WeRead Powered by ReaderPub
Lettres à sa fiancée cover

Lettres à sa fiancée

Chapter 29: Samedi, 14 décembre 89.
Open in WeRead

Explore more books like this:

About This Book

The volume assembles intimate letters in which Léon Bloy writes to his fiancée with intense spiritual fervor, blending devotional meditation, personal confession of poverty and suffering, and reflections on faith, literature, and friendship. An introductory testimony and a dedication provide a framing voice that evokes the correspondence's religious purpose and familial ties. The letters alternate tender affection and gratitude with sharp critique of social and ecclesiastical failings, offering theological argumentation, autobiographical detail, and literary observation. Together they create a compact portrait of a writer whose love, penitence, and vocation are presented as inseparable elements of his inner life.

Samedi, 14 décembre 89.

Ma chère Jeanne aimée,

Je t’écris, cette fois encore, bien plus pour te faire voir mon écriture que dans l’espoir de te donner des idées sur quoi que ce soit. Je viens de passer une semaine très douloureuse. Je peux te le dire maintenant que c’est à peu près fini. J’ai été très malade et j’ai cruellement souffert de ma solitude, étant privé de soins et presque sans ressources.

Ce n’était, il est vrai, que la grippe. Mais une sorte de grippe particulière à moi qui me revient à peu près tous les trois ou quatre ans et dont la violence est extrême.

Je crois t’avoir déjà signalé ce fait remarquable de l’hostilité perpétuelle des circonstances contre toutes mes entreprises. Ainsi, mes mesures étaient bien prises pour que mon enluminure d’Angleterre s’achevât à peu près cette semaine. Il a fallu que je fusse malade. J’ai un peu travaillé, il est vrai, mais si peu et à quel prix ?

Dès demain, dès ce soir même, l’occasion est perdue, car il faut que je recommence mes courses d’enfer.

Il y a des heures où toute lumière m’abandonne et, alors, je me crois maudit.

Ne viens donc pas demain puisque tu es forcée de travailler. Je serai absent et peut-être bien malheureux, ce qui ne me changera guère.

Prie pour moi, ma chère âme, car je suis si navré que je ne peux prier.

Je voudrais espérer avec toi pour cette fin d’année, mais j’ai tant espéré depuis dix ans avec de si fortes raisons d’espoir et j’ai été si atrocement déçu !

Ton ami bien triste,

Léon Bloy.