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Les technologies et le livre pour tous cover

Les technologies et le livre pour tous

Chapter 9: 1984: COPYLEFT
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About This Book

The author traces a chronological history of digital and publishing technologies across forty years, outlining thirty-eight milestones from early character-encoding and bibliographic standards through the emergence of the internet, the web, universal character sets, portable reading devices, digital formats and archives, online catalogs and marketplaces, collaborative reference projects, open-access and licensing innovations, and large-scale digitization efforts; each entry summarizes technical origins, institutional developments, and consequences for access, multilingualism, metadata, publishing practices, pedagogy and librarianship, highlighting how standards, formats and community projects reshaped creation, distribution and preservation of written knowledge.

The Project Gutenberg eBook of Les technologies et le livre pour tous

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Title: Les technologies et le livre pour tous

Author: Marie Lebert

Release date: October 26, 2008 [eBook #27047]
Most recently updated: March 14, 2009

Language: French

Credits: Produced by Al Haines

*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK LES TECHNOLOGIES ET LE LIVRE POUR TOUS ***

Produced by Al Haines

TECHNOLOGIES ET LIVRE POUR TOUS

MARIE LEBERT

Nouvelle version

NEF, University of Toronto, 2008

Copyright © 2008 Marie Lebert

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Du Projet Gutenberg en 1971 à l'Encyclopedia of Life en 2007, 38 étapes avec résumé et description plus détaillée. Ce dossier est disponible aussi en anglais, avec un texte différent. Les deux versions sont disponibles sur le NEF <http://www.etudes-francaises.net/dossiers/technologies.htm>.

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Marie Lebert, chercheuse et journaliste, s'intéresse aux technologies dans le monde du livre, des autres médias et des langues. Elle est l'auteure des ouvrages Les mutations du livre (2007) et Le Livre 010101 (2003). Tous ses livres et dossiers sont publiés par le NEF (Net des études françaises), Université de Toronto, et sont librement disponibles en ligne sur le NEF <http://www.etudes-francaises.net>.

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Ce dossier doit beaucoup à toutes les personnes ayant accepté de répondre à mes questions, dont certaines pendant plusieurs années. La plupart des entretiens sont disponibles sur le NEF <www.etudes-francaises.net/entretiens/index.htm>.

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TABLE

Introduction

1968: ASCII 1971: Projet Gutenberg 1974: Internet 1977: UNIMARC 1984: Copyleft 1990: Web 1991: Unicode 1993: Online Books Page 1993: Format PDF 1994: Premier site de bibliothèque 1994: Des titres gratuits / payants 1995: Amazon.com 1995: Presse en ligne 1996: Palm Pilot 1996: Internet Archive 1996: Enseignement et internet 1997: Publication numérique 1997: Dictionnaires en ligne 1997: Convergence multimédia 1998: Gallica 1998: Bibliothécaires numériques 1998: Web multilingue 1999: Format Open eBook 1999: Auteurs numériques 2000: yourDictionary.com 2000: Bible de Gutenberg en ligne 2000: Distributed Proofreaders 2000: Public Library of Science 2001: Wikipedia 2001: Creative Commons 2002: Cours du MIT gratuits 2004: Projet Gutenberg Europe 2004: Google Books 2005: Open Content Alliance 2006: WorldCat gratuit 2007: Citizendium 2007: Encyclopedia of Life

INTRODUCTION

Michael Hart fonde le Projet Gutenberg en 1971. Il écrit en 1998: "Nous considérons le texte électronique comme un nouveau médium, sans véritable relation avec le papier. Le seul point commun est que nous diffusons les mêmes oeuvres, mais je ne vois pas comment le papier peut concurrencer le texte électronique une fois que les gens y sont habitués, particulièrement dans les établissements d'enseignement." (entretien du NEF)

Tim Berners-Lee invente le web en 1990. Il écrit en 1998: "Le rêve derrière le web est un espace d'information commun dans lequel nous communiquons en partageant l'information. Son universalité est essentielle, à savoir le fait qu'un lien hypertexte puisse pointer sur quoi que ce soit, quelque chose de personnel, de local ou de global, aussi bien une ébauche qu'une réalisation très sophistiquée. Deuxième partie de ce rêve, le web deviendrait d'une utilisation tellement courante qu'il serait un miroir réaliste (sinon la principale incarnation) de la manière dont nous travaillons, jouons et nouons des relations sociales. Une fois que ces interactions seraient en ligne, nous pourrions utiliser nos ordinateurs pour nous aider à les analyser, donner un sens à ce que nous faisons, et voir comment chacun trouve sa place et comment nous pouvons mieux travailler ensemble." (The World Wide Web: A very short personal history)

here was a second part of the dream, too, dependent on the web being so generally used that it became a realistic mirror (or in fact the primary embodiment) of the ways in which we work and play and socialize. That was that once the state of our interactions was on line, we could then use computers to help us analyse it, make sense of what we are doing, where we individually fit in, and how we can better work together."

John Mark Ockerbloom crée l'Online Books Page en 1993. Il écrit en 1998: "Je me suis passionné pour l'énorme potentiel qu'a l'internet de rendre la littérature accessible au plus grand nombre. (…) Je suis très intéressé par le développement de l'internet en tant que médium de communication de masse dans les prochaines années. J'aimerais aussi rester impliqué dans la mise à disposition gratuite de livres sur l'internet, que ceci fasse partie intégrante de mon activité professionnelle, ou que ceci soit une activité bénévole menée sur mon temps libre." (entretien du NEF)

Voici le voyage virtuel que nous allons suivre:

1968: Le code ASCII est le premier système d'encodage informatique. 1971: Le Projet Gutenberg est la première bibliothèque numérique. 1974: L'internet prend son envol. 1977: L'UNIMARC est créé en tant que format bibliographique commun. 1984: Le copyleft est une adaptation du copyright pour les logiciels. 1990: Le web fait ses débuts. 1991: L'Unicode est un système d'encodage universel pour toutes les langues. 1993: L'Online Books Page est le premier répertoire de livres gratuits. 1993: Le format PDF est lancé par Adobe. 1994: Le premier site de bibliothèque est mis en ligne. 1994: Les éditeurs utilisent le web comme outil de marketing. 1995: Amazon.com est la première grande librairie en ligne. 1995: La grande presse se met en ligne. 1996: Le Palm Pilot est le premier assistant personnel. 1996: L'Internet Archive est créée pour archiver le web. 1996: De nouvelles méthodes d'enseignement sont à l'étude. 1997: L'édition en ligne commence à se généraliser. 1997: Des dictionaires sont mis en ligne gratuitement. 1997: La convergence multimédia est le sujet d'un colloque. 1998: Gallica est le secteur numérique de la Bibliothèque nationale de France. 1998: Le web devient multilingue. 1998: Les bibliothécaires numériques font carrière. 1999: L'Open eBook (OeB) sera le format standard des livres numériques. 1999: Certains auteurs se mettent au numérique. 2000: yourDictionary.com est créé en tant que portail pour les langues. 2000: La Bible de Gutenberg est mise en ligne. 2000: Distributed Proofreaders oeuvre pour le Projet Gutenberg. 2000: La Public Library of Science (PLoS) lancera des revues scientifiques gratuites. 2001: Wikipedia est la première grande encyclopédie collaborative. 2001: La licence Creative Commons rénove le droit d'auteur sur le web. 2003: Le MIT OpenCourseWare met les cours du MIT à la disposition de tous. 2004: Le Projet Gutenberg Europe débute une bibliothèque multilingue. 2004: Google Print laisse la place à Google Books. 2005: L'Open Content Alliance (OCA) lance une bibliothèque universelle publique. 2006: Le catalogue collectif WorldCat devient gratuit. 2007: Citizendium promeut une encyclopédie collaborative "fiable". 2007: L'Encyclopedia of Life répertoriera toutes les espèces végétales et animales.

[La plupart des citations sont des extraits des Entretiens du NEF.]

1968: ASCII

[Résumé]

Publié par l'ANSI (American National Standards Institute) en 1968, aux débuts de l'informatique, avec actualisation en 1977 et en 1986, le code ASCII (American standard code for information interchange) est un code standard de 128 caractères traduits en langage binaire sur sept bits (A est traduit par "1000001", B est traduit par "1000010", etc.). Les 128 caractères comprennent 33 caractères de contrôle (qui ne représentent donc pas de symbole écrit) et 95 caractères imprimables: les 26 lettres sans accent en majuscules (A-Z) et minuscules (a-z), les chiffres, les signes de ponctuation et quelques symboles, à savoir les touches du clavier anglais ou américain. L'ASCII permet donc uniquement la lecture de l'anglais et du latin. Par la suite, des variantes de l'ASCII (norme ISO-8859 ou ISO-Latin) prennent en compte les caractères accentués de quelques langues européennes. La variante pour le français est définie par la norme ISO 8859-1 (Latin-1).

[En détail]

Le premier système d'encodage informatique est l'ASCII (American standard code for information interchange). Publié par l'American National Standards Institute (ANSI) en 1968, avec actualisation en 1977 et 1986, l'ASCII est un code standard de 128 caractères traduits en langage binaire sur sept bits (A est traduit par "1000001", B est traduit par "1000010", etc.). Les 128 caractères comprennent 33 caractères de contrôle (qui ne représentent donc pas de symbole écrit) et 95 caractères imprimables: les 26 lettres sans accent en majuscules (A-Z) et minuscules (a-z), les chiffres, les signes de ponctuation et quelques symboles, le tout correspondant aux touches du clavier anglais ou américain.

L'ASCII permet uniquement la lecture de l'anglais et du latin. Il ne permet pas de prendre en compte les lettres accentuées présentes dans bon nombre de langues européennes, et à plus forte raison les systèmes non alphabétiques (chinois, japonais, coréen, etc.). Ceci ne pose pas de problème majeur les premières années, tant que l'échange de fichiers électroniques se limite essentiellement à l'Amérique du Nord. Des variantes de l'ASCII (norme ISO-8859 ou ISO-Latin) prennent en compte les caractères accentués de quelques langues européennes. La variante pour le français est définie par la norme ISO 8859-1 (Latin-1). Mais le passage de l'ASCII original à ses différentes extensions devient vite un véritable casse-tête, y compris au sein de l'Union européenne, les problèmes étant entre autres la multiplication des variantes, la corruption des données dans les échanges informatiques ou encore l'incompatibilité des systèmes, les pages ne pouvant être affichées que dans une seule langue à la fois.

Avec le développement du web, l'échange des données s'internationalise de plus en plus. On ne peut plus se limiter à l'utilisation de l'anglais et de quelques langues européennes, traduites par un système d'encodage datant des années 1960. Publié pour la première fois en janvier 1991, l'Unicode est un système d'encodage universel sur 16 bits spécifiant un nombre unique pour chaque caractère. Ce nombre est lisible quels que soient la plateforme, le logiciel et la langue utilisés. L'Unicode peut traiter 65.000 caractères uniques et prendre en compte tous les systèmes d'écriture de la planète.

L'ASCII garde toutefois une place prépondérante. Dénommé à juste titre le plus petit dénominateur commun, l'ASCII sur sept bits est le seul format compatible avec 99% des machines et des logiciels, et pouvant être converti dans d'autres formats. Il sera toujours utilisé quand d'autres formats auront disparu, à commencer par les formats éphémères liés à quelques tablettes de lecture commercialisées depuis 1999 et déjà disparues du marché. Il est l'assurance que les documents survivront aux changements technologiques des prochaines décennies ou même des prochains siècles. Il n'existe pas d'autre standard aussi largement utilisé, y compris l'Unicode, ce jusqu'en 2008, date à laquelle les deux systèmes d'encodage sont également représentés sur le web.

1971: PROJET GUTENBERG

[Résumé]

Fondé par Michael Hart en juillet 1971 alors qu'il était étudiant à l'Université d'Illinois (Etats-Unis), le Projet Gutenberg a pour but de diffuser gratuitement par voie électronique le plus grand nombre possible d'oeuvres du domaine public. Il est le premier site d'information sur un internet encore embryonnaire, qui débute véritablement en 1974 et prend son essor en 1983. Vient ensuite le web (sous-ensemble de l'internet), opérationnel en 1991, puis le premier navigateur, qui apparaît en novembre 1993. Lorsque l'utilisation du web se généralise, le Projet Gutenberg trouve un second souffle et un rayonnement international. Au fil des ans, des centaines d'oeuvres sont patiemment numérisées en mode texte par des milliers de volontaires. D'abord essentiellement anglophones, les collections deviennent peu à peu multilingues. Le Projet Gutenberg Europe débute en janvier 2004. Le Projet Gutenberg franchit la barre des 20.000 titres en décembre 2006 et celle des 25.000 titres en avril 2008.

[En détail]

Si le livre imprimé a cinq siècles et demi, le livre numérique n'a pas encore 40 ans. Il est né avec le Projet Gutenberg, créé en juillet 1971 par Michael Hart pour diffuser gratuitement sous forme électronique les oeuvres littéraires du domaine public. Site pionnier à tous égards, le Projet Gutenberg est à la fois le premier site d'information sur un réseau encore embryonnaire et la première bibliothèque numérique. Longtemps considéré par ses détracteurs comme totalement irréaliste, le Projet Gutenberg compte 30.00 titres en novembre 2008, avec des dizaines de milliers de téléchargements quotidiens. A ce jour, personne n'a fait mieux pour mettre les classiques de la littérature mondiale à la disposition de tous, ni pour créer à moindres frais un immense réseau de volontaires de par le monde, sans gâchis de compétences ni d'énergie.

Les vingt premières années, Michael Hart numérise lui-même les cent premiers livres, avec l'aide occasionnelle de telle ou telle personne. Lorsque l'utilisation du web se généralise au milieu des années 1990, le projet trouve un second souffle et un rayonnement international. Tout en continuant de numériser des livres, Michael coordonne désormais le travail de dizaines puis de centaines de volontaires de par le monde. Les collections atteignent 1.000 livres en août 1997, 2.000 livres en mai 1999, 3.000 livres en décembre 2000 et 4.000 livres en octobre 2001.

Trente ans après ses débuts, le Projet Gutenberg fonctionne à plein régime. La barre des 5.000 livres est franchie en avril 2002, celle des 10.000 livres en octobre 2003, celle des 15.000 livres en janvier 2005, celle des 20.000 livres en décembre 2006 et celle des 25.000 livres en avril 2008, avec 340 nouveaux livres par mois, 40 sites miroirs dans de nombreux pays, plusieurs dizaines de milliers de téléchargements par jour et des dizaines de milliers de volontaires toutes équipes confondues.

Qu'ils aient été numérisés il y a trente ans ou qu'ils soient numérisés maintenant, tous les livres sont numérisés en mode texte, en utilisant l'ASCII (American standard code for information interchange) original sur sept bits, avec des règles précises pour le formatage. Grâce à quoi les textes peuvent être lus sans problème quels que soient la machine, la plateforme et le logiciel utilisés, y compris sur un PDA ou sur une tablette de lecture. Libre ensuite à chacun de convertir les livres dans d'autres formats, après avoir vérifié que les oeuvres sont également du domaine public dans le pays concerné.

En janvier 2004, le Projet Gutenberg essaime outre-Atlantique avec la création du Projet Gutenberg Europe. A la mission originelle s'ajoute le rôle de passerelle entre les langues et les cultures, avec de nombreuses sections nationales et linguistiques. Tout en conservant la même ligne de conduite, à savoir la lecture pour tous à moindres frais, par le biais du texte électronique gratuit, indéfiniment utilisable et reproductible. Et, dans un deuxième temps, la numérisation de l'image et du son, dans le même esprit.

1974: INTERNET

[Résumé]

Apparu en 1974, l'internet se développe rapidement à partir de 1983. L'internet est un vaste réseau informatique opérant à l'échelle mondiale et reliant une multitude de sous-réseaux au moyen d'un même protocole (IP: internet protocol), ce protocole permettant à des ordinateurs différents de communiquer entre eux. Le réseau internet regroupe les réseaux publics, réseaux privés, réseaux commerciaux, réseaux d'enseignement, réseaux de services, etc., opérant à l'échelle planétaire pour offrir d'énormes ressources en information, communication et diffusion. Vinton Cerf est souvent appelé le père de l'internet parce qu'il crée en 1974 (avec Bob Kahn) le protocole TCP/IP (transmission control protocol / internet protocol), à la base de tout échange de données. En 1992, Vinton Cerf fonde l'Internet Society (ISOC), un organisme international visant à promouvoir le développement de l'internet. Quelque trente ans après les débuts de l'internet, "ses trois pouvoirs - l'ubiquité, la variété et l'interactivité - rendent son potentiel d'usages quasi infini" (Le Monde, 19 août 2005).

[En détail]

Apparu en 1974, l'internet est d'abord un phénomène expérimental enthousiasmant quelques branchés. A partir de 1983, il relie les centres de recherche et les universités. Suite à l'apparition du web en 1990 et du premier navigateur en 1993, il envahit notre vie quotidienne. Les signes cabalistiques des adresses web fleurissent sur les livres, les journaux, les affiches et les publicités. La presse s'enflamme pour ce nouveau médium. La majuscule d'origine d'Internet s'estompe. Internet devient l'internet, avec un "i" minuscule. De nom propre il devient nom commun, au même titre que l'ordinateur, le téléphone, le fax et le minitel. La même remarque vaut pour le World Wide Web, qui devient tout simplement le web.

Mais comment définir l'internet autrement que par ses composantes techniques? Sur le site de l'Internet Society (ISOC), organisme international coordonnant le développement du réseau, A Brief History of the Internet propose une triple définition. L'internet est: (a) un instrument de diffusion internationale, (b) un mécanisme de diffusion de l'information, (c) un moyen de collaboration et d'interaction entre les individus et les ordinateurs, indépendamment de leur situation géographique.

Selon ce document, bien plus que toute autre invention (télégraphe, téléphone, radio, ordinateur), l'internet révolutionne de fond en comble le monde des communications. Il représente l'un des exemples les plus réussis d'interaction entre un investissement soutenu dans la recherche et le développement d'une infrastructure de l'information, dans le cadre d'un réel partenariat entre les gouvernements, les entreprises et les universités.

Sur le site du World Wide Web Consortium (W3C), organisme international de normalisation du web, Bruce Sterling décrit le développement spectaculaire de l'internet dans Short History of the Internet. L'internet se développe plus vite que les téléphones cellulaires et les télécopieurs. En 1996, sa croissance est de 20% par mois. Le nombre de machines ayant une connexion directe TCP/IP (transmission control protocol / internet protocol) a doublé depuis 1988. D'abord présent dans l'armée et dans les instituts de recherche, l'internet déferle dans les écoles, les universités et les bibliothèques, et il est également pris d'assaut par le secteur commercial.

Bruce Sterling s'intéresse aux raisons pour lesquelles on se connecte à l'internet. Une raison majeure lui semble être la liberté. L'internet est un exemple d'"anarchie réelle, moderne et fonctionnelle". Il n'y a pas de société régissant l'internet. Il n'y a pas non plus de censeurs officiels, de patrons, de comités de direction ou d'actionnaires. Toute personne peut parler d'égale à égale avec une autre, du moment qu'elle se conforme aux protocoles TCP/IP, des protocoles qui ne sont pas sociaux ni politiques mais strictement techniques. Malgré tous les efforts des "dinosaures" politiques et commerciaux, il est difficile à quelque organisme que ce soit de mettre la main sur l'internet. C'est ce qui fait sa force.

On y voit aussi une réelle solidarité. Christiane Jadelot, ingénieur d'études à l'INaLF-Nancy (INaLF: Institut national de la langue française), relate en juin 1998: "J'ai commencé à utiliser vraiment l'internet en 1994, je crois, avec un logiciel qui s'appelait Mosaic. J'ai alors découvert un outil précieux pour progresser dans ses connaissances en informatique et linguistique, littérature… Tous les domaines sont couverts. Il y a le pire et le meilleur, mais en consommateur averti, il faut faire le tri de ce que l'on trouve. J'ai surtout apprécié les logiciels de courrier, de transfert de fichiers, de connexion à distance. J'avais à cette époque des problèmes avec un logiciel qui s'appelait Paradox et des polices de caractères inadaptées à ce que je voulais faire. J'ai tenté ma chance et posé la question dans un groupe de News approprié. J'ai reçu des réponses du monde entier, comme si chacun était soucieux de trouver une solution à mon problème!"

En janvier 1998, lors d'un entretien avec Annick Rivoire, journaliste du quotidien Libération, Pierre Lévy, philosophe, explique que l'internet ouve la voie à une forme d'intelligence collective: "Les réseaux permettent de mettre en commun nos mémoires, nos compétences, nos imaginations, nos projets, nos idées, et de faire en sorte que toutes les différences, les singularités se relancent les unes les autres, entrent en complémentarité, en synergie."

D'après Timothy Leary, philosophe adepte du cyberespace dès ses débuts, le 21e siècle verrait l'émergence d'un nouvel humanisme, dont les idées-force seraient la contestation de l'autorité, la liberté de pensée et la créativité personnelle, le tout soutenu et encouragé par la vulgarisation de l'ordinateur et des technologies de la communication. Dans son livre Chaos et cyberculture (éditions du Lézard, 1998), il écrit: "Jamais l'individu n'a eu à sa portée un tel pouvoir. Mais, à l'âge de l'information, il faut saisir les signaux. Populariser signifie 'rendre accessible au peuple'. Aujourd'hui, le rôle du philosophe est de personnaliser, de populariser et d'humaniser les concepts informatiques, de façon à ce que personne ne se sente exclu."

Outre ce changement radical dans la relation information-utilisateur, on assiste à une transformation radicale de la nature même de l'information. L'information contenue dans les livres reste la même, au moins pendant une période donnée, alors que l'internet privilégie l'information la plus récente qui, elle, est en constante mutation. Vinton Cerf co-invente avec Bob Kahn en 1974 le protocole TCP/IP, à la base de tout échange de données sur le réseau. Sur le site de l'Internet Society (ISOC), qu'il fonde en 1992 pour promouvoir le développement de l'internet, il explique: "Le réseau fait deux choses (…): comme les livres, il permet d'accumuler de la connaissance. Mais, surtout, il la présente sous une forme qui la met en relation avec d'autres informations. Alors que, dans un livre, l'information est maintenue isolée."

1977: UNIMARC

[Résumé]

Créé en 1977 par l'IFLA (International Federation of Library Associations), le format UNIMARC (universal machine readable cataloging) est un format universel permettant le stockage et l'échange de notices bibliographiques au moyen d'une codification des différentes parties de la notice (auteur, titre, éditeur, etc.) pour traitement informatique. Ce format permet de favoriser les échanges de données entre les différents formats MARC existants, qui correspondent chacun à une pratique nationale de catalogage (INTERMARC en France, UKMARC au Royaume-Uni, USMARC aux Etats-Unis, CAN/MARC au Canada, etc.). Les notices dans le format MARC d'origine sont d'abord converties au format UNIMARC avant d'être converties à nouveau dans le format MARC de destination. UNIMARC peut également être utilisé comme "modèle" pour le développement de nouveaux formats MARC.

[En détail]

A la fin des années 1990, l'avenir des catalogues en réseau tient à l'harmonisation du format MARC (machine readable cataloging) par le biais de l'UNIMARC (universal machine readable cataloging). Créé en 1977 par l'IFLA (International Federation of Library Associations), le format UNIMARC est un format universel permettant le stockage et l'échange de notices bibliographiques au moyen d'une codification des différentes parties de la notice (auteur, titre, éditeur, etc.) pour traitement informatique. Ce format favorise les échanges de données entre la vingtaine de formats MARC existants, qui correspondent chacun à une pratique nationale de catalogage (INTERMARC en France, UKMARC au Royaume-Uni, USMARC aux Etats-Unis, CAN/MARC au Canada, etc.). Les notices dans le format MARC d'origine sont d'abord converties au format UNIMARC avant d'être converties à nouveau dans le format MARC de destination. UNIMARC peut aussi être utilisé comme standard pour le développement de nouveaux formats MARC.

Dans le monde anglophone, la British Library (qui utilise UKMARC), la Library of Congress (qui utilise USMARC) et la Bibliothèque nationale du Canada (qui utilise CAN/MARC) décident d'harmoniser leurs formats MARC nationaux. Un programme de trois ans (de décembre 1995 à décembre 1998) permet de mettre au point un format MARC commun aux trois bibliothèques.

Parallèlement, en 1996, dans le cadre de son Programme des bibliothèques, la Commission européenne promeut l'utilisation du format UNIMARC comme format commun d'échange entre tous les formats MARC utilisés dans les pays de l'Union européenne. Le groupe de travail correspondant étudie aussi les problèmes posés par les différentes polices de caractères, ainsi que la manière d'harmoniser le format bibliographique, tout comme le format du document lui-même pour les documents disponibles en ligne.

1984: COPYLEFT

[Résumé]

L'idée du copyleft est lancée en 1984 par Richard Stallman, ingénieur en informatique et défenseur inlassable du mouvement «open source« au sein de la Free Software Foundation (FSF). Conçu à l'origine pour les logiciels, le copyleft est formalisé par la GPL (general public license) et étendu par la suite à toute oeuvre de création, le copyleft contient la déclaration normale du copyright affirmant la propriété et l'identification de l'auteur. Son originalité est de donner à l'utilisateur le droit de librement redistribuer le document et de le modifier. L'utilisateur ne peut toutefois revendiquer ni la paternité du travail original ni celle des changements effectués par d'autres. De plus, tous les travaux dérivés sont eux-mêmes soumis au copyleft. Chez les auteurs et les créateurs numériques, les adeptes du copyleft sont de plus en plus nombreux, afin de respecter la vocation première du web, réseau de communication et de diffusion à l'échelon mondial.

1990: WEB

[Résumé]

Nom usuel du World Wide Web, le web (avec ou sans majuscule) est conçu en 1989-90 par Tim Berners-Lee, alors chercheur au CERN (Organisation européenne pour la recherche nucléaire) à Genève. En 1989, il met en réseau des documents utilisant l'hypertexte. En 1990, il met au point le premier serveur HTTP (hypertext transfert protocol) et le premier navigateur web. En 1991, le web est opérationnel et change radicalement l'utilisation de l'internet (qui existe depuis 1974). Selon les termes mêmes de son inventeur, le web est "un espace commun d'information dans lequel nous communiquons en partageant cette information". En novembre 1993, le web prend son essor grâce à Mosaic, premier navigateur à destination du grand public. En octobre 1994 est fondé le consortium W3C (World Wide Web Consortium), un consortium international chargé de développer les normes et protocoles nécessaires au bon fonctionnement du web. Le W3C est présidé par Tim Berners-Lee. Quinze ans après la création du web, le magazine Wired constate dans son numéro d'août 2005 que "moins de la moitié du web est commercial, le reste fonctionne avec la passion".

[En détail]

Tim Berners-Lee invente le web en 1989-90. Dans The World Wide Web: A very short personal history, il écrit en avril 1998: "Le rêve derrière le web est un espace d'information commun dans lequel nous communiquons en partageant l'information. Son universalité est essentielle, à savoir le fait qu'un lien hypertexte puisse pointer sur quoi que ce soit, quelque chose de personnel, de local ou de global, aussi bien une ébauche qu'une réalisation très sophistiquée."

Le web est d'abord conçu comme un grand livre composé de pages reliées entre elles par des liens hypertextes et reproduisant les modèles connus de l'édition papier. Certains appellent cette étape le web 1.0.

Hébergé sur un serveur web et défini par une adresse web, appelée aussi URL (uniform service locator), un site web est constitué d'un ensemble de pages web reliées par des liens hypertextes (reliant entre eux des textes et des images) et hypermédias (reliant des textes et des images à des graphiques, des images animées, des bandes sonores et des vidéos). Ces hyperliens sont utilisés au sein d'une même page web, au sein du même site web (pour relier les pages les unes aux autres) et vers d'autres sites web.

Le web permet au livre de se convertir. On voit apparaître les textes électroniques, les bibliothèques numériques, les librairies en ligne, les éditeurs électroniques, les encyclopédies en ligne, les oeuvres hypermédias, les logiciels de lecture et les appareils de lecture dédiés. Le web devient une vaste encyclopédie.

Au début des années 2000, des milliers d'oeuvres du domaine public sont en accès libre. Les libraires et les éditeurs ont pour la plupart un site web. Certains naissent directement sur le web, avec la totalité de leurs transactions s'effectuant via l'internet. De plus en plus de livres et revues ne sont disponibles qu'en version numérique, pour éviter les coûts d'une publication imprimée. L'internet devient un outil indispensable pour se documenter, avoir accès aux documents et élargir ses connaissances. Le web est non seulement une gigantesque encyclopédie mais aussi une énorme bibliothèque, une immense librairie et un médium des plus complets. De statique dans les livres imprimés, l'information devient fluide, avec possibilité d'actualisation constante.

Dans The World Wide Web: A very short personal history, document écrit en avril 1998, Tim Berners-Lee ajoute: "Deuxième partie de ce rêve, le web deviendrait d'une utilisation tellement courante qu'il serait un miroir réaliste (sinon la principale incarnation) de la manière dont nous travaillons, jouons et nouons des relations sociales. Une fois que ces interactions seraient en ligne, nous pourrions utiliser nos ordinateurs pour nous aider à les analyser, donner un sens à ce que nous faisons, et voir comment chacun trouve sa place et comment nous pouvons mieux travailler ensemble."

En effet. Apparu en 2004, le web 2.0 serait un web de 2e génération, caractérisé par les notions de communauté et de partage, avec une floppée de sites dont le contenu est alimenté par les utilisateurs, par exemple les blogs, les wikis et les sites "sociaux". L'expression "web 2.0" émane d'ailleurs d'un éditeur puisqu'elle est utilisée pour la première fois en 2004 par Tim O'Reilly, fondateur O'Reilly Media, en tant que titre pour une série de conférences. Certains parlent de World Live Web au lieu de World Wide Web, le nom d'origine du web. Le web vise non seulement à utiliser l'information, mais aussi à collaborer en ligne, par exemple en tenant un blog personnel ou collectif, ou encore en participant aux encyclopédies Citizendium ou Wikipedia, cette dernière étant devenue l'un des dix sites les plus visités du web. Certains sites comunautaires sont "incontournables", par exemple le site de photos Flickr, le site de vidéos YouTube ou les réseaux sociaux Facebook et MySpace.

Le web 3.0 serait le web du futur, un web de 3e génération qui prendrait logiquement le relais du web 2.0. Il s'agirait d'un web capable d'apporter une réponse complète à une requête exprimée en langage courant. D'après la société Radar Networks, ce web serait "doté d'une forme d'intelligence artificielle globale et collective", avec des données qui seraient rassemblées sur les nombreux sites sociaux existant sur le web, tout comme les sites sur lesquels les utilisateurs donnent leur avis. Ces données pourraient ensuite être traitées automatiquement après avoir été structurées sur la base du langage descriptif RDF (resource description framework) développé par le W3C (World Wide Web Consortium), l'organisme international chargé du développement du web. Cette définition du web 3.0 est d'ailleurs loin de faire l'unanimité.

Terminons par quelques chiffres, ceux de Netcraft, une société de services internet qui fait un décompte des sites web au fil des ans. Netcraft recense un million de sites en avril 1997, 10 millions de sites en février 2000, 20 millions de sites en septembre 2000, 30 millions de sites en juillet 2001, 40 millions de sites en avril 2003, 50 millions de sites en mai 2004, 60 millions de sites en mars 2005, 70 millions de sites en août 2005, 80 millions de sites en avril 2006, 90 millions de sites en août 2006 et enfin 100 millions de sites le 1er novembre 2006. La forte croissance de l'année 2006 serait due à l'explosion des sites de petites entreprises et des blogs.

1991: UNICODE

[Résumé]

Publié pour la première fois en janvier 1991, l'Unicode est un système d'encodage informatique sur 16 bits spécifiant un nombre unique pour chaque caractère. Ce nombre est lisible quels que soient la plateforme, le logiciel et la langue utilisés. L'Unicode peut traiter 65.000 caractères uniques et prendre en compte tous les systèmes d'écriture de la planète. A la grande satisfaction des linguistes, l'Unicode remplace progressivement l'ASCII (American standard code for information interchange), un système d'encodage sur sept bits datant de 1968 et ne pouvant traiter que l'anglais et quelques langues européennes. L'utilisation de l'Unicode commence à se généraliser en 1998. Les versions récentes du système d'exploitation Windows de Microsoft (Windows NT, Windows 2000, Windows XP, Windows Vista) utilisent l'Unicode pour les fichiers texte, alors que les versions précédentes utilisaient l'ASCII. L'Unicode dispose de plusieurs variantes en fonction des besoins, par exemple UTF-8, UTF-16 et UTF-32 (UTF: Unicode transformation format).

[En détail]

Avec l'apparition du web en 1990, l'échange des données s'internationalise de plus en plus. On ne peut plus se limiter à l'utilisation de l'anglais et de quelques langues européennes, transcrites en ASCII (American standard code for information interchange), un système d'encodage sur sept bits datant de 1968.

Publié pour la première fois en janvier 1991, l'Unicode est un système d'encodage universel sur 16 bits spécifiant un nombre unique pour chaque caractère. Ce nombre est lisible quels que soient la plateforme, le logiciel et la langue utilisés. L'Unicode peut traiter 65.000 caractères uniques et prendre en compte tous les systèmes d'écriture de la planète. A la grande satisfaction des linguistes, il remplace progressivement l'ASCII. L'Unicode dispose de plusieurs variantes en fonction des besoins, par exemple UTF-8, UTF-16 et UTF-32 (UTF: Unicode transformation format). Il devient une composante des spécifications du W3C (World Wide Web Consortium), l'organisme international chargé du développement du web.

L'utilisation de l'Unicode se généralise en 1998, par exemple pour les fichiers texte sous plateforme Windows (Windows NT, Windows 2000, Windows XP, Windows Vista), qui étaient jusque-là en ASCII. Mais l'Unicode ne peut résoudre tous les problèmes, comme le souligne en juin 2000 Luc Dall'Armellina, co-auteur et webmestre d'oVosite, un espace d'écriture multimédia: "Les systèmes d'exploitation se dotent peu à peu des kits de langues et bientôt peut-être de polices de caractères Unicode à même de représenter toutes les langues du monde; reste que chaque application, du traitement de texte au navigateur web, emboîte ce pas. Les difficultés sont immenses: notre clavier avec ses ± 250 touches avoue ses manques dès lors qu'il faille saisir des Katakana ou Hiragana japonais, pire encore avec la langue chinoise. La grande variété des systèmes d'écritures de par le monde et le nombre de leurs signes font barrage. Mais les écueils culturels ne sont pas moins importants, liés aux codes et modalités de représentation propres à chaque culture ou ethnie."

Que préconise Olivier Gainon, créateur de CyLibris et pionnier de l'édition littéraire en ligne? "Première étape: le respect des particularismes au niveau technique, explique-t-il en décembre 2000. Il faut que le réseau respecte les lettres accentuées, les lettres spécifiques, etc. Je crois très important que les futurs protocoles permettent une transmission parfaite de ces aspects - ce qui n'est pas forcément simple (dans les futures évolutions de l'HTML, ou des protocoles IP, etc.). Donc, il faut que chacun puisse se sentir à l'aise avec l'internet et que ce ne soit pas simplement réservé à des (plus ou moins) anglophones. Il est anormal aujourd'hui que la transmission d'accents puisse poser problème dans les courriers électroniques. La première démarche me semble donc une démarche technique. Si on arrive à faire cela, le reste en découle: la représentation des langues se fera en fonction du nombre de connectés, et il faudra envisager à terme des moteurs de recherche multilingues."

1993: ONLINE BOOKS PAGE

[Résumé]

L'Online Books Page est créée en janvier 1993 par John Mark Ockerbloom pour répertorier les textes électroniques de langue anglaise en accès libre sur le web. A cette date, John Mark Ockerbloom est doctorant à l'Université Carnegie Mellon (à Pittsburgh, dans l'Etat de Pennsylvanie). En 1999, il rejoint l'Université de Pennsylvanie pour travailler à la R&D (recherche et développement) de la bibliothèque numérique. A la même époque, il y transfère l'Online Books Page, tout en gardant la même présentation, très sobre, et il poursuit son travail d'inventaire dans le même esprit. En 2003, ce répertoire fête ses dix ans et recense 20.000 textes électroniques, dont 4.000 textes publiés par des femmes. En 2006, il recense 25.000 textes. En 2008, il recense 30.000 textes, dont 7.000 titres du Projet Gutenberg.

[En détail]

Si certains se donnent pour tâche de numériser des oeuvres, comme le
Projet Gutenberg, d'autres décident de répertorier celles qui sont en
accès libre sur le web, en offrant au lecteur un point d'accès commun.
C'est le cas de John Mark Ockerbloom, doctorant à l'Université Carnegie
Mellon (à Pittsburgh, dans l'Etat de Pennsylvanie), qui crée l'Online
Books Page pour recenser les oeuvres anglophones.

Cinq ans plus tard, en septembre 1998, John Mark relate: "J'étais webmestre ici pour la section informatique de la CMU (Carnegie Mellon University), et j'ai débuté notre site local en 1993. Il comprenait des pages avec des liens vers des ressources disponibles localement, et à l'origine l'Online Books Page était l'une de ces pages, avec des liens vers des livres mis en ligne par des collègues de notre département (par exemple Robert Stockton, qui a fait des versions web de certains textes du Projet Gutenberg). Ensuite les gens ont commencé à demander des liens vers des livres disponibles sur d'autres sites. J'ai remarqué que de nombreux sites (et pas seulement le Projet Gutenberg ou Wiretap) proposaient des livres en ligne, et qu'il serait utile d'en avoir une liste complète qui permette de télécharger ou de lire des livres où qu'ils soient sur l'internet. C'est ainsi que mon index a débuté. J'ai quitté mes fonctions de webmestre en 1996, mais j'ai gardé la gestion de l'Online Books Page, parce qu'entre temps je m'étais passionné pour l'énorme potentiel qu'a l'internet de rendre la littérature accessible au plus grand nombre. Maintenant il y a tant de livres mis en ligne que j'ai du mal à rester à jour. Je pense pourtant poursuivre cette activité d'une manière ou d'une autre. Je suis très intéressé par le développement de l'internet en tant que médium de communication de masse dans les prochaines années. J'aimerais aussi rester impliqué dans la mise à disposition gratuite de livres sur l'internet, que ceci fasse partie intégrante de mon activité professionnelle, ou que ceci soit une activité bénévole menée sur mon temps libre."

Fin 1998, John Mark Ockerbloom obtient son doctorat en informatique. En 1999, il rejoint l'Université de Pennsylvanie, où il travaille à la R&D (recherche et développement) de la bibliothèque numérique de l'université. A la même époque, il y transfère l'Online Books Page, tout en gardant la même présentation, très sobre, et il poursuit son travail d'inventaire dans le même esprit. Ce répertoire recense 20.000 livres en septembre 2003, 25.000 livres en décembre 2006 et 30.000 livres en décembre 2007.

1993: FORMAT PDF

[Résumé]

Le format PDF (portable document format) est lancé en juin 1993 par la société Adobe, en même temps que le logiciel Acrobat Reader. Défini par l'extension de fichier ".pdf", ce format conserve la présentation, les polices, les couleurs et les images du document source, quelle que soit la plateforme utilisée (Macintosh, Windows, Unix, Linux, etc.) pour le créer et pour le lire. Lisible à l'aide de l'Acrobat Reader - logiciel de lecture téléchargeable gratuitement - ce format devient au fil des ans la norme internationale de diffusion des documents dont la présentation originale doit être conservée. Tout document peut être converti en PDF à l'aide du logiciel Adobe Acrobat, disponible dans de nombreuses langues et pour de nombreuses plateformes. Dix ans plus tard, 10% des documents disponibles sur l'internet sont au format PDF, et ce format est également le format de livre numérique le plus répandu.

[En détail]

Lancé en juin 1993 par la société Adobe et diffusé gratuitement, le premier logiciel de lecture du marché est l'Acrobat Reader, qui permet de lire des documents au format PDF (portable document format). Ce format permet de figer les documents numériques dans une présentation donnée, pour conserver les polices, les couleurs et les images du document source, quelle que soit la plateforme utilisée pour le créer et pour le lire. Vendu en parallèle, le logiciel Adobe Acrobat permet de convertir n'importe quel document au format PDF.

Au fil des ans, le format PDF devient la norme internationale de diffusion des documents électroniques, pour impression ou pour transfert d'une plateforme à l'autre. Des millions de documents PDF sont présents sur le web pour lecture ou téléchargement, ou bien transitent par courriel. L'Acrobat Reader pour ordinateur est progressivement disponible dans plusieurs langues et pour diverses plateformes (Windows, Mac, Unix, Linux). En 2001, Adobe lance également un Acrobat Reader pour assistant personnel (PDA), utilisable sur le Palm Pilot (en mai 2001) puis sur le Pocket PC (en décembre 2001).

Face à la concurrence représentée par le Microsoft Reader (lancé en avril 2000), Adobe annonce en août 2000 l'acquisition de la société Glassbook, spécialisée dans les logiciels de distribution de livres numériques pour éditeurs, libraires, distributeurs et bibliothèques. Adobe passe aussi un partenariat avec Amazon.com et Barnes & Noble.com afin de proposer des titres lisibles sur l'Acrobat Reader et le Glassbook Reader.

En janvier 2001, Adobe lance deux nouveaux logiciels. Le premier logiciel, gratuit, est l'Acrobat eBook Reader. Il permet de lire les fichiers PDF de livres numériques sous droits, avec gestion des droits par l'Adobe Content Server. Il permet aussi d'ajouter des notes et des signets, de choisir l'orientation de lecture des livres (paysage ou portrait), ou encore de visualiser leur couverture dans une bibliothèque personnelle. Il utilise la technique d'affichage CoolType et comporte un dictionnaire intégré. Le deuxième logiciel, payant, est l'Adobe Content Server, destiné aux éditeurs et distributeurs. Il s'agit d'un logiciel serveur de contenu assurant le conditionnement, la protection, la distribution et la vente sécurisée de livres numériques au format PDF. Ce système de gestion des droits numériques (DRM - digital rights management) permet de contrôler l'accès aux livres numériques sous droits, et donc de gérer les droits d'un livre selon les consignes données par le gestionnaire des droits, par exemple en autorisant ou non l'impression ou le prêt. En avril 2001, Adobe conclut un partenariat avec la grande librairie en ligne Amazon.com, qui met en vente 2.000 livres numériques lisibles sur l'Acrobat eBook Reader: titres de grands éditeurs, guides de voyages, livres pour enfants, etc.

En dix ans, entre 1993 et 2003, l'Acrobat Reader aurait été téléchargé 500 millions de fois. Ce logiciel gratuit est désormais disponible dans de nombreuses langues et pour de nombreuses plateformes (Windows, Mac, Linux, Unix, Palm OS, Pocket PC, Symbian OS, etc.). En mai 2003, l'Acrobat Reader (5e version) fusionne avec l'Acrobat eBook Reader (2e version) pour devenir l'Adobe Reader (débutant à la version 6), qui permet de lire aussi bien les fichiers PDF standard que les fichiers PDF sécurisés.

Fin 2003, Adobe ouvre sa librairie en ligne, dénommée Digital Media Store, avec les titres au format PDF de grands éditeurs (HarperCollins Publishers, Random House, Simon & Schuster, etc.) ainsi que des versions électroniques de journaux et magazines (New York Times, Popular Science, etc.). Adobe lance aussi Adobe eBooks Central, un service permettant de lire, publier, vendre et prêter des livres numériques, et l'Adobe eBook Library, qui se veut un prototype de bibliothèque de livres numériques. En novembre 2004, l'Adobe Content Server est remplacé par l'Adobe LiveCycle Policy Server. Les versions récentes d'Adobe Acrobat permettent de créer des PDF compatibles avec les formats Open eBook (OeB) et ePub (ePub ayant succédé à OeB), devenus eux aussi des standards du livre numérique.

1994: PREMIER SITE DE BIBLIOTHEQUE

[Résumé]

La première bibliothèque présente sur le web est la Bibliothèque municipale d'Helsinki (Finlande), qui inaugure son site en février 1994. Puis nombre de bibliothèques créent un site web pour y mettre des informations pratiques, leur catalogue en ligne et une sélection de sites web, et développent une bibliothèque numérique à côté de leurs collections traditionnelles. Qu'elles soient des bibliothèques de textes, des bibliothèques d'images (fixes ou animées) ou des bibliothèques sonores, ou qu'elles associent les trois supports, ces bibliothèques numériques permettent à un large public d'avoir accès à des documents jusque-là difficiles à consulter parce qu'appartenant à des fonds anciens, des fonds locaux et régionaux, ou des fonds spécialisés.

[En détail]

La première bibliothèque présente sur le web est la Bibliothèque municipale d'Helsinki (Finlande), qui inaugure son site en février 1994. Puis nombre de bibliothèques créent un site web pour y mettre des informations pratiques, leur catalogue en ligne et une sélection de sites web, et développent aussi une bibliothèque numérique à côté de leurs collections traditionnelles. Qu'elles soient des bibliothèques de textes, des bibliothèques d'images (fixes ou animées) ou des bibliothèques sonores, ou qu'elles associent les trois supports, ces bibliothèques numériques permettent à un large public d'avoir accès à des documents jusque-là difficiles à consulter parce qu'appartenant à des fonds anciens, des fonds locaux et régionaux, ou des fonds spécialisés.

Ces fonds sont difficilement accessibles pour des raisons diverses: souci de conservation des documents rares et fragiles, heures d'ouverture réduites, nombreux formulaires à remplir, délais significatifs de communication, pénurie de personnel, qui sont autant de barrières à franchir et qui demandent parfois au chercheur une patience à toute épreuve et une détermination hors du commun pour arriver jusqu'au document.

Grâce à sa "cyberbibliothèque", la bibliothèque peut enfin rendre comptatibles deux objectifs qui jusque-là ne l'étaient guère, à savoir la conservation des documents et la communication de ceux-ci. D'une part le document ne quitte son rayonnage qu'une seule fois pour être scanné, d'autre part le grand public y a facilement accès. Assis sur sa chaise ou dans son fauteuil, le lecteur peut consulter ces oeuvres en cliquant de l'une à l'autre, au gré de son humeur, de ses centres d'intérêt ou d'une curiosité passagère, de manière plus pratique qu'en se promenant dans les rayonnages, et surtout de manière beaucoup plus exhaustive puisque, dans les bibliothèques, une bonne partie des collections se trouve rangée dans des magasins et n'est donc pas accessible au lecteur qui chine. Si le lecteur veut ensuite consulter le document lui-même - dans certains cas, la consultation à l'écran ne peut remplacer le contact direct avec l'oeuvre - il pourra ensuite se lancer dans le parcours parfois laborieux qu'implique une consultation traditionnelle, mais ceci en connaissance de cause, après que le "feuilletage" à l'écran lui ait permis de sélectionner les documents en question et de ne demander que ceux qui l'intéressent vraiment.

Certaines "cyberbibliothèques" naissent directement sur le web. Créée en 1994 et hébergée sur le site de l'Université de Genève, Athena est l'oeuvre de Pierre Perroud, qui y consacre trente heures par semaine, en plus de son activité de professeur au Collège Voltaire. Pierre-Louis Chantre, journaliste, raconte dans L'Hebdo du 13 février 1997: "Il numérise des livres, met en page des textes que des correspondants inconnus lui envoient, crée des liens électroniques avec des livres disponibles ailleurs, tout en essayant de répondre le mieux possible aux centaines de lettres électroniques qu'il reçoit (mille personnes consultent Athena chaque jour). Un travail artisanal qu'il accomplit seul, sans grande rémunération. Malgré des demandes répétées, le Département de l'instruction publique de Genève ne lui paie que deux heures par semaine." (L'Hebdo, n° 7)

En 1997, le site bilingue français-anglais donne accès à 3.500 textes électroniques dans des domaines aussi variés que la philosophie, les sciences, la période classique, la littérature, l'histoire, l'économie, etc. En décembre 1998, les collections comprennent 8.000 textes. Un des objectifs d'Athena est de mettre en ligne des textes de langue française (dans la section: Textes français). Une section spécifique (Swiss Authors and Texts) regroupe les auteurs et textes suisses. On trouve aussi un répertoire mondial des ressources littéraires en ligne (Athena Literature Resources). Par ailleurs, Athena propose une table de minéralogie qui est l'oeuvre de Pierre Perroud et qui est consultée dans le monde entier.

Dans un article de la revue Informatique-Informations de février 1997, Pierre Perroud insiste sur la complémentarité du texte électronique et du livre imprimé. Selon lui, "les textes électroniques représentent un encouragement à la lecture et une participation conviviale à la diffusion de la culture", notamment pour l'étude et la recherche textuelle. Ces textes "sont un bon complément du livre imprimé - celui-ci restant irremplaçable lorsqu'il s'agit de lire". S'il est persuadé de l'utilité du texte électronique, le livre imprimé reste "un compagnon mystérieusement sacré vers lequel convergent de profonds symboles: on le serre dans la main, on le porte contre soi, on le regarde avec admiration; sa petitesse nous rassure autant que son contenu nous impressionne; sa fragilité renferme une densité qui nous fascine; comme l'homme il craint l'eau et le feu, mais il a le pouvoir de mettre la pensée de celui-là à l'abri du Temps."

Créée en mars 1995 par l'Université du Michigan (Etats-Unis) dans le cadre de la School of Information and Library Studies, l'Internet Public Library (IPL) se définit comme la première bibliothèque publique de l'internet sur l'internet, à savoir une bibliothèque sélectionnant, organisant et cataloguant les ressources disponibles sur l'internet, et n'existant elle-même que sur le réseau. Cette bibliothèque publique d'un genre nouveau devient vite une référence. L'IPL recense de manière pratiquement exhaustive les livres (Online Texts), les journaux (Newspapers) et les magazines (Magazines) disponibles sur le web. Les livres sont essentiellement des oeuvres du domaine public, avec 22.500 titres en 2006, dont le quart provient du Projet Gutenberg.

1994: TITRES GRATUITS / PAYANTS

[Résumé]

La publication en ligne d'un livre à titre gratuit nuit-elle aux ventes de la version imprimée ou non? La National Academy Press (NAP) est la première à prendre un tel risque, dès 1994, avec un pari gagné. La même expérience est menée ensuite par la MIT Press (MIT: Massachusetts Institute of Technology). "A première vue, cela paraît illogique", écrit Beth Berselli, journaliste au Washington Post, dans un article repris par Le Courrier international de novembre 1997. "Un éditeur de Washington, la National Academy Press (NAP), qui a publié sur internet 700 titres de son catalogue actuel, permettant ainsi à tout un chacun de lire gratuitement ses livres, a vu ses ventes augmenter de 17% l'année suivante. Qui a dit que personne n'achèterait la vache si on pouvait avoir le lait gratuitement?"

[En détail]

La publication en ligne d'un livre à titre gratuit nuit-elle aux ventes de la version imprimée ou non? La National Academy Press (NAP) est la première à prendre un tel risque, dès 1994, avec un pari gagné. La même expérience est menée par la MIT Press (MIT: Massachusetts Institute of Technology) un an plus tard.

"A première vue, cela paraît illogique", écrit Beth Berselli, journaliste au Washington Post, dans un article repris par Le Courrier international de novembre 1997. "Un éditeur de Washington, la National Academy Press (NAP), qui a publié sur internet 700 titres de son catalogue actuel, permettant ainsi à tout un chacun de lire gratuitement ses livres, a vu ses ventes augmenter de 17% l'année suivante. Qui a dit que personne n'achèterait la vache si on pouvait avoir le lait gratuitement?"

Une politique atypique porte donc ses fruits. Editeur universitaire, la NAP (National Academy Press, qui devient ensuite la National Academies Press) publie environ 200 livres par an, essentiellement des livres scientifiques et techniques et des ouvrages médicaux. En 1994, l'éditeur choisit de mettre en accès libre sur le web le texte intégral de plusieurs centaines de livres, afin que les lecteurs puissent les "feuilleter" à l'écran, comme ils le feraient dans une librairie, avant de les acheter ensuite si utile. La NAP est le premier éditeur à se lancer dans un tel pari, une initiative saluée par les autres maisons d'édition, qui hésitent cependant à se lancer elles aussi dans l'aventure, et ce pour trois raisons: le coût excessif qu'entraîne la mise en ligne de milliers de pages, les problèmes liés au droit d'auteur, et enfin une concurrence qu'ils estiment nuisible à la vente.

Dans le cas de la NAP, l'éditeur est soutenu par les auteurs eux-mêmes qui, pour se faire mieux connaître, insistent pour que leurs livres soient mis en ligne sur le site. Le web est un nouvel outil de marketing face aux 50.000 ouvrages publiés chaque année aux Etats-Unis. Une réduction de 20% est accordée pour toute commande effectuée en ligne. La présence de ces livres sur le web entraîne aussi une augmentation des ventes par téléphone. En 1998, le site de la NAP propose le texte intégral d'un millier de titres.

La solution choisie par la NAP est également adoptée en 1995 par la MIT Press, qui voit rapidement ses ventes doubler pour les livres disponibles en version intégrale sur son site.

1995: AMAZON.COM

[Résumé]

En juillet 1995, Jeff Bezos fonde à Seattle (Etat de Washington, Etats-Unis) la librairie en ligne Amazon.com, futur géant du commerce électronique. Suite à une étude de marché démontrant que les livres sont les meilleurs "produits" à vendre sur l'internet, Amazon.com débute avec dix salariés et trois millions d'articles. Pionnier d'un nouveau modèle économique, Amazon.com devient vite un géant du commerce électronique. Cinq ans plus tard, en novembre 2000, la société compte 7.500 salariés, 28 millions d'articles, 23 millions de clients et quatre filiales au Royaume-Uni (filiale ouverte en octobre 1998), en Allemagne (filiale ouverte à la même date), en France (filiale ouverte en août 2000) et au Japon (filiale ouverte en octobre 2000). Une cinquième filiale est ouverte au Canada (en juin 2002), suivie d'une sixième filiale, Joyo, en Chine (en septembre 2004).

[En détail]

Fondé par Jeff Bezos, Amazon.com voit le jour en juillet 1995 à Seattle, dans l'Etat de Washington, sur la côte ouest des Etats-Unis. Quinze mois auparavant, au printemps 1994, Jeff Bezos fait une étude de marché pour décider du meilleur "produit de consommation" à vendre sur l'internet. Dans sa liste de vingt produits marchands, qui comprennent entre autres les vêtements et les instruments de jardinage, les cinq premiers du classement se trouvent être les livres, les CD, les vidéos, les logiciels et le matériel informatique.

"J'ai utilisé tout un ensemble de critères pour évaluer le potentiel de chaque produit", relate Jeff Bezos dans le kit de presse d'Amazon.com. "Le premier critère a été la taille des marchés existants. J'ai vu que la vente des livres représentait un marché mondial de 82 milliards de dollars US. Le deuxième critère a été la question du prix. Je voulais un produit bon marché. Mon raisonnement était le suivant: puisque c'était le premier achat que les gens allaient faire en ligne, il fallait que la somme à payer soit modique. Le troisième critère a été la variété dans le choix: il y avait trois millions de titres de livres alors qu'il n'y avait que 300.000 titres pour les CD, par exemple."

La vente de livres en ligne débute en juillet 1995, avec dix salariés et un catalogue dix fois supérieur à celui des plus grands hypermarchés. Le catalogue en ligne permet de rechercher les livres par titre, auteur, sujet ou rubrique. On y trouve aussi des CD, des DVD, des jeux informatiques, etc. Très attractif, le contenu éditorial du site change quotidiennement et forme un véritable magazine littéraire proposant des extraits de livres, des entretiens avec des auteurs et des conseils de lecture. Amazon.com devient le pionnier d'un nouveau modèle économique. Son évolution rapide est suivie de près par des analystes de tous bords.

En 1998, avec 1,5 million de clients dans 160 pays et une très bonne image de marque, Amazon.com est régulièrement cité comme un symbole de réussite dans le cybercommerce. Si la librairie en ligne est toujours déficitaire, sa cotation boursière est excellente, suite à une introduction à la Bourse de New York en mai 1997.

En novembre 2000, la société compte 7.500 salariés, 28 millions d'articles, 23 millions de clients et quatre filiales (Royaume-Uni, Allemagne, France, Japon), auxquelles s'ajoute en juin 2002 une cinquième filiale au Canada. La maison mère diversifie ses activités. Elle vend non seulement des livres, des vidéos, des CD et des logiciels, mais aussi des produits de santé, des jouets, des appareils électroniques, des ustensiles de cuisine, des outils de jardinage, etc. En novembre 2001, la vente des livres, disques et vidéos ne représente plus que 58% du chiffre d'affaires global. Admiré par certains, le modèle économique d'Amazon.com est contesté par d'autres, notamment en matière de gestion du personnel, avec des contrats de travail précaires et de bas salaires.

Tout comme la grande librairie en ligne britannique Internet Bookshop, Amazon.com offre une part des bénéfices à ses "associés" en ligne. Depuis le printemps 1997, tous les possesseurs d'un site web peuvent vendre des livres appartenant au catalogue de la librairie et toucher un pourcentage de 15% sur les ventes. Ces associés font une sélection dans les titres du catalogue et rédigent leurs propres résumés. Amazon.com reçoit les commandes par leur intermédiaire, expédie les livres et rédige les factures. Les associés reçoivent un rapport hebdomadaire d'activité. Au printemps 1998, la librairie en ligne compte plus de 30.000 sites affiliés.

La présence européenne d'Amazon.com débute en octobre 1998. Les deux premières filiales sont implantées en Allemagne et au Royaume-Uni. En août 2000, avec 1,8 million de clients en Grande-Bretagne, 1,2 million de clients en Allemagne et quelques centaines de milliers de clients en France, la librairie réalise 23% de ses ventes hors des Etats-Unis. A la même date, elle ouvre sa filiale française. Une filiale japonaise est ouverte en octobre 2000. En novembre 2000, Amazon ouvre un secteur eBooks, à savoir un secteur vendant des livres numériques. En 2001, les 29 millions de clients d'Amazon génèrent un chiffre d'affaires de 4 milliards de dollars US. En juin 2002, une cinquième filiale est ouverte au Canada. Au 3e trimestre 2003, la société devient bénéficiaire pour la première fois de son histoire. En octobre 2003, Amazon.com lance un service de recherche plein texte (Search Inside the Book) dans le texte intégral de 120.000 titres, un nombre promis à une croissance rapide. Une sixième filiale est ouverte en Chine sous le nom de Joyo en septembre 2004.

En 2004, le bénéfice net d'Amazon est de 588 millions de dollars US, dont 45% généré par ses filiales, avec un chiffre d'affaires de 6,9 milliards de dollars. Présent dans sept pays (Etats-Unis, Canada, Royaume-Uni, Allemagne, France, Japon, Chine) et devenu une référence mondiale du commerce en ligne, Amazon fête ses dix ans d'existence en juillet 2005, avec 9.000 salariés et 41 millions de clients actifs, attirés par des produits culturels, high-tech et autres aux prix attractifs et une livraison en 48 heures maximum dans les pays hébergeant une plateforme Amazon.

1995: PRESSE EN LIGNE

[Résumé]

Au début des années 1990, les premières éditions électroniques de journaux sont disponibles par le biais de services commerciaux tels que America Online ou CompuServe. Suite à l'apparition du premier navigateur fin 1993 et à la croissance rapide du web qui s'ensuit, les organes de presse créent leurs propres sites. Mis en ligne en février 1995, le site web du mensuel Le Monde diplomatique est le premier site d'un périodique imprimé français. Monté dans le cadre d'un projet expérimental avec l'Institut national de l'audiovisuel (INA), ce site est inauguré lors du forum des images Imagina. Il donne accès à l'ensemble des articles depuis janvier 1994, par date, par sujet et par pays. Fin 1995, le quotidien Libération met en ligne son site web. Le site du quotidien Le Monde est lancé en 1996.

[En détail]

Au début des années 1990, les premières éditions électroniques de journaux sont disponibles par le biais de services commerciaux tels que America Online ou CompuServe. Suite à l'apparition du premier navigateur fin 1993 et à la croissance rapide du web qui s'ensuit, les organes de presse créent leurs propres sites.

Au Royaume-Uni, le Times et le Sunday Times font web commun sur un site dénommé Times Online, avec possibilité de créer une édition personnalisée. Aux Etats-Unis, la version en ligne du Wall Street Journal est payante, avec 100.000 abonnés en 1998. Celle du New York Times est disponible sur abonnement gratuit. Le Washington Post propose l'actualité quotidienne en ligne et de nombreux articles archivés, le tout avec images, sons et vidéos. Pathfinder (rebaptisé ensuite Time) est le site web du groupe Time-Warner, éditeur de Time Magazine, Sports Illustrated, Fortune, People, Southern Living, Money, Sunset, etc. On peut y lire les articles "maison" et les rechercher par date ou par sujet. Lancé en 1992 en Californie, Wired, premier magazine imprimé entièrement consacré à la culture cyber, est bien évidemment présent sur le web.

Mis en ligne en février 1995, le site web du mensuel Le Monde diplomatique est le premier site d'un périodique imprimé français. Monté dans le cadre d'un projet expérimental avec l'Institut national de l'audiovisuel (INA), ce site est inauguré lors du forum des images Imagina. Il donne accès à l'ensemble des articles depuis janvier 1994, par date, par sujet et par pays. L'intégralité du mensuel en cours est consultable gratuitement pendant deux semaines suivant sa parution. Un forum de discussion permet au journal de discuter avec ses lecteurs. En juin 1998, Philippe Rivière, responsable du site, précise que, trois ans après sa mise en ligne, celui-ci a "bien grandi, autour des mêmes services de base: archives et annonce de sommaire". Grâce à l'internet, "le travail journalistique s'enrichit de sources faciles d'accès, aisément disponibles. Le travail éditorial est facilité par l'échange de courriers électroniques; par contre, une charge de travail supplémentaire due aux messages reçus commence à peser fortement."

Fin 1995, le quotidien Libération met en ligne son site web, peu après le lancement du Cahier Multimédia, un cahier imprimé hebdomadaire inclus dans l'édition du jeudi. Le site propose la Une du quotidien, la rubrique Multimédia, qui regroupe les articles du Cahier Multimédia et les archives des cahiers précédents, le Cahier Livres complété par Chapitre Un (à savoir les premiers chapitres des nouveautés), et bien d'autres rubriques. La rubrique Multimédia est ensuite rebaptisée Numériques.

Le site du quotidien Le Monde est lancé en 1996. On y trouve des dossiers en ligne, la Une en version graphique à partir de 13 h, l'intégralité du journal avant 17 h, l'actualité en liaison avec l'AFP (Agence France-Presse), et des rubriques sur la Bourse, les livres, le multimédia et les sports. En 1998, le journal complet en ligne coûte 5 FF (0,76 euros) alors que l'édition papier coûte 7,50 FF (1,15 euros). S'ils concernent le multimédia, les articles du supplément imprimé hebdomadaire Télévision-Radio-Multimédia sont disponibles gratuitement en ligne dans la rubrique Multimédia, rebaptisée ensuite Nouvelles technologies.

L'Humanité est le premier quotidien français à proposer la version intégrale du journal en accès libre. Classés par rubriques, les articles sont disponibles entre 10 h et 11 h du matin, à l'exception de L'Humanité du samedi, disponible en ligne le lundi suivant. Tous les articles sont archivés sur le site.

Jacques Coubard, responsable du site web, explique en juillet 1998: "Le site de L'Humanité a été lancé en septembre 1996 à l'occasion de la Fête annuelle du journal. Nous y avons ajouté depuis un forum, un site consacré à la récente Coupe du monde de football (avec d'autres partenaires), et des données sur la Fête et sur le meeting d'athlétisme, parrainé par L'Humanité. Nous espérons pouvoir développer ce site à l'occasion du lancement d'une nouvelle formule du quotidien qui devrait intervenir à la fin de l'année ou au début de l'an prochain. Nous espérons également mettre sur le web L'Humanité Hebdo, dans les mêmes délais. Jusqu'à présent on ne peut pas dire que l'arrivée d'internet ait bouleversé la vie des journalistes, faute de moyens et de formation (ce qui va ensemble). Les rubriques sont peu à peu équipées avec des postes dédiés, mais une minorité de journalistes exploite ce gisement de données. Certains s'en servent pour transmettre leurs articles, leurs reportages. Il y a sans doute encore une "peur" culturelle à plonger dans l'univers du net. Normal, en face de l'inconnu. L'avenir devrait donc permettre par une formation (peu compliquée) de combler ce handicap. On peut rêver à un enrichissement par une sorte d'édition électronique, mais nous sommes sévèrement bridés par le manque de moyens financiers."

L'internet permet une information en profondeur qu'aucun organe de presse ne pouvait donner jusqu'ici: rapidité de propagation des informations, accès immédiat à de nombreux sites d'information, liens vers des articles et sources connexes, énormes capacités documentaires allant du général au spécialisé et réciproquement (cartes géographiques, notices biographiques, textes officiels, informations d'ordre politique, économique, social, culturel, etc.), grande variété d'illustrations (photos, graphiques, tableaux, vidéos, etc.), possibilité d'archivage avec moteur de recherche, etc.