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Les Touâreg du nord

Chapter 69: ASCLÉPIADÉES.
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About This Book

The narrative records an exploratory mission across the central Sahara among northern Tuareg and neighboring oases, combining geographical surveys, route reconnoissances, and ethnographic observations of languages, customs, and social organization. The author recounts travel itineraries between key desert towns, interactions with indigenous authorities and guides, and the practical difficulties of extended desert stays, while presenting maps, illustrations, and analyses of caravan routes and commerce. The account aims to inform future political and commercial relations and to serve as preparation for further exploration toward the southern regions.

Pl. VI. Page 164. Fig. 12 et 13.

Fig. 1. — VUE DES RUINES DU CHÂTEAU D’AGHREM, A SERDÉLÈS
(PRISE DU CÔTÉ OUEST).

D’après un dessin de M. H. Duveyrier.

Fig. 2. — AHATÈS (ACACIA ALBIDA).
(ARBRE GIGANTESQUE PRÈS DU CHÂTEAU RUINÉ DE SERDÉLÈS.)

D’après un dessin de M. H. Duveyrier.

L’arbre de la Numidie et de la Libye auquel Jean Léon attribue tant de propriétés est bien le talha rencontré par moi dans mon voyage, mais il ne jouit plus de la même réputation qu’autrefois, car on se borne à récolter sa gomme, sans exploiter son bois.

L’Acacia Arabica des forêts du pays des Touâreg atteint les proportions des plus grands amandiers dans le Nord de l’Afrique et en Provence : 3 mètres environ d’élévation sous branches et 1 mètre de circonférence. D’après M. Pélissier, ceux de Boû-Heudma seraient non moins remarquables par leur grosseur et leur grandeur.

La gomme que j’ai récoltée à Oubâri est aussi belle que celle de la côte de l’Océan. L’échantillon de la forêt du Boû-Heudma, que M. Pélissier avait envoyé à Marseille, y a été reconnu, par le commerce de cette ville, d’aussi bonne qualité que la gomme du Sénégal.

La gomme, on le sait, est une production maladive de l’arbre, provoquée par une haute température et sous l’influence souvent renouvelée des vents du Sud. Elle sort spontanément des gerçures que la chaleur détermine sur l’écorce de l’arbre ; du moins c’est ce que j’ai constaté dans mon voyage.

On a écrit que la gomme était obtenue par incision ; il est possible que, pour avoir une plus grande production de gomme, on se livre à cette opération, mais elle est inusitée dans les contrées que j’ai parcourues. D’ailleurs, chez les Touâreg, qui manquent souvent de vivres, la gomme est presque toujours mangée dès qu’elle est produite, et on ne la récolte, pour le commerce, que dans les oasis du Fezzân, où l’homme trouve facilement une nourriture plus substantielle.

J’ai cherché à préciser d’une manière certaine les stations de l’Acacia Arabica dans les parties les plus rapprochées du Sahara algérien, parce que cet arbre est un de ceux que nous avons le plus d’intérêt à y acclimater.

Avant moi, M. le docteur Cosson, juge beaucoup plus compétent, a déjà appelé l’attention du gouvernement sur le choix à faire de cette essence pour le reboisement des solitudes sahariennes.

D’après les points où sa présence a été constatée ou signalée, il semble que l’altitude et la qualité du sol lui sont à peu près indifférentes. La seule condition que réclame cet acacia pour prospérer et produire de la gomme est d’avoir beaucoup d’air et de lumière. Dans tous les bois que j’ai parcourus, les arbres sont très-espacés, ce qui avait déjà été remarqué au Sénégal et au Sud du Maroc.

L’Acacia Arabica ne croît pas toujours en arbre : sur la circonférence des forêts et à l’exposition Nord, il ne forme guère que des buissons.

Les Fezzaniens et les Touâreg considèrent l’acacia broussaille comme constituant une espèce différente de l’acacia arbre et lui donnent des noms différents : ’Ankîch (arabe), Tamât (temâhaq) ; mais après comparaison des échantillons de l’’ankîch récoltés à Ouarâret avec ceux du guerodh de provenance fezzanienne, les deux ont été reconnus appartenir à la même espèce.

Les gousses de l’’ankîch, plus faciles à récolter, sont employées à la préparation des cuirs.

La broussaille, comme l’arbre, donne de la gomme.

Les fleurs de l’Acacia Arabica m’ont paru répandre un parfum suave qui aurait quelque succès, s’il pouvait être fixé.

Dans l’inventaire des arbres cultivés au Touât figure un acacia du nom d’aggâra dont les gousses sont aussi récoltées pour la tannerie.

Cet arbre croît spontanément dans le Ahaggâr où il est connu sous le nom de Tâdjdjart. Il m’est indiqué avec la note suivante : « Arbre épineux, à graines amères, dont les gousses sont employées comme tannin. Semblable au talha ou Acacia Arabica, mais distinct cependant. »

Est-ce, sous un nom différent, une variété de l’Acacia Arabica ? Est-ce une autre espèce ? Je l’ignore.

Je consigne ici ce détail pour mémoire et à titre de simple renseignement.

Cassia obovata Coll.

Senâ, Hachîcha, Senâ-el-Mekki (arabe) ; Adjerdjer (temâhaq).

Récolté à Oubâri le 17 mai 1861 ; trouvé sur deux points de ma route entre Ghadâmès et Rhât, sur quatre points différents du Fezzân, sur un point entre Methlîli et El-Golêa’a ; signalé comme couvrant de grands espaces à Wahellidjen et à Arhafra dans les montagnes du Ahaggâr ; très-commun dans le pays d’Aïr.

Le séné pullule partout où les vents portent sa graine. Jadis on le récoltait en abondance pour le vendre sur les marchés de Tripoli, mais la concurrence a tellement fait baisser les prix qu’ils ne couvrent plus les frais de transport.

Les Touâreg distinguent deux variétés de séné : l’adjerjer-afelâmi ou séné des autruches, qui est le plus commun, et l’adjerjer-ouân-Anhef, que produisent les montagnes d’Anhef et qui est le séné noble des Arabes.

Celui du Ahaggâr, qui croît en montagne, est réputé plus actif que celui des autres contrées.

Les indigènes des pays de production, sur la foi de cette parole du Prophète : « Procurez-vous du séné ; vous y trouverez des remèdes contre toutes les maladies, excepté la mort, » en font usage dès qu’ils éprouvent le moindre mal.

Pisum sativum L. ?

Hammîz, Hommoz, Djeldjelân (arabe).

Cultivé dans les oasis. Près de la source de Tinoûhaouen, entre Rhât et le village de Fêouet, j’en ai trouvé un grand champ à maturité le 13 mars 1861. Le propriétaire consentit à m’en vendre. Ce pois me parut délicieux.

Les indigènes mangent toujours les pois secs et non verts. Les ménagères aiment à décorer les plats de couscoussou de guirlandes de pois.

Indépendamment du Pisum sativum, les Oasiens cultivent aussi, pour le même usage, le Cicer arietinum L., sous le nom de djelbâna.

Lathyrus Ochrus DC.

Garfâla (arabe).

Ce lathyrus est cultivé au Fezzân comme plante fourragère.

Faba vulgaris Mœnch.

Foûla (arabe).

La fève de marais est également cultivée dans les oasis. On la mange crue ou cuite. Au printemps, les citadins s’en nourrissent presque exclusivement.

Dolichos... ?

Loûbia (arabe).

Le haricot dolichos est plus rare dans les oasis ; cependant il doit figurer au nombre des plantes potagères qui y sont cultivées.

Medicago ?

Guedhob (arabe et temâhaq).

Sous ce nom, on cultive au Fezzân, comme plante fourragère, une luzerne qui croît spontanément dans le pays et que j’ai trouvée en six stations entre Oubâri et Zouîla.

Ne l’ayant rencontrée ni en fleurs, ni en fruits, elle ne figure pas dans mon herbier.

Cette plante serait-elle le Medicago pentacycla DC. que Prax a trouvée dans les cultures tunisiennes ?

Trifolium ?

Foçça (arabe).

Cultivé au Fezzân et au Touât comme plante fourragère, principalement pour l’usage des chevaux.

D’après M. le commandant Colonieu, au Touât, on faucherait cette Légumineuse tous les vingt jours pour en nourrir les moutons.

Au Fezzân, on vend également cette plante sur tous les marchés.

ROSACÉES.

Neurada procumbens L.

Saàdân, Kofeïza (arabe) syn. Coss. ; Nefel, Anefel (ânefel) (temâhaq).

Récolté le 2 mars 1861 à Tîn-Têrdja. Reconnu en huit stations de Ghadâmès à Rhât. Indiqué comme étant commun dans les montagnes entre Rhât et In-Sâlah.

Bonne plante fourragère.

AMYGDALÉES.

Amygdalus communis L.

Chedjret-el-Loûz (arabe) ; Ibaobaoen (temâhaq).

L’amandier, dans le Sahara, rencontre les conditions qui lui conviennent le mieux, bien qu’il n’existe pas dans les oasis du Nord ; on le trouve à Ghadâmès, à Tessâoua et dans les jardins du Fezzân.

Son fruit frais, frek, est très-recherché.

Son fruit sec, loûz, est quelquefois employé en boisson émulsive. On en extrait une huile, zît-el-loûz, consacrée aux mêmes usages que chez nous.

L’arbre donne une gomme, ’alk-el-loûz, qui est mangée.

Amygdalus Persica L.

Chedjret-el-Khoûkh (arabe).

Le pêcher réussit mal dans les oasis. Il est rare, ses fruits sont de qualité médiocre.

La station la plus méridionale de cet arbre est à Tessâoua.

Prunus Armeniaca L.

Chedjret-el-Berkoûk (arabe).

L’abricotier atteint souvent dans les oasis, notamment à Ghadâmès, le développement des plus grands arbres, mais ses fruits perdent de leur qualité au fur et à mesure qu’on avance dans le Sud.

A Tunis et à Biskra, on prépare des abricots secs qui sont vendus dans le commerce sous le nom de mechmâch.

Prunus domestica L.

Chedjret-el-’Aïn (arabe).

Le prunier à fruits oblongs, cultivé dans les oasis du Nord, se retrouve encore dans les oasis du Sud, mais plus rarement.

POMACÉES.

Malus communis L.

Chedjret-et-Teffâh (arabe).

Le pommier, quoique rare, est aussi acclimaté dans les oasis, mais ses fruits sont sans goût et mauvais.

Les pommes étaient en pleine maturité à mon passage à Tessâoua, le 5 juin.

Tous ces arbres importés d’autres climats ne sont pas là dans leur élément. Sans l’ombre protectrice des dattiers, ils ne pourraient pas même vivre.

Cydonia vulgaris Pers.

Seferdjel (arabe).

Le coignassier est aussi un des arbres fruitiers cultivés dans les oasis où il acquiert un développement considérable.

LYTHRARIÉES.

Lawsonia inermis L.

Henna (arabe) ; Anella (temâhaq).

Cultivé dans toutes les oasis, mais particulièrement au Touât, car on donne souvent au district qui la produit le nom de Touât-el-Henna.

Le henné affectionne les terres basses, chaudes, humides des lignes de fonds du Sahara, comme celles de Gâbès, du Nefzâoua, du Belâd-el-Djerîd, de l’Ouâd-Rîgh, d’Ouarglâ et du Touât, qui constituent une zone de même formation et de même climat, également riche en eau et en chaleur, conditions que réclame impérieusement la culture de cette plante tinctoriale pour atteindre les développements que désire l’industrie.

Si je suis bien renseigné, le henné peut être cultivé comme plante herbacée et annuelle, à la façon des plantes fourragères, semé comme elles, fauché comme elles, et séché comme elles.

S’il en était ainsi, le Sahara pourrait produire le henné en grande quantité et aux conditions de prix fixées par le commerce, qui sont en moyenne de 1 fr. par kilo.

Au Nord de la ligne des bas-fonds ci-dessus énumérés, le henné ne vient qu’exceptionnellement à maturité. Aussi, pour toutes les cultures du Tell algérien, il faut demander des graines au Sahara ; dès lors c’est dans le Sahara et non le Tell que le commerce doit aller chercher le henné dont il a besoin.

Ce que j’aurai à dire du henné dans le deuxième volume de cet ouvrage, au chapitre consacré à la matière commerciale saharienne, me dispense d’entrer ici dans de plus grands détails sur les divers emplois de cette plante.

GRANATÉES.

Punica Granatum L.

Roummâna (arabe) ; Tarroummant (temâhaq).

Le grenadier est cultivé avec succès dans toutes les oasis.

Son fruit aigrelet convient particulièrement au climat : aussi est-il très-estimé.

Les écorces du tronc et de la racine sont employées comme vermifuges et les feuilles comme hémostatiques.

CUCURBITACÉES.

Cucumis Melo L.

Bettîkha (arabe).

De nombreuses variétés de melons sont cultivées par les Sahariens. Celles préférées sont les melons à chair aqueuse, particulièrement les melons verts d’Espagne.

Cucumis sativus L.

Foggoûs (arabe) ; Itekel (temâhaq).

Le concombre entre pour une part très-considérable dans l’alimentation des Oasiens. On le mange généralement avec des dattes, à l’imitation du Prophète, qui disait : « Le froid des concombres compense la chaleur des dattes, et la chaleur des dattes compense le froid des concombres. »

Cucumis Colocynthis L.

Handhal (arabe) ; Alkat (temâhaq) ; Tajellet (mezabite).

Récolté le 18 janvier 1859 dans l’Ouâd-Mezâb et le 24 août 1861 dans les montagnes de la Sôda.

Croît spontanément partout. Rencontré en cinq stations entre Ghadâmès et Rhât ; en deux de Tîterhsîn à la Cherguîya ; indiqué dans les montagnes entre Rhât et In-Sâlah. Assez commun dans le pays des Teboû pour que la vente de ses graines, aguellet, soit l’objet d’un commerce.

Les auteurs grecs et romains ont signalé, comme une très-grande aberration du goût, l’usage que les Troglodites (Teboû modernes) faisaient de la graine de la coloquinte. Cet usage s’est perpétué jusqu’à nos jours. Les graines de coloquinte, débarrassées de leur principe amer par l’ébullition et torréfiées, sont encore vendues aujourd’hui sous le nom de taberka par les Teboû sur les marchés et recherchées comme aliment de luxe.

A l’imitation de mes compagnons de route, j’ai mangé des graines de coloquinte et je n’ai pas trouvé qu’elles fussent dignes de la réprobation des anciens. J’avoue cependant qu’il faut habiter le pays de la famine pour avoir l’idée de chercher un aliment dans la graine d’une pareille plante.

La graine de coloquinte, non débarrassée de son principe amer, est donnée comme boisson, en mélange avec de l’ail, contre les morsures de vipères.

Cucurbita maxima Duch.

Guera’a (arabe) ; Takasâïm (temâhaq).

Le potiron, qui atteint dans les oasis des proportions gigantesques, est un aliment très-prisé dans le Sahara, comme tous les fruits de la famille des Cucurbitacées.

Cucurbita Pepo Seringe.

Kâboûïa (arabe) ; Kabêoua (temâhaq).

La citrouille est cultivée concurremment avec le potiron et est recherchée comme lui.

Cucumis Citrullus Seringe.

Della’a (arabe) ; Tiledjest (temâhaq).

Dans les pays chauds, la pastèque est le sorbet le plus agréable qu’on puisse trouver. On en cultive, dans tout le Sahara, de nombreuses variétés à chair rouge, à chair blanche et à chair jaune. Toutes sont sucrées et très-rafraîchissantes.

Lagenaria vulgaris Seringe.

Guera’a (arabe).

Cette courge bouteille est principalement cultivée pour son écorce solide. On en fait des vases, mais surtout des instruments de musique à cordes, compagnons obligés de toutes les femmes et de tous les nègres qui se vengent de l’infériorité de leur position sociale, en chantant et en dansant, dès que leurs maîtres leur laissent un instant de liberté.

TAMARISCINÉES.

Tamarix articulata Vahl.

Ethel (arabe) ; Tabarkat (temâhaq).

Échantillon récolté à El-Bedîr le 20 juillet 1861.

La carte itinéraire de mon voyage indique 65 bois de tamarix, dont 58 entre Ghadâmès et Rhât et 7 entre Tîterhsîn et la Cherguîya.

Chez les Touâreg, le tamarix éthel est l’arbre le plus important par son nombre, par les proportions qu’il atteint et par les services qu’il rend.

Sur la ligne de Rhât à Ghadâmès, la limite Nord de cet arbre est à Tahâla par le 29e degré de latitude ; à partir de ce point, on le trouve dans tous les bas-fonds des vallées, où il forme quelquefois, soit seul, soit mélangé à d’autres tamarix, d’importantes forêts qui rompent la monotonie saharienne.

Au Sud de l’Algérie, l’éthel se montre pour la première fois sur l’Ouâd-Nesâ inférieur.

Cet arbre, à moins de mutilation dans son jeune âge, pousse en un tronc unique, qui s’élève à plusieurs mètres de hauteur et porte généralement de 1m 50 à 2m de circonférence.

A Azhel-n-Bangou, un éthel, celui sous lequel le forgeron Bangou avait établi son atelier, d’où lui est venu ce nom, mesure à sa base 5m 40 de circonférence. C’est un véritable géant pour la région saharienne ; mais il n’est pas le seul, car j’en ai remarqué d’autres qui m’ont paru presque aussi gros.

Souvent cet arbre pousse en groupes de quatre à cinq pieds, mais toujours distincts les uns des autres.

Souvent aussi il se ramifie à partir de terre et projette des branches tortueuses dans toutes les directions.

Son feuillage, composé de fils articulés, retombe gracieusement comme des plumes. Il est d’un beau vert bleuâtre.

Le bois de l’éthel, de couleur jaune rosé, léger, tendre, cependant solide, fournit à l’industrie locale des planches, des poutres, mais surtout du bois de tour avec lequel on confectionne des plats, des vases et même des selles de dromadaire.

Son fruit, nommé par les Arabes adabeh, paraît jouir de propriétés astringentes et tannantes très-marquées, car on l’emploie concurremment avec la galle de cet arbre et celles des autres tamarix sahariens à la préparation des cuirs.

La galle des tamarix, nommée takaout, est un des meilleurs tannins connus. J’aurai l’occasion de revenir sur ce produit dans le deuxième volume de cet ouvrage.

L’éthel n’est pas partout apprécié comme il l’est dans le pays des Touâreg, car on lit dans le Coran, chapitre XXIV, verset 15 :

« Dieu, pour se venger des habitants de Saba, rompit les digues qui les préservaient de l’inondation, et leurs jardins furent envahis par l’éthel. »

Arbre de malédiction à Saba, l’éthel est souvent béni dans le Sahara pour l’ombre qu’il donne aux voyageurs après des marches pénibles.

Tamarix Gallica L.

Tarfa, Ethel (arabe) ; Tabarkat (temâhaq).

Échantillons rapportés de la Heycha de Chegga, le 25 novembre 1859 ; d’El-Faïdh le 31 mai ; de l’Ouâdi-’l-Ethel, le 17 octobre ; de l’Ouâdi-Tirhît, le 18 novembre 1860 ; de Tekertîba, le 28 mai 1861.

Les indigènes confondent souvent cette espèce avec la précédente, parce qu’elles peuplent les mêmes forêts, donnent les mêmes produits et servent aux mêmes usages. J’ai pu constater cette confusion par le nom d’Ouâdi-’l-Ethel, qu’ils donnent à des vallées dont les lits sont couverts des deux espèces et quelquefois même du T. Gallica seul, à l’exclusion de l’articulata.

Le Tamarix Gallica, qui est l’espèce dominante dans le Tell, paraît s’étendre très-loin au Sud dans le Sahara.

Le bois de cet arbre, presque toujours atteint par la pourriture, dans le Nord, ce qui le rend impropre à tout usage, paraît conserver toutes les qualités d’un bois d’œuvre dans le Sud.

Tamarix pauciovulata J. Gay.

Tarfa, Ethel, Azaoua (arabe) ; Tâzaouat, Tabarkat (temâhaq).

Récolté le 11 décembre 1860, sur l’Ouâdi-Sodof, et le 1er janvier 1861, à Sâghen. Paraît commun dans les vallées du Ahaggâr.

Mélangé dans les vallées avec les précédents, il est souvent confondu avec eux.

Tamarix Africana Poir ?

Tarfa (arabe).

Récolté à ’Aïn-ed-Dowîra le 4 février 1860.

Tamarix Africana var. laxiflora J. Gay.

Tarfa (arabe).

Récolté aux environs de Nafta le 8 mars 1860.

Ces deux dernières espèces, communes sur le littoral, semblent affectionner des stations septentrionales, car je ne les ai pas trouvées au delà de la zone de l’’Erg.

PARONYCHIÉES.

Sclerocephalus Arabicus Boiss.

Tasakkaroût (temâhaq).

Récolté à Tiferghasîn, entre Ghadâmès et Rhât, le 5 mars 1861.

Cette plante, ainsi que l’indiquent son nom botanique et la station dans laquelle elle a été trouvée, appartient aux régions chaudes du Sahara.

PORTULACÉES.

Portulaca oleracea L.

Ridjla (arabe) ; Benderâkech (temâhaq).

Le pourpier est une des cultures des oasis et une de celles qui réussissent le mieux.

Indépendamment du ridjla, on trouve encore deux autres variétés de pourpier : le tafrîta et le boguel, ce dernier connu aussi sous le nom de bortoulâkech, probablement parce qu’il a été importé du Portugal.

FICOIDÉES.

Aizoon Canariense L.

Taouit (temâhaq).

Trouvé et récolté dans une station unique, à Tîn-Arrây, le 1er mars 1861.

Cette plante est mangée par les Touâreg, ce qui implique qu’elle est assez commune dans d’autres contrées de leur pays.

Nitraria tridentata Desf.

Ghardek (arabe) ; Atarzîm (temâhaq).

Échantillon du Sahara algérien, récolté entre ’Oglat-Setîl et Merhayyer, le 3 juin 1860. Reconnu en six stations entre Tîterhsîn et le Cherguîya, principalement entre Mourzouk et Zouïla, où il dispute le sol à l’Alhagi Maurorum.

« Le fruit de cet arbrisseau, damouch, est une baie rougeâtre, dit M. le consul Pélissier, d’un goût exquis, mélange de ceux de la fraise, de la framboise et de la groseille. L’effet de ce fruit sur l’organisme, ajoute-t-il, est une fraîcheur vivifiante, disposant l’esprit à la gaieté et laissant dans la mémoire de l’estomac une forte appétence pour cet aliment suave et presque aérien. »

M. Pélissier, auquel j’emprunte cette appréciation, estime que c’est là le véritable Lotus des anciens, attendu qu’il croît en abondance dans l’île de Djerba, l’ancienne Lotophagitis.

Adhuc sub judice lis est.

OMBELLIFÈRES.

Apium graveolens L.

Kerâfes (arabe).

Récolté sous les palmiers de Sîdi-Khelîl.

Plante sans importance.

Deverra scoparia Coss. et DR. in Bull. Soc. bot.

Gouzzah (arabe).

Trouvé et récolté le 14 novembre 1860, dans l’Ouâdi-Tirhît, du plateau de Tînghert. Reconnu sur la Chebka des Benî-Mezâb. Signalé sur le plateau de Tâdemâyt.

Petite plante, très-odorante, très-commune dans les stations qu’elle affectionne.

Scandix Pecten-Veneris L.

Sennârt-el-Behâïm (arabe).

Récolté dans les environs du Chott-Melghîgh.

Plante sans importance.

Daucus Carota L.

Zeroûdïa (arabe) ; Ezzeroûdîet (temâhaq).

La carotte est cultivée dans les oasis, mais en très-petite quantité.

Cuminum Cyminum L.

Kerouïa (arabe).

Cultivé dans les jardins des oasis comme épice. On mêle sa graine avec le sel et le poivre pour saupoudrer les aliments.

Dans les embarras gastriques, on en avale une pincée matin et soir.

Dans quelques villes du littoral méditerranéen, on distille la graine et on en obtient une liqueur, mâ-kerouïa, qui est considérée comme un spécifique des douleurs intestinales.

Coriandrum sativum L.

Gouzbîr (arabe).

Cette Ombellifère aromatique est cultivée dans les jardins pour sa graine connue sous le nom de tabel.

Le tabel est employé avec le sel et le poivre pour conserver les viandes sèches à l’usage des caravanes. On s’en sert aussi dans les ragoûts.

La médecine indigène préconise un sirop de graine de coriandre dans les affections chroniques de poitrine.

COMPOSÉES (CORYMBIFÈRES).

Francœuria crispa Cass.

Récolté le 20 septembre 1860 à la Gueráa de Ben-’Aggiou.

Pulicaria undulata DC.

Ameo (temâhaq).

Trouvé et récolté en une station unique sur l’Ouâdi-Alloûn le 29 février 1861.

Astericus graveolens DC.

Nogued (arabe) ; Akatkat (temâhaq).

Récolté sur le sommet de la Gâra de Tisfîn le 16 septembre 1860 et à Aghelâd le 8 février 1861.

Reconnu dans les environs de Ghadâmès, en sept stations entre Ghadâmès et Rhât. Signalé dans les montagnes entre Rhât et In-Sâlah, ainsi que sur le plateau de Tâdemâyt.

Plante sans importance, au point de vue de l’utilité.

Anvillea radiata Coss. et DR. in Bull. Soc. bot.

Chedjret-edh-dhobb, ’Arfej (arabe) ; Tehetit (temâhaq).

Reconnu dans l’’Erg, à Tîterhsîn, et à Serdelès.

Récolté le 20 septembre entre Gueráa-ben-’Aggiou et l’Ouâdi-Gober-Sâlah.

Signalé comme étant commun entre Rhât et In-Sâlah.

Cette plante frutescente, qui croît en vastes touffes blanchâtres, couvertes de fleurs jaunes au printemps, embrasse souvent de grands espaces auxquels elle donne un aspect tout particulier.

Cyrtolepis Alexandrina DC.

Récolté dans des lieux incultes à Gâbès, les 17 et 21 mars 1860.

Sans utilité.

Artemisia Herba-alba Asso.

Chîh (arabe) ; Azezzeré (temâhaq).

Reconnu de Methlîli à El-Golêa’a.

Signalé commun entre Rhât et In-Sâlah.

Les sommités fleuries de cette plante sont récoltées, séchées, réduites en poudre et prises comme digestives.

Quand les Touâreg sont venus en France, ils avaient leur provision de cette poudre et en faisaient souvent usage.

Une décoction de feuilles et de fleurs est donnée aux enfants atteints de vers intestinaux.

Artemisia campestris L.

Chîh (arabe) ; Tiheredjdjelé (temâhaq).

Commun dans le Ahaggâr.

Cette espèce, plus grande que la précédente, sert aux mêmes usages.

Tanacetum cinereum DC.

Robîta (arabe) ; Tâkkilt (temâhaq).

Récolté le 9 février 1861 sur l’Ouâdi-Tarât. Reconnu en six stations entre Ghadâmès et Rhât.

Chlamydophora pubescens Coss. et DR. Cotula pubescens Desf.

Gartoûfa (arabe), syn. Coss.

Récolté le 7 mars 1860 entre Guettâra-Ahmed-ben-’Amâra et Gâret-Djâb-Allah et le 8 février 1861 à Aghelâd.

Affectionne les terres alluvionnaires salines de heycha. Plante sans importance.

Senecio coronopifolius Desf.

Beddâna (arabe) ; Temasâsoui (temâhaq).

Récolté entre Guettâra-Ahmed-ben-’Amâra et Gâret-Djâb-Allah le 7 mars 1860 et à Sâghen le 1er janvier 1861.

Croît dans les terrains de heycha.

COMPOSÉES (CHICORACÉES).

Spitzelia Saharæ Coss. et Kral.

Tasoûyé (temâhaq).

Récolté sur l’Ouâdi-Alloûn le 29 février 1861.

Lomatolepis glomerata Cass.

Harchâïa (arabe), syn. Coss. ; Rhardélé (temâhaq).

Récolté le 29 février 1861 sur l’Ouâdi-Alloûn.

Sonchus maritimus L.

Sîf-el-Ghorâb (arabe).

Récolté aux environs de Nafta le 8 mars 1860.

Sans importance.

Tourneuxia variifolia Coss. in Bull. Soc. bot.

Récolté entre Hâssi-Dhomrân et Cháabet-Timedaqsin le 9 septembre 1859.

Zollikoferia quercifolia Coss. et Kral. Sonchus quercifolius Desf.

Récolté le 12 mars 1860 dans les montagnes de Kerîz.

Petite plante sans importance.

Zollikoferia angustifolia Coss. et DR. Sonchus angustifolius Desf.

Récolté sur la Hamâda de Tînghert près de la Gâra de Tîsfîn (environs de Ghadâmès), le 16 septembre 1860.

Zollikoferia resedifolia Coss. Sonchus chondrilloides Desf.

’Adhîdh (arabe).

Récolté sur l’Ouâd-Mezâb le 18 juillet 1859 et sur le rivage de la mer à Gâbès les 17 et 21 mars 1860. Commun dans la partie septentrionale du Sahara algérien et tunisien.

Recherché par les chameaux.

PRIMULACÉES.

Anagallis arvensis L.

Récolté, le 13 mars 1860, dans les terrains humides aux environs du Chott-Melghîgh.

Aime les terrains humides.

Samolus Valerandi L.

Récolté à Tânout-Tîrekîn, près de Djâdo, le 7 novembre 1860.

OLÉACÉES.

Olea Europæa L.

Zitoûna (arabe) ; Tahatimt (temâhaq).

L’olivier croît spontanément dans toutes les parties de la péninsule atlantique réputées appartenir au Tell (Tellus des Romains), mais, dans le Sahara, il est toujours une conquête de la culture.

A Tessâoua, capitale de l’Ouâdi-’Otba, ancien centre de civilisation nègre et l’une des premières villes conquises par les Arabes, on en trouve d’énormes, à gros fruits, aussi remarquables par leur développement que les plus beaux sujets de la même espèce sur le littoral méditerranéen.

Tant à Tessâoua que dans le reste du Fezzân, on en compte une vingtaine de pieds, tous cultivés pour olives de table. Que je sache, ces oliviers doivent être les plus méridionaux de ceux connus sur le continent africain.

On constate facilement, dans cette localité, qu’on est sur le terrain d’une zone de transition, car, à côté de cultures soudaniennes, coton et indigo, croissent l’olivier, le pêcher, le pommier et le citronnier, qui appartiennent aux zones plus tempérées du Nord.

ASCLÉPIADÉES.

Periploca angustifolia Labill.

Hallâb (arabe).

Récolté dans les ouâdi de la Djefâra, près de Tripoli, les 18 octobre et 12 novembre 1860.

En 1859, j’avais rencontré cette plante sur l’Ouâd-Mâssek, entre Methlîli et El-Golêa’a.

Cette broussaille est mangée par les chameaux.

Calotropis procera R. Br.

Korounka (arabe) ; Tôreha (temâhaq).

Récolté à Methlîli en juillet et août 1859. Déjà trouvé, en 1858, sur le même point, par M. le docteur Cosson. Reconnu en quatre stations entre Ghadâmès et Rhât. Signalé au Touât.

La limite Nord de cette plante tropicale est à Methlîli, au Sud de l’Algérie, et dans la Djefâra, plaine au Sud de Tripoli.

La forme et la couleur de cet arbuste rappellent celles du chou domestique. Sa fleur est blanche à la base et violette au sommet. Sa tige atteint 2m de hauteur.

Les graines que j’avais envoyées, en 1859, au Jardin d’acclimatation d’Alger, n’ont pas levé, probablement parce qu’elles n’étaient pas en parfaite mâturité. Depuis, je n’ai pas eu l’occasion de rencontrer cette espèce en graine.

Les Touâreg utilisent la tige de cette plante dans la confection des selles et des cages de voyage pour les femmes. Au Touât, on l’emploie exclusivement, convertie en charbon, pour la préparation de la poudre.

Pl. VII. Page 180. Fig. 14 et 15.

Fig. 1. — VUE DE TESSÂOUA, PRISE DU CÔTÉ NORD.

D’après un dessin de M. H. Duveyrier.

Fig. 2. — INSCRIPTION COUFIQUE SUR UNE TOMBE DE L’ANCIEN CIMETIÈRE DE TESSÂOUA.

D’après un estampage de M. H. Duveyrier.

Les Arabes de la Tripolitaine, dit-on, s’en servent comme purgatif.

Dæmia cordata R. Br.

Oumm-el-leben (arabe) ; Tellâkh (temâhaq).

Récolté le 24 août 1861 sur l’Ouâdi-Tîn-Guezzîn dans la Sôda. Reconnu en deux points de ma route entre Ghadâmès et Rhât.

GENTIANÉES.

Erythræa pulchella Fries var. ?

Tifechkan (temâhaq).

Récolté près de la source de Serdélès, le 3 mai 1861.

CONVOLVULACÉES.

Cressa Cretica L.

’Achbet-el-mâ (arabe).

Récolté sur l’Ouâdi-Aouâl le 17 septembre 1860.

BORRAGINÉES.

Heliotropium Europæum L.

Dhaharet-ech-chems (arabe).