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Les Sèvriennes

Chapter 28: IV. Journal de Marguerite Triel
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About This Book

Un groupe de jeunes femmes préparant le concours d'une grande école normale féminine est présenté par une suite de tableaux et par le récit d'une brève aventure; le texte décrit la vie studieuse, les rivalités et les solidarités entre pensionnaires, la formation intellectuelle qui transforme leurs aspirations et le métier d'enseignante comme horizon parfois austère; une élève d'élite vit une intrigue romanesque où la fidélité à ses principes entraîne des conséquences exceptionnelles, tandis que d'autres trajectoires exposent les difficultés professionnelles et la solitude après la scolarité; l'ensemble combine scènes quotidiennes, réflexion sur l'éducation féminine et portraits de caractère.

CHAPITRE IV

JOURNAL DE MARGUERITE TRIEL

15 novembre.

La santé de Charlotte me tourmente : depuis son entrée à l’École, elle a de subits malaises, des étouffements ; elle m’assure que ce n’est rien, que l’internat est cause de ces souffrances passagères.

Charlotte s’oppose à toute visite du docteur, elle m’a suppliée de n’en rien dire à Henri.

Que faire ?

25 novembre, soir.

Pauvre petite, je l’ai tenue là dans mes bras, étouffant. J’ai une peur affreuse qu’elle mente, qu’elle me cache une névrose, une maladie de cœur peut-être.

L’infirmière est venue lui donner de l’éther, elle me dit que ces symptômes ne révèlent rien de grave ; beaucoup de nos compagnes paient ce tribut de souffrance, au changement de régime et d’habitudes que Sèvres apporte dans leur vie.

26 novembre.

O le brave cœur ! Henri est venu : il était ennuyé et, comme tous les artistes, si accablé par une déception, par un effort inutile, que, pendant sa visite, il n’a su que nous parler de son découragement.

Charlotte a oublié qu’elle souffrait, pour lui dire, à lui, les mots qui font jaillir la force. Il est parti réconforté : — « Vois-tu, Marguerite, il vaut mieux ne rien lui dire, il ne pourrait plus travailler, et puis me voilà guérie, puisqu’il s’en va content. » —

Brave petit cœur.

21 décembre.

Je reçois une longue lettre de Renée Diolat ; je la pique à cette page de mon journal, pour l’y retrouver, quand, à mon tour, je serai professeur.