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Les yeux fermés

Chapter 50: XLIX
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About This Book

A first-person narrator, recently rendered blind, recounts his adjustment to loss of sight, recalling pleasures of reading, dependence on dictionaries, visits to the library, and the tenderness and tensions of a relationship whose partner leaves for a restorative stay. Isolating himself for a month to test his resilience, he decides to write as a means to occupy solitude and perhaps transmute suffering into art. He reflects on memory, pride, fear of pity, the limits of heroism, and the commonality of domestic temptations, mixing intimate reminiscence with philosophical observations about creation, humility, and the difficulties of turning personal pain into literature.

XLIX

Se dévouer. Dévouement. Dévotion. Les deux substantifs se touchent, se commandent peut-être.

— Se dévouer ! disait Michelle.

Et elle disait :

— Il faut croire !

Dans ma fièvre et ma solitude malheureuse de l’hôpital de Bordeaux, ma volonté n’était pas si puissante que je ne pusse y faillir. J’entendais Michelle me disant, à Saint-Jean-de-Luz :

— Il faut croire !

Ainsi ma mère m’avait dit, quelques années plus tôt :

— Il faut aimer, les yeux fermés, ceux qu’on aime.

Mais, si j’étais capable d’aimer comme ma mère le souhaitait, je ne me sentais pas capable de la foi que préconisait Michelle. La guerre m’avait détourné de Dieu. J’en étais, du moins, persuadé. Vainement essayai-je, un soir, en pensant à Michelle, de me réciter en moi-même les prières qu’enfant je récitais à voix haute sans tâcher d’en pénétrer le sens.

— Notre Père qui êtes aux cieux, que votre nom soit sanctifié ; que votre règne arrive ; que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel !

Cette fois, je m’attachais au sens des paroles : je les trouvais sévères et froides. La fin de l’oraison dominicale ne m’émouvait pas davantage. A un homme frappé comme je l’étais, tout le Pater, malgré l’apostrophe touchante du début, n’offrait pas le réconfort qu’il cherchait.

J’essayai de la salutation angélique. Quelle différence soudaine !

— Je vous salue, Marie, pleine de grâce. Le Seigneur est avec vous, vous êtes bénie entre toutes les femmes et Jésus le fruit de vos entrailles est béni.

Une émotion étrange m’envahissait.

— Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous, pauvres pécheurs, maintenant et à l’heure de notre mort. Ainsi soit-il !

Il me semblait que je n’avais jamais entendu paroles si douces, supplique si humaine. Comment avais-je pu oublier l’ineffable simplicité de cette requête ? Je la repris lentement, humblement, pieusement : une espérance inattendue montait en moi. J’étais bouleversé. Je pensais à ma mère, à Michelle, à mes camarades morts ou en péril de mort, à mon père, à moi-même. Je me sentais petit, petit, pitoyable et résigné.