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Lettres d'amour

Chapter 4: Contre une femme interessée
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About This Book

A collection of intimate, rhetorically daring epistles that alternate ardent declarations, jealous reproaches, and playful seductions with candid self-reflection. The pieces treat courtship as theatrical exchange, combining erotic imagery, witty bravura, and satirical asides while revealing personal circumstances and literary ambitions. Shifts of tone from urgent confession to mockery expose anxieties about desire, honor, and reputation. The author’s lively language and inventive metaphors turn occasional domestic anecdotes into broader reflections on passion and social performance, producing a compact, stylistically varied portrait of romantic excess and the tensions between private longing and public persona.

Contre une femme interessée

Madame,

Si chacun étoit obligé comme moy, pour faciliter la lecture de ses œuvres, de donner de l’argent, les Balsacs n’auroient jamais écrit, et les aueugles sçauroient lire. Mais quoy. Si mes lettres ne sont éclairées de la reuerbéracion de quelque écu d’or, quand ie les aurois prises dans Polexandre, ie suis assuré d’auoir écrit en hébreu. Chez vous, ouurir simplement la bouche ne sert qu’a la prononciacion de l’Arabe et du Margajat ; pour vous parler François, il faut ouvrir la main ; ainsi i’ay dans mon coffre le secret de vous éclairer la Bible, et de vous rendre les Centuries de Nostradamus plus intelligibles que le pater. C’est de vous qu’on peut dire, point d’argent point de suisse. Mais, d’un autre côté, ie me console en ce que, quand vous auriez combatu dix ans mes seruices, mes larmes et mon désespoir, ie suis assuré auec la croix d’un Louis, de chasser de votre corps ces diables de refus ; iamais les malfaicteurs de Iudée, n’ont tant tombé sous la croix que vous ; vous croiez qu’un iuste ne vous sçauroit rien demander iniustement, et que des intencions qui sont accompagnées d’un métal pur comme l’or, ne sçauroient estre que très pures. I’aurois grand tort apres cela de dire que votre auarice est égale a celle de Iudas, lui qui vendit un Iuste ; et vous vous vendez pour un Iuste. Le palais Roial vous à accoutumée a porter tant de respect aux princes que vous vous abaissez sous tous ceux qui portent leurs images ; et quelqu’un aioûte que vous étes tellement circonspecte à la distribucion de vos faueurs, que vous pesez dauantage sur les baisers d’un quart d’écu que sur ceux d’un teston. Cette façon d’œconomie ne me déplait pas tout à fait, car quand ie viendray vint sols dans une main, ie suis certain que ie tiendray votre cœur dans l’autre. Tout ce qui me fàche, c’est que vous métrez mon image hors de chez vous par les épaules, dès qu’elle y a demeuré trois iours sans paier son gîte ; qu’il me semble que la définicion de mon estre soit de donner, et qu’aussi-tôt que ie cesse de fouiller à ma pochette, ie cesse d’estre animal raisonnable. Corrigez cette humeur auare, car il vous est honteux d’estre a mes gages, moy qui suis

Votre Seruiteur.