", et s'emparer ensuite du château de "Petits-Soins". (Voy. "Clélie", tome I.)

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(7) Anciennement le "rabat" n'était autre chose que le col de la chemise "rabattu" en dehors sur le vêtement, et c'est de là qu'il a pris son nom.

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(8) "Parler chrétien", c'est parler en langage intelligible. Cette expression est venue des Vénitiens, qui disent que, comme il n'y a de vraie religion que celle des "chrétiens", il n'y a aussi que leur langage qui doive être entendu. (Le Duchat.)

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(9) Ce proverbe, "traiter de Turc à More", qui signifie "traiter avec la dernière rigueur", est sans doute fondé sur ce que les Turcs et les Mores, dans leurs anciennes guerres, ne se faisaient point de quartier. (A.)

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(10) "Caution bourgeoise", signifie "caution solvable", "caution valable". Molière a employé une seconde fois cette expression dans la "Critique de l'Ecole des Femmes" : "La caution n'est pas bourgeoise." (A.)

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(11) Personnage du roman de "Clélie", à qui l'auteur a voulu donner un caractère enjoué et plaisant. (B.) — Dans le langage des précieuses, on disait : "Etre un Amilcar", pour "être enjoué". (Voyez le "Grand Dictionnaire des Précieuses, ou la Clef de la langue des ruelles", Paris, 1669, page 21.)

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(12) On donnait le nom de "ruelles" aux assemblées de ce temps-là. L'alcôve servait de salon, et la société s'y réunissait autour du lit de la précieuse, qui se couchait pour recevoir ses visites. La "ruelle" était parée avec beaucoup d'élégance et de goût, et les hommes qui en faisaient les honneurs prenaient le nom d'"alcôvistes". (P.)

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(13) La "petite oie" se disait alors des rubans, des plumes et des différentes garnitures qui ornaient l'habit, le chapeau, le noeud de l'épée, les gants, les bas et les souliers. (B.)

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(14) "C'est Perdrigeon tout pur." — "Perdrigeon" était le marchand en vogue qui fournissait les gens du bel air. Il ne faut pas confondre ce mot avec le nom de la belle couleur violette qui est emprunté d'une prune nommé "perdrigon".

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(15) Les canons étaient un cercle d'étoffe large, et souvent orné de dentelles, qu'on attachait au-dessus du genou, et qui couvrait la moitié de la jambe. Les "importants" se rendaient ridicules par l'ampleur démesurée de leurs canons. Voilà pourquoi ceux de Mascarille "ont un grand quartier" de plus que ceux qu'on fait. (B.)

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(16) Locution proverbiale qui rappelle l'ancien usage où étaient les militaires de terminer chaque côté de la moustache par quelques poils très effilés, et de tailler en pointe le bouquet de barbe qu'on laissait croître au milieu du menton. Cette mode venait d'Espagne. On la retrouve dans quelques portraits du règne de Louis XIII.

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(17) L'"attaque de Gravelines" était un événement récent à l'époque où fut jouée la pièce, c'est à dire en 1659. L'année précédente, le maréchal de la Ferté avait pris cette ville sur les Espagnols. Le "siège d'Arras", dont Mascarille parle plus haut, remontait à 1654. Turenne avait fait lever ce siège au prince de Condé qui servait alors dans l'armée espagnole. (A.)

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(18) On disait alors "se promener hors des portes", parce que Paris, encore entouré de remparts et de fossés, avait des portes auxquelles aboutissaient les principales rues qui vont du centre à la circonférence. C'est sur l'emplacement de ces remparts et de ces fossés que Louis XIV fit ensuite planter la promenade que nous nommons "boulevards". — "Donner un cadeau", signifiait autrefois donner une "fête", un "repas".

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(19) Le mot "braie" a vieilli, et ne se trouve plus dans nos dictionnaires que comme terme d'imprimerie et de marine. Du temps de Molière, il signifiait le linge de corps. (B.)

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(20) On disait alors une "chère" comme on aurait dit une "précieuse". Ces deux mots avaient le même sens, et étaient également à la mode ; mais "chère" exprimait surtout l'intimité. Ce mot est resté.

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(21) "Danser proprement", pour "bien danser". Expression recherchée, qui est restée dans notre langue, où même elle est devenue d'un usage vulgaire. C'est ainsi que dans cette multitude de locutions bizarres ou ridicules dont Molière s'est moqué avec tant de gaieté, il en est un assez grand nombre que nous employons tous les jours sans nous douter qu'elles sont un présent des "précieuses". Qui croirait, par exemple, que nous leur devons les phrases suivantes : "Tenir bureau d'esprit" ; "Avoir les cheveux d'un blond hardi" ; "Craindre de s'encanailler" ; "Avoir l'humeur communicative" ; "Etre pénétré des sentiments d'une personne" ; "Avoir la compréhension dure" ; "Revêtir ses pensées d'expressions vigoureuses" ; "Avoir le front chargé d'un sombre nuage" ; "N'avoir que le masque de la générosité" ; etc. ? Toutes ces expressions, qui n'ont rien d'extraordinaire aujourd'hui, sont citées par Saumaise comme faisant partie du nouveau dictionnaire des "Précieuses" ; et l'on peut en conclure que cette affection de langage, dont Molière a fait justice, n'a cependant pas été tout à fait inutile à la langue.

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(22) "Billevesées", ou plutôt "billevezées", ainsi que l'écrit Rabelais. Balle remplie de vent, et, par allusion, discours vains, trompeurs. Mot composé de "bille", balle, et de "vezer", souffler, ou de "veze", musette. De là "billevezée", comme l'explique fort bien Furetière, pour "balle soufflée", pleine de vent. C'est précisement le "nugae canorae" des Latins.

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