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Les yeux fermés

Chapter 86: LXXXV
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About This Book

A first-person narrator, recently rendered blind, recounts his adjustment to loss of sight, recalling pleasures of reading, dependence on dictionaries, visits to the library, and the tenderness and tensions of a relationship whose partner leaves for a restorative stay. Isolating himself for a month to test his resilience, he decides to write as a means to occupy solitude and perhaps transmute suffering into art. He reflects on memory, pride, fear of pity, the limits of heroism, and the commonality of domestic temptations, mixing intimate reminiscence with philosophical observations about creation, humility, and the difficulties of turning personal pain into literature.

LXXXV

J’ai bien dit que la terrible Odette nous sonna l’armistice. Nous, parce que Michelle n’en éprouvait pas le besoin ou le désir, nous n’avions pas invité d’amis ou d’amies dans la villa de Ciboure, tant que nous en fûmes les seuls propriétaires. A l’avènement d’Odette, souveraine impérieuse, la villa perdit sa tranquillité d’ermitage. Dès l’été commençant, elle fut envahie. Le jardin, désespoir de Michelle, endura les insultes des indifférents. Toute une bande grisée d’hommes jeunes et de jeunes femmes occupa notre cher refuge comme un pays conquis. Et Odette menait le mouvement. Et Georges suivait avec entrain. Heureuse jeunesse ! Insouciante jeunesse ! Ai-je le même âge que ceux-là qui se divertissaient ainsi ? Ils s’amusaient de tout et de rien. Randonnées en automobile, déjeuners à Ascain, goûters à Bayonne, dîners à Hendaye, soirées à Biarritz, bains de mer, bains de soleil sur la plage de Saint-Jean-de-Luz, apéritifs à la Pergola, et danse partout et à toute heure, le matin, à midi, le soir, à minuit, ils épuisaient les distractions de la saison. Ils assistèrent, à Dax, à une course de taureaux où ils applaudirent de confiance l’illustre Belmonte. Ils applaudirent pareillement Chiquito de Cambo dans une de ses parties d’exhibition au fronton d’Aguilera, décrétant merveilleux le jeu de la pelote, et bâillèrent au trinquet de Bayonne, où Léonis et Arcé défiaient à main nue Léon Dongaïtz et Édouard Arrayet. Ils adoraient le Pays Basque, le proclamaient, le croyaient, lisaient Ramuntcho, et tous, jusqu’aux femmes, se coiffaient d’un béret. Ils étaient fous, comme Odette était folle. Ils s’amusaient. Le plus vieux de la bande avait-il quarante ans ? C’était Georges, et il faisait le meneur, à côté d’Odette, qui triomphait. Les ai-je enviés ?