CHAPITRE II
LES CIRCUMNAVIGATEURS FRANÇAIS
I
Voyage de Freycinet.—Rio-de-Janeiro et ses gitanos.—Le Cap et ses vins.—La baie des Chiens-Marins.—Séjour à Timor.—L'île d'Ombay et sa population anthropophage.—Les îles des Papous.—Habitations sur pilotis des Alfourous.—Un dîner chez le gouverneur de Guaham.—Description des Mariannes et de leurs habitants.—Quelques détails sur les Sandwich.—Port-Jackson et la Nouvelle-Galles du Sud.—Naufrage à la baie Française.—Les Malouines.—Retour en France.—Expédition de la Coquille sous les ordres de Duperrey.—Martin-Vaz et la Trinidad.—L'île Sainte-Catherine.—L'indépendance du Brésil.—La baie Française et les restes de l'Uranie.—Relâche à Concepcion.—La guerre civile au Chili.—Les Araucans.—Nouvelles découvertes dans l'archipel Dangereux.—Relâche à Taïti et à la Nouvelle-Irlande.—Les Papous.—Station à Ualan.—Les Carolins et les Carolines.—Résultats scientifiques de l'expédition.
L'expédition, commandée par Louis-Claude de Saulces de Freycinet, fut due aux loisirs que la paix de 1815 venait d'accorder à la marine française. Un de ses officiers les plus entreprenants, celui-là même qui avait accompagné Baudin dans la reconnaissance des côtes de l'Australie, en conçut le plan et fut chargé de l'exécuter. C'était le premier voyage maritime qui ne dût pas avoir exclusivement l'hydrographie pour objet. Son but principal était le relèvement de la forme de la Terre dans l'hémisphère sud et l'observation des phénomènes du magnétisme terrestre; l'étude des trois règnes de la nature, des mœurs, des usages et des langues des peuples indigènes ne devait pas être oubliée; enfin les recherches de géographie, sans être exclues, étaient cependant placées au dernier rang.
Freycinet trouva dans les officiers du corps de santé de la marine, MM. Quoy, Gaimard et Gaudichaud, d'utiles auxiliaires pour les questions d'histoire naturelle; en même temps, il s'adjoignit un certain nombre d'officiers de marine très distingués, dont les plus connus sont Duperrey, Lamarche, Bérard et Odet-Pellion, qui devinrent, l'un membre de l'Institut, les autres officiers supérieurs ou généraux de la marine.
Freycinet eut également soin de choisir ses matelots parmi ceux qui se trouvaient en état d'exercer un métier, et, sur les cent vingt hommes qui composèrent l'équipage de la corvette l'Uranie, il n'y en avait pas moins de cinquante qui pouvaient être au besoin charpentiers, cordiers, voiliers, forgerons, etc.
Des rechanges pour deux ans, des approvisionnements de tout genre et tels que pouvaient les fournir les appareils perfectionnés dont on commençait à se servir, des caisses en fer pour garder l'eau douce, des alambics pour distiller l'eau de mer, des conserves et des antiscorbutiques, furent entassés sur l'Uranie. Elle quitta le port de Toulon, le 17 septembre 1817, emportant, déguisée en matelot, la femme du commandant, qui ne craignait pas d'affronter les périls et les fatigues de cette longue navigation.
Avec ces provisions toutes matérielles, Freycinet avait un assortiment des meilleurs instruments et appareils. Enfin, il avait reçu, de l'Institut, des instructions détaillées, destinées, soit à le guider dans ses recherches, soit à lui suggérer les expériences qui pouvaient le plus contribuer aux progrès des sciences.
Une relâche à Gibraltar, un arrêt à Sainte-Croix de Ténériffe, l'une des îles Canaries, qui, comme le dit spirituellement Freycinet, ne furent pas pour l'équipage les îles Fortunées,—toute communication avec la terre fut interdite par le gouverneur,—précédèrent l'entrée de l'Uranie à Rio-de-Janeiro, le 6 décembre.
Le commandant et ses officiers profitèrent de cette relâche pour procéder à un grand nombre d'observations magnétiques et d'expériences du pendule, tandis que les naturalistes parcouraient le pays et faisaient de nombreuses collections d'histoire naturelle.
La relation originale du voyage contient un très long historique de la découverte et de la colonisation du Brésil, ainsi que les détails les plus circonstanciés sur les usages et les mœurs des habitants, sur la température et le climat, de même qu'une description minutieuse de Rio-de-Janeiro, de ses monuments et de ses environs.
La partie la plus curieuse de la description a trait aux gitanos qu'on rencontrait à cette époque à Rio-de-Janeiro.
«Dignes descendants des Parias de l'Inde, d'où il ne paraît pas douteux qu'ils tirent leur origine, dit Freycinet, les ciganos de Rio-de-Janeiro, affectent comme eux l'habitude de tous les vices, une propension à tous les crimes. La plupart, possesseurs de grandes richesses, étalant un luxe considérable en habillements et en chevaux, particulièrement à l'époque de leurs noces, qui sont très somptueuses, se plaisent communément au milieu de la débauche crapuleuse et de la fainéantise. Fourbes et menteurs, ils volent tant qu'ils peuvent dans le commerce; ils sont aussi de subtils contrebandiers. Ici, comme partout où l'on rencontre cette abominable race d'hommes, leurs alliances n'ont jamais lieu qu'entre eux. Ils ont un accent et même un jargon particuliers. Par une bizarrerie tout à fait inconcevable, le gouvernement tolère cette peste publique: deux rues particulières leur sont même affectées dans le voisinage de Campo de Santa-Anna.»
«Qui ne verrait Rio-de-Janeiro que de jour, dit un peu plus loin le voyageur, serait tenté de croire que la population n'y est composée que de nègres. Les gens comme il faut, à moins d'un motif extraordinaire ou de devoirs religieux, ne sortent guère que le soir, et c'est alors surtout aussi que les femmes se montrent; pendant le jour, elles restent presque constamment chez elles, et partagent leur temps entre le sommeil et la toilette. Le théâtre et les églises sont les seuls endroits où un homme puisse jouir de leur présence.»
La navigation de l'Uranie, du Brésil au cap de Bonne-Espérance, ne fut accompagnée d'aucun événement nautique digne de fixer l'attention. Le 7 mars, l'ancre tombait dans la baie de la Table. Après une quarantaine de trois jours, on laissa aux navigateurs la faculté de descendre à terre, où les attendait le plus gracieux accueil de la part du gouverneur, Charles Sommerset. Les instruments furent débarqués aussitôt qu'on put se procurer un local convenable. Les expériences habituelles du pendule furent faites et les phénomènes de l'aiguille aimantée furent observés.
Les naturalistes Quoy et Gaimard, accompagnés de plusieurs personnes de l'état-major, firent une excursion d'histoire naturelle à la montagne de la Table et aux fameux vignobles de Constance.
«Les vignes que nous parcourûmes, dit Gaimard, sont entourées d'allées de chênes et de pins, et les ceps, plantés à quatre pieds de distance les uns les autres, sur des lignes droites, ne sont pas soutenus par des échalas. Toutes les années, on les taille et on pioche le terrain d'alentour, qui est de nature sablonneuse. Nous vîmes, çà et là, quantité de pêchers, d'abricotiers, de pommiers, de poiriers, de citronniers et de petits carrés où l'on cultivait des plantes potagères. A notre retour, M. Colyn voulut absolument nous faire goûter les diverses espèces de vins qu'il récolte, consistant en vin de Constance proprement dit, blanc et rouge, en vin de Pontac, de Pierre et de Frontignac. Le vin des autres localités, qui porte le nom particulier de vin du Cap, est fait avec un raisin muscat de couleur paille fumée qui m'a paru préférable, pour le goût, au muscat de Provence. Nous venons de dire qu'il y a deux qualités de vin de Constance, le blanc et le rouge; elles proviennent l'une et l'autre de raisins muscats de couleur différente... Généralement on préfère, au Cap, le Frontignac à tous les autres vins qui se récoltent sur le coteau de Constance...»
Juste un mois après avoir quitté l'extrémité méridionale de l'Afrique, l'Uranie arrivait au mouillage de Port-Louis, à l'île de France, qui, depuis les traités de 1815, était entre les mains des Anglais.
Freycinet, obligé de faire abattre son bâtiment en carène pour le visiter complètement et pour réparer le doublage en cuivre, dut faire en cet endroit un séjour bien plus long qu'il ne comptait. Nos voyageurs n'eurent pas lieu de s'en plaindre, car les habitants de l'île de France ne mentirent pas à leur vieille réputation d'aimable hospitalité. Promenades, réceptions, bals, repas de corps, courses de chevaux, fêtes de toute sorte, firent passer le temps bien vite. Aussi ne fut-ce pas sans un serrement de cœur que les Français se dérobèrent à l'excellent accueil de leurs anciens compatriotes et de leurs ennemis acharnés de la veille.
Plusieurs habitants des plus distingués fournirent à Freycinet, avec le plus louable empressement, des notes intéressantes sur des faits que la brièveté de son séjour ne lui aurait pas permis d'étudier.
C'est ainsi qu'il put réunir des données précieuses touchant la situation de l'agriculture, le commerce, l'industrie, les finances, l'état moral des habitants, matières délicates et d'une appréciation subtile, qu'un voyageur qui passe ne peut approfondir. Depuis que l'île était sous l'administration anglaise, de nombreux chemins avaient été tracés, et l'esprit d'initiative commençait à se substituer à la routine, qui avait endormi la colonie et arrêté tout progrès.
L'Uranie gagna ensuite Bourbon, où elle devait trouver, dans les magasins du gouvernement, les vivres dont elle avait besoin. Elle mouilla à Saint-Denis, le 19 juillet 1817, et elle resta sur la rade de Saint-Paul jusqu'au 2 août, jour où elle fit voile pour la baie des Chiens-Marins, à la côte occidentale de la Nouvelle-Hollande.
Avant de suivre Freycinet jusqu'en Australie, il sera bon de s'arrêter quelques moments avec lui à Bourbon.
En 1717, au dire de Le Gentil de la Barbinais, cette île ne possédait que neuf cents personnes libres, parmi lesquelles six familles blanches seulement, et onze cents esclaves. D'après la dernière statistique (1817), on y comptait 14,790 blancs, 4,342 noirs libres, 49,759 esclaves, soit un total de 68,891 habitants. Cet accroissement considérable et rapide peut être attribué à la salubrité du pays, mais surtout à la liberté du commerce, dont cette île a joui pendant un temps considérable.
Le 12 septembre, après une heureuse navigation, l'Uranie jetait l'ancre à l'entrée de la baie des Chiens-Marins. Un détachement fut aussitôt expédié sur Dirck-Hatichs, afin de fixer la position géographique du cap Levaillant et de rapporter à bord de la corvette la plaque en étain laissée par les Hollandais à une époque reculée, et que Freycinet avait vue en 1801.
Pendant ce temps, les deux alambics étaient mis en fonction et distillaient l'eau de mer. Durant tout le séjour, on ne consomma pas d'autre boisson, et personne à bord n'eut lieu de s'en plaindre.
Le détachement, qui avait été débarqué, eut quelques relations avec les naturels. Armés de sagaies et de massues, sans le moindre vêtement, ceux-ci se refusèrent à entrer en relations directes avec les blancs et se tinrent à quelque distance des matelots, ne touchant qu'avec précaution aux objets qu'on leur donnait.
Bien que la baie des Chiens-Marins eût été explorée en détail, lors de l'expédition de Baudin, il restait, au point de vue hydrographique, une lacune à combler dans la partie orientale du havre Hamelin. Ce fut Duperrey qui procéda à ce relèvement.
Le naturaliste Gaimard, peu satisfait des rapports qu'on avait eus jusqu'alors avec les indigènes, que le bruit des détonations avait décidément chassés, et désireux de se procurer quelques détails sur leur genre de vie, résolut de s'enfoncer dans l'intérieur du pays. Son compagnon et lui s'égarèrent comme avait fait Riche, en 1792, sur la Terre de Nuyts; ils souffrirent horriblement de la soif, car ils ne rencontrèrent, pendant les trois jours qu'ils passèrent à terre, aucune source, aucun ruisseau.
Ce fut sans regret qu'on vit disparaître les côtes inhospitalières de la terre d'Endracht. Le temps le plus beau, la mer la moins agitée, rendirent facile le voyage de l'Uranie jusqu'à Timor, où, le 9 octobre, elle laissa tomber l'ancre dans la rade de Coupang.
L'accueil des autorités portugaises fut on ne peut plus cordial.
La colonie ne jouissait plus de cette prospérité qui avait fait l'étonnement et l'admiration des Français, lors du voyage de Baudin. Le rajah d'Amanoubang, district où le bois de sandal croît avec le plus d'abondance, autrefois tributaire, luttait pour son indépendance. Cet état de guerre, on ne peut plus préjudiciable à la colonie, rendit en même temps fort difficile l'achat des marchandises dont Freycinet avait besoin.
Quelques personnes de l'état-major allèrent rendre visite au rajah Peters de Banacassi, dont l'habitation n'était qu'à trois quarts de lieue de Coupang. Vieillard de quatre-vingts ans, Peters avait dû être un fort bel homme; il était entouré de personnes de sa suite, qui lui témoignaient le plus grand respect, et parmi lesquelles on remarquait des guerriers d'une stature imposante.
Ce ne fut pas sans un assez vif étonnement que les Français virent, dans cette habitation grossière, un grand luxe de service et aperçurent des fusils européens très bien faits et de haut prix.
Malgré la température très élevée qu'il fallut supporter,—le thermomètre s'élevant au soleil et à l'air libre à 45° et à l'ombre à 33 et à 35°,—le commandant et ses officiers ne se livrèrent pas avec moins de zèle aux observations scientifiques et aux reconnaissances géographiques que nécessitait l'accomplissement de leur mission.
Cependant, malgré les avertissements énergiques de Freycinet, les jeunes officiers et les matelots avaient plusieurs fois commis l'imprudence de sortir au milieu du jour; puis, dans l'espoir de se prémunir contre les suites funestes de ce jeu mortel, ils s'étaient avidement repus de boissons froides et de fruits acides. Aussi, la dysenterie n'avait-elle pas tardé à jeter sur les cadres cinq des plus imprudents. Il fallait partir, et l'Uranie leva l'ancre le 23 octobre.
On commença par prolonger rapidement la côte septentrionale de Timor, pour en faire l'hydrographie; mais, lorsque la corvette fut parvenue à la partie la plus étroite du canal d'Ombay, elle rencontra des courants si violents, des brises si faibles ou si contraires qu'à peine parvenaient-elles à lui faire regagner le chemin qu'elle avait perdu pendant le calme. Cette situation ne dura pas moins de dix-neuf jours!
Quelques officiers profitèrent de ce que le bâtiment était retenu près des rivages d'Ombay pour faire une incursion sur la partie la plus voisine de cette île, dont l'aspect était fort gracieux. Ils abordèrent au village de Bitouka, et s'avancèrent vers une troupe de naturels, armés d'arcs, de flèches et de kris, portant des cuirasses et des boucliers en peau de buffle. Ces sauvages avaient l'air guerrier et ne paraissaient pas craindre les armes à feu; il leur était facile, prétendaient-ils, de tirer un grand nombre de flèches pendant le temps nécessaire pour charger les fusils.
«Les pointes des flèches, dit Gaimard, étaient ou en bois dur, ou en os, ou même en fer. Ces flèches, étalées en éventail, étaient assujetties, au côté gauche du guerrier, à la ceinture de son sabre ou de son kris. La plupart des habitants portaient, fixées à la cuisse droite et à la ceinture, une multitude de feuilles de latanier tailladées pour laisser passer des bandes des mêmes feuilles, teintes, soit en rouge, soit en noir. Le bruissement continuel produit par les mouvements de ceux qui étaient accoutrés de cette singulière parure, augmenté par le contact de la cuirasse et du bouclier; le tintement des petits grelots, qui sont aussi des accessoires de leur toilette guerrière, tout cela faisait un tel vacarme, que nous ne pouvions nous empêcher d'en rire. Loin de s'en offenser, nos Ombayens n'hésitaient pas à suivre notre exemple. M. Arago[2] fit devant eux quelques tours d'escamotage qui les étonnèrent beaucoup. Nous nous acheminâmes enfin directement vers le village de Boutika, situé sur une hauteur. Ayant aperçu, en passant devant une de leurs cases, une vingtaine de mâchoires d'hommes suspendues à la voûte, je témoignai le désir d'en avoir quelques-unes, offrant, en retour, mes plus précieux objets d'échange. Mais on me répondit: Palami (cela est sacré). Il paraîtrait, dès lors, que ces os étaient des trophées destinés à perpétuer le souvenir des victoires remportées sur les ennemis!»
Cette promenade était d'autant plus intéressante que l'île Ombay n'avait été jusqu'alors que rarement visitée par les Européens. Encore les quelques bâtiments qui y avaient abordé avaient-ils eu à se plaindre des tribus belliqueuses et féroces, quelques-unes même anthropophages, qui l'habitent.
C'est ainsi qu'en 1802, une embarcation du navire la Rose avait été enlevée et l'équipage retenu prisonnier. Dix ans plus tard, le capitaine de l'Inacho, descendu seul à terre, était blessé à coups de flèches. Enfin, en 1817, une frégate anglaise, ayant envoyé un canot faire du bois, tous les hommes de cette embarcation furent, à la suite d'une rixe, tués et mangés par les naturels. Le lendemain, une chaloupe armée, envoyée à la recherche des absents, n'avait trouvé que les débris sanglants, et les fragments du canot qui avait été mis en pièces.
Ces faits étant connus, les Français n'avaient qu'à se féliciter d'avoir échappé au guet-apens que leur auraient sans doute tendu ces sauvages cannibales, si le séjour de l'Uranie eût été plus long.
Le 17 novembre, l'ancre tombait devant Dillé. Après les compliments d'usage au gouverneur portugais, Freycinet exposa les besoins de son bâtiment et reçut une réponse empressée du gouverneur, qui lui promit de réunir rapidement les vivres nécessaires. L'accueil fait à tout l'équipage fut aussi somptueux que cordial, et, lorsque Freycinet prit congé, le gouverneur, voulant lui donner une marque de souvenir, lui envoya deux petits garçons et deux petites filles, âgés de six ou sept ans, nés au royaume de Failacor, dans l'intérieur de Timor. «Cette race est inconnue en Europe,» disait D. José Pinto Alcofarado d'Azevedo e Souza, pour faire accepter son présent. Freycinet eut beau donner les raisons les plus fortes et les plus concluantes pour motiver son refus, il fut obligé de garder un des deux petits garçons, qui fut baptisé, sous le nom de Joseph Antonio, et qui mourut à Paris, à l'âge de seize ans, d'une maladie scrofuleuse.
La population de Timor paraît, au premier examen, tout entière asiatique; mais, pour peu que l'on se livre à des recherches un peu étendues, on ne tarde pas à apprendre qu'il existe, dans les montagnes les plus centrales et les moins fréquentées, une race de nègres à cheveux crépus, aux mœurs féroces, rappelant les indigènes de la Nouvelle-Guinée et de la Nouvelle-Irlande, et qui doit être la population primitive. Cet ordre de recherches, qui avait été inauguré à la fin du XVIIIe siècle par l'Anglais Crawfurd, a pris, de nos jours, grâce aux travaux des savants docteurs Broca et E. Hamy, un développement tout particulier. C'est au second de ces savants que l'on doit, sur ces populations primitives, de curieuses études que la Nature et le Bulletin de la Société de Géographie insèrent toujours pour le plaisir et l'instruction de leurs lecteurs.
Partie de Timor, l'Uranie s'achemina vers le détroit de Bourou, en passant entre les îles Wetter et Roma, aperçut l'île Gasses, à la forme pittoresque, revêtue du plus beau massif de verdure qu'il soit possible de voir; puis, elle fut entraînée par les courants jusqu'à l'île Pisang, dans le voisinage de laquelle on rencontra trois «corocores» montés par les indigènes de l'île Guébé.
Ceux-ci ont le teint noir olivâtre, le nez épaté, les lèvres épaisses; ils sont tantôt forts, robustes et d'apparence athlétique, tantôt grêles et d'une faible complexion, tantôt trapus et d'un aspect repoussant. La plupart n'avaient pour tout costume qu'un pantalon fixé par un mouchoir autour de la ceinture.
Une incursion fut faite sur la petite île Pisang, de formation volcanique, et dont les laves trachitiques se décomposent en une terre végétale dont tout annonçait la fertilité.
Puis on continua, dans le voisinage d'îles jusqu'alors peu connues, à faire route pour Rawak, où la corvette jeta l'ancre le 16 décembre à midi.
L'île Rawak est petite, inhabitée, et bien que nos marins reçussent fréquemment la visite d'habitants de Waigiou, les occasions d'étudier l'espèce humaine furent assez rares. Encore faut-il dire que l'ignorance de la langue de ces indigènes et la difficulté de se faire comprendre à l'aide du malais, dont ils ne savaient que peu de mots, ne les rendirent pas très profitables.
Dès qu'on eut trouvé un emplacement favorable, on installa les instruments, et l'on procéda aux observations de physique et d'astronomie, en même temps qu'aux travaux géographiques.
Rawak, Boni, Waigiou et Manouaroa, que Freycinet appelle îles des Papous, sont situées presque exactement sous l'équateur. Waigiou, la plus grande, n'a pas moins de soixante-douze milles de diamètre. Les terres basses qui en forment le littoral sont couvertes de marécages; le rivage abrupt est lui-même entouré de madrépores et troué de grottes creusées par les eaux.
La végétation qui recouvre tous ces îlots est vraiment surprenante. Ce sont des arbres magnifiques, parmi lesquels on rencontre le «barringtonia», dont le tronc volumineux est toujours incliné vers la mer, au point d'y baigner l'extrémité de ses branches, le «scœvola lobelia», des figuiers, des palétuviers, des casuarinas à la tige droite et élancée qui s'élèvent jusqu'à quarante pieds, le «rima», le «takamahaka», avec son tronc de plus de vingt pieds de circonférence, le cynomètre, de la famille des légumineuses, garni, du sommet à la base, de fleurs rosées et de fruits dorés; en outre, les palmiers, le muscadier, le jambosier et les bananiers se plaisent dans les lieux bas et humides.
La flore a pris là un développement exceptionnel. (Page 257.)
Si la flore a pris là un développement exceptionnel, il n'en est pas de même de la faune. On ne rencontre à Rawak aucun autre quadrupède que le phalanger et le chien de berger, qui vit à l'état sauvage. Waigiou posséderait cependant aussi le babi-roussa et une petite espèce de sanglier. Quant à la gent emplumée, elle n'est pas aussi nombreuse qu'on pourrait le supposer, les plantes à graines qui lui servent de nourriture ne pouvant se multiplier sous l'ombre épaisse des forêts. Ce sont les «calaos», dont les ailes garnies de grandes plumes séparées aux extrémités font, lorsqu'ils volent, entendre un bruit très fort, les perroquets, dont la famille est fort nombreuse, les martins-pêcheurs, les tourterelles, des cassicans, des éperviers fauves, des pigeons couronnés et peut-être, bien que les voyageurs n'en aient pas vu, des oiseaux de paradis.
Quant aux êtres humains, les Papouas, ils sont laids, hideux et effrayants.
«Le front aplati, dit Odet-Pellion, le crâne peu proéminent, l'angle facial de 75°, la bouche grande, les yeux petits et enfoncés, les pommettes saillantes, le nez gros, écrasé du bout et se rabattant sur la lèvre supérieure, la barbe rare, particularité déjà remarquée chez d'autres habitants de ces régions, les épaules d'une largeur moyenne, le ventre très gros et les membres inférieurs grêles, tels sont les caractères distinctifs de ce peuple. Leur chevelure est de nature et de forme très variées; le plus communément, c'est une volumineuse crinière composée d'une couche de cheveux lanugineux ou lisses, frisant naturellement et n'ayant pas moins de huit pouces d'épaisseur; peignée avec soin, crêpée, hérissée en tous sens, elle décrit, à l'aide d'un enduit graisseux qui la soutient, une circonférence à peu près sphérique autour de la tête. Souvent ils y joignent, plutôt pour l'orner que pour ajouter à sa consistance, un fort long peigne en bois de cinq ou six dents.»
Ces malheureux indigènes sont en proie à un fléau terrible; la lèpre sévit parmi eux avec une telle intensité, qu'on peut dire que le dixième de la population en est infecté. Il faut attribuer cette horrible maladie à l'insalubrité du climat, aux effluves délétères des marais, dans lesquels pénètre la mer à la marée montante, à l'humidité qu'occasionnent des bois épais, au voisinage et au mauvais entretien des tombeaux,—peut-être aussi à la consommation prodigieuse de coquillages dont ces naturels se repaissent avidement.
Toutes les habitations sont construites sur pilotis, soit à terre, soit en mer, près du rivage. Ces maisons, en plus grand nombre dans les lieux d'un abord très difficile ou impraticable, se composent de pieux enfoncés dans le sol auxquels sont fixées, par des cordes d'écorce, des traverses sur lesquelles repose un plancher fait des côtes de feuilles de palmier, taillées et serrées les unes contre les autres. Ces feuilles, artistement imbriquées, forment le toit de l'habitation, qui n'a qu'une seule porte. Si ces cases sont bâties au-dessus de l'eau, elles communiquent avec la terre par une sorte de pont de chevalets, dont le tablier mobile peut être enlevé rapidement. Une sorte de balcon, garni d'une rampe, entoure la maison de tous côtés.
Les voyageurs ne purent se procurer aucun renseignement sur la sociabilité de ces naturels. Qu'ils vivent réunis en grandes peuplades sous l'autorité d'un ou de plusieurs chefs, que chaque communauté n'obéisse qu'à son propre chef, que la population soit nombreuse ou non, ce sont là des données qui ne peuvent être recueillies. Ces naturels se donnent le nom d'Alfourous. Ils paraissent parler plusieurs idiomes particuliers, qui diffèrent singulièrement du papou et du malais.
Les indigènes de ce groupe semblent fort industrieux; ils exécutent de très ingénieux instruments de pêche; ils savent très bien travailler le bois, préparer la moelle du sagoutier, tourner des poteries et faire des fours à cuire le sagou; ils tissent des nattes, des tapis, des paniers; ils sculptent des statues et des idoles. MM. Quoy et Gaimard ont observé sur la côte de Waigiou, dans le havre Boni, une statue en argile blanche, remisée sous un hangar, près d'un tombeau. Elle représentait un homme debout, de grandeur naturelle, les mains levées vers le ciel; la tête était en bois et avait les joues et les yeux incrustés de coquillages blancs.
Le 6 janvier 1819, l'Uranie, après avoir appareillé de Rawak, aperçut bientôt les îles Ayou, basses et entourées de récifs, qui étaient fort peu connues et dont la géographie laissait considérablement à désirer. Les travaux d'hydrographie furent contrariés par les fièvres contractées à Rawak et qui attaquèrent plus de quarante personnes.
Le 12 février, furent aperçues les îles des Anachorètes, et, le lendemain, celles de l'Amirauté, sans que l'Uranie cherchât à les rallier.
Bientôt la corvette fut en vue de San-Bartholomé, que ses habitants nomment Poulousouk et qui appartient à l'archipel des Carolines. Un commerce actif, mais surtout fort bruyant, ne tarda pas à s'établir avec ces indigènes, qu'il fut impossible de décider à monter à bord. Les échanges se firent avec une bonne foi touchante, et l'on ne s'aperçut pas du moindre larcin.
Poulouhat, Alet, Tamatam, Allap, Fanadik, et bien d'autres îles de cet archipel, défilèrent tour à tour devant les yeux émerveillés des Français.
Enfin, le 17 mars 1819, c'est-à-dire dix-huit mois après son départ de France, Freycinet aperçut les îles Mariannes, et fit jeter l'ancre dans la rade d'Umata, sur la côte de Guaham.
Au moment où les Français se disposaient à se rendre à terre, ils reçurent la visite du gouverneur D. Medinilla y Pineda, accompagné du major D. Luis de Torrès, seconde autorité de la colonie. Ces officiers s'informèrent des besoins des explorateurs avec la plus grande sollicitude et promirent de satisfaire à toutes leurs demandes dans le plus bref délai.
Sans tarder, Freycinet s'occupa de chercher un local propre à l'établissement d'un hôpital provisoire, et, l'ayant trouvé, dès le lendemain, il y fit installer ses malades, au nombre de vingt.
Tout l'état-major avait été invité à dîner par le gouverneur. On se rendit chez lui à l'heure convenue. Là se trouvait une table chargée de pâtisseries légères et de fruits, au milieu desquels fumaient deux bols de punch. Les convives firent aussitôt en aparté leurs réflexions sur cette singulière mode. Était-ce jour de maigre? Pourquoi ne s'asseyait-on pas? Mais comme il n'y avait personne pour répondre à ces questions, qui auraient été indiscrètes, ils les gardèrent pour eux, tout en faisant honneur au repas.
Nouveau sujet d'étonnement: la table fut débarrassée et chargée de viandes préparées de diverses manières, en un mot, d'un véritable et somptueux dîner. La collation, qu'on avait prise tout d'abord, qui porte dans le pays le nom de «refresco», n'était destinée qu'à mettre les convives en appétit.
A cette époque, le luxe de la table paraissait faire fureur à Guaham. Deux jours plus tard, les officiers assistaient à un nouveau repas de cinquante convives, où ne parurent pas moins de quarante-quatre plats de viande à chaque service, et il n'y en eut pas moins de trois.
«Le même observateur, raconte Freycinet, dit que ce dîner coûta la vie à deux bœufs et à trois gros porcs, sans parler du menu peuple des forêts, de la basse-cour et de la mer. Depuis les noces de Gamache, il ne s'était pas vu, je pense, une telle tuerie. Notre hôte crut, sans doute, que des gens qui avaient souffert longtemps les privations d'un voyage maritime devaient être traités avec profusion. Le dessert n'offrit ni moins d'abondance, ni moins de variété, et fit bientôt place au thé, au café, à la crème, aux liqueurs de toute sorte; comme le refresco n'avait pas manqué d'être servi une heure auparavant, suivant l'usage, on conviendra sans peine que, là, le plus intrépide gastronome eût eu seulement à regretter l'insuffisante capacité de son estomac.»
Mais ces repas et ces fêtes ne portèrent point préjudice à l'objet de la mission. Des excursions qui avaient pour but des recherches d'histoire naturelle, les observations de l'aiguille aimantée, la géographie du littoral de Guaham, confiée à Duperrey, s'opéraient en même temps.
Cependant, la corvette était venue s'amarrer au fond du port San-Luis, et l'état-major, ainsi que les malades, s'étaient installés à Agagna, capitale de l'île et siège du gouvernement. Là se donnèrent, en l'honneur des étrangers, des combats de coqs, jeu très en honneur dans toutes les possessions espagnoles de l'Océanie, et des danses, dont toutes les figures font, dit-on, allusion à des événements de l'histoire du Mexique. Les danseurs, écoliers du collège d'Agagna, étaient revêtus de riches costumes de soie, jadis importés de la Nouvelle-Espagne par les Jésuites. Puis vinrent des passes aux bâtons, exécutées par des Carolins, et d'autres divertissements qui se succédaient presque sans interruption. Mais ce qui eut le plus de prix aux yeux de Freycinet, ce furent les très nombreux renseignements relatifs aux usages et aux mœurs des anciens habitants qu'il recueillit auprès du major D. Luis Torrès, lequel, né dans le pays, avait fait de ces choses le sujet de ses constantes études.
Nous utiliserons et nous résumerons tout à l'heure ces très intéressantes informations, mais il faut parler d'abord d'une excursion aux îles Rota et Tinian, dont la seconde nous est déjà connue par les récits des anciens voyageurs.
Le 22 avril, une petite escadre, composée de huit pros, transporta MM. Bérard, Gaudichaud et Jacques Arago à Rota, où leur arrivée causa une surprise et une frayeur qui s'expliquent. Le bruit courait que la corvette était montée par des insurgés de l'Amérique.
De Rota, les pros gagnèrent Tinian, dont les plaines arides rappelèrent aux voyageurs les rivages désolés de la Terre d'Endracht, et qui doivent être bien changées depuis l'époque où le lord Anson s'y trouvait comme dans un paradis terrestre.
Découvert, le 6 mars 1521, par Magellan, l'archipel des Mariannes reçut d'abord les noms de Islas de las Velas latinas (des voiles latines), puis de los Ladrones (des larrons). A en croire Pigafetta, l'illustre amiral n'aurait vu que Tinian, Saypan et Agoignan. Visitées, cinq ans plus tard, par l'Espagnol Loyasa, qui, au contraire de Magellan, y trouva un très bon accueil, ces îles furent déclarées possession espagnole par Miguel Lopez de Legaspi, en 1565. Elles ne furent cependant colonisées et évangélisées qu'en 1669, par le père Sanvitores. On comprend que nous ne suivions pas Freycinet dans les récits des événements qui marquent l'histoire de cet archipel, bien que les manuscrits et les ouvrages de toute sorte qu'il eut entre les mains, lui aient permis de renouveler complètement ce sujet et de l'éclairer des lumières de la véritable science.
L'admiration qu'avait laissée dans tous les esprits l'incroyable fertilité des îles des Papous et des Moluques, dut sans doute affaiblir l'impression produite par la richesse de quelques-unes des îles Mariannes. Les forêts de Guaham, quoique bien fournies, n'offrent pas cet aspect gigantesque des pays tropicaux; elles couvrent la plus grande partie de l'île, où l'on trouve cependant d'immenses pâturages qui ne produisent ni arbres à pain ni cocotiers.
Dans l'intérieur des forêts, des savanes factices furent créées par les conquérants pour que les nombreuses bêtes à cornes, dont on leur doit l'introduction, pussent y trouver leur nourriture à l'abri du soleil.
Agoigan, île aux flancs rocailleux, paraît de loin sèche et stérile, tandis qu'elle est en réalité recouverte de bois épais, qui grimpent jusqu'à ses sommets les plus élevés.
Quant à Rota, c'est un véritable hallier, un fouillis presque impénétrable de broussailles que dominent les bouquets des rimas, des tamariniers, des figuiers et des cocotiers.
Enfin Tinian offre un aspect qui n'est rien moins qu'agréable. Bien que les Français n'aient nulle part rencontré les sites dépeints avec une si grande richesse de tons par leurs prédécesseurs, l'aspect du sol, la grande quantité d'arbres morts, leur donnèrent à penser que les anciens récits n'avaient pas tout à fait exagéré, d'autant plus que toute la partie sud-est de cette île est rendue inaccessible par des forêts épaisses.
Quant à la population, elle était, à l'époque du voyage de Freycinet, excessivement mêlée, et la race aborigène n'en formait déjà plus la moitié.
Les Mariannais de la classe noble étaient tous autrefois plus grands, plus forts et plus gros que les Européens; mais la race dégénère, et ce n'est plus guère qu'à Rota qu'on retrouve le type primitif dans toute sa pureté.
Nageurs infatigables, plongeurs habiles, marcheurs intrépides, chacun devait faire preuve de son adresse dans ces divers exercices au moment de son mariage. Les Mariannais ont en partie conservé ces qualités, bien que la paresse, ou plutôt la nonchalance, soit le fond de leur caractère.
Les unions, qui se font de bonne heure, entre quinze et dix-huit ans pour les garçons, et douze à quinze pour les filles, sont généralement fécondes, et l'on cite des exemples de familles de vingt-deux enfants nés de la même mère.
Si l'on rencontre à Guaham bien des maladies apportées par les Européens, telles que les maladies de poitrine, la variole, etc., il en est beaucoup d'autres qui paraissent indigènes, ou qui ont pris, du moins, un développement tout particulier et complètement anormal. Parmi ces dernières, on cite l'éléphantiasis et la lèpre, dont on rencontre à Guaham trois variétés aussi différentes par leurs symptômes que par leurs effets.
Avant la conquête, les Mariannais vivaient de poissons, des fruits de l'arbre à pain ou rima, de riz, de sagou et d'autres plantes féculentes. Si leur cuisine était simple, leurs vêtements l'étaient plus encore; ces indigènes allaient complètement nus. Même encore aujourd'hui, les enfants vont nus jusqu'à l'âge de dix ans.
Un voyageur de la fin du XVIIIe siècle, le capitaine de vaisseau Pagès, raconte, à ce propos, que le hasard le fit un jour approcher d'une maison «devant laquelle se trouvait une Indienne d'environ dix à onze ans, assise au grand soleil. Elle était nue et accroupie, ayant sa chemise pliée auprès d'elle. Dès qu'elle me vit, ajoute le voyageur, elle se leva promptement et la remit. Quoi qu'elle ne fût pas vêtue décemment, elle croyait être bien mise, parce qu'elle avait les épaules couvertes; elle n'était plus embarrassée de paraître devant moi.»
La population devait être autrefois considérable, ainsi qu'en témoignent les ruines qu'on rencontre un peu partout, ruines d'habitations qui étaient supportées par des piliers en maçonnerie. Le premier voyageur qui en fasse mention est le lord Anson. Il en a même donné une vue un peu fantaisiste, que les explorateurs de l'Uranie purent cependant reconnaître, ainsi qu'en témoigne le passage suivant:
«La description qu'on en trouve dans le voyage d'Anson est exacte; mais les ruines et les branches d'arbres qui sont aujourd'hui incorporées en quelque sorte avec la maçonnerie, donnent à ces monuments un aspect tout autre que celui qu'ils avaient alors; les angles des piliers se sont aussi émoussés et les demi-sphères qui les couronnent n'ont plus la même rondeur.»
Quant aux habitations modernes, un sixième seulement est en pierre, et l'on compte à Agagna des monuments qui sont relativement très intéressants par leur grandeur, sinon par l'élégance, la majesté ou la finesse de leurs proportions; ce sont le collège Saint-Jean-de-Latran, l'église, le presbytère, le palais du gouverneur, les casernes.
Avant leur assujettissement aux Espagnols, les Mariannais étaient partagés en trois classes, les nobles, les demi-nobles et les plébéiens. Ces derniers, les parias du pays, avaient, dit Freycinet, sans citer l'autorité sur laquelle il s'appuie, une taille moins élevée que celle des autres habitants. Ce seul fait suffirait-il à indiquer une différence de race, ou ne faudrait-il voir dans cette exiguïté de taille que le résultat de l'état d'abaissement auquel était soumise toute cette caste?
Ces plébéiens ne pouvaient jamais s'élever à la caste supérieure, et la navigation leur était interdite. On trouvait encore, dans chacune de ces castes bien définies, les sorcières, prêtresses ou «guérisseuses», qui ne se livraient à la cure que d'une seule maladie,—ce qui n'était pas une raison absolue de la mieux connaître.
La profession de constructeur des pirogues appartenait aux nobles; ils permettaient seulement aux demi-nobles de les seconder dans ce travail, qui était pour eux d'une grande importance et l'une de leurs prérogatives les plus chères. Quant au langage, bien qu'il ressemble au malais et au tagal que l'on parle aux Philippines, il possède cependant son caractère propre. La relation de Freycinet renferme encore un grand nombre de remarques sur les très singuliers usages des anciens Mariannais, mais ce serait s'engager trop loin que de reproduire ces passages, si curieux qu'ils soient pour le philosophe et l'historien.
Il y avait déjà deux mois que l'Uranie était à l'ancre. Il était temps de reprendre le cours des travaux et des explorations. Freycinet et son état-major passèrent donc leurs dernières journées en visites de remerciement pour l'accueil cordial qui leur avait été prodigué.
Non seulement le gouverneur ne voulut pas agréer de remerciements pour les attentions dont il n'avait cessé de combler les Français depuis deux mois, mais il refusa de recevoir le payement de toutes les fournitures qui avaient été faites pour le ravitaillement de la corvette. Bien plus, par une lettre touchante, il s'excusa de la rareté des denrées, causée par une sécheresse qui désolait Guaham depuis six mois, et qui l'empêchait de faire les choses comme il l'eût désiré.
Les adieux se firent devant Agagna.
«Ce n'est pas sans un profond attendrissement, dit Freycinet, que nous prîmes congé de l'homme aimable qui nous avait comblés de tant de marques de bienveillance. J'étais trop ému pour lui exprimer tous les sentiments dont mon âme était remplie; mais les larmes qui roulaient dans mes yeux ont dû être, pour lui, un témoignage plus certain que des paroles, de mon émotion et de mes regrets.»
Du 5 au 16 juin, l'Uranie procéda à l'exploration de la partie nord des Mariannes et donna lieu aux différentes observations qui ont été résumées plus haut.
Puis, désirant accélérer sa navigation vers les Sandwich, le commandant mit à profit une brise qui lui permit de s'élever en latitude et de chercher les vents favorables. A mesure que les explorateurs avançaient dans cette partie de l'océan Pacifique, ils rencontraient des brumes épaisses et froides, qui pénétraient le navire entier d'une humidité aussi désagréable que nuisible à la santé. Cependant, sauf des rhumes, l'équipage n'en ressentit aucun inconvénient. Ce fut même, au contraire, une sorte de détente pour ces constitutions exposées, depuis si longtemps déjà, aux chaleurs absorbantes du tropique.
Le 6 août, fut doublée la pointe méridionale d'Hawaï, afin de gagner la côte occidentale, où Freycinet espérait trouver un mouillage commode et sûr. Cette journée et la suivante furent consacrées, le calme étant complet, à entamer des relations avec les indigènes, dont les femmes, venues en grand nombre, espéraient prendre le bâtiment à l'abordage et se livrer à leur commerce habituel; mais le commandant leur interdit l'accès de son bord.
Le roi Kamehameha était mort, et son jeune fils Riorio lui avait succédé; telle fut la nouvelle qu'un des «arii» s'empressa d'apprendre au capitaine.
Dès que la brise fut revenue, l'Uranie s'avança vers la baie de Karakakoua, et Freycinet allait envoyer un officier pour sonder ce mouillage, lorsqu'une pirogue, se détachant du rivage, amena à bord le gouverneur de l'île. Ce prince Kouakini, surnommé John Adams, promit au commandant qu'il trouverait des bateaux propres à assurer le ravitaillement de son navire.
Ce jeune homme, qui pouvait avoir vingt-neuf ans et dont la taille bien proportionnée était gigantesque, surprit le commandant par l'étendue de son instruction. Ayant entendu dire que l'Uranie faisait un voyage de découvertes:
«Avez-vous doublé le cap Horn, ou êtes-vous venu par le sud du cap de Bonne-Espérance?» demanda-t-il.
Puis il s'informa des nouvelles de Napoléon et voulut savoir s'il était vrai que l'île de Sainte-Hélène se fût engloutie avec toute sa population. Plaisanterie de quelque baleinier en goguette, qui n'avait obtenu créance qu'à demi!
Kouakini apprit encore à Freycinet que, si la paix n'avait pas été troublée à la mort de Kamehameha, cependant plusieurs chefs ayant élevé des prétentions d'indépendance, l'unité de la monarchie était menacée. De là certain trouble dans les relations politiques et une indécision dans le gouvernement qu'on avait tout lieu de voir bientôt cesser, surtout si le commandant consentait à faire quelque déclaration d'amitié en faveur du jeune souverain.
Freycinet descendit à terre avec le prince pour lui rendre sa visite, et pénétra dans sa demeure, où la princesse, grande femme surchargée d'obésité, était étendue sur un bois de lit européen recouvert de nattes. Puis, tous deux allèrent voir les sœurs de Kouakini, veuves de Kamehameha, qu'ils ne rencontrèrent pas, et ils se dirigèrent vers les chantiers et les principaux ateliers du roi défunt.
Quatre hangars étaient destinés à la construction de grandes pirogues de guerre; d'autres abritaient des embarcations européennes; plus loin, on rencontrait des bois de construction, des lingots de cuivre, quantité de filets de pêche, puis une forge, un atelier de tonnellerie, et enfin, dans des cases appartenant au premier ministre Kraïmokou, des instruments de navigation, boussoles, sextants, thermomètres, montres et jusqu'à un chronomètre.
On refusa aux étrangers l'entrée de deux autres magasins où étaient renfermés la poudre, les munitions de guerre, les liqueurs fortes, le fer et les étoffes.
Mais ces lieux étaient maintenant abandonnés par le nouveau souverain, qui tenait sa cour dans la baie de Koaïhaï.
Freycinet, sur l'invitation du roi, appareilla pour cet endroit, et fut guidé par un pilote, qui se montra attentif et particulièrement habile à prévoir les changements de temps.
«Le monarque m'attendait sur la plage, dit le commandant, vêtu d'un grand costume de capitaine de vaisseau anglais et entouré de toute sa cour. Malgré l'aridité épouvantable de cette partie de l'île, le spectacle qu'offrit cette réunion bizarre d'hommes et de femmes nous parut majestueux et vraiment pittoresque. Le roi, posté en avant, avait ses principaux officiers à quelque distance derrière lui; les uns portaient de magnifiques manteaux de plumes rouges et jaunes ou bien en drap écarlate, d'autres de simples pèlerines dans le même genre, mais où les deux couleurs tranchantes étaient parfois nuancées de noir; quelques-uns étaient coiffés de casques.
«Un nombre assez considérable de soldats, çà et là dispersés, répandaient, par la bizarrerie et l'irrégularité de leur costume, une grande diversité sur cet étrange tableau.»
C'est ce même souverain qui devait plus tard venir avec sa jeune et charmante femme en Angleterre où ils moururent, et d'où leurs dépouilles furent ramenées à Hawaï, par le capitaine Byron, sur la frégate la Blonde.
Freycinet lui renouvela ses demandes de ravitaillement, et le roi lui promit que deux jours ne se passeraient pas avant que satisfaction ne fût accordée à ses désirs. Mais, si la bonne volonté de ce jeune souverain ne pouvait être suspectée, le commandant allait bientôt juger par lui-même que la plupart des principaux chefs n'étaient pas résolus à lui montrer une extrême obéissance.
Quelque temps après, les principaux officiers de l'état-major allèrent faire visite aux veuves de Kamehameha. Voici, d'après M. Quoy, le piquant tableau de cette réjouissante réception.
«C'était, dit-il, un spectacle vraiment étrange que de voir, dans un appartement resserré, huit ou dix masses de chair à forme humaine, demi-nues, dont la moindre pesait au moins trois cents livres, couchées par terre sur le ventre. Ce ne fut pas sans peine que nous parvînmes à trouver une place où nous nous étendîmes aussi pour nous conformer à l'usage. Des serviteurs avaient continuellement en main, soit des émouchoirs en plumes, soit une pipe allumée, qu'ils faisaient circuler de bouche en bouche et dont chacun prenait quelques bouffées; d'autres massaient les princesses.... Il est facile d'imaginer que notre conversation ne fut pas très soutenue, mais d'excellentes pastèques qu'on nous servit nous fournirent le moyen d'en dissimuler la langueur....»
Freycinet alla ensuite voir le fameux John Young, qui avait été si longtemps l'ami fidèle et le sage conseiller du roi Kamehameha. Bien qu'il fût alors malade et vieux, il n'en donna pas moins à Freycinet de précieux renseignements sur cet archipel, où il résidait depuis trente ans, et à l'histoire duquel il avait été profondément mêlé.
Le ministre Kraïmokou, durant une visite qu'il avait faite à l'Uranie, avait aperçu l'aumônier, l'abbé de Quelen, dont le costume l'avait fort intrigué. Aussitôt qu'il eut appris que c'était un prêtre, il manifesta au commandant le désir d'être baptisé. Sa mère, dit-il, avait reçu ce sacrement à son lit de mort et lui avait fait promettre de se soumettre lui-même à cette cérémonie, aussitôt qu'il en trouverait l'occasion.
Freycinet y consentit et voulut donner à cet acte une certaine solennité, d'autant plus que Riorio demandait à y assister avec toute sa cour.
Tout ce monde se tint avec beaucoup de respect et de déférence pendant la cérémonie; mais, aussitôt qu'elle fut achevée, la cour se rua sur la collation que le commandant avait fait préparer.
C'était merveille de voir se vider les bouteilles de vin et les flacons de rhum et d'eau-de-vie, de voir disparaître les provisions de toute sorte dont la table était couverte. Par bonheur, la nuit approchait, sans quoi Riorio aurait été hors d'état de regagner la terre, ainsi que la plupart de ses courtisans et de ses officiers. Il fallut cependant lui donner encore deux bouteilles d'eau-de-vie pour boire, disait-il, à la santé du commandant et à son heureux voyage, et tous les assistants se crurent obligés d'en demander autant.
«Ce n'est pas trop avancer de dire, raconte Freycinet, que cette royale compagnie but ou emporta, dans l'espace de deux heures, ce qui aurait suffi à l'approvisionnement d'une table de dix personnes pendant trois mois.»
Divers cadeaux avaient été échangés entre le couple royal et le commandant. Parmi les objets qui avaient été offerts à ce dernier par la jeune reine, se trouvait un manteau de plumes, vêtement devenu fort rare aux Sandwich.
Freycinet allait remettre à la voile, lorsqu'il apprit, par un capitaine américain, la présence à l'île Mowi d'un bâtiment marchand qui avait une assez grande quantité de biscuit et de riz, et qui consentirait sans doute à lui en céder. Il se détermina d'abord à mouiller devant Raheina. D'ailleurs, c'était là que Kraïmokou devait livrer le nombre de cochons nécessaire au ravitaillement de l'équipage. Mais le ministre fit preuve d'une si insigne mauvaise foi, il exigea des prix si élevés, il offrit des cochons si maigres, qu'il fallut en venir aux menaces pour conclure. Kraïmokou était, en cette circonstance, circonvenu par un Anglais, qui n'était autre qu'un convict échappé de Port-Jackson, et très vraisemblablement, si l'indigène eût été livré à lui-même et aux impulsions de son cœur, il se serait comporté, en cette occasion, avec la noblesse et la bonne foi qui lui étaient habituelles.
A Waihou, Freycinet mouilla à Honolulu. L'accueil empressé qu'il y reçut de plusieurs Européens lui fit regretter de n'y être pas venu directement. Il s'y serait immédiatement procuré toutes les ressources qu'il avait eu tant de difficulté à réunir dans les deux autres îles.
Le gouverneur de cette île, Boki, se fit baptiser par l'aumônier de l'Uranie; il ne parut d'ailleurs désirer ce sacrement que parce que son frère l'avait reçu. Il s'en fallait de beaucoup qu'il eût l'air intelligent des Sandwichiens qu'on avait fréquentés jusqu'alors.
Quelques observations sur les naturels sont assez intéressantes pour qu'elles soient sommairement rapportées.
Tous les navigateurs sont d'accord pour reconnaître que la classe des chefs forme une race supérieure aux autres habitants par la taille et l'intelligence. Il n'est pas rare d'en voir qui atteignent six pieds de hauteur. L'obésité est chez eux fréquente, mais surtout chez les femmes qui, très jeunes, parviennent, le plus souvent, à un embonpoint véritablement monstrueux.
Le type est remarquable, et les femmes sont souvent assez jolies. La durée de la vie n'est pas très longue, et il est rare de rencontrer un vieillard de soixante-dix ans. Il faut attribuer la rapide décrépitude et la fin prématurée des habitants à leurs habitudes invétérées de libertinage.
En quittant l'archipel des Sandwich, Freycinet avait à étudier dans cette partie du grand Océan les principales inflexions de l'équateur magnétique par de petites latitudes. Aussi fit-il force de voiles dans l'est.
Le 7 octobre, l'Uranie entrait dans l'hémisphère sud et, le 19 du même mois, se trouvait en vue des îles du Danger. A l'est de l'archipel des Navigateurs, on découvrit un îlot, non marqué sur les cartes, qui fut appelé île Rose, du nom de madame Freycinet. Ce fut, d'ailleurs, la seule découverte du voyage.
La position des îles Pylstaart et Howe fut rectifiée, et enfin, le 13 novembre, on aperçut les feux de l'entrée de Port-Jackson ou Sydney.
Freycinet s'attendait bien à trouver cette ville agrandie, depuis seize ans qu'il ne l'avait vue, mais il fut profondément étonné à l'aspect d'une cité européenne, prospérant au milieu d'une nature presque sauvage.
Plusieurs excursions dans les environs firent éclater aux yeux des Français tous les progrès accomplis par la colonie. De belles routes soigneusement entretenues, bordées de ces eucalyptus que Péron qualifie de «géants des forêts australes», des ponts bien construits, des bornes en pierre indiquant les distances, tout annonçait une voirie bien organisée. De jolis cottages, de nombreux troupeaux de bœufs, des champs soigneusement tenus, attestaient l'industrie et la persévérance des nouveaux colons.
Le gouverneur Macquarie et les principales autorités du pays luttèrent de prévenances envers les officiers, qui durent refuser plus d'une invitation pour ne pas négliger leurs travaux. C'est ainsi qu'ils se rendirent par mer à Paramatta, maison de campagne du gouverneur, aux accents de la musique militaire. Plusieurs officiers allèrent aussi visiter la petite ville de Liverpool, bâtie dans une situation agréable, sur les bords de la rivière George, ainsi que les bourgades de Windsor et de Richmond, qui s'élèvent près de la rivière Hawkesbury. Pendant ce temps, une partie de l'état-major assistait à une chasse au kanguroo et, franchissant les montagnes Bleues, s'avançait au delà de l'établissement de Bathurst.
Grâce aux excellentes relations qu'il s'était créées pendant ses deux séjours, Freycinet fut à même de recueillir nombre de données intéressantes sur la colonie australienne. Aussi le chapitre qu'il consacre à la Nouvelle-Galles du Sud, enregistrant les progrès merveilleux et rapides de la colonisation, excita-t-il un vif intérêt en France, où l'on ne connaissait que trop imparfaitement le développement et la prospérité croissante de l'Australie. C'étaient là des documents nouveaux, bien faits pour intéresser, et qui ont l'avantage de donner l'état précis de la colonie en 1825.
La chaîne de montagnes, connue sous le nom d'Alpes australiennes, sépare, à quelque distance de la côte, la Nouvelle-Galles du Sud de l'intérieur du continent australien. Pendant vingt-cinq ans, ce fut un obstacle aux communications avec l'intérieur, qui, grâce au gouverneur Macquarie, disparut. Un chemin, formé de rampes multipliées, avait été taillé dans le roc, et permettait de coloniser d'immenses plaines fertiles, arrosées par des rivières importantes.
Les plus hauts sommets de cette chaîne, couverts de neige au milieu de l'été, n'ont pas moins de trois mille mètres de hauteur.
En même temps qu'on en mesurait les principaux pics, les monts Exmouth, Cunningham, etc., on découvrait que l'Australie, loin de n'avoir qu'un seul grand cours d'eau, la rivière des Cygnes, en possédait au contraire un certain nombre, au premier rang desquels il convient de citer la rivière Hawkesbury, formée des eaux réunies de la Nepean et de la Grose, et la Brisbane, le Murray n'étant pas encore reconnu.
A cette époque, on avait déjà commencé à exploiter des mines de houille, des couches d'ardoise, des gisements de fer carbonaté compact, de grès, de pierre calcaire, de porphyre, de jaspe, mais on n'avait pas encore constaté la présence de l'or, ce métal qui devait transformer si rapidement la jeune colonie.
Quant au sol, sur les bords de la mer, il est stérile et ne nourrit que quelques arbustes rabougris. Mais, si l'on s'enfonce dans l'intérieur, on découvre des champs revêtus d'une riche parure, d'immenses pâturages à peine dominés par quelques grands végétaux, ou des forêts dont les arbres gigantesques, enlacés par un fouillis inextricable de lianes, forment des massifs impénétrables.
Une des choses qui surprirent le plus vivement les explorateurs, c'est l'identité de la race sur cet immense continent. En effet, que l'on observe les aborigènes à la baie des Chiens-Marins, à la Terre d'Endracht, à la rivière des Cygnes ou à Port-Jackson, la couleur de la peau, les cheveux, les traits du visage, tout le physique, ne laissent aucun doute sur leur communauté d'origine.
Le poisson et les coquillages forment la base de l'alimentation des populations maritimes ou fluviatiles. Celles de l'intérieur vivent du produit de leur chasse et se nourrissent de l'opossum, du kanguroo, des lézards, des serpents, des vers, des fourmis, qu'ils mélangent avec leurs œufs dans une pâte de racines de fougère.