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Les yeux fermés

Chapter 99: XCVIII
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About This Book

A first-person narrator, recently rendered blind, recounts his adjustment to loss of sight, recalling pleasures of reading, dependence on dictionaries, visits to the library, and the tenderness and tensions of a relationship whose partner leaves for a restorative stay. Isolating himself for a month to test his resilience, he decides to write as a means to occupy solitude and perhaps transmute suffering into art. He reflects on memory, pride, fear of pity, the limits of heroism, and the commonality of domestic temptations, mixing intimate reminiscence with philosophical observations about creation, humility, and the difficulties of turning personal pain into literature.

XCVIII

Le lendemain matin, Michelle était souffrante.

— Ne t’inquiète pas, me dit-elle. Ce n’est pas grand’chose.

Mais pendant six jours elle fut silencieuse. Elle ne se plaignait pas. Je la sentais triste. Je comprenais, ou je croyais comprendre. Le septième jour, j’avais décidé d’employer le seul remède efficace : j’engageai Michelle à changer d’air. Elle protesta. Je fis semblant de me fâcher. La discussion ne s’éternisa pas. Michelle est partie. Elle est partie depuis un mois. Je lui avais ordonné le repos absolu. Elle ne m’a écrit qu’une fois par semaine, de courts billets en braille, auxquels j’ai répondu sans m’étendre davantage. J’ai peut-être eu tort. Je le saurai peut-être demain. C’est demain que Michelle devrait revenir. Reviendra-t-elle ? Je ne sais pas. Le drame qui fut le nôtre, ne le fut-il que dans mon imagination d’aveugle ? Je voudrais le croire. S’il fut réellement, que pense Michelle depuis un mois, et que va-t-elle faire ? A quoi va-t-elle se résoudre ? Écoutera-t-elle la voix de la bande joyeuse, qui l’appelle vers tout ce que je ne puis, moi, lui offrir ? Ou bien, fidèle à elle-même, reviendra-t-elle près de moi, qui ai besoin d’elle ? La nuit est noire autour de moi. Je pense à ma mère, dont je n’ai pas de nouvelles. Je pense à Michelle, qui fut, pendant dix années, le soutien et la grâce de ma vie. Je pense à Georges, emporté dans le tourbillon d’Odette. Je pense à Jacques qui navigue vers ses rêves. Je pense à mon père qui est mort héroïquement après avoir sacrifié l’affection de sa femme et de son fils. Comme la nuit est noire autour de moi ! Et que me réserve demain ? Aurai-je, demain, le télégramme que j’espère, oui, que j’espère de Michelle ?