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Les Rois

Chapter 36: XXXVI
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About This Book

An aging sovereign delegates authority to his heir during a formal court ceremony that exposes a gulf between public ritual and private feeling. The narrative traces the heir, his kin, and a young woman through official parades, subdued conversations, and nocturnal encounters, revealing strained family relations, political unease, and conflicting loyalties. Scenes move between ornate pageantry and intimate domestic moments, juxtaposing ceremonial grandeur with social anxieties and hints of cultural change. The work examines the rituals of power, the uncertainties of succession, and the emotional costs of preserving appearances in a society where tradition meets modern pressures.

XXXV

Or, voici la lettre de Renaud. On y verra qu'il faisait des efforts sérieux, et un peu gauches, pour enchaîner des idées générales, qu'il avait quelques illusions sur l'Amérique, et qu'il était de ceux qui rêvent leur vie plutôt qu'ils ne la vivent.

«X…..

«Mon cher cousin, ceci est, comme je t'en avais prévenu, pour t'annoncer que je ne suis plus. Je t'envoie l'acte de décès de Jean Werner, mort le 8 octobre à Aden. Ce faux ne m'a pas coûté très cher. Il y a partout des hommes obligeants. Ci-joint un second papier établissant que Jean Werner n'est autre que le prince Renaud. Je te prie de rendre publique la nouvelle de ma mort, ainsi que tu me l'as promis.

«Je ne veux pas te dire, même à toi, le nouveau nom que j'ai pris. Et ne va pas m'objecter que j'aurais pu disparaître et m'en aller vivre n'importe où, à ma guise, sous le nom qui m'aurait plu, sans mourir officiellement. J'ai voulu qu'il me fût difficile de redevenir le prince Renaud au cas où j'en serais tenté quelque jour. Ce jour-là, mon faux état civil m'accablerait. Toi-même, si je me présentais alors à toi sous mon vrai nom, tu ne serais plus sûr que ce soit moi. Je te mets en garde, dès à présent, contre tout revenant qui se dira ton cousin. Que veux-tu? Cela m'amuse de me survivre…

«J'ai fait une pension convenable aux parents de Lollia, à condition qu'ils s'en iraient vivre à trois cents lieues de Marbourg. A Malte, pendant l'escale, un prêtre catholique nous a mariés. Ma petite amie était toujours bonne et douce. Mais elle vénérait trop son corps. Je la chagrinais toutes les fois que j'essayais d'être son mari. Peut-être aussi regrettait-elle que je ne voulusse plus être prince.

«A Chicago, la première chose qu'elle me demanda fut de la mener au cirque. Pendant toute la représentation, elle garda ma main dans la sienne. Mais le lendemain elle disparut, en me laissant une lettre où elle m'expliquait loyalement qu'elle ne pouvait renoncer à son art, qu'elle rentrait au cirque, que c'était plus fort qu'elle et que, malgré cela, elle m'aimait bien, qu'elle souhaitait que son départ ne me fît pas trop de peine et que, d'ailleurs, elle me serait fidèle éternellement. Et je sentis qu'elle disait la vérité.

«J'en ai fini, j'espère, avec les complications sentimentales. Mon amour pour la petite Tosti n'était pas encore assez simple. J'ai trouvé une belle mulâtresse, parfaitement stupide et docile. Cela me suffit.

«J'ai découvert enfin la seule vie qui me convienne. Dans une région disponible de l'État de X…, je me suis taillé un domaine de trois mille hectares. Le site est d'une extrême magnificence. J'y cultiverai les céréales et nourrirai de vastes troupeaux, en appliquant à la culture et à l'élevage les plus récents procédés de la science et de l'industrie, Et là, vraiment, je serai prince.

«Je pense à toi très souvent, mon cher Hermann. J'ai vu, par les dernières dépêches que j'ai reçues, que tu avais rétabli l'ordre à Marbourg en y faisant régner la terreur. Ainsi, l'âpre nécessité t'a réduit aux pratiques qui nous rendaient nos ancêtres haïssables. Tu abordais une tâche de roi avec un coeur et une intelligence d'homme libre. Cette contradiction devait te perdre.

«L'injustice est pour toujours maîtresse de la vieille Europe. Les grossières objections des hommes de bon sens ont raison contre l'utopie socialiste. Et, à supposer même que, après de longues convulsions, après des révolutions sanglantes et des alternatives de république démagogique et de despotisme militaire, cette utopie soit un jour réalisée quelque part tant bien que mal, l'image, d'avance, m'en séduit peu. Chaque individu mangera à sa faim; mais la beauté de la vie aura péri.

«Deux buts peuvent être assignés à l'humanité. L'idéal démocratique est d'assurer à tous un demi bien-être; cela est désirable sans doute; mais, la nature humaine étant donnée, cela ne se peut faire que par une publique et universelle compression dont pâtiront surtout les êtres d'élite et à laquelle ils succomberont. L'idéal aristocratique serait d'obtenir le développement total et harmonieux d'un petit nombre d'êtres supérieurs, dans lesquels, selon la formule elliptique d'un de vos sages, l'univers prendrait de plus en plus conscience de lui-même; mais cela ne peut se faire que par le sacrifice ou du moins par la mise en oubli de millions et de millions de créatures inférieures: ce qui est dur, ce qui comporte, chez les privilégiés, trop d'indifférence aux maux d'autrui et ce qui, par suite, implique contradiction, car une conscience supérieure ne se conçoit pas sans une infinie bonté.

«Des personnes héroïques assignent, il est vrai, à l'humanité un troisième but, qui ne serait ni le bien-être de tous ni la vie supérieure de quelques-uns. Elles disent que nous ne sommes point nés pour le plaisir, que la solution de toutes les difficultés, ce serait que chacun préférât les autres à soi-même et connût qu'il n'est pas de meilleure joie que le renoncement à toute joie. Ce rêve-là est très évidemment la chimère par excellence. Je l'écarté et m'en tiens aux deux premiers.

«Mais ces deux rêves-là, je dis qu'il faudrait pouvoir les concilier. Cette conciliation n'est pas possible dans le vieux monde, notamment dans la partie que j'en connais le mieux, et qui est l'Europe. L'idéal démocratique et l'autre y sont condamnés à la lutte éternelle. Tout ce qu'on entrevoit, c'est que le premier est en train d'y faire grand tort au second, mais sans avoir chance de triompher lui-même. Le vieux monde est trop petit; la terre y est usée: elle ne fournit pas assez de superflu, et il en faut énormément pour que chacun ait le nécessaire. Puis ce vieux monde est trop alourdi de souvenirs, trop embarrassé dans des traditions de violence, d'autorité et de législation inutile. Il ploie sous des charges exorbitantes, et le gaspillage de l'effort humain y est démesuré. L'Europe entretient une dizaine de millions de soldats. La somme de travail et d'intelligence dépensée pour l'organisation et pour le perfectionnement des armées actuelles est incalculable. Avec les milliards que ses armées lui coûtent, l'Europe aurait pu refaire tout son matériel industriel et doubler ses moyens de communication. Mais il faudrait commencer par effacer les frontières, et c'est là ce que tout son passé, dont elle est prisonnière, interdit à l'Europe. Seule, en dépit de monstrueuses difficultés, la France pourra dans un siècle ou deux, grâce à la douceur de ses moeurs et à la générosité foncière de son esprit, approcher de l'idéal démocratique. Mais qu'elle devra souffrir auparavant!

«Ce qui est plus probable, c'est qu'il n'y a pas grand'chose à faire de ce monde décrépit. Une inquiétude stérile et morne le tourmente. En art et en littérature, il retourne, par excès de science et à la fois par anémie, au balbutiement, et il aboutit, en amour, à l'impuissance perverse. Les littérateurs distingués qui ont entrepris de lui redonner une âme n'ont pas la foi dont ils font les gestes et mènent une croisade où la Croix n'est qu'une métaphore. Tandis qu'ils découvrent l'Évangile, ils n'arrivent même pas à pratiquer la charité. Mais, eussent-ils la charité parfaite, cela ne suffirait pas. Les maux de l'humanité ne peuvent être guéris par des vertus qui ne sauraient jamais être le fait que d'une minorité imperceptible…

«C'est vers le nouveau monde que doivent tourner les yeux ceux qui croient que l'existence de la planète Terre n'est pas un accident dénué de toute espèce de signification.

«Je n'ai pas toujours aimé cette Amérique. Au temps où je m'engourdissais dans la langueur savante de la civilisation du vieux monde et dans son atmosphère saturée de souvenirs, j'ai déploré la découverte du continent américain. Je me souvenais que cette terre neuve fut d'abord noyée dans le sang par la méchanceté et la rapacité des hommes et qu'elle s'en était vengée en empoisonnant chez nous les sources de la vie. Puis les gens qui venaient de là ne me plaisaient point. Le type du Yankee offensait ma douceur et ma naturelle indolence. Oh! ces hommes qui ne sont au monde que pour construire des chemins de fer et des machines, exploiter des mines, perdre et refaire dix fois leur fortune, qui ne rêvent point, qui ne sont point paresseux et qui, au milieu de cette vie acharnée aux biens de la terre, gardent le besoin de se mettre en règle avec l'Inconnaissable comme avec un client ou un créancier et d'être les fidèles d'une des trente-six mille Églises que le libre examen a tirées de la Bible! O le merveilleux amalgame du sentiment religieux et de la plus égoïste entente de la vie pratique! O l'énorme et exhilarante hypocrisie! J'étais scandalisé qu'il fût dans le caractère de cette race de rechercher les biens matériels avec la fureur la plus éloignée de l'esprit de l'Évangile et, en même temps, de tenir absolument à avoir Dieu pour soi dans une besogne évidemment suspecte à Dieu et à communiquer avec lui du fond de ses comptoirs.

«Je suis revenu de cette sévérité inintelligente. Ces hommes ne sont encore que dans la première période du légitime développement humain; mais déjà, ils inaugurent la vie complète. Ils sont avides, mais non pas timides ni avares; leur idéalisme est aussi sincère et naturel que leur rapacité. Leur instinct religieux s'exerce librement: ils se font ou se choisissent leur religion. Leur commerce—c'est le mot—avec l'Éternel (donnant donnant) rappelle les relations que les très anciens hommes entretenaient avec les divinités. Et, pareillement, leur activité, leur audace, leur énergie d'initiative sont celles des hommes primitifs, de ceux qui ont tout inventé: le feu, l'airain, le fer, les vertus des plantes, la roue, la charrue, le bateau et la voile, et qui nous renieraient pour leurs fils, nous, les songeurs lâches du vieux continent. Bref, c'est comme une humanité qui recommence, dix mille ans—ou vingt mille—après l'apparition de notre espèce sur la planète.

«Cette humanité a des chances de réussir où nous avons échoué. Ici, seulement, le rêve de la gamelle pour tous et celui d'une vie complète pour quelques-uns sont simultanément réalisables. L'Amérique (je parle surtout des Etats-Unis) est libre des servitudes de toute sorte que notre longue histoire fait peser sur nous. Le gaspillage des forces y est moindre que partout ailleurs. Pas d'armée, presque pas d'impôts, la machine gouvernementale réduite au minimum. Le paupérisme n'est connu que dans quelques grandes villes où s'entassent les immigrants. Pas de classes ni de castes. Les relations sociales ne sont ici que le résultat des rapports naturels d'intérêt ou de sympathie entre les individus; elles ne sont pas réglées, comme chez nous, par des préjugés séculaires, à l'origine desquels on trouverait l'injustice et la violence. Ici la créature humaine est intacte ou peut le redevenir.

«La vie y est bonne, à la fois confortable et près de la nature, et ennoblie par l'audace et par le mépris de la mort. Le sol, presque vierge encore, est presque illimité, et les aspects en sont d'une majesté inexprimable. Nous avons des fleuves aussi vastes que des lacs, des lacs aussi vastes que des océans, des montagnes qui ont dix fois l'étendue des Alpes et qui sont comme l'épine dorsale de la Terre. Et, pour exploiter ce monde neuf, nous avons toutes les ressources élaborées par la civilisation du vieux monde. C'est la vie patriarcale secourue et ornée par le panmécanisme industriel. Imagine Adam jeté sur une terre récente et toute gonflée de fécondité, non pas nu, mais ayant à sa disposition la science et les engins d'Edison. Abraham ou, si tu veux, le pasteur Eumée tue ses boeufs mécaniquement et les envoie en Europe, conservés dans les chambres frigorifiques des grands steamers.

«Ici, tous mangent, et quelques-uns pensent noblement… Tu doutes? Je ne jure pas que cela soit encore, mais cela sera bientôt. Si le problème social et, par delà, le problème humain doit être résolu, si l'humanité n'est pas née en vain, si elle a une oeuvre à faire, un but à atteindre, et si ce but doit être atteint, c'est ici qu'il le sera d'abord. Ce continent a été donné aux hommes, sur le tard, afin qu'ils y puissent profiter de ce qu'ils ont fait et souffert sur les autres morceaux de leur planète.

«Je sais les avantages du vieux monde, les trésors d'art et de poésie qu'il possède et que nous n'avons pas. Oui, nous sommes ici sans parchemins, titres ni monuments. Tant mieux! Nous nous affranchissons de la nostalgie du passé, qui amollit, de ce sortilège du Regret dont l'âme est envahie à Rome, à Florence, à Bruges, à Munich, à Grenade, à Paris même, dans tous les lieux où se sont particulièrement accumulées les traces insignes du passage des morts. Le souvenir est toujours triste, plus triste quand il s'étend à plus de siècles… Au reste, ce monde nouveau aura aussi, quelque jour, sa poésie, toute spontanée et non livresque. Et il aura son art propre qui sera beau (pourquoi pas?) et aussi différent de l'art ancien que ses matériaux et ses procédés mécaniques différeront de ceux d'autrefois. L'architecture métallique, qui ne fait que d'éclore, a déjà, au plus haut point, la beauté de la précision dans l'énormité, et rien n'égale la splendeur du jour mourant à travers ses réseaux de fer… Ce que je souhaiterais pour nous, ce serait d'oublier totalement l'art de l'Europe afin de le réinventer dans d'autres conditions de vie matérielle et sentimentale…

«Mais qu'ai-je besoin maintenant de représentations plastiques de la réalité? Je me sens renaître; mon corps se fortifie. Je passe mes journées à parcourir à cheval des paysages glorieux, où l'air est aussi doux et, aussi pur que celui que respirait le premier homme entre les quatre fleuves. J'assiste à des couchers de soleil qui me donnent, je ne sais comment, la sensation directe de la forme de la terre, de la figure du système astral dont elle fait partie et de l'infini cosmique. J'en jouis ineffablement sans m'y appliquer. Car je suis bien guéri des prétendues souffrances de la pensée. J'y vois une vanité insupportable. On vit très bien sans croire et sans savoir. Il n'est même pas nécessaire d'espérer. Tout homme qui se plaint de vivre et qui vit est un menteur: le suicide prouve seul qu'on a trouvé plus de douleur que de plaisir à vivre. Je donne à la songerie sans pensée ce que je donnais autrefois à la mélancolie prétentieuse. Je suis heureux.

«Je ne t'écrirai plus. Quand tu seras détrôné, ce qui ne peut tarder beaucoup, fais-moi connaître par les journaux s'il te plairait de venir me rejoindre. Je t'en donnerai alors les moyens.

«Je t'embrasse et je signe pour la dernière fois.

«RENAUD».

XXXVI

Christian XVI allait chaque jour s'affaiblissant. Toutefois, il avait tenu à revêtir, pour la cérémonie de l'abdication, son uniforme militaire. Mais, le trône étant trop incommode et trop dur, on avait dû installer le roi, au bas de l'estrade, dans son fauteuil roulant d'infirme.

La régente entra la première, tenant par la main le petit Wilhelm, fier de son costume de colonel de la garde.

—Sire, dit-elle, bénissez votre petit-fils.

Le vieillard posa sa lourde main noueuse sur cette grosse tête d'enfant chétif:

—Petit enfant, petit roi venu si tard, que Dieu te donne l'esprit de foi, de force, de justice et de prudence! Qu'il te fasse toujours connaître la vérité! Et puisses-tu être moins troublé et plus heureux que ton père!

Quand la cour, en grand deuil, se fut rangée des deux côtés de l'estrade, le roi Christian, d'une pâleur de cire, sa barbe blanche étalée sur sa tunique et cachant à moitié le grand cordon de l'Aigle-Bleu, dit, d'une voix édentée et chevrotante:

—Monsieur le grand chancelier, veuillez donner lecture de notre acte d'abdication et de celui par lequel nous instituons Son Altesse royale la princesse de Marbourg régente du royaume.

Le grand chancelier, comte de Moellnitz, debout devant une table carrée couverte d'un tapis de pourpre à crépines d'or—la table royale des mélodrames historiques—déroula un parchemin d'où pendait un sceau rouge plus large qu'une hostie, et, scandant les phrases d'un hochement de sa petite tête d'oiseau déplumé, il lut avec une lenteur et des intonations d'archevêque officiant:

«Nous, Christian XVI, par la grâce de Dieu, roi d'Alfanie, à tous présents et à venir, salut.

«Considérant…»

Une rumeur venue du dehors couvrit sa voix. Le roi avait voulu, ce jour-là, qu'on laissât à ses sujets une certaine liberté dans la rue et qu'on leur ouvrît même ses jardins, comptant que le souvenir des deux meurtres tragiques et l'âge tendre du petit roi orphelin toucheraient l'âme enfantine du peuple. La foule s'était donc amassée sous les fenêtres de la salle du trône, simplement curieuse d'abord et incertaine de ses propres sentiments. Mais des gens s'étaient glissés à travers les groupes, semant des propos; des mains furtives avaient distribué des feuilles qui démontraient l'injustice de la condamnation à mort prononcée, la veille, contre Audotia Latanief, l'odieux des accusations portées contre tout le parti socialiste et l'insolence du décret qui confiait la régence à la plus impopulaire des princesses… Et, maintenant, un souffle d'émeute grondait aux pieds du palais.

Moellnitz interrompit sa lecture. La clameur croissait, confuse et menaçante.

—Montrez-vous, madame, dit le roi à Wilhelmine.

Un huissier ouvrit une fenêtre, et la princesse s'avança sur le balcon.

La clameur s'engouffra, plus forte et plus distincte, dans la salle du trône. Des cris se détachèrent:

—A bas la régente!

Wilhelmine, la tête haute, demeurait immobile sous ses voiles noirs.

Alors Christian XVI se fit rouler, dans son fauteuil de mourant, auprès de la princesse.

Le peuple se tut en voyant le vieux souverain. Ce fut un vaste silence glacé, fait de respect sans amour.

Brusquement, la princesse rentra dans la salle; elle alla prendre le petit Wilhelm, qui tremblait de tous ses membres et balbutiait: «Maman, j'ai peur,» souleva l'enfant dans ses bras et le présenta au peuple.

Il y eut dans la foule quelques secondes d'indécision, de rumeur hésitante et vague. Puis on entendit nettement une voix de femme qui disait:

—Il est gentil.

Une autre voix cria:

—Vive le roi!

Le cri se propagea, et ce fut bientôt une clameur unanime:

—Vive le roi! Vive le roi!

Le grand chancelier, comte de Moellnitz, se pencha vers le ministre
Hellborn, redevenu son meilleur ami:

—Oh! parfait!… Nous le ferons voir au peuple de temps en temps.

—Pauvre petit! dit Hellborn. Ils ont pitié de lui. Combien cela durera-t-il?

* * * * *

Le lendemain, au petit jour, Audotia Latanief fut pendue. La police, tout entière sur pied, et des régiments de cavalerie assurèrent l'ordre.

Quelques heures après, on retrouvait, dans l'étang du parc d'Orsova, le cadavre de Frida de Thalberg. Un homme avait aperçu par hasard, accrochée aux roseaux de la rive, sa chevelure d'or rouge.

FIN

* * * * *

DU MÊME AUTEUR:

LE DÉPUTÉ LEVEAU, comédie en quatre actes.
MARIAGE BLANC, drame en trois actes.
RÉVOLTÉE, pièce en quatre actes.

IMPRIMERIE CHAIX,
RUE BERGÈRE, 20, PARIS.—28930—12 92.—(Encre Lorilleux).

* * * * *