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Les yeux fermés

Chapter 61: LX
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About This Book

A first-person narrator, recently rendered blind, recounts his adjustment to loss of sight, recalling pleasures of reading, dependence on dictionaries, visits to the library, and the tenderness and tensions of a relationship whose partner leaves for a restorative stay. Isolating himself for a month to test his resilience, he decides to write as a means to occupy solitude and perhaps transmute suffering into art. He reflects on memory, pride, fear of pity, the limits of heroism, and the commonality of domestic temptations, mixing intimate reminiscence with philosophical observations about creation, humility, and the difficulties of turning personal pain into literature.

LX

Tout n’était donc pas encore consommé. Les dernières paroles de ma mère trahissaient et son inquiétude et sa tendresse. J’y songeais en regagnant l’hôpital, au bras de Michelle. Et je songeais que, si je dictais à ma fiancée une lettre assez franche, assez explicite, assez affectueuse, assez filiale enfin, ma mère nous rendrait, d’un cœur apaisé, toute la tendresse que nous réclamions d’elle, Michelle et moi, sans nous l’avouer. Mais ma mère ne s’inquiéterait-elle pas davantage de lire des confidences que Michelle aurait transcrites ? Je songeais aussi que Michelle pourrait écrire personnellement une lettre telle qu’elle était capable d’en écrire. Mais n’avait-elle pas dépensé déjà, sans succès, toutes les preuves d’affection dont elle ne s’était pas montrée avare, malgré le peu d’empressement que mettait ma mère à les recevoir ? Comme je marchais à côté d’elle sans rien dire :

— A quoi pensez-vous ? me demanda Michelle.

— A vous, répondis-je.

Je ne mentais pas.

— Mais encore ? fit-elle.

J’expliquai :

— Je pense à la reconnaissance que je vous dois pour les gentillesses que vous avez eues à l’égard de ma mère.

— Si vous le prenez ainsi, Pierre, répliqua-t-elle, je vous en dois davantage pour le plaisir que vous m’avez fait en réapprenant vos prières.

Elle ajouta :

— N’est-ce pas un peu pour moi que vous les avez réapprises ?

J’en convins facilement.

— Alors, continua-t-elle, voulez-vous bien que nous entrions ensemble à l’église ? Nous prierons pour votre maman, voulez-vous ?

Nous arrivions à l’église. Michelle poussa la porte et me fit entrer, puis, du bout des doigts, m’offrit l’eau bénite. Je n’ai jamais prié dans une église avec tant de ferveur que ce jour-là.