[44] Les princes ou grands vassaux qui gouvernent le royaume. (TCHOU-HI.)
[45] Cette usage est maintenu en Chine jusqu'à nos jours. Voyez les divers relations d'ambassades européennes la cour de l'empereur de la Chine.
[46] Quels beaux sentiments, et comme ils relèvent la dignité de l'homme!
[47] Commentaire chinois.
HIA-LUN,
SECOND LIVRE.
CHAPITRE XI,
COMPOSÉ DE 25 ARTICLES.
1. Le Philosophe dit: Ceux qui les premiers firent des progrès dans la connaissance des rites et dans l'art de la musique sont regardés [aujourd'hui] comme des hommes grossiers. Ceux qui après eux et de notre temps ont fait de nouveaux progrès dans les rites et dans la musique sont regardés comme des hommes supérieurs.
Pour mon propre usage, je suis les anciens.
2. Le Philosophe disait: De tous ceux qui me suivirent dans les États de Tchin et de Tsaï, aucun ne vient maintenant à ma porte [pour écouter mes leçons].
Ceux qui montraient le plus de vertu dans leur conduite étaient Yan-youan, Min-tseu-kian, Jan-pe-nieou et Tchoung-koung; ceux qui brillaient par la parole et dans les discussions étaient Tsaï-ngo, et Tseu-koung; ceux qui avaient le plus de talents pour l'administration des affaires étaient Jan-yeou et Ki-lou; ceux qui excellaient dans les études philosophiques étaient Tseu-yeou et Tseu-hia.
3. Le Philosophe dit: Hoeï ne m'aidait point [dans mes discussions][1]; dans tout ce que je disais, il ne trouvait rien dont il ne fût satisfait.
4. Le Philosophe dit: O quelle piété filiale avait Min-tseu-kian! Personne ne différait là-dessus de sentiment avec le témoignage de ses père et mère et de ses frères.
5. Nan-young trois fois par jour répétait l'ode Pe-koueï du Livre des Vers. KHOUNG-TSEU lui donna la fille de son frère en mariage.
6. Ki-kang-tseu demanda lequel des disciples du Philosophe avait le plus d'application et d'amour pour l'étude. KHOUNG-TSEU répondit avec déférence: C'était Yan-hoeï qui aimait le plus l'étude! mais, malheureusement, sa destinée a été courte; il est mort avant le temps. Maintenant c'en est fait; il n'est plus!
7. Yan-youan étant mort, Yan-lou (père de Yan-youan) pria qu'on lui remît le char du Philosophe pour le vendre, afin de faire construire un tombeau pour son fils avec le prix qu'il en retirerait.
Le Philosophe dit: Qu'il ait du talent ou qu'il n'en ait pas, chaque père reconnaît toujours son fils pour son fils. Li (ou Pe-yu, fils de KHOUNG-TSEU) étant mort, il n'eut qu'un cercueil intérieur, et non un tombeau. Je ne puis pas aller à pied pour faire construire un tombeau [à Yan-youan]; puisque je marche avec les grands dignitaires, je ne dois pas aller à pied.
8. Yan-youan étant mort, le Philosophe dit: Hélas! le ciel m'accable de douleurs! hélas! le ciel m'accable de douleurs!
9. Yan-youan étant mort, le Philosophe le pleura avec excès. Les disciples qui le suivaient dirent: Notre maître se livre trop à sa douleur.
[Le Philosophe] dit: N'ai-je pas éprouvé une perte extrême?
Si je ne regrette pas extrêmement un tel homme, pour qui donc éprouverais-je une pareille douleur?
10. Yan-youan étant mort, ses condisciples désirèrent lui faire de grandes funérailles. Le Philosophe dit: Il ne le faut pas.
Ses condisciples lui firent des funérailles somptueuses.
Le Philosophe dit: Hoeï (Yan-youan) me considérait comme son père; moi je ne puis le considérer comme mon fils; la cause n'en vient pas de moi, mais de mes disciples.
11. Ki-lou demanda comment il fallait servir les esprits et les génies. Le Philosophe dit: Quand on n'est pas encore en état de servir les hommes, comment pourrait-on servir les esprits et les génies?—Permettez-moi, ajouta-t-il, que j'ose vous demander ce que c'est que la mort? [Le Philosophe] dit: Quand on ne sait pas encore ce que c'est que la vie, comment pourrait-on connaître la mort?
12. Min-tseu se tenait près du Philosophe, l'air calme et serein; Tseu-lou, l'air austère et hardi; Jan-yeou et Tseu-Koung, l'air grave et digne. Le Philosophe en était satisfait.
En ce qui concerne Yeou (ou Tseu-lou, dit-il), il ne lui arrivera pas de mourir de sa mort naturelle[2].
13. Les habitants du royaume de Lou voulaient construire un grenier public.
Min-tseu-kian dit: Pourquoi l'ancien ne servirait-il pas encore, et pourquoi agir comme vous le faites? Qu'est-il besoin de le changer et d'en construire un autre [qui coûtera beaucoup de sueurs au peuple][3]?
Le Philosophe dit: Cet homme n'est pas un homme à vaines paroles; s'il parle, c'est toujours à propos et dans un but utile.
14. Le Philosophe dit: Comment les sons de la guitare[4] de Yeou (Tseu-lou) peuvent-ils parvenir jusqu'à la porte de KHIEOU? [à cause de cela] les disciples du Philosophe ne portaient plus le même respect à Tseu-lou. Le Philosophe dit: Yeou est déjà monté dans la grande salle, quoiqu'il ne soit pas encore entré dans la demeure intérieure.
15. Tseu-koung demanda lequel de Sse ou de Chang était le plus sage? Le Philosophe dit: Sse dépasse le but; Chang ne l'atteint pas.
—Il ajouta: Cela étant ainsi, alors Sse est-il supérieur à Chang?
Le Philosophe dit: Dépasser, c'est comme ne pas atteindre.
16. Ki-chi était plus riche que Tcheou-koung, et cependant Kieou levait pour lui des tributs plus considérables, et il ne faisait que les augmenter sans cesse.
Le Philosophe dit: Il n'est pas de ceux qui fréquentent mes leçons. Les petits enfants doivent publier ses crimes au bruit du tambour, et il leur est permis de le poursuivre de leurs railleries.
17. Tchaï est sans intelligence.
San a l'esprit lourd et peu pénétrant.
Sse est léger et inconstant.
Yeou a les manières peu polies.
18. Le Philosophe dit: Hoeï, lui, approchait beaucoup de la voie droite! il fut souvent réduit à la plus extrême indigence.
Sse ne voulait point admettre le mandat du ciel; mais il ne cherchait qu'à accumuler des richesses. Comme il tentait beaucoup d'entreprises, alors il atteignait souvent son but.
19. Tseu-tchang demanda ce que c'était que la voie ou la règle de conduite de l'homme vertueux par sa nature. Le Philosophe dit: Elle consiste à marcher droit sans suivre les traces des anciens, et ainsi à ne pas pénétrer dans la demeure la plus secrète [des saints hommes].
20. Le Philosophe dit: Si quelqu'un discourt solidement et vivement, le prendrez-vous pour un homme supérieur, ou pour un rhéteur qui en impose?
21. Tseu-lou demanda si aussitôt qu'il avait entendu une chose [une maxime ou un précepte de vertu enseigné par le Philosophe] il devait la mettre immédiatement en pratique? Le Philosophe dit: Vous avez un père et un frère aîné qui existent encore [et qui sont vos précepteurs naturels]; pourquoi donc, aussitôt que vous auriez entendu une chose, la mettriez-vous immédiatement en pratique? Yan-yeou demanda également si aussitôt qu'il avait entendu une chose il devait la mettre immédiatement en pratique? Le Philosophe dit: Aussitôt que vous l'avez entendue, mettez-la en pratique. Kong-si-hoa dit: Yeou (Tseu-lou) a demandé si aussitôt qu'il avait entendu une chose il devait la mettre immédiatement en pratique? Le maître a répondu: Vous avez un père et un frère aîné qui existent encore. Khieou (Yan-yeou) a demandé si aussitôt qu'il avait entendu une chose il devait la mettre immédiatement en pratique? Le maître a répondu: Aussitôt que vous l'avez entendue, mettez-la en pratique. Moi, Tchi (Kong-si-hoa), j'hésite [sur le sens de ces deux réponses]; je n'ose faire une nouvelle question. Le Philosophe dit: Quant à Khieou, il est toujours disposé à reculer; c'est pourquoi je l'aiguillonne pour qu'il avance: Yeou aime à surpasser les autres hommes; c'est pourquoi je le retiens.
22. Le Philosophe éprouva un jour une alarme dans Kouang. Yan-youan était resté en arrière. [Lorsqu'il eut rejoint], le Philosophe lui dit: Je vous croyais mort! [Le disciple] dit: Le maître étant vivant, comment Hoeï (Yan-youan) oserait-il mourir?
23. Ki-tseu-jan[5] demanda si Tchouang-yeou et Yan-khieou pouvaient être appelés de grands ministres.
Le Philosophe répondit: Je pensais que ce serait sur des choses importantes et extraordinaires que vous me feriez une question, et vous êtes venu me parler de Yeou et de Khieou!
Ceux que l'on appelle grands ministres servent leur prince selon les principes de la droite raison [et non selon les désirs du prince][6]; s'ils ne le peuvent pas, alors ils se retirent.
Maintenant Yeou et Khieou peuvent être considérés comme ayant augmenté le nombre des ministres.
Il ajouta: Alors ils ne feront donc que suivre la volonté de leur maître?
Le Philosophe dit: Faire périr son père ou son prince, ce ne serait pas même suivre sa volonté.
24. Tseu-lou[7] fit nommer Tseu-kao gouverneur de Pi.
Le Philosophe dit: Vous avez fait du tort à ce jeune homme.
Tseu-lou dit: Il aura des populations à gouverner, il aura les esprits de la terre et des grains à ménager; qu'a-t-il besoin de lire des livres [en pratiquant les affaires comme il va le faire]? il deviendra par la suite assez instruit.
Le Philosophe dit: C'est là le motif pourquoi je hais les docteurs de cette sorte.
25. Tseu-lou, Thseng-sie[8], Yan-yeou, Kong-si-hoa, étaient assis aux côtés du Philosophe.
Le Philosophe dit: Ne serais-je même que d'un jour plus âgé que vous, n'en tenez compte dans nos entretiens [n'ayez aucune réserve par rapport à mon âge].
Demeurant à l'écart et dans l'isolement, alors vous dites: Nous ne sommes pas connus. Si quelqu'un vous connaissait, alors que feriez-vous?
Tseu-lou répondit avec un air léger, mais respectueux: Supposé un royaume de dix mille chars de guerre, pressé entre d'autres grands royaumes, ajoutez même, par des armées nombreuses, et qu'avec cela il souffre de la disette et de la famine; que Yeou (Tseu-lou) soit préposé à son administration, en moins de trois années je pourrais faire en sorte que le peuple de ce royaume reprît un courage viril et qu'il connût sa condition. Le Philosophe sourit à ces paroles.
Et vous, Khieou, que pensez-vous?
Le disciple répondit respectueusement: Supposé une province de soixante ou de soixante et dix li d'étendue, ou même de cinquante ou de soixante li, et que Khieou soit préposé à son administration, en moins de trois ans je pourrais faire en sorte que le peuple eût le suffisant. Quant aux rites et à la musique, j'en confierais l'enseignement à un homme supérieur.
Et vous, Tchi, que pensez-vous?
Le disciple répondit respectueusement: Je ne dirai pas que je puis faire ces choses; je désire étudier. Lorsque se font les cérémonies du temple des ancêtres, et qu'ont lieu de grandes assemblées publiques, revêtu de ma robe d'azur et des autres vêtements propres à un tel lieu et à de telles cérémonies, je voudrais y prendre part en qualité d'humble fonctionnaire.
Et vous, Tian, que pensez-vous?
Le disciple ne fit plus que tirer quelques sons rares de sa guitare; mais, ces sons se prolongeant, il la déposa, et, se levant, il répondit respectueusement: Mon opinion diffère entièrement de celles de mes trois condisciples.—Le Philosophe dit: Qui vous empêche de l'exprimer? chacun ici peut dire sa pensée. [Le disciple] dit: Le printemps n'étant plus, ma robe de printemps mise de côté, mais coiffé du bonnet de virilité[9], accompagné de cinq ou six hommes et de six ou sept jeunes gens, j'aimerais à aller me baigner dans les eaux de l'Y[10], à aller prendre le frais dans ces lieux touffus où l'on offre les sacrifices au ciel pour demander la pluie, moduler quelques airs, et retourner ensuite à ma demeure.
Le Philosophe, applaudissant à ces paroles par un soupir de satisfaction, dit: Je suis de l'avis de Tian.
Les trois disciples partirent, et Thseng-sie resta encore quelque temps. Thseng-sie dit: Que doit-on penser des paroles de ces trois disciples? Le Philosophe dit: Chacun d'eux a exprimé son opinion, et voilà tout.—Il ajouta: Maître, pourquoi avez-vous souri aux paroles de Yeou?
[Le Philosophe] dit: On doit administrer un royaume selon les lois et coutumes établies; les paroles de Yeou n'étaient pas modestes, c'est pourquoi j'ai souri.
Mais Khieou lui-même n'exprimait-il pas le désir d'administrer aussi un État? Comment voir cela dans une province de soixante à soixante et dix li, et même de cinquante à soixante li d'étendue? ce n'est pas là un royaume.
Et Tchi, n'était-ce pas des choses d'un royaume dont il entendait parler? ces cérémonies du temple des ancêtres, ces assemblées publiques, ne sont-elles pas le privilége des grands de tous les ordres? et comment Tchi pourrait-il y prendre part en qualité d'humble fonctionnaire? qui pourrait donc remplir les grandes fonctions?
[1] Parce qu'il était toujours de l'avis de son maître.
[2] A cause de son esprit aventureux et hardi.
[3] Commentaire de TCHOU-HI.
[4] Instrument de musique nommé sse en chinois. On en peut voir la figure dans notre ouvrage cité. Planche 2.
[5] Fils puîné de Ki-chi, qui, par la grande puissance que sa famille avait acquise, avait fait nommer ses deux fils ministres. (TCHOU-HI.)
[6] Commentaire.
[7] Tseu-lou était gouverneur de Ki-chi.
[8] Père de Thseng-tseu, rédacteur du Ta-hio.
[9] Kouan, bonnet que le père donne à son fils à l'âge de vingt an».
[10] Située au midi de la ville de Kou.
CHAPITRE XII,
COMPOSÉ DE 24 ARTICLES.
1. Yan-youan demanda ce que c'était que la vertu de l'humanité. Le Philosophe dit: Avoir un empire absolu sur soi-même, retourner aux rites [ou aux lois primitives de la raison céleste manifestée dans les sages coutumes], c'est pratiquer la vertu de l'humanité. Qu'un seul jour un homme dompte ses penchants et ses désirs déréglés, et qu'il retourne à la pratique des lois primitives, tout l'empire s'accordera à dire qu'il a la vertu de l'humanité. Mais la vertu de l'humanité dépend-elle de soi-même, ou bien dépend-elle des autres hommes? Yan-youan dit: Permettez-moi de demander quelles sont les diverses ramifications de cette vertu? Le Philosophe dit: Ne regardez rien contrairement aux rites; n'entendez rien contrairement aux rites; ne dites rien contrairement aux rites; ne faites rien contrairement aux rites. Yan-youan dit: Quoique Hoeï (lui-même) n'ait pas fait preuve jusqu'ici de pénétration, il demande à mettre ces préceptes en pratique.
2. Tchoung—houng demanda ce que c'était que la vertu de l'humanité. Le Philosophe dit: Quand vous êtes sorti de chez vous, comportez-vous comme si vous deviez voir un hôte d'une grande distinction; en dirigeant le peuple, comportez-vous avec le même respect que si vous offriez le grand sacrifice. Ce que vous ne désirez pas qui vous soit fait à vous-même, ne le faites pas aux autres hommes. [En vous comportant ainsi] dans le royaume, personne n'aura contre vous de ressentiment; dans votre famille, personne n'aura contre vous de ressentiment.
Tchoung-houng dit: Quoique Young (Tchoung-houng) n'ait pas fait preuve jusqu'ici de pénétration, il demande à mettre ces préceptes en pratique.
3. Sse-ma-nieou demanda ce que c'était que la vertu de l'humanité.
Le Philosophe dit: Celui qui est doué de la vertu de l'humanité est sobre de paroles.—Il ajouta: Celui qui est sobre de paroles, c'est celui-là que l'on appelle doué de la vertu de l'humanité. Le Philosophe dit: Pratiquer l'humanité est une chose difficile; pour en parler, ne faut-il pas être sobre de paroles?
4. Sse-ma-nieou demanda ce qu'était l'homme supérieur. Le Philosophe dit: L'homme supérieur n'éprouve ni regrets ni crainte. [Sse-ma-nieou] ajouta: Celui qui n'éprouve ni regrets ni crainte, c'est celui-là que l'on appelle l'homme supérieur. Le Philosophe dit: Celui qui, s'étant examiné intérieurement, ne trouve en lui aucun sujet de peine, celui-là qu'aurait-il à regretter? qu'aurait-il à craindre?
5. Sse-ma-nieou, affecté de tristesse, dit: Tous les hommes ont des frères; moi seul je n'en ai point!
Tseu-hia dit: Chang (lui-même) a entendu dire:
Que la vie et la mort étaient soumises à une loi immuable fixée dès l'origine, et que les richesses et les honneurs dépendaient du ciel;
Que l'homme supérieur veille avec une sérieuse attention sur lui-même, et ne cesse d'agir ainsi; qu'il porte dans le commerce des hommes une déférence toujours digne, avec des manières distinguées et polies, regardant tous les hommes qui habitent dans l'intérieur des quatre mers [tout l'univers] comme ses propres frères. En agissant ainsi, pourquoi l'homme supérieur s'affligerait-il donc de n'avoir pas de frères?
6. Tseu-tchang demanda ce que c'était que la pénétration. Le Philosophe dit: Ne pas écouter des calomnies qui s'insinuent à petit bruit comme une eau qui coule doucement, et des accusations dont les auteurs seraient prêts à se couper un morceau de chair pour les affirmer; cela peut être appelé de la pénétration. Ne pas tenir compte des calomnies qui s'insinuent à petit bruit comme une eau qui coule doucement, et des accusations dont les auteurs sont toujours prêts à se couper un morceau de chair pour les affirmer; cela peut être aussi appelé de l'extrême pénétration.
7. Tseu-koung demanda ce que c'était que l'administration des affaires publiques. Le Philosophe dit: Ayez de quoi fournir suffisamment aux besoins des populations, des troupes en quantité suffisante, et que le peuple vous soit fidèle.
Tseu-koung dit: Si l'on se trouve dans l'impossibilité de parvenir à ces conditions, et que l'une doive être écartée, laquelle de ces trois choses faut-il écarter de préférence? [Le Philosophe] dit: Il faut écarter les troupes.
Tseu-koung dit: Si l'on se trouve dans l'impossibilité de parvenir aux autres conditions, et qu'il faille en écarter encore une, laquelle de ces deux choses faut-il écarter de préférence? [Le Philosophe] dit: Écartez les provisions. Depuis la plus haute antiquité, tous les hommes sont sujets à la mort; mais un peuple qui n'aurait pas de confiance et de fidélité dans ceux qui le gouvernent ne pourrait subsister.
8. Ko-tseu-tching (grand de l'État de Weï) dit: L'homme supérieur est naturel, sincère; et voilà tout. A quoi sert-il de lui donner les ornements de l'éducation?
Tseu-koung dit: Oh! quel discours avez-vous tenu, maître, sur l'homme supérieur! quatre chevaux attelés ne pourraient le ramener dans votre bouche. Les ornements de l'éducation sont comme le naturel; le naturel, comme les ornements de l'éducation. Les peaux de tigre et de léopard, lorsqu'elles sont tannées, sont comme les peaux de chien et de mouton tannées.
9. Ngaï-koung questionna Yeou-jo en ces termes: L'année est stérile, et les revenus du royaume ne suffisent pas; que faire dans ces circonstances?
Yeou-jo répondit avec déférence: Pourquoi n'exigez-vous pas la dîme? [Le prince] dit: Les deux dixièmes ne me suffisent pas; d'après cela, que ferais-je du dixième seul?
[Yeou-jo] répondit de nouveau avec déférence: Si les cent familles [tout le peuple chinois] ont le suffisant, comment le prince ne l'aurait-il pas? les cent familles n'ayant pas le suffisant, pourquoi le prince l'exigerait-il?
10. Tseu-tchang fit une question concernant la manière dont on pouvait accumuler des vertus et dissiper les erreurs de l'esprit. Le Philosophe dit: Mettre au premier rang la droiture et la fidélité à sa parole; se livrer à tout ce qui est juste [en tâchant de se perfectionner chaque jour]; c'est accumuler des vertus. En aimant quelqu'un, désirer qu'il vive; en le détestant, désirer qu'il meure, c'est par conséquent désirer sa vie, et, en outre, désirer sa mort; c'est là le trouble, l'erreur de l'esprit.
L'homme parfait ne recherche point les richesses; il a même du respect pour les phénomènes extraordinaires[11].
11. King-kong, prince de Thsi, questionna KHOUNG-TSEU sur le gouvernement.
KHOUNG-TSEU lui répondit avec déférence: Que le prince soit prince; le ministre, ministre; le père, père; le fils, fils. [Le prince] ajouta: Fort bien! c'est la vérité! si le prince n'est pas prince, si le ministre n'est pas ministre, si le père n'est pas père, si le fils n'est pas fils, quoique les revenus territoriaux soient abondants, comment parviendrais-je à en jouir et à les consommer?
12. Le Philosophe dit: Celui qui avec la moitié d'une parole peut terminer des différends, n'est-ce pas Yeou (Tseu-lou)?
Tseu-lou ne met pas l'intervalle d'une nuit dans l'exécution de ses résolutions.
13. Le Philosophe dit: Je puis écouter des plaidoiries, et juger des procès comme les autres hommes; mais ne serait-il pas plus nécessaire de faire en sorte d'empêcher les procès[12]?
14. Tseu-tchang fit une question sur le gouvernement. Le Philosophe dit: Réfléchissez mûrement, ne vous lassez jamais de faire le bien et de traiter les choses avec droiture.
15. Le Philosophe dit: Celui qui a des études très-étendues en littérature se fait un devoir de se conformer aux rites; il peut même prévenir les séditions.
16. Le Philosophe dit: L'homme supérieur perfectionne ou développe les bonnes qualités des autres hommes; il ne perfectionne pas ou ne développe pas leurs mauvais penchants; l'homme vulgaire est l'opposé.
17. Ki-kang-tseu questionna KHOUNG-TSEU sur le gouvernement. KHOUNG-TSEU répondit avec déférence: Le gouvernement, c'est ce qui est juste et droit. Si vous gouvernez avec justice et droiture, qui oserait ne pas être juste et droit?
18. Ki-kang-tseu ayant une grande crainte des voleurs, questionna KHOUNG-TSEU à leur sujet. KHOUNG-TSEU lui répondit avec déférence: Si vous ne désirez point le bien des autres, quand même vous les en récompenseriez, vos sujets ne voleraient point.
19. Ki-kang-tseu questionna de nouveau KHOUNG-TSEU sur la manière de gouverner, en disant: Si je mets à mort ceux qui ne respectent aucune loi, pour favoriser ceux qui observent les lois, qu'arrivera-t-il de là? KHOUNG-TSEU répondit avec déférence: Vous qui gouvernez les affaires publiques, qu'avez-vous besoin d'employer les supplices? aimez la vertu, et le peuple sera vertueux. Les vertus d'un homme supérieur sont comme le vent; les vertus d'un homme vulgaire sont comme l'herbe; l'herbe, lorsque le vent passe dessus, s'incline.
20. Tseu-tchang demanda quel devait être un chef pour pouvoir être appelé illustre [ou d'une vertu reconnue par tous les hommes]?
Le Philosophe répondit: Qu'appelez-vous illustration?
Tseu-tchang répondit avec respect: Si l'on réside dans les provinces, d'entendre bien parler de soi; si l'on réside dans sa famille, d'entendre bien parler de soi.
Le Philosophe dit: Cela, c'est simplement une bonne renommée, et non de l'illustration. L'illustration dont il s'agit consiste à posséder le naturel, la droiture, et à chérir la justice; à examiner attentivement les paroles des hommes, à considérer leur contenance, à soumettre sa volonté à celle des autres hommes. [De cette manière] si l'on réside dans les provinces, on est certainement illustre; si l'on réside dans sa famille, on est certainement illustre.
Cette renommée, dont il s'agit, consiste quelquefois à ne prendre que l'apparence de la vertu de l'humanité, et de s'en éloigner dans ses actions. En demeurant dans cette voie, on n'éprouve aucun doute; si l'on réside dans les provinces, on entendra bien parler de soi; si l'on réside dans sa famille, on entendra bien parler de soi.
21. Fan-tchi ayant suivi le Philosophe dans la partie inférieure du lieu sacré où l'on faisait les sacrifices au ciel pour demander la pluie [Wou-yu] dit: Permettez-moi que j'ose vous demander ce qu'il faut faire pour accumuler des vertus, se corriger de ses défauts, et discerner les erreurs de l'esprit[13]?
Le Philosophe dit: Oh! c'est là une grande et belle question!
Il faut placer avant tout le devoir de faire ce que l'on doit faire [pour acquérir la vertu], et ne mettre qu'au second rang le fruit que l'on en obtient; n'est-ce pas là accumuler des vertus? combattre ses défauts ou ses mauvais penchants, ne pas combattre les défauts ou les mauvais penchants des autres, n'est-ce pas là se corriger de ses défauts? par un ressentiment ou une colère d'un seul matin perdre son corps, pour que le malheur atteigne ses parents, n'est-ce pas là un trouble de l'esprit?
22. Fan-tchi demanda ce que c'était que la vertu de l'humanité. Le Philosophe dit: Aimer les hommes.—Il demanda ce que c'était que la science. Le Philosophe dit: Connaître les hommes. Fan-tchi ne pénétra pas le sens de ces réponses.
Le Philosophe dit: Elever aux honneurs les hommes justes et droits, et repousser tous les pervers; on peut, en agissant ainsi, rendre les pervers justes et droits.
Fan-tchi, en s'en retournaut, rencontra Tseu-hia, et lui dit: Je viens de faire une visite à notre maître, et je l'ai questionné sur la science. Le maître m'a dit: Elever aux honneurs les hommes justes et droits, et repousser tous les pervers; on peut, en agissant ainsi, rendre les pervers justes et droits. Qu'a-t-il voulu dire?
Tseu-hia dit: O que ces paroles sont fertiles en applications!
Chun, ayant obtenu l'empire, choisit parmi la foule, et éleva aux plus grands honneurs Kao-yao; ceux qui étaient vicieux et pervers, il les tint éloignés. Chang, ayant obtenu l'empire, choisit parmi la foule, et éleva aux plus grands honneurs Y-yn; ceux qui étaient vicieux et pervers, il les tint éloignés.
23. Tseu-koung demanda comment il fallait se comporter dans ses relations avec ses amis? Le Philosophe dit: Avertissez avec droiture de cœur, et ramenez votre ami dans le chemin de la vertu. Si vous ne pouvez pas agir ainsi, abstenez-vous. Ne vous déshonorez pas vous-même.
24. Thsêng-tseu dit: L'homme supérieur emploie son éducation [ou ses talents acquis par l'étude] à rassembler des amis, et ses amis à l'aider dans la pratique de l'humanité.
[11] Plusieurs commentateurs chinois regardent cette phrase comme défectueuse ou interpolée.
[12] Ce paragraphe se trouve déjà dans le Ta-hio, chap. IV, §1.
CHAPITRE XIII,
COMPOSÉ DE 30 ARTICLES.
1. Tseu-lou fit une question sur la manière de bien gouverner. Le Philosophe dit: Donnez le premier au peuple, et de votre propre personne, l'exemple de la vertu; donnez le premier au peuple, et de votre propre personne, l'exemple des labeurs[14].
—Je vous prie d'ajouter quelque chose à ces instructions.—Ne vous lassez jamais d'agir ainsi.
2. Tchoung-koung, exerçant les fonctions de ministre de Ki-chi, fit uue question sur la manière de bien gouverner. Le Philosophe dit: Commencez par avoir de bons fonctionnaires sous vos ordres pour diriger avec intelligence et probité les diverses branches de votre administration; pardonnez les fautes légères; élevez les hommes de vertus et de talents aux dignités publiques. [Tchoung-koung] ajouta: Comment connaître les hommes de vertus et de talents afin de les élever aux dignités? [Le Philosophe] dit: Elevez aux dignités ceux que vous connaissez être tels; ceux que vous ne connaissez pas, croyez-vous que les autres hommes les négligeront?
3. Tseu-lou dit: Supposons que le prince de l'État de Meï vous désire, maître, pour diriger les affaires publiques; à quoi vous appliqueriez-vous d'abord de préférence?
Le Philosophe dit: Ne serait-ce pas à rendre correctes les dénominations mêmes des personnes et des choses?
Tseu-lou dit: Est-ce véritablement cela? Maître, vous vous écartez de la question. A quoi bon cette rectification?
Le Philosophe dit: Vous êtes bien simple, Yeou! L'homme supérieur, dans ce qu'il ne connaît pas bien, éprouve une sorte d'hésitation et d'embarras.
Si les dénominations ne sont pas exactes, correctes, alors les instructions qui les concernent n'y répondent pas comme il convient; les instructions ne répondant pas aux dénominations des personnes et des choses, alors les affaires ne peuvent être traitées comme il convient.
Les affaires n'étant pas traitées comme il convient, alors les rites et la musique ne sont pas en honneur; les rites et la musique n'étant pas en honneur, alors les peines et les supplices n'atteignent pas leur but d'équité et de justice; les peines et les supplices n'atteignant pas leur but d'équité et de justice, alors le peuple ne sait où poser sûrement ses pieds et tendre ses mains.
C'est pourquoi l'homme supérieur, dans les noms qu'il donne, doit toujours faire en sorte que ses instructions y répondent exactement; les instructions étant telles, elles devront être facilement exécutées. L'homme supérieur, dans ses instructions, n'est jamais inconsidéré ou futile.
4. Fan-tchi pria son maître de l'instruire dans l'agriculture. Le Philosophe dit: Je n'ai pas les connaissances d'un vieil agriculteur. Il le pria de lui enseigner la culture des jardins. Il répondit: Je n'ai pas les connaissances d'un vieux jardinier.
Fan-tchi étant sorti, le Philosophe dit: Quel homme vulgaire que ce Fan-siu!
Si ceux qui occupent les rangs supérieurs dans la société aiment à observer les rites, alors le peuple n'osera pas ne pas les respecter; si les supérieurs se plaisent dans la pratique de la justice, alors le peuple n'osera pas ne pas être soumis; si les supérieurs chérissent la sincérité et la fidélité, alors le peuple n'osera pas ne pas pratiquer ces vertus. Si les choses se passent ainsi, alors les peuples des quatre régions, portant sur leurs épaules leurs enfants enveloppés de langes, accourront se ranger sous vos lois. [Quand on peut faire de pareilles choses], à quoi bon s'occuper d'agriculture?
5. Le Philosophe dit: Qu'un homme ait appris à réciter les trois cents odes du Livre des Vers, s'il reçoit un traitement pour exercer des fonctions dans l'administration publique, qu'il ne sait pas remplir; ou s'il est envoyé comme ambassadeur dans les quatre régions du monde, sans pouvoir par lui-même accomplir convenablement sa mission; quand même il aurait encore lu davantage, à quoi cela servirait-il?
6. Le Philosophe dit: Si la personne de celui qui commande aux autres ou qui les gouverne est dirigée d'après la droiture et l'équité, il n'a pas besoin d'ordonner le bien pour qu'on le pratique; si sa personne n'est pas dirigée par la droiture et l'équité, quand même il ordonnerait le bien, il ne serait pas obéi.
7. Le Philosophe dit: Les gouvernements des États de Lou et de Wëi sont frères.
8. Le Philosophe disait de Kong-tseu-king, grand de l'État de Weï, qu'il s'était parfaitement bien comporté dans sa famille. Quand il commença à posséder quelque chose, il disait: J'aurai un jour davantage; quand il eut un peu plus, il disait: C'est bien; quand il eut de grandes richesses, il disait: C'est parfait.
9. Le Philosophe ayant voulu se rendre dans l'État de Wëi, Yan-yeou conduisit son char.
Le Philosophe dit: Quelle multitude [quelle grande population]!
Yan-yeou dit: Une grande multitude en effet. Qu'y aurait-il à faire pour elle? Le Philosophe dit: La rendre riche et heureuse. [Le disciple] ajouta: Quand elle serait riche et heureuse, que faudrait-il faire encore pour elle? [Le Philosophe] dit: L'instruire.
10. Le Philosophe dit: Si [un gouvernement] voulait m'employer aux affaires publiques, dans le cours d'une douzaine de lunes je pourrais déjà réformer quelques abus; dans trois années, la réformation serait complète.
11. Le Philosophe dit: «Si des hommes sages et vertueux gouvernaient un État pendant sept années, ils pourraient dompter les hommes cruels [les convertir au bien] et supprimer les supplices.» Qu'elles sont parfaites ces paroles [des anciens sages]!
12. Le Philosophe dit: Si je possédais le mandat de la royauté, il ne me faudrait pas plus d'une génération[15] pour faire régner partout la vertu de l'humanité.
13. Le Philosophe dit: Si quelqu'un règle sa personne selon les principes de l'équité et de la droiture, quelle difficulté éprouvera-t-il dans l'administration du gouvernement? s'il ne règle pas sa personne selon les principes de l'équité et de la droiture, comment pourrait-il rectifier la conduite des autres hommes?
14. Yan-yeou étant revenu de la cour, le Philosophe lui dit: Pourquoi si tard? [Le disciple] lui répondit respectueusement: Nous avons eu à traiter des affaires concernant l'administration. Le Philosophe dit: C'étaient des affaires de famille, sans doute; car, s'il se fût agi des affaires d'administration publique, quoique je ne sois plus en fonctions, je suis encore appelé à en prendre connaissance.
15. Ting-kong (prince de Lou) demanda s'il y avait un mot qui eût la puissance de faire prospérer un État. KHOUNG-TSEU lui répondit avec déférence: Un seul mot ne peut avoir cette puissance; on peut cependant approcher de cette concision désirée.
Il y a un proverbe parmi les hommes qui dit: «Faire son devoir comme prince est difficile; le faire comme ministre n'est pas facile[16].»
Si vous savez que de faire son devoir comme prince est une chose difficile, n'est-ce pas en presque un seul mot trouver le moyen de faire prospérer un État?
[Le même prince] ajouta: Y a-t-il un mot qui ait la puissance de perdre un État? KHOUNG-TSEU répondit avec déférence: Un seul mot ne peut avoir cette puissance; on peut cependant approcher de cette concision désirée. Il y a un proverbe parmi les hommes qui dit: «Je ne vois pas qu'un prince ait plaisir à remplir ses devoirs, à moins que ses paroles ne trouvent point de contradicteurs.» Qu'il fasse le bien, et qu'on ne s'y oppose pas: n'est-ce pas en effet très-bien? qu'il fasse le mal, et que l'on ne s'y oppose pas: n'est-ce pas, dans ce peu de mots, trouver la cause de la ruine d'un État?
16. Ye-koung demanda ce que c'était que le bon gouvernement.
Le Philosophe dit: Rendez satisfaits et contents ceux qui sont près de vous, et ceux qui sont éloignés accourront d'eux-mêmes.
17. Tseu-hia, étant gouverneur de Kiu-fou (ville de l'État de Lou), demanda ce que c'était que le bon gouvernement. Le Philosophe dit: Ne désirez pas aller trop vite dans l'expédition des affaires, et n'ayez pas en vue de petits avantages personnels. Si vous désirez expédier promptement les affaires, alors vous ne les comprendrez pas bien; si vous avez en vue de petits avantages personnels, alors les grandes affaires ne se termineront pas convenablement.
18. Ye-kong, s'entretenant avec KHOUNG-TSEU, dit: Dans mon village, il y a un homme d'une droiture et d'une sincérité parfaites; son père ayant volé un mouton, le fils porta témoignage contre lui.
KHOUNG-TSEU dit: Les hommes sincères et droits de mon lieu natal diffèrent beaucoup de celui-là: le père cache les fautes de son fils, le fils cache les fautes de son père. La droiture et la sincérité existent dans cette conduite.
19. Fan-tchi demanda ce que c'était que la vertu de l'humanité. Le Philosophe répondit: Dans la vie privée, ayez toujours une tenue grave et digne; dans le maniement des affaires, soyez toujours attentif et vigilant; dans les rapports que vous avez avec les hommes, soyez droit et fidèle à vos engagements. Quand même vous iriez parmi les barbares des deux extrémités de l'empire, vous ne devez point négliger ces principes.
20. Tseu-koung fit une question en ces termes: A quelles conditions un homme peut-il être appelé lettré du premier ordre (ssè), ou homme d'État? Le Philosophe dit: Celui qui, dans ses actions et dans sa personne, a toujours le sentiment de la honte du mal; qui, envoyé comme ambassadeur dans les quatre régions, ne déshonore pas le mandat de son prince; celui-là peut être appelé lettré du premier ordre ou homme d'État.
[Tseu-koung] ajouta: Permettez-moi de vous demander quel est celui qui vient après? [Le Philosophe] dit: Celui dont les parents et les proches vantent la piété filiale, et dont les compagnons de jeunesse célèbrent la déférence fraternelle.
Il ajouta encore: Permettez-moi de vous demander quel est celui qui vient ensuite? [Le Philosophe] dit: Celui qui est toujours sincère dans ses paroles, ferme et persévérant dans ses entreprises; quand même il aurait la dureté de la pierre, qu'il serait un homme vulgaire, il peut cependant être considéré comme celui qui suit immédiatement.
Il poursuivit ainsi: Ceux qui sont de nos jours à la tête de l'administration publique, quels hommes sont-ils?
Le Philosophe dit: Hélas! ce sont des hommes de la même capacité que le boisseau nommé téou et la mesure nommée chao. Comment seraient-ils dignes d'être comptés?
21. Le Philosophe dit: Je ne puis trouver des hommes qui marchent dans la voie droite, pour leur communiquer la doctrine; me faudra-t-il recourir à des hommes qui aient les projets élevés et hardis, mais qui manquent de résolution pour exécuter, ou, à défaut de science, doués d'un caractère persévérant et ferme? Les hommes aux projets élevés et hardis, mais qui manquent de résolution pour exécuter, en avançant dans la voie droite, prennent, pour exemple à suivre, les actions extraordinaires des grands hommes; les hommes qui n'ont qu'un caractère persévérant et ferme s'abstiennent au moins de pratiquer ce qui dépasse leur raison.
22. Le Philosophe dit: Les hommes des provinces méridionales ont un proverbe ainsi conçu: «Un homme qui n'a point de persévérance n'est capable ni d'exercer l'art de la divination, ni celui de la médecine.» Ce proverbe est parfaitement juste.
«Celui qui ne persévère pas dans sa vertu éprouvera quelque honte.» [Y-king.]
Le Philosophe dit: Celui qui ne pénètre pas le sens de ces paroles n'est propre à rien.
23. L'homme supérieur vit en paix avec tous les hommes, sans toutefois agir absolument de même.
L'homme vulgaire agit absolument de même, sans toutefois s'accorder avec eux.
24. Tseu-koung fit une question en ces termes: Si tous les hommes de son village chérissent quelqu'un, qu'en faut-il penser? Le Philosophe dit: Cela ne suffit pas pour porter sur lui un jugement équitable.—Si tous les hommes de son village haïssent quelqu'un, qu'en faut-il penser? Le Philosophe dit: Cela ne suffit pas pour porter sur lui un jugement équitable. Ce serait, bien différent si les hommes vertueux d'entre les habitants de ce village le chérissaient, et si les hommes vicieux de ce même village le haïssaient.
25. Le Philosophe dit: L'homme supérieur est facilement servi, mais difficilement satisfait. Si on tâche de lui déplaire par des moyens contraires à la droite raison, il n'est point satisfait. Dans l'emploi qu'il fait des hommes, il mesure leur capacité [il les emploie selon leur capacité]. L'homme vulgaire est difficilement servi et facilement satisfait. Si on tâche de lui plaire, quoique ce soit par des moyens contraires à la raison, il est également satisfait. Dans l'emploi qu'il fait des hommes il ne cherche que son avantage personnel.
26. Le Philosophe dit: L'homme supérieur, s'il se trouve dans une haute position, ne montre point de faste et d'orgueil; l'homme vulgaire montre du faste et de l'orgueil, sans être dans une position élevée.
27. Le Philosophe dit: L'homme qui est ferme, patient, simple et naturel, sobre en paroles, approche beaucoup de la vertu de l'humanité.
28. Tseu-lou fit une question en ces termes: A quelles conditions un homme peut-il être appelé lettré du premier ordre, ou homme d'État? Le Philosophe dit: Rechercher le vrai avec sincérité, exposer le résultat de ses recherches ou de ses informations avec la même sincérité; avoir toujours un air affable et prévenant: voilà ce que l'on peut appeler les conditions d'un lettré de premier ordre. Les amis et les connaissances doivent être traités avec sincérité et franchise; les frères, avec affabilité et prévenance.
29. Le Philosophe dit: Si un homme vertueux instruisait le peuple pendant sept ans, il pourrait le rendre habile dans l'art militaire.
30. Le Philosophe dit: Employer à l'armée des populations non instruites dans l'art militaire, c'est les livrer à leur propre perte.