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Les yeux fermés

Chapter 89: LXXXVIII
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About This Book

A first-person narrator, recently rendered blind, recounts his adjustment to loss of sight, recalling pleasures of reading, dependence on dictionaries, visits to the library, and the tenderness and tensions of a relationship whose partner leaves for a restorative stay. Isolating himself for a month to test his resilience, he decides to write as a means to occupy solitude and perhaps transmute suffering into art. He reflects on memory, pride, fear of pity, the limits of heroism, and the commonality of domestic temptations, mixing intimate reminiscence with philosophical observations about creation, humility, and the difficulties of turning personal pain into literature.

LXXXVIII

De cet incident menu que j’ai transcrit ici parce qu’il m’est rentré dans la mémoire la nuit dernière, il ne fut plus question par la suite, entre Michelle et moi. Non plus d’ailleurs, ou à peu près du moins, que de Jacques lui-même. Car la bande joyeuse de la terrible Odette se disloquait et se reconstituait avec une fantaisie que rien ne semblait régler. Tel, qu’on avait invité pour quarante-huit heures, demeurait trois semaines dans la villa de Ciboure. Tel autre, qui se promettait quinze jours de vacances, disparaissait tout à coup après une brève apparition parmi les fous de la bande. Ainsi disparut Jacques, sans revenir à Guéthary. Michelle ne m’en fit pas la remarque. Je ne la lui fis pas non plus. A-t-il écrit ? Je l’ignore. Mais pourquoi m’en inquiéter, à présent, si je veux me garder de toute présomption ? Lui seul de la bande m’avait intéressé. Lui parti, les autres ne m’attiraient point. Georges nous avait apporté le phonographe qu’il préconisait. Ils dansèrent. Michelle eut beau se défendre : elle dut apprendre à danser, Georges l’empêcha de se soustraire aux exigences de toute la bande conjurée. Elle ne céda pourtant qu’après m’avoir vu céder moi-même aux ordres d’Odette, qui tint à me donner les leçons nécessaires. Qui m’aurait dit, un an plus tôt, dans notre ermitage de Ciboure, que Michelle et moi danserions comme les pantins désœuvrés stigmatisés par Georges ? Et à quelles folies ne nous eussent pas entraînés les fous de la bande joyeuse, si, après les premières chasses à la palombe, l’automne ne les avait dispersés aux quatre coins de la France ? La villa de Ciboure se dépeupla. Le jardin était saccagé. Odette résolut de fuir comme ses hôtes. Avec Georges, elle gagna la Côte d’Azur, moins pluvieuse que le Pays Basque. Ils ont passé l’hiver entre Marseille, Nice, Cannes et Toulon. Nous, nous sommes restés à Guéthary, dans notre petite maison enfin rendue à ses maîtres étonnés. Ma vieille Joséphine en fut ragaillardie : la bande joyeuse l’avait harassée. Et Michelle et moi, nous sommes remis au travail.