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Les yeux fermés

Chapter 77: LXXVI
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About This Book

A first-person narrator, recently rendered blind, recounts his adjustment to loss of sight, recalling pleasures of reading, dependence on dictionaries, visits to the library, and the tenderness and tensions of a relationship whose partner leaves for a restorative stay. Isolating himself for a month to test his resilience, he decides to write as a means to occupy solitude and perhaps transmute suffering into art. He reflects on memory, pride, fear of pity, the limits of heroism, and the commonality of domestic temptations, mixing intimate reminiscence with philosophical observations about creation, humility, and the difficulties of turning personal pain into literature.

LXXVI

Il y a bien d’autres choses que je ne comprends pas, ou que, peut-être, je préfère ne pas comprendre. Je préférerais ne point le consigner ici. Mais comment taire ce qui explique pourquoi je me trouve à Guéthary dans une solitude complète ? Car, malgré toute l’affection qu’elle a pour moi, ma vieille Joséphine, ce témoin de mon enfance heureuse, n’est qu’un témoin de ma solitude. Chère Joséphine ! Quand elle me parle de ma mère, c’est toujours, comme il convient, avec une déférence irréprochable. Mais elle me parle rarement de ma mère, parce qu’elle devine, sans que j’aie besoin de le lui préciser, que le silence vaut mieux que les meilleures paroles. Je n’ai rien compris au drame de ma mère. Il vaut mieux aussi que je n’y comprenne rien. Je ne suis plus son fils unique. Elle a une fille. De quel âge ? Je ne le sais pas exactement. Elle m’a caché beaucoup de choses. Elle m’écrivait des lettres vagues, qui sentaient l’effort. J’aurais compris, j’aurais pu comprendre. Pauvre maman ! Se méfiait-elle ? Est-ce sa faute, si elle a vu fuir encore devant elle le bonheur qu’elle n’aura sans doute jamais tenu ? Sans doute ? Ou peut-être ? Comment dire ? Je comprendrais, je saurais comprendre, maintenant, maintenant surtout, si elle voulait. Elle ne veut pas. Elle m’aime, pourtant. Un jour, elle est venue me dire que je pouvais disposer entièrement de la maison de Guéthary. Je n’ai pas su l’obliger à me dire pourquoi. Elle est repartie, avec son secret, vers la Rhénanie, où le capitaine Vuéron était en garnison. Elle me serrait les deux mains en me quittant.

— Plus tard, murmura-t-elle.

Plus tard, j’appris, par une lettre courte, mais qui trahissait le désarroi, qu’elle avait une fille ; puis, à quelque temps de là, que le capitaine Vuéron était mort, à Cologne, d’une typhoïde. Pauvre, pauvre maman !

Un soir qu’elle me lisait un journal, Michelle s’arrêta court après les premiers mots d’une information. Pourquoi dressai-je l’oreille ? Michelle biaisait. Je dus presque me fâcher. J’aurais peut-être dû l’ignorer toujours : on annonçait le mariage du capitaine d’artillerie Vuéron, de l’armée du Rhin, récemment promu officier de la Légion d’honneur, avec Mademoiselle de Rouchins, fille de… etc.