SONNETS
MONTRÉAL
A M. LOUIS FRÉCHETTE
Bâtie au pied d'un roc à l'aspect grandiose,
Et que Jacques Cartier appela Mont-Royal
Cette belle cité, que le Pactole arrose,
Attache le progrès à son char triomphal.
Le commerce fleurit où fleurissait la rose,
Car il a détrôné le règne végétal;
La voix de la vapeur--moderne virtuose--
Fait retentir les airs d'un hymne magistral.
Là vit dans l'harmonie un peuple hétérogène
Dont les fils, chaque jour, descendent dans l'arène
Au seul mot d'industrie ou de prospérité.
Ils rêvent d'établir sur ce sol historique
Une ville prospère, heureuse, magnifique,
Et ce beau rêve touche à la réalité!
1er mars 1889.
QUÉBEC
A M. NAPOLÉON LEGENDRE
Assise sur le haut d'un vaste promontoire
D'où le regard embrasse un féerique tableau,
La ville de Québec semble du territoire
Être la sentinelle ou le porte-drapeau!
Ses vieux murs délabrés, qui faisaient notre gloire,
Tombent de jour en jour sous les coups du marteau;
N'importe! elle progresse, et son nom dans l'histoire
N'en brillera pas moins d'un éclat pur et beau!
Elle a dormi longtemps; la voilà qui se lève!
Un pont traversera, de l'une à l'autre grève,
Le cours majestueux du large Saint-Laurent.
De superbes palais embelliront ses rues;
Des hôtels dresseront leurs dômes dans les nues;
Et l'immortel Champlain aura son monument!
1er mars 1889.
ROSE FANÉE
L'autre soir, en ouvrant quelques feuillets de prose
Cachés sous la poussière et jaunis par le temps,
J'en vis rouler à terre une petite rose
Qui me rappela l'heure où j'avais dix-sept ans.
A sa tige pendait un bout de satin rose
Où j'aperçus le nom d'un ange aux traits charmants
Qu'autrefois j'adorai mais, fleur à peine éclose,
La mort vint la cueillir à quatorze printemps...
Je priai ce soir-là--le coeur plein de tristesse--
Pour celle qui dora l'aube de ma jeunesse
Des rayons les plus purs des plaisirs et des ris...
Depuis, un autre amour a germé dans mon âme,
Et je vois tous les jours sa bienfaisante flamme
Illuminer le coeur de mes enfants chéris.
1er juin 1889.
A M. E. AUBÉ, JOURNALISTE
A l'occasion de son mariage.
Au banquet de l'hymen le seigneur te convie;
Accepte avec fierté, jeune homme, cet honneur.
Un ange d'ici-bas te consacre sa vie,
Son amour, ses secrets, ses espoirs de bonheur!
Il faut se marier! C'est bien là ce qu'envie
Tout être raisonnable et doué d'un bon coeur;
Mais, dans ce siècle où l'âme à l'or est asservie,
Trop de femmes, hélas! ne rêvent que grandeur!...
Sois heureux! sois heureux dans ton humble ménage!
Chasse loin les doucis, et que pas un nuage
N'assombrisse un instant le ciel de tes amours!
Dieu te donne aujourd'hui--récompense ineffable--
Une épouse au coeur d'or, intelligente, affable,
Qui fera de ta vie un tissu de beaux jours!
Juillet 1881.
A L'AMIRAL THOMASSET
DE LA «MAGICIENNE»
Va sur le Saint-Laurent, ô ma muse chérie,
Offrir un humble hommage aux marins valeureux
Qui viennent sur nos bords, l'âme toute attendrie,
Pour voir ce beau pays fondé par leurs aïeux!
O muse, ne crains pas d'être mal accueillie,
Les Français sont toujours courtois et généreux;
S'ils s'arment quelquefois du dard de l'ironie,
Ce n'est que pour punir les sots, les orgueilleux.
Dis-leur que, sur le sol de la libre Amérique,
Deux millions de coeurs, à la trempe énergique,
Ont promis aux Français un éternel amour;
Et dis-leur que, malgré l'épreuve et la souffrance,
La haine des tyrans et l'oubli de la France,
Ils n'ont voulu trahir leur promesse un seul jour!
1er août 1878.
A M. P.-C. BEAULIEU
RÉPONSE
Oh! qu'ils sont beaux ces jours où la sainte espérance
Entonnait dans mon âme un chant plein de douceur!
Mon rêve se brisa, je connus la souffrance
Et pleurai, mais en vain, ces moments de bonheur...
Berthe vivait pour moi; j'avais sa confiance.
D'un amour grandissant nous goûtions la saveur;
Le prêtre allait bientôt bénir notre alliance,
Mais Berthe un soir partit pour un monde meilleur!
Je souffre maintenant--oui, je souffre en silence--
Et pourtant je bénis l'austère Providence
Qui me versa l'absinthe et lui tendit le miel!
Je garderai toujours, mon ami, souvenance
De celle qui dora longtemps mon existence
Et brille désormais dans les splendeurs du ciel!
Avril 1880.
LE LAC BEAUPORT
A. M. M. PELLETIER
J'aime à te contempler, ô lac, que la nature
A placé dans un lieu poétique et charmant!
J'aime à voir tes flots noirs refléter la ramure
Des pins que le zéphyr agite mollement!
Et je songe que là, dans leur retraite obscure,
Les Hurons, autrefois, vivaient paisiblement;
Mais sur tes bords mon oeil ne voit plus la figure
D'un seul de ces héros: ils sont morts vaillamment...
Que de fois, ô beau lac, après une victoire,
Les Hurons revenaient, le front chargé de gloire,
Reposer près de toi leur membres tout meurtris;
Et, que de fois aussi, l'humble missionnaire,
Portant pour bouclier la croix, le scapulaire,
Allait y consoler ces malheureux conscrits!
1er août 1880.
A MONSIEUR C...
Depuis deux ans, poète à l'âme tendre,
Ta lyre d'or a suspendu ses chants.
Souffrirais-tu? Mais l'oiseau fait entendre
Dans la douleur des murmures touchants.
Ton noble coeur doit pouvoir se défendre
Du désespoir et des chagrins cuisants.
Tous nos pensers, tu le sais, doivent tendre
Vers le séjour du Maître des puissants.
Sois courageux! car c'est dans la souffrance
Que nos aïeux retrempaient leur vaillance
Quand ils luttaient pour la foi du chrétien!
Oui, chante encor: ta voix mélodieuse
Fera connaître à la France oublieuse
Les grands exploits du peuple canadien!
8 septembre 1885.
RÉPONSE
L'autre jour, en passant, je vis dans le vallon
Une harpe au rameau d'un arbre suspendue;
Le soleil lui versait comme des jets de plomb,
Et nul vent ne touchait sa corde détendue.
Un silence de mort pesait sur l'étendue,
Mais soudain un zéphyr, caché dans un buisson,
S'en vint tourbillonner sur la harpe éperdue,
Et l'instrument divin rendit encore un son.
Ami, mon luth gisait, frappé par la souffrance;
Dans son désert brûlant nul souffle d'espérance
Ne caressait mon coeur navré par les chagrins.
Mais hier votre muse, harmonieuse brise,
Effleura de son vol ma lyre qui se brise.
Et je fredonne encor mes modestes refrains!
C...
15 septembre 1885.
LE PRINTEMPS
A M. PIERRE-GEO. ROY, DU «GLANEUR».
Le givre a disparu. L'oiseau dans la ramée
Exhale vers le ciel ses chants mélodieux;
L'aurore verse à flots sur la rose embaumée
Comme des perles d'or, les charmes de ses yeux.
C'est le printemps vermeil; la brise parfumée
Mêle au bruit du ruisseau son murmure joyeux;
Dans les bosquets en fleurs, l'abeille, ranimée
Bourdonne en butinant le miel délicieux.
O résurrection de la grande nature!
Doux printemps, j'aime à voir ta riante verdure
Dérouler sur le sol son tapis de velours!
Quand tu brilles, le front du malheureux se dresse;
Les coeurs, jeunes ou vieux, tressaillent d'allégresse,
Et d'une même voix célèbrent les beaux jours!
Mai 1891.
A L'AUTEUR
Oui, puisqu'il plût à Dieu de te faire poète,
Courage donc, jeune homme, au front plein de fierté!
Et, malgré les clameurs de la foule inquiète,
Redis-nous plus souvent tes chants de piété.
Chante aussi nos forêts, notre rive coquette,
La jeunesse, l'amour et les beaux soirs d'été;
Exalte les grands noms que l'Histoire répète,
Célèbre les aïeux, chante la liberté!
Chante avec les ruisseaux, les oiseaux et la brise.
Rappelle-toi toujours que l'art nous civilise
Et fait naître l'espoir dans tout coeur ulcéré.
Souviens-toi que chacun se doit à sa patrie,
Et que l'homme oubliant son talent, son génie,
Est indigne d'avoir au front ce feu sacré.
W...
Août 1877
RÉPONSE
Penser avant d'écrire est un principe exprès:
Il est trop d'écrivains qui ne pensent qu'après...
Ayant ces deux beaux vers gravés dans la mémoire,
Je devrais, n'est-ce pas? en faire mon profit;
Mais le désir d'écrire, hélas! parfois me fit
Oublier ce conseil d'un écrivain notoire!
Dis ton mea culpa, car tes vers m'ont fait croire
Que j'étais un poète et même un érudit...
Alors, ai-je besoin de me creuser l'esprit
Avant d'écrire? oh! non--pour d'autres cette histoire...
Soudain je m'aperçois que ma vilaine lyre
Ne rend que des sons creux... Allons, avant d'écrire,
J'aurais dû, mon ami, penser et repenser!
Désormais je mettrai ce précepte en pratique,
Ainsi je serai moins mordu par la critique
Dont la terrible dent ne cherche qu'à blesser!
Août 1877.
A L'AMIRAL CAVELIER DE CUVERVILLE
Lu à l'amiral par une orpheline des Soeurs de la Charité.
Notre âme a tressailli de joie et d'allégresse,
O pieux amiral, quand notre bon pasteur
Nous a transmis ces mots, doux comme une caresse:
«La France vous envoie un noble visiteur!»
Nous connaissions déjà les vertus, la tendresse
De l'ange dont Veuillot parle en admirateur;[6]
Vous avez hérité de sa grande sagesse,
Puisque votre France est celle du Sacré-Coeur!
Ah! nous l'aimons aussi votre admirable France!
Son nom est buriné dans le coeur de l'enfance
Et brille en lettres d'or sur tous nos monuments.
Par elle nos aïeux se sont couverts de gloire;
Or comment voulez-vous qu'en lisant leur histoire,
Nous n'aimions pas la mère autant que les enfants...
19 août 1891.
[Note 6: Madame de Cuverville, mère de l'amiral.]
UN NOM GLORIEUX
A MES PETITS ENFANTS
Rosa mystica.
Il est un nom que tout chrétien vénère
Et qu'il apprend à chérir au berceau,
Un nom qui brille au ciel et sur la terre,
Dans la cité, comme dans le hameau.
Un nom puissant qui calme l'onde amère
Et mène au port le fragile vaisseau,
Nom glorieux que des hommes de guerre,
En lettres d'or, mettent sur leur drapeau!
Et ce grand nom, c'est le vôtre, ô Marie!
Nom que redoute et respecte l'impie
Et que, parfois, il invoque à genoux...
Que votre nom, ô mère virginale!
Soit le dernier que notre bouche exhale
Quand s'ouvrira l'éternité pour nous!
1er mars 1892.
HYMNES, ROMANCES
ET
CHANSONNETTES
LA CRÈCHE DE NOËL [7]
Musique de M. N. Crépault
I
L'âpre saison déroule sur la terre
Son lourd manteau de neige et de frimas;
Le vent du soir soupire avec mystère
Dans la ramure où brille le verglas.
Il est minuit. Le carillon du temple
Jette aux échos un hymne triomphant,
Et le chrétien, à deux genoux, contemple (bis)
Avec amour un adorable enfant (bis).
[Note 7: Dédié au révérend M.F.-H. Bélanger, curé de St-Roch, Québec.]
II
Il est plus grand que tous les rois du monde,
Plus radieux que l'astre universel,
Plus éloquent que la foudre qui gronde,
Plus pur et saint que les anges du ciel!
Et cependant, il est né sur la paille;
Son divin corps éprouve des douleurs...
Que l'univers d'allégresse tressaille, (bis)
Car cet enfant rachète nos malheurs! (bis)
III
Au front du ciel une étoile rayonne,
Guidant les pas des rois les plus puissants
Qui vont offrir--en guise de couronne--
Au nouveau-né l'or, la myrrhe et l'encens!
Allons chrétiens, à l'exemple des Mages,
Nous prosterner devant le Rédempteur!
Adressons-lui nos vertueux hommages (bis)
Et redisons: Gloire au Libérateur! (bis)
Décembre 1887
LA CANADIENNE
Sur l'air de: «La Huronne»
I
Ravissante est la Canadienne
Avec ses yeux pleins de douceur,
Son teint rosé, son port de reine,
Qu'admire le fin connaisseur.
En robe de soie ou d'indienne,
Elle plaît toujours au galant!
Chantons l'aimable Canadienne, (bis)
Amis, dans un joyeux élan! (bis)
II
Jadis, sur le champ de bataille,
Elle cueillit plus d'un laurier,
Et de nos jours elle travaille
A maintenir l'ordre au foyer;
De notre foi c'est la gardienne,
Le champion ferme et vaillant.
Chantons l'aimable Canadienne, (bis)
Amis, dans un joyeux élan! (bis)
III
Regardez-là dans une fête
Rire et parler avec chaleur,
Puis souvent faire la conquête
De celui qu'elle a pour causeur!
On la proclame magicienne,
Certes, c'est bien l'équivalent...
Chantons l'aimable Canadienne, (bis)
Amis, dans un joyeux élan! (bis)
IV
Charitable autant que gentille,
Elle visite le réduit
Où le feu rarement pétille,
Où le bonheur jamais ne luit!
Et l'or de cette humble chrétienne
Sèche les pleurs de l'artisan...
Ah! oui, Chantons la Canadienne, (bis)
Amis, dans un joyeux élan! (bis)
Janvier 1881.
AUX RAQUETTEURS DE SHERBROOKE
Air: «Hiouppe! Hiouppe! sur la rivière, etc.»
I
Sherbrooke, c'est la ville
Où la franche gaîté
Sur tous les fronts scintille,
L'hiver comme l'été.
REFRAIN:
Hiouppe! Hiouppe! sur la raquette
Chantant la chansonnette,
Hiouppe! Hiouppe! sur la raquette
Nous ne fatiguons pas!
II
L'on vante sa largesse,
Son hospitalité,
Sa grande politesse
Et son urbanité.
REFRAIN:
Hiouppe! Hiouppe! sur la raquette
Chantant la chansonnette,
Hiouppe! Hiouppe! sur la raquette
Nous ne fatiguons pas!
III
Ses habitants s'amusent
Avec moralité,
Mais jamais ne refusent
De boire une santé!
REFRAIN:
Hiouppe! Hiouppe! sur la raquette
Chantant la chansonnette,
Hiouppe! Hiouppe! sur la raquette
Nous ne fatiguons pas!
IV
Ils aiment la raquette
Puis savent la porter;
Leur gentille toilette
Fait plus d'un coeur sauter.
REFRAIN:
Hiouppe! Hiouppe! sur la raquette
Chantant la chansonnette,
Hiouppe! Hiouppe! sur la raquette
Nous ne fatiguons pas!
V
Ils sont déjà quarante,
A part le comité,
Et compteront soixante
Avant la Trinité!
REFRAIN:
Hiouppe! Hiouppe! sur la raquette
Chantant la chansonnette,
Hiouppe! Hiouppe! sur la raquette
Nous ne fatiguons pas!
VI
Car toute la jeunesse
Désire raquetter;
Elle comprend l'ivresse
Qu'on éprouve à trotter.
REFRAIN:
Hiouppe! Hiouppe! sur la raquette
Chantant la chansonnette,
Hiouppe! Hiouppe! sur la raquette
Nous ne fatiguons pas!
VII
Et, bravant la tempête,
Le froid, l'humidité,
Elle dit et répète:
Courir, c'est la santé!
REFRAIN:
Hiouppe! Hiouppe! sur la raquette
Chantant la chansonnette,
Hiouppe! Hiouppe! sur la raquette
Nous ne fatiguons pas!
VIII
Honneur à la raquette
A son ancienneté,
A sa forme coquette,
A son utilité.
REFRAIN:
Hiouppe! Hiouppe! sur la raquette
Chantant la chansonnette,
Hiouppe! Hiouppe! sur la raquette
Nous ne fatiguons pas!
IX
Ce soulier poétique
Fut jadis inventé,
Sur le sol d'Amérique
Par un homme futé!
REFRAIN:
Hiouppe! Hiouppe! sur la raquette
Chantant la chansonnette,
Hiouppe! Hiouppe! sur la raquette
Nous ne fatiguons pas!
X
Il légua son ouvrage
A la postérité,
Qui, depuis d'âge en âge,
L'a toujours imité.
REFRAIN:
Hiouppe! Hiouppe! sur la raquette
Chantant la chansonnette,
Hiouppe! Hiouppe! sur la raquette
Nous ne fatiguons pas!
XI
O raquette, nos pères
Aiment à te porter;
Ils ne te laissent guères
Qu'un instant pour lutter!
REFRAIN:
Hiouppe! Hiouppe! sur la raquette
Chantant la chansonnette,
Hiouppe! Hiouppe! sur la raquette
Nous ne fatiguons pas!
XII
Et nos bons missionnaires,
Prêchant la vérité,
Sur raquettes légères
Ont mainte fois monté.
REFRAIN:
Hiouppe! Hiouppe! sur la raquette
Chantant la chansonnette,
Hiouppe! Hiouppe! sur la raquette
Nous ne fatiguons pas!
XIII
Nous sommes de leur race:
C'est là notre fierté!
Comme eux, fendons l'espace
Avec agilité!
REFRAIN:
Hiouppe! Hiouppe! sur la raquette
Chantant la chansonnette,
Hiouppe! Hiouppe! sur la raquette
Nous ne fatiguons pas!
XIV
Que le vieux et le jeune
Exempts d'infirmité,
Se présentent sans gêne
Devant le comité.
REFRAIN:
Hiouppe! Hiouppe! sur la raquette
Chantant la chansonnette,
Hiouppe! Hiouppe! sur la raquette
Nous ne fatiguons pas!
XV
Nous leur disons d'avance:
Vous serez acceptés.
Car les fils de la France
Par nous sont bien traités!
REFRAIN:
Hiouppe! Hiouppe! sur la raquette
Chantant la chansonnette,
Hiouppe! Hiouppe! sur la raquette
Nous ne fatiguons pas!
CHANT D'ADIEU
Musique de M. N. Crépault.
Entendez vous ce glas, sombre harmonie
Qui cause à l'âme un douloureux transport?
C'est le sanglot d'un frère à l'agonie
Qui lutte en vain contre l'avide mort!
Naguère au banquet de la vie
Il renaît place avec honneur,
Et sa figure épanouie
Semblait refléter le bonheur.
Ivre d'amour et d'allégresse,
Il savourait mille désirs,
Quand soudain la mort vengeresse
Vint mettre un terme à ses plaisirs!
En lui dérobant la lumière
La mort lui dit en triomphant:
«Ton corps deviendra la poussière
Que foule le pied du passant!
«Avant que tes lèvres soient closes
Fais entendre ce dernier cri:
Adieu, plaisirs et rêves roses!
Adieu, monde que j'ai chéri!»
Mais une voix enchanteresse
Lui glisse à l'oreille ces mots:
«Je suis la grâce et la tendresse,
Je soulage et guéris les maux.
«Regrette et confesse tes crimes;
Combats Satan avec fierté;
Je donne aux âmes magnanimes
La bienheureuse éternité!»
Ah! chrétiens, prions pour ce frère
Qui nous a dit un triste adieu,
Et croyons que notre prière
Attendrira le coeur de Dieu!
Entendez-vous les sons mélancoliques
Que l'orgue mêle au glas mystérieux
Joignant nos voix à ces voix angéliques,
Pour notre frère intercédons les cieux!
Novembre 1882.
BLANCHE, TE SOUVIENT-IL
Musique de M. Édouard Vincelette.
I
Te souvient-il de ces jours éphémères
Où le bonheur dorait notre chemin,
Où nous causions sous les yeux de nos mères,
Coeur près du coeur, et la main dans la main?
En souriant, tu m'appelais ton frères;
Je te nommais avec plaisir ma soeur.
Puis un matin--réminiscence amère--
Tu me laissas en proie à la douleur...
Blanche te souvient-il?
Blanche te souvient-il?
II
Tu t'envolas vers la rive de France,
En me disant: «Je ne t'oublierai pas;
J'adoucirai ta brûlante souffrance
En t'écrivant quand je serai là-bas!»
Et je suivis des yeux la blanche voile
Qui t'emportait dans le lointain brumeux;
Je priai Dieu d'allumer cette étoile
Qui mène au port le voyageur heureux.
Blanche te souvient-il?
Blanche te souvient-il?
III
Tu m'avais dit qu'avec les hirondelles
Tu reviendrais pour ne plus me quitter...
Le printemps brille, et les oiseaux fidèles
Sont revenus sous mon toit s'abriter.
Toi seule, hélas! ô ma tendre colombe,
Ne voles pas à mon parterre en fleur;
Le ciel a-t-il ouvert pour toi la tombe,
Ou bien le temps a-t-il fermé ton coeur?...
Blanche te souvient-il?
Blanche te souvient-il?
Juin 1883.
CHANT DU CLUB DE RAQUETTE
«LE FRONTENAC» de Québec
Musique de M. Joseph Vézina.
I
Nous subissons comme nos pères,
Sans murmurer, le poids du jour;
Mais nous aimons, joyeux compères,
Sur la raquette à faire un tour!
Alors nos coeurs pleins d'allégresse
Vibrent toujours à l'unisson;
Et, sous le froid qui nous caresse,
Nous redisons notre chanson!
REFRAIN:
O Frontenac, illustre gouverneur,
Notre patron du club de la raquette!
Pour exalter la gloire de ton honneur,
Nous te fêtons à la bonne franquette!
II
Lorsque le ciel couvre la terre
D'un manteau blanc aux plis moelleux,
Et que la lune, avec mystère,
Dore les champs de mille feux,
Il faut nous voir, quatre par quatre,
Raquette aux pieds, fendre le vent!
Comme les preux qui vont combattre
Nous répétons: En avant!
REFRAIN:
O Frontenac, illustre gouverneur,
Notre patron du club de la raquette!
Pour exalter la gloire de ton honneur,
Nous te fêtons à la bonne franquette!
III
Loin de la ville, assis à table
Et près d'un poêle aux flancs rougis.
Nous buvons un vin délectable
Qui nous met gais, mais jamais gris...
Puis, suivant la vieille coutume,
Un amateur sort le violon;
Et nous dansons, en grand costume,
Lancier, quadrille et cotillon!
REFRAIN:
O Frontenac, illustre gouverneur,
Notre patron du club de la raquette!
Pour exalter la gloire de ton honneur,
Nous te fêtons à la bonne franquette!
IV
Parfois l'aurore aux teints de rose
Vient nous surprendre à sautiller!
Et notre front se fait morose,
Puisqu'il nous faut capituler...
Mais la gaîté--douce compagne--
Renaît soudain quand nous partons,
Car la raquette et le champagne
Nous font chanter sur tous les tons!
REFRAIN:
O Frontenac, illustre gouverneur,
Notre patron du club de la raquette!
Pour exalter la gloire de ton honneur,
Nous te fêtons à la bonne franquette!
V
Nous descendons d'un peuple sage
A l'âme fière, aux bras vaillants,
Qui s'illustra par le courage
Et les exploits les plus brillants
Nous conservons son caractère,
--Même en étant sujets loyaux--
Et recueillons sur cette terre
Les nobles fruits de ses travaux!
REFRAIN:
O Frontenac, illustre gouverneur,
Notre patron du club de la raquette!
Pour exalter la gloire de ton honneur,
Nous te fêtons à la bonne franquette!
VI
Nous saluons tous nos confrères
Des autres clubs de ce pays,
Et leur disons ces mots sincères:
O raquetteurs, soyons unis!
Soyons unis, aux jours de fête,
Dans nos transports et nos désirs!
Marchons ensemble à la conquête
Du vrai bonheur et des plaisirs!
REFRAIN:
O Frontenac, illustre gouverneur,
Notre patron du club de la raquette!
Pour exalter la gloire de ton honneur,
Nous te fêtons à la bonne franquette!
15 février 1889.
HYMNE A SAINT-FRANÇOIS D'ASSISE
COMPOSÉ POUR LE TIERS-ORDRE DE SAINT-SAUVEUR
Air: «Faibles mortels».
I
O noble saint François d'Assise,
Prêtez l'oreille à nos accents:
Nous célébrons avec l'Église
Vos bienfaits toujours renaissants!
Presque au seuil de votre existence,
Vous charmiez le pauvre pécheur
Par votre amour pour le sauveur,
Vos suaves conseils et votre pénitence!
CHOEUR:
Toujours, ange des cieux, toujours gardez nos coeurs
Contre toute les malices
Et les artifices
Des esprits tentateurs!
Oh! notre âme
Vous proclame
Le plus puissant des divins bienfaiteurs!
II
A l'âge serein de la vie
Où l'homme se livre aux plaisirs,
Vous renonciez, l'âme ravie,
Au monde avec ses vains désirs.
La charité, divine étoile,
Dans notre âme attisait ses feux;
Et Jésus montait à vos yeux
Sur la mer de douleurs votre esquif à la voile!
CHOEUR:
Toujours, ange des cieux, toujours gardez nos coeurs
Contre toute les malices
Et les artifices
Des esprits tentateurs!
Oh! notre âme
Vous proclame
Le plus puissant des divins bienfaiteurs!
III
Il vous disait: «Va par le monde
Prêcher à tous ma sainte loi;
Va combattre le vice immonde,
Fais naître dans les coeurs la foi!»
Nouveau soldat plein de courage,
Vous obéîtes à sa voix,
Prenant pour seule arme sa croix,
Pour unique drapeau sa radieuse image!
CHOEUR:
Toujours, ange des cieux, toujours gardez nos coeurs
Contre toute les malices
Et les artifices
Des esprits tentateurs!
Oh! notre âme
Vous proclame
Le plus puissant des divins bienfaiteurs!
IV
Vos sermons remplis d'éloquence
Électrisaient les plus méchants;
Vos vertus et votre indulgence
Avaient des charmes séduisants.
Maints sceptiques suivaient vos traces,
Sans songer à se convertir.
Lorsque soudain le repentir
Pénétrait dans leur âme avec des flots de grâces!
CHOEUR:
Toujours, ange des cieux, toujours gardez nos coeurs
Contre toute les malices
Et les artifices
Des esprits tentateurs!
Oh! notre âme
Vous proclame
Le plus puissant des divins bienfaiteurs!
V
Puis quand sonna l'heure dernière,
Dieu vous trouva mûr pour le ciel:
Vous aviez bu l'absinthe amère,
Et vous alliez boire le miel...
O saint François, ami de l'ordre,
Mettez la paix en notre coeur
Afin qu'il devienne meilleur,
Et propagez partout votre oeuvre: le Tiers-Ordre!
CHOEUR:
Toujours, ange des cieux, toujours gardez nos coeurs
Contre toute les malices
Et les artifices
Des esprits tentateurs!
Oh! notre âme
Vous proclame
Le plus puissant des divins bienfaiteurs!
FRANCE ET CANADA
Air: «Elle ne savait pas.» Musique de A. Thomas.
I
Elle ignora longtemps l'heureuse et fière France
Que nous l'aimions toujours malgré son abandon,
Et que nous conservions--symbole d'espérance--
Son drapeau rayonnant de gloire à Carillon!
REFRAIN:
Le ciel, à travers la tempête,
Guida nos pas vers le succès.
O patrie, en ce jour nous célébrons ta fête!
O saint Jean, protégez (bis) le Canada français!
II
La France à notre égard n'est plus indifférente:
Elle sait notre histoire et la conte en pleurant!
Souvent le pavillon de sa nef élégante
Flotte comme autrefois sur le beau Saint-Laurent!
REFRAIN:
Le ciel, à travers la tempête,
Guida nos pas vers le succès.
O patrie, en ce jour nous célébrons ta fête!
O saint Jean, protégez (bis) le Canada français!
III
Oui, la France revient visiter notre plage
Où coula tant de fois le sang de ses héros;
Elle retrouve ici ses moeurs et son langage,
Et voit que ses neveux lui sont restés loyaux!