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Les yeux fermés

Chapter 64: LXIII
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About This Book

A first-person narrator, recently rendered blind, recounts his adjustment to loss of sight, recalling pleasures of reading, dependence on dictionaries, visits to the library, and the tenderness and tensions of a relationship whose partner leaves for a restorative stay. Isolating himself for a month to test his resilience, he decides to write as a means to occupy solitude and perhaps transmute suffering into art. He reflects on memory, pride, fear of pity, the limits of heroism, and the commonality of domestic temptations, mixing intimate reminiscence with philosophical observations about creation, humility, and the difficulties of turning personal pain into literature.

LXIII

Quand je relève les mérites de Michelle, je ne m’exalte pas, je n’exagère pas, mon amour ne m’égare pas. Elle ne me sembla, dès le début, si supérieure à toutes les femmes que j’avais connues, que parce que je ne connaissais pas sa famille. Mais sa mère avait les mêmes délicatesses, la même piété, la même intransigeance, et la même conception profonde du devoir de chaque jour. L’expérience avait seulement assagi en elle ce que ma Michelle portait d’ardeur dans ses paroles et dans ses actes. Bretonne et d’une famille qui comptait au nombre de ses gloires plusieurs marins morts en mer à leur poste, elle-même avait perdu son mari en 1906, d’une façon peu faite pour la surprendre, le bateau sombrant près de Ceylan, et le commandant s’engloutissant avec lui, tandis que la dernière chaloupe mise à l’eau sauvait les derniers hommes de l’équipage ; drame classique dont on ne s’étonne plus après trop d’exemples saisissants, drame, néanmoins, qui garde pour les gens de cœur une noblesse d’un autre âge, si les familles de marins n’y voient qu’une fin naturelle d’une vie simplement honorable. Il n’est donc pas extraordinaire que les deux frères de Michelle se soient, dès l’enfance, préparés au concours de l’École Navale. En 1915, l’aîné commandait un torpilleur qui briquait jour et nuit la zone maudite des Bancs de Flandre, et le cadet, fier de son sous-marin que deux citations à l’ordre avaient rendu célèbre dans une escadre où l’héroïsme était plus répandu que les récompenses, opérait en Méditerranée. C’est Georges, l’aîné, qui assistait à notre mariage. Il rayonnait d’allégresse. Je ne l’ai jamais entendu se plaindre de quoi que ce fût. Optimiste malgré tous les vents, il rit comme un gosse jusque dans les pires situations. De douze ans plus vieux, il a l’air plus jeune que Michelle. Le cadet, Robert, ressemblait davantage à sa mère et à sa sœur. Volontiers taciturne, silencieux, le nez toujours fourré dans un bouquin, comme disait Georges, sérieusement épris de son métier, il chérissait aussi sérieusement sa mère et sa sœur. Georges avait l’affection et la conscience moins sévères. Mais tous deux se seraient jetés à l’eau, pieds et poings liés, sur un signe de leur mère ou de leur sœur.