WeRead Powered by ReaderPub
Lettres à sa fiancée cover

Lettres à sa fiancée

Chapter 28: Mercredi, 11 décembre 89.
Open in WeRead

Explore more books like this:

About This Book

The volume assembles intimate letters in which Léon Bloy writes to his fiancée with intense spiritual fervor, blending devotional meditation, personal confession of poverty and suffering, and reflections on faith, literature, and friendship. An introductory testimony and a dedication provide a framing voice that evokes the correspondence's religious purpose and familial ties. The letters alternate tender affection and gratitude with sharp critique of social and ecclesiastical failings, offering theological argumentation, autobiographical detail, and literary observation. Together they create a compact portrait of a writer whose love, penitence, and vocation are presented as inseparable elements of his inner life.

Mercredi, 11 décembre 89.

Ma Jeanne bien-aimée,

J’aurais dû répondre hier à ta lettre de deuil. Je n’ai pu le faire. Après quelques heures passées au dessin dans la matinée, je me suis senti tout à coup très malade et consumé de fièvre. J’ai dû me coucher et me tenir au chaud dans mon lit. J’ai passé une nuit très pénible, mais aujourd’hui je vais mieux. Je bois du lait chaud et des grogs brûlants.

C’est la suite naturelle de ce que j’avais éprouvé dimanche. Il paraît qu’il y a en ce moment beaucoup de personnes atteintes de ce mal qui n’est qu’une espèce de grippe. Je ne veux pas, mon amour, que tu aies la moindre inquiétude. C’est à peu près fini aujourd’hui, du moins la grande crise est passée et j’espère que dans trois jours, il n’y paraîtra plus. Ce qui me fâche, c’est le retard de mon travail.

Il est toujours bon de voir la mort et je suis heureux que cette vue t’ait remplie de la présence de Dieu. C’est un signe pour reconnaître les âmes supérieures. Les chrétiens doivent être continuellement inclinés sur les abîmes.

Un autre jour, ma chérie, je t’écrirai quelque chose sur la Mort. Je l’ai beaucoup connue et j’en ai beaucoup souffert. C’est une des choses que je sais le mieux et j’espère trouver précisément en ce point la lumière que tu m’as demandée sur le dogme sublime de la communion des saints.

Mais aujourd’hui, j’en suis incapable. Ma grande fièvre est passée, seulement le rhume de cerveau, qui me sauve d’un plus grand mal, est dans son plein. Or, en pareil cas, je suis à peu près idiot, incapable de formuler une pauvre idée.

Je t’écris simplement parce que j’ai pensé que tu verrais mon écriture avec plaisir. J’éternue et je me mouche trois fois par minute. Il ne faut pas me demander autre chose.

Tu es une bonne et charitable fille, ma petite Jeanne. Tu as raison d’aider cette pauvre femme. Nous devons croire que c’est encore un dessein de la Providence qui s’accomplit. Qui sait si tu ne trouveras pas de ce côté une précieuse consolation ?

Au revoir, ma Jeanne chérie, mon rhume m’aveugle et je ne vois plus ce que j’écris.

Ton Léon.