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Les yeux fermés

Chapter 38: XXXVII
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About This Book

A first-person narrator, recently rendered blind, recounts his adjustment to loss of sight, recalling pleasures of reading, dependence on dictionaries, visits to the library, and the tenderness and tensions of a relationship whose partner leaves for a restorative stay. Isolating himself for a month to test his resilience, he decides to write as a means to occupy solitude and perhaps transmute suffering into art. He reflects on memory, pride, fear of pity, the limits of heroism, and the commonality of domestic temptations, mixing intimate reminiscence with philosophical observations about creation, humility, and the difficulties of turning personal pain into literature.

XXXVII

A la vérité, si elle était toujours ma chère maman de toujours retrouvée, je m’aperçus que ma mère n’était plus la femme résignée, indulgente et silencieuse de jadis. Le soir de mon arrivée, nous eûmes une longue, longue conversation dans sa chambre. Elle au lit, moi sur une chaise basse, nous dévidions des souvenirs de mon enfance, ou je contais des événements de la guerre des soldats, ou ma mère me répétait des opinions de ministres et de généraux. A minuit, nous causions encore, et j’aurais causé davantage. Mais elle était accoutumée à s’endormir et à se réveiller de bonne heure, fatiguée qu’elle était après les dures journées de l’hôpital, et obligée de recommencer dès le matin. Je gagnai donc à mon tour ma chambre, ma chambre d’étudiant qui me parut à la fois plus étroite, plus grande, plus fraîche et plus obscure qu’il ne m’en souvenait. Sur la cheminée, un portrait de mon père avait été mis depuis peu. Mon père y gardait son visage autoritaire qui n’attirait pas l’amitié. Pauvre père ! Il s’était fait tuer courageusement pour sauver la retraite de sa division. Et ma mère ne m’avait rien dit de lui pendant toute la soirée, et je n’avais pas osé parler le premier, tant je savais que nous ranimerions de douloureux souvenirs. Ma mère, d’ailleurs, n’affectait pas de porter au dehors un deuil que, dans le fond de son cœur, elle ne portait pas davantage : elle avait trop souffert pour pleurer éternellement sans hypocrisie. Mais, moi, je regardais le portrait de cet homme qui était mon père, auquel je ressemblais, et qui n’avait su ni se faire aimer ni peut-être aimer. Peut-être, peut-être. Autour de lui, l’air devenait irrespirable, le silence s’installait, la contrainte pesait. Et peut-être souffrait-il plus que ceux qui souffraient à cause de sa sévérité. Peut-être, peut-être. Tombé en héros au début de la guerre, il ne laissait pas de chagrin profond derrière lui. Pauvre père ! Un an après sa mort, sa femme et son fils agissaient comme s’il n’eût jamais existé.