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Les vignes du Seigneur

Chapter 28: I.
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About This Book

A sequence of lyrical pieces that celebrate wine, rural vineyards, and provincial life in southwestern France, alternating playful odes to intoxication with pastoral descriptions of Médoc scenery, village customs, and lovers' encounters. The poems personify drink, evoke tavern brawls and festive dances, and map the landscape of vines, dunes, and riverbanks, while mixing sensual pleasure with melancholy and social observation. Tone ranges from convivial humor to wistful reflection, and the collection interweaves vivid natural imagery, local color and character sketches with meditations on desire, memory, and the joys and dangers of excess.

MUEZZIN.

I.

Ce matin, penché, seul à ma fenêtre,
L'ombre autour de moi pleine de rumeurs
Triste, j'attendais le jour à paraître,
L'œil vers l'orient aux rouges lueurs.
La nuit s'enfuyait, honteuse et surprise,
Le ciel éteignait les pâles regards;
Et, des noirs buissons qu'agitait la brise,
Pensif, j'écoutais les souffles épars.
Mais quand je sentis, ployé sous l'extase,
De lumière et d'or mon front inondé,
Tandis que, partout, comme l'eau d'un vase,
Le jour ruisselait du ciel débordé;
Quand les peupliers et quand la prairie,
Avec le ruisseau, chantèrent en chœur,
Quand je vis briller les fils-de-Marie,
Je sentis la paix monter à mon cœur.
Mille oiseaux jasaient, je me sentais vivre,
D'un chaste bonheur mon cœur se berçait;
Et c'était pour moi, qui d'un rien m'enivre,
Comme un frais bonjour que Dieu m'adressait.

II.

Et voyant ainsi le ciel me sourire,
Pour que votre esprit ne fût pas jaloux,
A mon tour aussi j'ai voulu vous dire
Que le ciel s'était levé bleu sur vous.
Car peut-être alors, belle paresseuse,
Les volets fermés à l'éclat des cieux,
Vous pensiez—souvent l'aurore est berceuse—
A tout ce qui fait le front soucieux.
Vous pensiez aux jours de courte durée
Qui laissent en nous si longs souvenirs,
A l'espoir qui passe en robe dorée,
Haillons rattachés avec des saphirs!
Vous pensiez sans doute à tout ce qu'emporte
L'ombre qui décroît, voile replié,
Au rayon qui vient quand la fleur est morte,
Au malheur qui fuit sans être oublié.
Vous pensiez, tendant l'oreille aux mensonges
Qu'à votre chevet souffle le sommeil,
Qu'il valait bien mieux poursuivre des songes
Que de tant hâter l'heure du réveil;
Que peut-être, hélas! le jour qui va luire
Sera triste et noir, et plein de courroux,
Et voilà pourquoi j'ai voulu vous dire
Que le ciel s'était levé bleu sur vous.