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Les Rues de Paris, tome troisième / Biographies, portraits, récits et légendes cover

Les Rues de Paris, tome troisième / Biographies, portraits, récits et légendes

Chapter 44: R
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About This Book

The narrative traces the life of a devout cleric who, after assuming family responsibilities, completes theological studies and ordination while supporting local charitable communities. He becomes deeply involved in founding elementary schools for disadvantaged children, organizing instructors and imposing a common discipline to improve pedagogy. The account details practical and moral difficulties: mistrust from relatives, unstable collaborators, and initial disorder among teachers and pupils. It highlights the subject's conscious sacrifices, including renouncing benefices and personal wealth to model commitment and secure the schools' survival. The portrait closes on the formation of a dedicated brotherhood and the institutional reforms that professionalized elementary Christian education.

La rue Pierre Sarrazin
Où l'on essaie maint roncin (cheval)
Chacun an, comment on le happe.

Pinel (rue): Pinel, médecin aliéniste célèbre, né à Saint-Paul, près Castres, en 1745, mourut à Paris, le 25 octobre 1826. L'humanité doit une éternelle reconnaissance au docteur Pinel par le changement radical qu'il apporta, en dépit des oppositions venant de la routine, dans le traitement des infortunés privés de la raison par une cause ou par une autre. Sa conviction, que par ses écrits et son langage, il sut faire partager à beaucoup de ses confrères comme aux chefs de l'administration, c'était que les fous sont des malades qu'il faut traiter avec ménagement, justice et douceur, mais, une douceur où l'on sent au besoin la fermeté. Nommé en 1793, médecin en chef de l'hospice de Bicêtre, il y introduisit peu à peu, d'après ces principes, d'utiles et humaines réformes qui s'étendirent par la suite à toutes les maisons d'aliénés. Honneur à Pinel!

Planche (rue de la): Ce nom lui vient du sieur Raphaël de la Planche, trésorier général des bâtiments de Henri IV, lequel avait donné au dit seigneur des lettres de privilége pour l'établissement d'une manufacture de tapisseries de haute-lice.

Pont-au-Change: Ce pont, qui aboutit d'un côté au quai de l'Horloge, de l'autre au quai de la Mégisserie et qui fut pendant longtemps le seul moyen de communication de la cité avec la rive septentrionale, s'appela d'abord le Grand-Pont. Construit en bois, il fut à diverses reprises soit emporté par les inondations soit détruit par l'incendie comme en 1621, et rebâti mais non pas toujours exactement au même endroit. D'après un usage qui a persisté presque jusqu'à la moitié du siècle actuel, des maisons avec boutiques s'élevaient de chaque côté du pont dans toute sa longueur. En 1141, Louis VII, dit le Jeune, ordonna que le Change se ferait sur ce pont à l'exclusion de tous autres endroits, d'où il prit son nom de Pont-au-Change.

Pont-Neuf. La construction de ce pont fut commencée sous le règne de Henri III qui, accompagné de sa mère, Catherine de Médicis, de Louise de Lorraine, son épouse, et entouré des plus illustres personnages de la cour, en posa la première pierre avec grand appareil le 30 mai 1578. Les travaux furent poursuivis d'abord avec une grande activité, et les quatre piles, du côté de la rue Dauphine, s'élevèrent à fleur d'eau dès la première année; mais l'ouvrage ensuite demeura suspendu sans doute par le manque d'argent. Pourtant, afin de fournir aux dépenses considérables de l'entreprise, on avait établi un impôt spécial ou dîme sur le peuple et «le produit, dit Germain Brice, aurait fourni quatre fois plus qu'il n'était nécessaire, si cet argent, selon le terme des auteurs, n'avait pas été englouti par les favoris qui ne se mettent guère en peine du bien de la patrie, parce qu'ils ne songent qu'à leur fortune et à leur agrandissement.»

La paix rétablie partout après les guerres de la Ligue, «Henri IV, qui aimait la ville de Paris parce que le peuple l'aimait infiniment» fit reprendre les travaux et, dès l'année 1604, le pont était complètement achevé. «Personne ne peut disconvenir que ce pont ne soit un des plus beaux et des mieux ordonnés de toute l'Europe.» Guillaume Marchand, dans cette seconde période, dirigeait, comme architecte, les travaux. Le pont avait été commencé d'après les dessins et sous la direction du célèbre Du Cerceau à qui l'on doit le dessin de la galerie du Louvre.

La statue de Henri IV,

Le seul roi dont le peuple ait gardé la mémoire,

qui s'élève sur le terre-plein du Pont-Neuf, due au sculpteur Lemot, fut érigée dans les premières années de la Restauration en remplacement de celle que la Révolution avait eu le tort de renverser.

«Ce monument, dit le judicieux Saint-Victor, est une preuve des plus frappantes de l'inconstance de la multitude et du mépris que méritent également sa haine et son amour. Pendant près de deux siècles, le souvenir de Henri IV fut cher au peuple de Paris et sa statue était pour ce peuple l'objet d'une sorte de culte. Dans les premiers jours de la Révolution, on l'avait vu forcer les passants à s'agenouiller devant l'image de ce bon roi: environ deux ans après, il l'abattit avec des cris de rage comme celle du plus affreux tyran.»

Ce n'était pas le vrai peuple qui agissait ainsi, mais cette triste plèbe, sédiment impur de toute société que les Révolutions font remonter à la surface, et dont les passions aveugles, fruit de l'ignorance, s'exaltent encore par les prédications des meneurs et les diatribes et calomnies de bas folliculaires.

De la statue nouvelle, celle de Lemot, Saint-Victor nous dit: «C'est un monument d'un grand style, d'un dessin correct et savant: l'artiste a su allier la beauté des formes à la vérité de l'attitude; la noblesse et la ressemblance parfaite des traits avec la franchise et la naïveté de l'expression. Il s'est montré d'une exactitude scrupuleuse dans les détails de costume et jusque dans les moindres accessoires, sans jamais descendre à l'imitation servile d'un copiste; le mouvement du cheval est neuf et vraiment admirable; toutes les parties en sont étudiées avec le plus grand soin et traitées dans la plus grande manière; enfin, à la place d'une statue médiocre[60], s'est élevée une statue digne d'un de nos plus grands rois.»

Poissonnerie (rue de la): Jadis le chemin dit de la Vallée aux voleurs, puis des Poissonniers, parce que les marchands de marée suivaient cette voie pour se rendre aux halles.

Popincourt (rue de): Elle doit son nom à Jean de Popincourt, premier président du parlement de Paris sous Charles VI, qui possédait en cet endroit une maison de campagne.

Postes (Hôtel des): Appartenait au comte de Morville, ministre et secrétaire d'état des affaires étrangères, lorsque le roi en ordonna l'acquisition en 1757, pour l'affecter au service des Postes.

Poulies (rue des): D'après Sauval, ce nom lui vient des Poulies de l'hôtel d'Alençon et ces Poulies étaient un jeu ou exercice encore en usage en 1543. Jaillot croit que cette dénomination provient d'Edmond de Poulie qui possédait dans cette rue une grande maison et un jardin qu'il vendit à Alphonse, comte de Poitiers, frère de saint Louis.

Prouvaires, (rue des):

M'en ving en la rue à Prouvaires,
Où il a maintes pennes vaires (étoffes de couleurs variées).

Dans cette rue s'élevait l'hôtel de maître Jacques Duchié, dont Guillebert de Metz, dans son livre original (1435), nous a laissé cette très-curieuse description:

«La porte duquel est entaillée de art merveilleux; en la court estoient paons et divers oiseaux à plaisance. La première salle est embellie de divers tableaux et écritures d'enseignements attachés et pendus aux parois. Une autre salle remplie de toutes manières d'instruments, harpes, orgues, vielles, guiternes (guitares), psaltérions et autres desquels le dit maître Jacques savait jouer de tous. Une autre salle était garnie de jeux d'échecs, de tables et d'autres diverses manières de jeux, à grand nombre. Item, une belle chapelle où il y avait des pupitres à mettre livres dessus, de merveilleux art, lesquels on faisait venir à divers siéges loin et près, à dextre et à senestre. Item une étude où les parois étaient couvertes de pierres précieuses et d'épices de souefve (suave) odeur. Item, une chambre où étaient fourrures de plusieurs manières. Item, plusieurs autres chambres richement adoubées (ornées) de lits, de tables engigneusement (ingénieusement) entaillées et parées de riches draps et tapis à or frais. Item, en une autre chambre haute, étaient grand nombre d'arbalètes dont les aucunes étaient peintes à belles figures. Là étaient étendarts, bannières, pennons, arcs à main, piques, faussarts, planchons, haches, guisarmes, mailles de fer et plomb, pavois, targes, écus, canons et autres engins, avec planté (quantité) d'armures; et brièvement il y avait aussi comme toutes manières d'appareils de guerre. Item, là était une fenêtre faite de merveillable artifice par laquelle on mettait hors une tête de plaques de fer creuse, parmi laquelle on regardait et parlait à ceux du dehors, si besoin était, sans douter (craindre) le trait. Item, par dessus tout l'hôtel, était une chambre carrée, où étaient fenêtres de tous côtés pour regarder par dessus la ville. Et quand on y mangeait, on montait et avalait (descendait) vins et viandes à une poulie, pour ce que trop haut eût été à porter. Et par dessus le pinacle de l'hôtel étaient belles images dorées. Cestui maître Jacques Duchié était bel homme, de honnête babil (langage) et moult notable; si tenait serviteurs bien morigénés et instruits, d'avenante contenance, entre lesquels était un maître charpentier qui continuellement ouvrait (travaillait) à l'hôtel. Grand foison de riches bourgeois avait et d'officiers qu'on appelait petits royeteaux de grandeur[61]

Prud'hon (rue): Pierre-Paul Prud'hon né à Dijon en 1760, mort à Paris en 1822. «Ce peintre, dit Quatremère de Quincy, mettait aux moindres idées un tel agrément; ce qu'il touchait recevait de lui l'empreinte d'une si aimable naïveté, d'une vérité si ingénue; son maniement de crayon avait une suavité si particulière que le peintre habile s'y trahissait de toute part.... C'est que tout ce que le souffle du sentiment anime a la propriété de faire apercevoir plus qu'il ne montre.»

On peut regretter souvent chez l'artiste le choix des sujets empruntés à la Fable, mais qu'à force de talent, et en dépit de la nudité, il élevait jusqu'à l'idéal. Sous le pinceau délicat de Prud'hon, la volupté, s'il était possible, deviendrait chaste.

Puits qui parle, (rue du): Ce nom vient d'un puits qui faisait écho et qu'on voit encore au coin de la rue des Poules.

[60] La Première, de Jean de Bologne.

[61] Guillebert de Metz. Description de Paris; édition de Leroux de Lincy; in-8º 1855.

Q

Quatre-Fils (rue des): Ce nom vient d'une enseigne.

Quatre-Vents (rue des): Une enseigne aussi lui donna ce nom.

Quinault (rue): Auteur dramatique né en 1635 et mort en 1688. Malgré la vogue de quelques-unes de ses pièces, il ne fut pas ménagé par Boileau:

Les héros chez Quinault parlent bien autrement,
Et jusqu'à: Je vous hais, tout s'y dit tendrement.
On dit qu'on l'a drapé dans certaine satire;
Qu'un jeune homme...—Ah! je sais ce que vous voulez dire,
A répondu notre hôte: «Un auteur sans défaut,
La raison dit Virgile et la rime Quinault.»
—Justement, à mon gré la pièce est assez plate.
Et puis blâmer Quinault!... Avez-vous lu l'Astrate?
C'est là ce qu'on appelle un ouvrage achevé.

Satire III.

Puisque vous le voulez, je vais changer de style.
Je le déclare donc: Quinault est un Virgile.

Satire IX.

Quincampoix (rue): Elle fut ainsi appelée, dit-on, à cause du seigneur de Quincampoix qui, vers l'an 1300, fit construire la première maison. Suivant d'autres auteurs, ce nom lui venait de sa situation, parce qu'elle était de cinq paroisses différentes: quinque campanis.

«Dans les années 1719 et 1720, cette rue dit Germain Brice, a rendu son nom fameux par le concours prodigieux des agioteurs d'actions de la nouvelle Banque Royale (création de Law), entre lesquels quantité ont fait des fortunes immenses et bien au-delà de ce qu'on peut imaginer. Le commerce de papier que l'on y a vu, pendant ces deux années, de plusieurs centaines de milliards, y avait attiré tous les juifs les plus ardents de divers endroits de l'Europe et tous les plus actifs usuriers.»

Quinze-Vingts (Hospice des): La fondation de cet établissement remonte à saint Louis. On choisit pour élever les bâtiments un terrain nommé le Champourri, situé à peu de distance du Louvre. D'après la tradition, l'hospice, dont le célèbre Eudes de Montreuil avait donné les plans, était destiné à servir d'asile à trois cents chevaliers pauvres et revenus aveugles de la croisade.

Dans l'année 1701, l'établissement des Quinze-Vingts (ou des trois cents) ayant été transféré rue de Charenton, le roi autorisa la vente des anciens bâtiments et des terrains qui en dépendaient, et c'est alors que s'ouvrirent les rues de Beaujolais, de Chartres, Rohan, Montpensier, etc.

R

Rambuteau (rue): Elle a pris ce nom en l'honneur de M. Claude-Philibert Berthelot, comte de Rambuteau, préfet de la Seine, lorsque cette voie fut ouverte en 1838.

Rameau (rue): Rameau, compositeur de musique, né en 1683 mourut à Paris en 1764. Il est auteur de plusieurs ouvrages sur la musique.

Ramponneau (rue de): Elle doit son nom à un certain Ramponneau, cabaretier et comédien à la façon de Gautier Garguille, et qui, vers 1760, attirait la foule dans son établissement par des joyeusetés et des facéties.

Rats (rue des): Cette rue fut bâtie sous la prévôté de Hugues Aubriot, au temps de Charles VI. Guillot nous dit:

..... rue d'Aras
Où l'on rencontre maints gros rats.

Regard (rue du): Elle aboutissait, du côté de la rue de Vaugirard, vis-à-vis d'un regard de la fontaine aujourd'hui supprimée, d'où lui vint son nom.

Reuilly (rue de): Ce nom est dû à un territoire remarquable par son antiquité où se voyait naguère un ancien palais de nos rois de la première race. Ce fut dans ce palais que Dagobert Ier répudia sa femme Gomatrude pour épouser Nanthilde.

Richelieu (rue): Dans notre étude sur le célèbre cardinal (France héroïque, III) se trouve un portrait de Richelieu par Labruyère, portrait tiré des Caractères. Mais il en est un second par le même et illustre écrivain qui nous a paru curieux à reproduire. Nous laissons d'ailleurs au moraliste, devenu si ardent panégyriste, la responsabilité de ses jugements:

«Génie fort supérieur, il a su tout le fond et tout le mystère du gouvernement; il a connu le beau et le sublime du ministère; il a respecté l'étranger, ménagé les couronnes, connu le poids de leur alliance; il a opposé des alliés à des ennemis; il a veillé aux intérêts du dehors, à ceux du dedans; il n'a oublié que les siens: une vie laborieuse et languissante, souvent exposée, a été le prix d'une si haute vertu.

«Comparez-vous, si vous l'osez, au grand Richelieu, hommes dévoués à la fortune, qui, par le succès de vos affaires particulières, vous jugez dignes que l'on vous confie les affaires publiques; qui vous donnez pour des génies heureux et de bonnes têtes; qui dites que vous ne savez rien, que vous n'avez jamais lu, que vous ne lirez point, ou pour marquer l'inutilité des sciences, ou pour paraître ne devoir rien aux autres, mais puiser tout de votre fonds.

«Il savait quelle est la force et l'utilité de l'éloquence, la puissance de la parole qui aide la raison et la fait valoir, qui insinue aux hommes la justice et la probité, qui porte dans le cœur du soldat l'intrépidité et l'audace, qui calme les émotions populaires, qui excite à leurs devoirs les compagnies entières ou la multitude: il n'ignorait pas quels sont les fruits de l'histoire et de la poésie, quelle est la nécessité de la grammaire, la base et le fondement des autres sciences; et que, pour conduire ces choses à un degré de perfection qui les rendît avantageuses à la république, il fallait dresser le plan d'une compagnie où la vertu seule fût admise, le mérite placé, l'esprit et le savoir rassemblés par des suffrages.»

Richepance (rue): Le général Richepance, né en 1770, mourut à la Guadeloupe en 1802.

Roch (église Saint): Construite dans les dépendances et sur l'emplacement de l'hôtel Gaillon, cette église eut pour architecte Lemercier, architecte du roi Louis XIV qui posa la première pierre en 1653.

Plusieurs des hommes illustres du XVIIe siècle y furent enterrés: Pierre Corneille, Le Nôtre, Mignard, le duc de Créquy, etc.

Rivoli (rue de): Ainsi nommée en souvenir de la bataille gagnée par les Français sur les Autrichiens en Italie, le 1er janvier 1797.

Roch (rue de St): S'appelait d'abord rue Michaut Riégnaut, et Michaud Regnaut en 1521. Elle prit plus tard le nom de rue St-Roch parce que la principale entrée de l'ancienne église se trouvait dans cette rue.

Aux nos 10 et 12, dit M. Lazare, était la communauté de Sainte-Anne. Nicolas Formont, grand audiencier de France, résolut de fonder un établissement dans lequel on apprendrait aux pauvres filles de la paroisse Saint-Roch à gagner honorablement leur vie, en multipliant ainsi en leur faveur les instructions religieuses dans le but de les préserver des séductions si nombreuses dans les grandes villes. Cette création, empreinte d'un si noble et si touchant caractère, date du 4 mai 1683, et les lettres patentes d'autorisation accordées par le roi sont du mois de mars 1686. Cette œuvre toute de charité ne devait-elle pas être épargnée par la Révolution qui la supprima cependant en 1790; et la maison de Sainte-Anne fut vendue comme propriété nationale.

Roi-Doré (rue): Fut ainsi appelée à cause d'un buste du roi Louis XIII qui se voyait à l'une des extrémités de la rue.

Rollin (rue): Charles Rollin, né le 30 janvier 1661, à Paris, mourut dans cette ville le 14 septembre 1741. Fils d'un coutelier, il obtint une bourse au collége des Dix-huit dont il fut l'un des plus brillants élèves. À peine âgé de 22 ans, il remplaçait Hersan dans la chaire de seconde, puis dans celle de rhétorique et enfin dans la chaire d'éloquence du Collége royal. Après dix années de professorat, il quitta l'enseignement pour se livrer tout entier à l'étude. Le succès de son Histoire ancienne, parue, de 1730 à 1738, dépassa de beaucoup les espérances ou les prévisions de l'auteur. Cet ouvrage avait été précédé par le Traité des Études, publié en 1736, et dont un critique éminent, M. Villemain, n'hésitait pas à dire: «Monument de raison et de goût, livre l'un des mieux écrits dans notre langue après les livres de génie.»

L'Histoire Romaine de Rollin, restée inachevée, fut terminée par Crevier.

Roquette (rue de la): La Roquette est une plante crucifère à fleurs jaunes qui croît abondamment dans les lieux incultes.

La prison de la Roquette, où furent enfermés les otages de la Commune, reste à jamais célèbre par le martyre de six des plus illustres ou des plus vénérables d'entre eux, Monseigneur Darboy, archevêque de Paris, le président Bonjean, l'abbé Deguerry, curé de la Madeleine, les pères Clerc et Ducoudray, jésuites, l'abbé Allard, missionnaire.

Nous connaissons par divers récits, comme par le procès des assassins, les détails de cette horrible tragédie, et l'on ne sait ce qu'il faut admirer le plus, ou la magnanime attitude des victimes ou la froide et imbécile férocité des bourreaux. Les Iroquois et les Hurons n'auraient rien appris aux Peaux-Rouges de la Commune.

Rossini (rue): De cet illustre maëstro dont la mort récente a causé tant de regrets, Scudo, critique si compétent mais sévère parfois pour les contemporains, disait, il y a quelques vingt ans: «C'est au milieu de ces idées et de ces formes musicales sonores, tendues et un peu creuses, qui ne sont pas sans analogie avec ce que nous appelons en France la littérature de l'Empire, que s'éleva Rossini, plein de jeunesse et d'audace, prenant son bien partout où il le trouvait parce qu'il savait s'approprier tout ce qu'il dérobait. Son œuvre, aussi considérable que varié, se fait remarquer par l'éclat de l'imagination, par l'abondance et la fraîcheur des motifs, par la puissance des accompagnements et la nouveauté des harmonies, par la véhémence, la splendeur et la limpidité qu'il donne au langage de la passion. Génie éminemment italien, tout empreint de l'esprit bruyant et sensuel de son époque, Rossini rompt violemment avec les maîtres qui l'ont précédé. Il débouche du huitième siècle comme d'une vallée ombreuse et paisible, et s'avance vers l'avenir en dominateur.»

Ailleurs le critique dit encore, comparant l'auteur de Guillaume Tell avec Mozart: «Homme de son temps et de son pays, pressé de vivre et de jouir des progrès accomplis, Rossini flatte la foule, il marie l'instrumentation allemande à la mélodie italienne dont il développe les proportions et retrempe la vigueur. Il excelle à peindre le choc des passions, l'irradiation de la gaîté et de la jeunesse, les agitations infinies de la vie, mais d'une vie qui ne doit pas avoir de lendemain. Jamais le rayon de l'invisible ne descend sur cette musique pleine de sang et de lumière qui respire la volupté. Le règne de Rossini est de ce monde, tandis que Mozart chante l'amour qui, faute de la terre, aura le ciel pour récompense[62]

Roule (faubourg du): A pris son nom de l'ancien village de Roule que Paris, en s'étendant, a complètement absorbé. Ce village, d'après l'opinion de plusieurs savants, aurait été le Criolum dont il est parlé dans la vie de St-Éloi. Des actes du XIIIe siècle nomment ce hameau Rolus, Rotulus, dont on fit Rolle et enfin Roule.

Roule (rue du): Ce nom lui vient de l'ancien fief du Roule dont le chef-lieu était situé à l'angle des rues du Roule et des Fossés Saint-Germain l'Auxerrois.

Rousseau, (rue J. Jacques): Elle s'appelait d'abord rue Plâtrière, à cause d'une fabrique de plâtre qu'on y voyait au XIIIe siècle. À une certaine époque de sa vie, l'auteur de la Nouvelle Héloïse, de l'Émile, et autres livres fort goûtés du XVIIIe siècle, habita un petit appartement au 4e étage de la maison nº 2. La municipalité, de Paris, en souvenir de cette circonstance, sur la motion d'un de ses membres plus ou moins lettré, vota d'enthousiasme le changement de nom, et la rue Plâtrière s'appela rue J. Jacques Rousseau au lendemain de cette glorieuse séance. (4 mai 1791).

Rien n'est nouveau sous le soleil. Au nº 20 de cette même rue, était établie la communauté de Ste-Agnès, fondée, en 1681, par Léonard de Lamet, curé de Saint-Eustache, et qui avait pour but de procurer aux jeunes filles pauvres du quartier des moyens d'existence en leur apprenant un état, couture, broderie, tapisserie, etc. C'était, à bien dire, ce qu'on appelle aujourd'hui une École professionnelle, pour laquelle les dames de la paroisse vinrent à l'envi en aide au bon curé. Aussi moins de quatre années après, la maison qui, au début, se composait de trois sœurs seulement, comptait quinze sous-maîtresses et plus de deux cents élèves ou apprenties. Confirmé et consolidé par des lettres patentes du roi Louis XIV et doté par Colbert, sur sa fortune particulière, d'une rente de 500 livres, cet établissement, de plus en plus prospère, rendit d'immenses services à la classe indigente. Il n'en fut pas moins supprimé en 1790, par de prétendus amis du peuple, et tous les bâtiments se trouvèrent confisqués.

Pour en revenir à Rousseau, voici le jugement porté sur lui par Joubert: «Une piété irreligieuse, une sévérité corruptrice, un dogmatisme qui détruit toute autorité; voilà le caractère de la philosophie de Rousseau. Donner de l'importance, du sérieux, de la hauteur et de la dignité aux passions, voilà ce que J. J. Rousseau a tenté. Lisez ses livres: la basse envie y parle avec orgueil; l'orgueil s'y donne hardiment pour une vertu; la paresse y prend l'attitude d'une occupation philosophique et la grossière gourmandise y est fière de ses appétits. Il n'y a point d'écrivain plus propre à rendre le pauvre superbe. On apprend avec lui à être mécontent de tout, hors de soi-même. Il était son Pygmalion.»

Rousselet (rue): S'appelait au XVIe siècle chemin des Vaches, nom qui fut changé, vers 1721, en celui de Rousselet, l'un des propriétaires riverains.

Royer-Collard (rue): Pierre-Paul Royer-Collard, homme d'état célèbre sous la restauration, membre de l'Académie Française, était né en 1773, à Sompuis, près Vitry-le-Français: il mourut à Paris le 2 septembre 1845.

Rubens (rue): Pierre-Paul Rubens, né en 1577, est mort en 1640. Un maître et un grand maître que ce Flamand, pour les jeunes gens plus à admirer qu'à imiter et dont il faut un peu se défier, mais pas au point que voulait feu Ingres qui rondement l'excomunie en le déclarant hérétique. D'ailleurs quelle palette plus riche pour l'éclat et la fraîcheur des tons, encore que la couleur de Pierre Paul n'ait pas la solidité de celle du Titien! On peut regretter sans doute, dans ces pages étonnantes par l'ampleur de la composition et la vigoureuse exécution, l'abus de certaines formes qui pèchent, même et surtout chez les femmes, au point de vue de l'élégance. Mais pourtant les têtes de ces corpulentes viragos sont rarement vulgaires; on dirait autant de reines. Puis quelle vie dans ces personnages! Comme tout chez eux semble d'accord, l'expression ainsi que le geste encore que l'un et l'autre se sentent de l'art décoratif! Il faut l'avouer, malgré notre admiration pour ce maître, Rubens est le peintre des corps bien plus que des âmes, et si la lumière ruisselle à flots sur ses toiles étincelantes et met admirablement en relief les personnages, rarement elle les transfigure en faisant rayonner l'âme à travers la splendide enveloppe.

[62] Critique et littérature musicales, par Scudo.

S

La Sablière (rue de la): Madame de La Sablière fut la généreuse protectrice de La Fontaine (1636-1693) qui l'immortalisa dans ses vers dont nous citerons quelques-uns seulement:

Iris, je vous louerais; il n'est que trop aisé:
Mais vous avez cent fois notre encens refusé
En cela peu semblable au reste des mortelles
Qui veulent tous les jours des louanges nouvelles.
...............
Ce breuvage vanté par le peuple rimeur,
Le nectar, que l'on sert au maître du tonnerre,
Et dont nous enivrons tous les dieux de la terre,
C'est la louange, Iris, vous ne la goûtez point;
D'autres propos chez vous récompensent ce point:
Propos, agréables commerces.
Où le hasard fournit cent matières diverses;
Jusque là qu'en votre entretien
La bagatelle à part: le monde n'en croit rien (etc.)[63].

Sabot, (rue du): Ce nom vient d'une enseigne. Dans le terrier de l'abbaye de Saint-Germain des Prés, de 1523, on lit: «Maison rue du Four, faisant le coin de la rue Copieuse où pend le Sabot.» Le mot Sabot remplaça celui de Copieuse qui sait par quel caprice populaire?

Sablon (rue du): Au temps de Sauval servait d'égout: «Elle est toute puante des immondices qu'on y jette de la salle de l'Hôtel-Dieu et des maisons de la rue Neuve-Notre-Dame. Deux portes de bois treillissées et armées de fichons de fer la ferment par les deux bouts. On les fit, en 1511, pour empêcher que la rue du Sablon ne servît de retraite aux vagabonds et aux voleurs.»

À la bonne heure! mais par l'entassement des immondices qui y séjournaient indéfiniment, l'impasse devenait un foyer permanent d'infection, ce qui ne valait certes pas mieux.

Sandrié (passage): Ce nom lui vient d'un certain François-Jérôme Sandrié, à qui le terrain sur lequel fut ouvert plus tard le passage, avait été loué à bail emphytéotique par les religieux Mathurins. La Révolution cassa le bail en dépossédant les propriétaires.

Santé (rue et boulevard de la): Cette rue s'appelait primitivement chemin de Chantilly. Ce nom fut changé en celui de la Santé parce que la voie conduisait à la maison de Santé ou hôpital fondé par la reine Anne d'Autriche.

Sartine (rue): Antoine-Raymond-Jean-Guilbert-Gabriel de Sartine fut lieutenant-criminel de police à Paris en 1774, puis ministre. Forcé au moment de la Révolution de quitter la France, il mourut dans l'exil à Tarragone (7 septembre 1801).

Saussaies (rue des): S'appelait d'abord des Carriers, puis de la Couldraie des Saussaies, en raison des Coudriers, des saules qu'on voyait en grand nombre près de cet emplacement.

Sauval (rue): Sauval (Henri), reçu avocat au parlement de Paris, abandonna l'exercice de sa profession pour se consacrer aux études historiques. Quoiqu'il eût employé plus de vingt années à ses recherches comme à la rédaction de son grand ouvrage: Histoire et Recherches des Antiquités de Paris, 3 vol. in-fº, ce livre, à sa mort, n'était pas entièrement terminé. Il ne put être publié qu'en 1724, par l'ami de Sauval, le conseiller Rousseau qui avait pris soin de combler les lacunes. On regrette çà et là quelques détails de mœurs sur lesquels mieux eût valu glisser, parfois aussi de la prolixité et des répétitions; l'auteur d'ailleurs fait preuve d'érudition et de sens critique; assez souvent même il se montre écrivain.

Scipion (rue): Ce nom lui fut donné, non pas, comme on pourrait le croire, en l'honneur de l'illustre Romain, vainqueur d'Annibal, mais à cause d'un certain Scipion Saldini, gentilhomme italien, qui y fit construire un hôtel, sous le règne de Henri III.

Scribe (rue): Eugène Scribe (1791-1861), auteur dramatique contemporain des plus féconds, mais d'ailleurs aidé par de nombreux collaborateurs. Il dut à des mérites réels quoique d'un ordre inférieur, une vogue prodigieuse; aujourd'hui son nom a presque disparu des affiches. On peut critiquer dans son œuvre souvent le manque de style, le terre à terre des idées et la sentimentalité bourgeoise qui n'a pas peu contribué, ce semble, à l'énervement des caractères.

Saint-Séverin, église fort ancienne dans la rue de ce nom. «Quant à Saint-Séverin dont saint Cloud fut le disciple, comme on n'a aucune histoire de ce saint, tout ce qu'on sait, c'est qu'il s'enferma dans une cellule ou monastère dans les faubourgs de Paris; qu'il y vécut reclus pendant plusieurs années, tout occupé des exercices de la contemplation et que sa haute piété, qui porta saint Cloud à se ranger sous sa discipline, lui mérita aussi la vénération des peuples pendant sa vie et après sa mort[64]

Le patron de l'église cependant ne paraît point avoir été le saint solitaire, mais un autre Séverin qui fut abbé d'Ayanne et dont la fête se célèbre le 24 novembre, jour de sa mort.

C'est dans le cimetière de cette église qu'eut lieu la première opération de la pierre. «Au mois de janvier, dit Sainte-Foix, les médecins et chirurgiens de Paris représentèrent à Louis XI que «plusieurs personnes de considération étaient travaillées de la pierre, colique, passion et mal de côté; qu'il serait très-utile d'examiner l'endroit où s'engendraient ces maladies; qu'on ne pouvait mieux s'éclairer qu'en opérant sur un homme vivant et qu'ainsi ils demandaient qu'on leur délivrât un Franc-Archer qui venait d'être condamné à être pendu pour vol et qui avait été souvent fort molesté des dits maux.»

«On leur accorda leur demande et cette opération qui est, je crois, la première qu'on ait faite pour la pierre, eut lieu publiquement dans le cimetière de l'église Saint-Séverin. «Après qu'on eut examiné et travaillé, ajoute la Chronique, on remit les entrailles dans le corps du dit Franc-Archer qui fut recousu et par l'ordonnance du roi très-bien pansé; et tellement qu'en quinze jours il fut guéri et eut rémission de ses crimes sans dépens et il lui fut même donné de l'argent.»

Sévigné (rue): C'est à madame de Sévigné que La Bruyère, quoiqu'il ne la nomme pas, pensait sans doute lorsqu'il écrivait dans son chapitre des Ouvrages de l'Esprit: «Je ne sais si l'on pourra jamais mettre dans des lettres plus d'esprit, plus de tour, plus d'agrément, et plus de style que l'on en voit dans celles de Balzac et Voiture. Elles sont vides de sentiments, qui n'ont régné que depuis leur temps, et qui doivent aux femmes leur naissance. Ce sexe va plus loin que le nôtre dans ce genre d'écrire. Elles trouvent sous leur plume des tours et des expressions qui souvent en nous ne sont que l'effet d'un long travail et d'une pénible recherche: elles sont heureuses dans le choix des termes qu'elles placent si juste, que, tout connus qu'ils sont, ils ont le charme de la nouveauté, et semblent être faits pour l'usage où elles les mettent. Il n'appartient qu'à elles de faire lire dans un seul mot tout un sentiment, et de rendre délicatement une pensée qui est délicate. Elles ont un enchaînement de discours inimitable, qui se suit naturellement et qui n'est lié que par le sens. Si les femmes étaient toujours correctes, j'oserais dire que les lettres de quelques-unes d'entre elles seraient peut-être ce que nous avons dans notre langue de mieux écrit.»

Sainte-Avoie (rue): Reçut son nom d'un couvent de religieuses fondé, sous ce titre, par saint Louis pour les femmes infirmes. «On nommait auparavant ces religieuses Béguines dit G. Brice parce qu'elles suivaient quelques constitutions données par sainte Bègue dont la règle est fort connue dans les Pays-Bas.»

Sèvres (rue de): Ce nom vient du village auquel la rue conduit.

Sorbonne (rue de la): Elle doit son nom à Robert dit de Sorbon, d'un village près de Rhétel qui fut le lieu de sa naissance. Robert fut le fondateur du collége si célèbre depuis: «Le benoît Roi, dit le confesseur de la Reine Marguerite, fit acheter maisons qui sont en deux rues assises à Paris, devant le palais des Thermes, èsquelles il fit faire maisons bonnes et grandes pour ce que les écoliers, étudiant à Paris, demeurassent là toujours.»

Richelieu fit rebâtir le collége et l'on voit son tombeau dans l'église.

Suger (rue): Cette rue existait dès la seconde moitié du XIIe siècle (1179) et s'appelait alors rue aux Sachettes, parce qu'il s'y trouvait une maison des dites sœurs, ainsi nommées à cause de leur costume composé d'une robe en forme de sac. Ces religieuses vivaient d'aumônes et tous les matins elles se répandaient à cet effet dans les rues de Paris:

Ça du pain por Dieu aux Sachesses!
Par ces rues sont granz les presses,

lit-on dans les Crieries de Paris. Cette congrégation supprimée vers 1350, la rue s'appela des Deux Portes, puis du Cimetière St-André des Arts. Ce n'est que récemment, par une ordonnance du 5 août 1844, qu'elle a pris le nom de Suger, le sage ministre de Louis VI et Louis VII.

Sully (rue): Maximien de Béthune, duc de Sully, le fidèle ministre et ami de Henri IV, naquit à Rosny en 1560, et mourut à Villebon en 1641. (Voir la France héroïque.)

Sulpice (église Saint): Elle existait comme paroisse dès le commencement du XIIIe siècle. L'église actuelle ne date que du XVIIe siècle. Anne d'Autriche en posa la première pierre en 1646, mais les circonstances contraires firent plus d'une fois interrompre les travaux, et plusieurs architectes, Christophe Gamard, Louis le Veau, Daniel Gittard et Gille-Marie Oppenord concoururent à sa construction. Le portail tout entier est de Servandoni, qui l'avait presque terminé en 1745, lors de la consécration solennelle de l'église.

En 1793, l'église St-Sulpice devenait le Temple de la Victoire; et, sous le Directoire, elle se vit profanée par les parades des Théophilanthropes dont la Reveillère-Lépaux s'était constitué le grand pontife. Le ridicule suffit d'ailleurs pour faire justice de ces sottises.

Devant l'église se trouve la place St-Sulpice, ornée d'une fontaine monumentale d'un bel effet. À gauche s'élève le séminaire de St-Sulpice[65], qui a donné et donne encore à l'église de France tant de prêtres instruits, zélés, vertueux et saints. Des noms par centaines se pressent sous ma plume, je n'en citerai qu'un seul resté entre tous populaire, celui du prêtre intrépide qui, prisonnier lui-même, fut en quelque sorte l'aumônier des prisons pendant la Terreur, l'abbé Émery dont Feller nous fait ce portrait admirable autant que fidèle:

«Il savait combiner l'attachement aux règles avec les tempéraments que nécessitaient les circonstances. Il n'était point ami des mesures extrêmes, et se défiait de l'exagération en toutes choses; quelques-uns lui ont même reproché d'avoir poussé trop loin la condescendance et la modération; mais dans tout le cours de la Révolution, il marcha constamment sur la même ligne. Il ne fut point ardent dans un temps, et modéré dans un autre; il n'allait pas chercher l'orage, il l'attendait sans crainte; il ne bravait pas l'injustice des hommes, mais il ne s'en laissait pas intimider; l'intérêt de la religion le guidait toujours. Ceux qui ne jugent que d'après l'impulsion du moment lui trouvèrent trop de fermeté, quand ils en manquaient eux-mêmes, ou trop de mollesse quand ils étaient exaltés; mais c'étaient eux qui changeaient. Pour lui, il fut toujours le même, sage, égal, mesuré; sachant céder lorsqu'il le croyait utile: sachant aussi résister quand il le jugeait nécessaire[66]».

[63] Fables, livre Xe: Discours à Madame de la Sablière.

[64] Félibien et Lobineau.

[65] Il eut pour fondateur le vénérable M. Olier, curé de St-Sulpice, dont il est parlé plus haut.

[66] Feller.—Dictionnaire historique.

T

Tombe-Isoire ou Isouard (rue de la): Ce nom vient d'une maison ainsi appelée et située près de l'ancienne barrière St-Jacques, au-dessus des carrières Montrouge.

«Un puits fut creusé dans le petit enclos attenant à cette maison, et les ossements, enlevés des charniers des Halles, y furent descendus et déposés sur deux lignes parallèles et à six pieds de hauteur. Des prêtres en surplis et chantant l'office des morts suivaient les chariots. Lorsque le transport fut entièrement achevé, on éleva un mur en maçonnerie qui sépara ces nouvelles catacombes des autres parties des carrières, et l'archevêque lui-même y descendit pour les bénir.» (St-Victor).

Turgot (rue): Turgot, économiste distingué et ministre du roi Louis XVI, né en 1727, mourut en 1781. «Il n'y a que vous et moi qui aimions le peuple» écrivait Louis XVI à son ministre. Cependant, peu longtemps après, cédant à de fatales influences, il remplaçait Turgot par le génevois Necker dont la fausse popularité lui faisait illusion.

Taitbout (rue): M. Taitbout, était greffier de la ville à l'époque où la rue fut ouverte (1775).

Talma (rue): Talma, le dernier grand tragédien et qui n'a point été remplacé (1766-1826).

Taranne (rue): Appelée indifféremment au XIVe siècle rue aux Vaches, rue de la Courtille, rue Forestier, elle prit en 1418 le nom de rue Tarrennes en l'honneur de Simon de Tarrennes, échevin en 1417. Taranne n'est qu'une altération.

Temple (rue du): Elle doit son nom au manoir des Templiers qui déjà s'y voyait à la fin du XIIe siècle. Dans ses vastes dépendances, le manoir enfermait tout l'espace compris entre le faubourg du Temple et la rue de la Verrerie, en englobant partie du marais qu'on appelait la Culture du Temple. Entouré de hautes et solides murailles et de fossés profonds, le Temple était une véritable forteresse où l'Ordre renfermait ses trésors et qu'une milice nombreuse et aguerrie semblait pouvoir défendre avec succès même contre l'autorité royale. De là sans doute, la cupidité aidant, les ombrages de Philippe le Bel.

Maintenant quelques mots sur l'ordre des Templiers. Guigues ou Hugues des Païens, Geoffroi de St-Omer et sept autres chevaliers français le fondèrent, en 1118, dans le but de secourir, de soigner et de protéger les pèlerins sur les routes de la Palestine, devoir auquel s'ajouta plus tard celui de défendre la religion chrétienne et le saint Sépulcre contre les Sarrazins. Baudouin II, roi de Jérusalem, donna aux chevaliers, pour leur servir d'habitation, un palais attenant à l'emplacement de l'ancien Temple, et c'est de là que vint leur nom. Forcés, en 1291, d'abandonner la Terre-Sainte avec ses derniers défenseurs, ils revinrent en Europe et établirent dans l'île de Chypre le siége de l'Ordre placé jusqu'alors à Jérusalem. La même année, 1291, fut élu le dernier grand maître Jacques-Bernard de Molai, qui, avec Guy, grand prieur de Normandie, âgé de plus de 80 ans, fut brûlé vif (18 mars 1314) par l'ordre de Philippe le Bel qu'on ne saurait guère, dans toute cette grave affaire du procès des Templiers, excuser de passion et de cruauté. D'ailleurs, «ces moines étaient-ils innocents ou coupables? Cette question, sur laquelle aucun historien raisonnable n'a jamais osé rien affirmer, est sans contredit la plus difficile, la plus obscure de toute l'histoire moderne, et les ténèbres qui la couvrent ne seront probablement jamais éclaircies. Cependant Sainte-Foix, avec son audace et sa légèreté ordinaires, ne manque point, à l'occasion du supplice de ces deux personnages, de renouveler en leur faveur ces déclamations si multipliées dans le siècle dernier; déclamations dont le but était moins de prouver l'innocence des Templiers que d'insulter, avec quelque apparence de raison, l'autorité politique et religieuse.

«.... Ceux qui défendent les Templiers ont souvent allégué en leur faveur l'invraisemblance des crimes qu'on leur reproche: «Est-il probable, s'écrient-ils, que tant d'illustres guerriers, tant d'hommes d'une si haute qualité fussent coupables de crimes aussi atroces, d'aussi honteuses turpitudes?» «Est-il vraisemblable, pourrait-on leur répondre avec un auteur contemporain (Baluze), que ces personnages si nobles eussent jamais avoué de telles infamies si l'accusation n'eût été vraie?»

«Si les apologistes répliquaient que la torture leur arracha beaucoup d'aveux, il serait facile de donner la preuve que la plupart d'entre eux firent des aveux sans qu'on les eût torturés, de manière que les deux opinions, offrant un égal degré de vraisemblance, la question n'en deviendrait que plus embrouillée et plus indécise pour les esprits sages et non prévenus.» (St-Victor.)

L'ancien couvent du Temple servit, comme on sait, de prison au roi Louis XVI et à sa famille. C'est de là que l'infortuné monarque partit pour se rendre à la place de la Révolution. Nous avons raconté ailleurs (France héroïque) la mort admirable du Roi-martyr.

Théâtre (rue du): À Grenelle, Montmartre, etc. Quelques mots à ce sujet sur les origines de théâtre en France ou mieux à Paris. Par lettres patentes du 4 décembre 1402, Charles VI autorisa les Confrères de la Passion à ouvrir, dans l'hôpital de la Trinité, un théâtre où l'on jouait des mystères et des farces appelées sotties. De ce mélange du sacré et du profane résultèrent des abus qui firent fermer le théâtre. Mais les confrères obtinrent, en 1548, de le rouvrir et s'installèrent, rue Françoise, dans l'hôtel dit de Bourgogne, parce qu'il avait appartenu à Jean-sans-Peur. Plus tard, ils cédèrent leur privilége à une troupe nommée des Enfants sans souci qui devinrent les comédiens de l'hôtel de Bourgogne.

En 1659, deux nouvelles troupes leur firent concurrence, celle de Molière qui était venue se fixer à Paris, et celle du Marais, installée rue de la Poterie, à l'hôtel d'Argent. Mais par l'ordre de Louis XIV, quelques années après, les trois troupes durent se réunir et ne formèrent qu'une société qui devint le Théâtre Français. L'Opéra, lui, fut constitué en 1672, par lettres patentes accordées au musicien Lully. On connaît les vers de Boileau, un peu sévères peut-être, à l'adresse du musicien: