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Lettres d'amour

Chapter 7: Sur des brasselets de cheueux
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About This Book

A collection of intimate, rhetorically daring epistles that alternate ardent declarations, jealous reproaches, and playful seductions with candid self-reflection. The pieces treat courtship as theatrical exchange, combining erotic imagery, witty bravura, and satirical asides while revealing personal circumstances and literary ambitions. Shifts of tone from urgent confession to mockery expose anxieties about desire, honor, and reputation. The author’s lively language and inventive metaphors turn occasional domestic anecdotes into broader reflections on passion and social performance, producing a compact, stylistically varied portrait of romantic excess and the tensions between private longing and public persona.

Sur des brasselets de cheueux

Mademoiselle,

I’ay receu vos brasselets marquez de vos chifres ; ne craignez donc plus qu’un prisonier arété par les bras et par le cœur, vous échape. Je vous confesseray cependant (si vous ne me sembliez trop belle pour estre sorcière) que votre don m’ût été suspect, a cause qu’il entre quasi toujours des cheueux et des caractères dans la composicion des charmes. Mais comme vous étes en possession de massacrer impunement, le venin vous est inutile, et quoy que ie vous puisse conuaincre auec ces brasselets d’auoir usé sur moy, sinon de sortilége, au moins de ligature, i’aurois tort de me dérober aux secrets de votre magie ; puisqu’aiant à choir sous vos coups, mon trépas sera plus glorieux, s’il ariue par des moiens surnaturels, et s’il faut un miracle pour me tuer. Ie m’imagine que vous prenez tout ceci pour une matamorade. Hé ! bien, — parlons sérieusement ; dites moy donc en conscience, nesse pas auoir un cœur à bon marché, qui ne vous coûte que trois coups de brosses ; ma foy, si vous en trouuez plusieurs a ce pris la, ie vous conseille de les prendre ; vous risquez peu de chose, et pouuez gangner beaucoup ; car il reuient toûjours des cheueux à la teste, et non des cœurs à la poitrine. Peut estre que mesurant mon mérite, a la hardiesse d’éleuer mes desirs iusqu’à vous, vous m’offrez votre cheuelure, pour me traiter en Dieu. Mais peut estre aussi (petite moqueuse) que me voulant donner à connoître comme vous étiez viuement touchée de mon amour, vous m’auez enuoié de votre personne la partie la plus insensible. Quelque malicieuses, cependant, que soient vos intencions, du bien ou du mal que vous me faites, ie confons tellement la simpathie auec l’anthipatie que les mains qui me frapent, ou qui me carressent me paroissent également souhaitables lorsqu’elles sont à vous. Cette lettre en est une preuue assez conuaincante ; puisqu’elle ne tend qu’a vous remercier de m’auoir tiré par les cheueux, de m’auoir lié les bras, et par toutes ces violences m’auoir fait,

Mademoiselle,

Votre esclaue.