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Lucifer

Chapter 12: XI
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About This Book

Credits: Laurent Vogel, Robin Tremblay and the Online Distributed Proofreading Team at https: //www. pgdp. net (This book was produced from scanned images of public domain material from the Google Books project. ) Droits de traduction, reproduction, représentation théâtrale et adaptation cinématographique réservés pour tous pays. Copyright 1929 by Albin Michel.

 

Et ceci fut l’époque de ma vie où le bandeau que j’avais sur les yeux s’épaissit, au point que je fus comme un aveugle. Pire même, car l’aveugle a développé en lui des qualités tactiles, il distingue de façon surprenante les différences des objets, même les plus insignifiantes, par le toucher. Mais moi, non content de ne pas voir, je palpais de mes mains la plus divine matière et je demeurais ignorant de sa qualité. Maintenant que toute chose m’apparaît différente, j’excuse l’erreur des autres en mesurant la mienne. Je ne méprise plus comme avant les gens qui exercent les fonctions de juges, ceux qui manient l’argent dans des banques, ceux qui dans de grandes industries obtiennent de gros bénéfices en faisant travailler des hommes peu payés, tous ceux par qui se soutient l’édifice boiteux et contrefait de la société. Ils se trompent comme je me suis trompé. Ils croient à une illusion et s’ils touchent par hasard la réalité c’est avec une main si grossière qu’ils n’en discernent pas le grain délicat.

Gloire à cette apparition de la lumière qui permet de regarder la vie, non de l’extérieur, mais comme si on était placé dans son cœur même. Elle ne vient pas ainsi que beaucoup l’attendent, à la manière d’une révélation. Elle vient lentement, elle vient tard et seulement quand on a traversé de grandes ténèbres. Elle vient d’une interrogation constante, de la comparaison des actions entre elles, de l’observation des causes et des effets. Aucune étoile lumineuse ne s’accroche sur la porte de celui qui la reçoit. L’amant du merveilleux est d’abord déçu par la trop grande simplicité du phénomène. Mais il s’aperçoit bientôt que le phénomène est rare, bien que simple. Il cherche quelqu’un qui l’a éprouvé comme lui, de façon à en parler et à être compris. Il ne rencontre pas celui qu’il cherche. Il se sent seul. Gloire à la puissance de la vie qui isole l’homme au milieu de ses pareils, afin qu’il soit transformé !


Il y avait un mois que nous vivions ensemble à Paris et Laurence n’arrivait pas à me tutoyer. Après de nombreux essais elle avait finalement renoncé.

— Ce n’est pas parce que vous m’intimidez, me dit-elle, et ce n’est pas parce que vous êtes plus âgé que moi. Il me semble — elle cherchait ses mots et se découvrait elle-même en parlant — que je n’ai la faculté d’être familière qu’avec des gens pauvres.

C’était vrai. Mais les gens pauvres inspiraient plus que de la familiarité à Laurence, ils faisaient naître en elle une affection spontanée. Je ne le remarquai qu’à la longue. Le manque d’argent était un titre bizarre par lequel on gagnait presque à coup sûr le cœur de Laurence. Chez toute personne nouvelle qu’elle voyait, elle ne considérait que les signes extérieurs de la pauvreté et si elle ne voyait pas ces signes, il en résultait un certain éloignement.

Comme nous l’avions pensé, elle et moi, M. de Saint-Aygulf n’avait rien fait pour reprendre sa fille. Celle-ci était du reste majeure depuis quelques mois. Il lui avait écrit, au contraire, pour lui signifier une sorte de malédiction. C’est Kotzebue qui semblait avoir été le plus touché par le départ de Laurence. Un jeune homme appelé Lucien Duperré, qui avait passé l’été avec lui dans le Midi, était venu me voir sans motif apparent, mais en réalité pour me transmettre ses paroles et pouvoir lui donner quelques détails sur ma vie avec Laurence.

— Il faut que je m’acquitte de ma commission, me dit-il avec embarras.

J’aurais bien préféré ne rien entendre.

— Parlez, lui dis-je pourtant en souriant avec indifférence.

— Il m’a dit exactement ceci. Dites-lui que je connais la raison cachée de ce qu’il a fait. Son acte est la conséquence directe d’une signature donnée il y a plus de quinze années. Je le considère comme perdu.

Je répondis que l’opinion de Kotzebue me laissait indifférent. Le jeune homme partit rapidement et Laurence déclara qu’elle avait horreur des hommes qui portaient une chaînette d’or à leur cheville et étaient habillés comme des gravures de mode.

J’étais obligé de renoncer à voir presque tous mes amis, qui étaient aussi ceux de M. de Saint-Aygulf. J’avertis Laurence que j’allais négliger désormais les spirites, les Esséniens, les membres de tous ces groupes où l’on accorde en principe plus d’importance à la vie future qu’à la vie réelle.

— Enfin ! ne plus voir de fous ! Quel soulagement ! s’écria-t-elle.

Je renouai avec d’anciens camarades que j’avais un peu perdus de vue. Je les invitai à dîner, je leur fis des politesses inattendues pour les attirer. C’étaient des gens comme tout le monde, qui avaient des autos, des maîtresses, qui fréquentaient le music-hall et qui n’étaient préoccupés par aucune philosophie. A ma grande surprise, Laurence les accueillit avec froideur. Elle trouvait les femmes trop sottement entichées de leurs bijoux et de leurs toilettes et elle avait encore plus d’éloignement pour les hommes. J’en cherchai le motif et je crus discerner à la longue que la pierre de touche de Laurence pour juger les êtres était la fortune.

Un soir que je rentrais chez moi, vers sept heures, je rencontrai dans un bureau de tabac de la rue Jouffroy un garçon appelé Falou, que j’avais connu jadis au Quartier Latin et retrouvé à diverses reprises. C’était un bohème mondain qui vivait d’expédients. Il était en train d’acheter au détail quelques cigarettes de caporal, ce qui n’est pas un signe de richesse. Il les cacha précipitamment à ma vue. Je fus frappé par son air plus misérable qu’à l’ordinaire et un je ne sais quoi d’égaré dans son allure.

Il ne m’avait jamais intéressé, mais j’avais perdu la plupart de mes relations et je désirais beaucoup m’en créer de nouvelles pour distraire Laurence.

— Viens dîner avec moi, lui dis-je, j’ai justement quelques amis.

Je compris, à la dignité avec laquelle il refusa, qu’il ne devait pas être sûr de dîner ce soir-là. J’insistai. Il s’excusa de n’avoir pas le temps d’aller revêtir son smoking, mais je finis par l’entraîner.

Laurence était souriante, mais lointaine, et pendant toute la première partie de la soirée elle n’eut pas l’air de remarquer Falou. Il resta le dernier. La conversation mourait tristement. Il allait enfin se lever pour prendre congé quand l’attitude de Laurence changea à son égard. Elle se mit à le considérer avec une visible sympathie et elle insista pour qu’il demeurât un peu, malgré le caractère morne des propos. Je ne pus trouver à ce fait une autre explication que celle-ci.

Le taciturne Falou était assis en face de Laurence et de moi et il avait les jambes croisées. La chaleur du dîner, sans éclairer son visage triste, lui avait communiqué un certain abandon et l’oubli de la prudence nécessaire à l’homme pauvre. Il laissait voir la semelle d’une bottine où un trou traçait un large dessin. Je surpris le regard de Laurence posé sur cette semelle et je fus d’abord honteux pour mon ami, connaissant l’impitoyable sévérité des jeunes femmes dans cet ordre d’idées. Mais le résultat que je craignais ne se produisit pas et ce fut le contraire qui eut lieu.

— Il est très gentil, me dit Laurence quand il fut parti.

Et lorsqu’elle apprit que Falou était un pauvre diable, cultivé mais veule et incapable de gagner sa vie, qui n’avait ni situation, ni ressources, ni famille, je vis un éclair dans ses yeux et elle déclara, au mépris de toute vraisemblance, que Falou était le plus agréable de mes amis et qu’il faudrait l’inviter souvent.

Je retrouvai cet amour de la pauvreté dans les moindres détails de l’existence de Laurence. J’avais voulu, en arrivant à Paris, donner à mon appartement de garçon, qui était vaste, mais un peu désuet, une allure plus moderne. Elle s’y était opposée, trouvant que tout était très bien.

Ma maison était tenue par une vieille personne correcte que Laurence trouva trop correcte. Le service était fait par un valet de chambre qui cachait sa timidité sous une importance obséquieuse. Laurence ne pouvait le regarder sans hausser les épaules.

Je pris pour elle une femme de chambre, mais elle lui parut trop bien stylée et elle déclara que « décidément, elle n’avait besoin de personne ». Toute sa sympathie allait à une créature sans nom, une femme de ménage qui venait faire les chambres le matin, C’était avec un nez rouge et des savates, un si extraordinaire symbole de misère qu’on était d’abord tenté de croire qu’elle n’appartenait pas à la réalité quotidienne, mais qu’elle allait jouer un rôle dans quelque féerie. Laurence put avoir des conversations avec cette figure de songe. Elle lui fit des cadeaux. Elle l’appelait « madame Honorine » avec une nuance de respect. Je ne suis pas sûr qu’elle ne la prît pas pour confidente.

J’établis un lien entre l’anomalie de ses goûts et la promenade nocturne autour de la place Blanche dont j’avais été un soir le témoin. Je n’avais pas renoncé à savoir pourquoi, exactement, elle était allée rendre visite à Kotzebue au milieu de la nuit, après avoir rôdé devant divers cafés. Bien entendu, je ne voulais pas lui dire que je l’avais suivie. Je procédai par allusions. Je l’accusai en plaisantant d’avoir volontiers flirté avec Kotzebue. Mais elle me rapporta les conversations qu’elle avait eues avec lui et cela avec une franchise qui n’était pas simulée. J’avais remarqué que si elle passait quelquefois certains événements sous silence, elle n’usait jamais du mensonge.

— Flirter, me dit-elle en riant. Le mot est impropre pour lui. Il avait certainement une arrière-pensée à mon égard, mais il n’osa jamais la manifester clairement. Il me donnait l’impression de ne pas avoir l’habitude de parler aux femmes. Je le surveillais toujours du coin de l’œil, car je pensais qu’il était de ces gens qui se jettent brusquement sur vous et essaient de vous renverser sans explications. Peut-être avec moi n’eut-il jamais une occasion assez favorable. Je crois qu’il ne s’en présenta qu’une pour lui et il la laissa passer parce que j’étais sur mes gardes. Il devait essayer du magnétisme et autres choses semblables. Mais moi, je ne suis pas un sujet comme ma sœur. Une épaisse couche de matière m’enveloppe. Toutes les fois qu’il causait avec moi, dans le Midi, il me parlait d’une certaine Hélène, qu’il appelait aussi Ennoïa. Je ne compris pas d’abord si c’était un être imaginaire ou une femme de ses relations. Il me disait que j’avais un rôle admirable à jouer en incarnant Hélène. Mais en quoi cela consistait-il ? J’avais beau lui dire que je ne connaissais rien à toutes ces histoires, il me répondait que c’était parfait et qu’il valait mieux qu’Hélène ne comprît rien. Il me faisait beaucoup rire, et tout de même j’avais un peu peur de lui.

Je revins plusieurs fois à la charge, mais ce fut inutilement. Un soir où plusieurs amis étaient venus nous chercher pour dîner au restaurant, quelqu’un proposa d’aller chez Alberte. Cette Alberte était la patronne d’un établissement moitié café, moitié boîte de nuit, qui n’était guère fréquenté que par des habitués et faisait partie de ceux que Laurence avait examinés, le soir où je l’avais suivie. Elle ne manifesta sur le moment aucune émotion. Mais dès que les lumières de la place Blanche brillèrent autour de nous dans le taxi qui nous portait, je compris, à un redressement de son corps, à une palpitation de ses narines, que Laurence avait, avec ce point spécial de la ville, cette place Blanche vulgaire, une communication inexplicable.

Durant le dîner, Laurence considéra autour d’elle toutes choses, le comptoir du bar, la porte de la cuisine, les murs où étaient accrochés quelques tableaux humoristiques, comme s’il s’agissait d’un lieu particulièrement intéressant, jouissant d’une célébrité historique.

Les ordinaires garçons, les clients quelconques, les femmes qui entraient et sortaient après des conciliabules avec la patronne étaient pour elle remplis d’attrait. Elle ne les quittait pas des yeux. Inattentive à notre conversation, elle vivait avec amour la vie de ce bar. Alberte, avec son visage bouffi, ses yeux de renard bienveillant, ses mains lourdes de bagues fausses, lui paraissait avoir une dignité imposante :

— Ce doit être une femme charmante, dit-elle plusieurs fois.

Et quand nous partîmes, elle échangea avec elle de longs sourires.

Il était trop tard pour aller au théâtre et quelqu’un proposa d’aller prendre un verre quelque part.

Laurence accepta avec joie et proposa tout de suite la brasserie Romano, « qu’elle avait vue en passant, dit-elle, et qui lui paraissait curieuse ».

Aucune originalité propre ne caractérise la brasserie Romano. J’eus la sensation que les filles y raccrochaient avec plus d’impudence qu’ailleurs. Des hommes calmes et rasés jouaient aux cartes dans un coin. Un couple de provinciaux s’était fourvoyé.

Laurence était tout à fait heureuse. Une certaine animation lui venait des vins et des liqueurs du dîner. Mais je distinguai en elle une ivresse qui avait une autre provenance. Elle était grisée par cette ambiance qui sort des rues de Montmartre, reluit dans le clinquant des cafés, coule avec l’alcool qu’on y boit. Les orchestres falots n’étaient là que pour provoquer des étreintes. Les couples ne dansaient ou ne s’asseyaient autour des tables que d’une façon provisoire. Ils allaient se glisser bientôt dans des chambres d’hôtel. On sentait que le rouge des lèvres hâtivement plaqué allait être écrasé bientôt par le labeur du baiser. Les femmes, qu’on voyait passer avec des yeux vagues et une cigarette aux doigts, venaient de se déshabiller et de se rhabiller et elles allaient recommencer. Toutes les maisons des alentours étaient des hôtels. Des marchés se tramaient derrière tous les comptoirs, sur toutes les tables de marbre. Et il y avait quelque chose de morne, un souffle vénal, une absence totale de joie qui propageait un désir de veule abandon, de caresses sur des draps douteux.

Cette nuit-là, nous rentrâmes tard après avoir erré de boîte de nuit en boîte de nuit, et Laurence, non seulement ne s’était pas aperçue de la sinistre similitude de tous ces endroits, mais elle déclarait y avoir trouvé une délicieuse variété.

A partir de ce jour, il fallut renoncer à dîner dans des appartements ou à aller au théâtre. Il n’y avait de plaisir pour Laurence que dans les cabarets de second ordre, elle ne respirait à l’aise que dans leur opaque fumée. Je ne pouvais faire autrement que de lui céder, car elle était chaque soir comme une enfant que l’on prive du seul jouet qui l’amuse. Elle tombait dans une rêverie muette, elle semblait prête à pleurer. Dès que je disais :

— Si l’on allait prendre quelque chose à Montmartre ?

Ses yeux brillaient, elle redevenait gaie et animée. Même, une sorte de fièvre s’emparait d’elle.

Elle paraissait tout aimer de ce qui commençait aux abords de la place Clichy et se terminait au square d’Anvers. La place Blanche était comme une surnaturelle étoile dont la lumière la magnétisait.

Quand nous la traversions, je voyais son regard se poser sur les affiches lumineuses, les marchandes de journaux, l’agent de service, avec un attendrissement affectueux. Et il y avait alors en elle une curiosité jamais lassée, qui lui faisait considérer le visage de toutes les femmes avec une attention et un amour dont je crus enfin découvrir la cause.

En réfléchissant aux questions que Laurence m’avait posées sur l’existence des raccrocheuses et des femmes de bars, à l’intérêt que ces femmes lui inspiraient et à sa bizarre passion de se trouver au milieu d’elles, un mot terrible apparut à mon esprit, le mot : possession.

Laurence était possédée. Une force occulte, une magie l’attirait vers les formes les plus inférieures de la vie. Tous les aspects de la misère étaient séduisants pour elle. Elle aimait les pauvres, non par charité, mais parce que la société les avait rejetés et qu’ils présentaient l’image de la damnation terrestre.

Ce n’était ni le hasard, ni mon caprice, ce n’était pas même des affinités sensuelles communes qui m’avaient rapproché de Laurence. Il y avait entre nous un lien plus puissant. Nous étions unis par un semblable amour du mal. Les forces d’en bas nous appelaient tous les deux ; elles nous avaient marqués de je ne sais quel signe pour descendre en même temps de déchéance en déchéance.

Je crus m’apercevoir que j’étais devenu moins intelligent, que je ne lisais que rarement, que je ne cherchais plus à m’instruire. Laurence me fit l’effet d’un animal, uniquement animé de préoccupations basses et je souffris de l’influence qu’elle avait sur moi.

Je ne discernai pas la part d’amour qu’il y avait dans sa préférence des pauvres, dans le choix volontaire qu’elle faisait des malheureux pour le don de sa sympathie. J’attribuai ses penchants à un goût inné des choses viles et je redoutai surtout de l’imiter. J’essayai de réagir. Je lui imposai la présence de certains camarades choisis parmi les plus sots, qui ne m’intéressaient nullement, mais qui devaient, par le prestige de leurs situations importantes, leur vie mondaine et conventionnelle, orienter Laurence différemment.

Il en résulta des discussions dont je profitai pour prononcer de longs discours sur la manière la meilleure de vivre, la nécessité de ne fréquenter que des gens appartenant à son milieu et d’une moralité irréprochable.

Laurence alors devenait résignée et indifférente. Elle secouait la tête, elle disait des choses générales, comme :

— Nous sommes très différents. Nous faisons une expérience et elle ne réussit pas. Peut-être avons-nous eu tort tous les deux.

Ou bien son regard me parcourait de la tête aux pieds, elle avait l’air de considérer un étranger, un être d’une autre race qu’elle et de s’étonner d’avoir pu demeurer aussi longtemps auprès de lui.

— Voyez-vous, me dit-elle une fois, la sagesse est de vivre avec les gens de sa famille.

Et comme je faisais un geste d’étonnement, elle ajouta :

— Seulement, le problème est de découvrir cette famille.

Je lui demandai ce qu’elle voulait dire exactement ; elle m’expliqua que les familles n’étaient pas toujours composées de ceux qui ont le même sang, mais d’êtres très divers et qu’elles se formaient et se dispersaient en vertu d’une loi dont le mécanisme lui échappait.

Je commençai à saisir en elle un désir secret de me quitter. Divers indices purent même me faire penser un instant qu’elle avait pris cette décision. Elle demanda à plusieurs reprises ce que pourrait coûter un modeste appartement sur la Butte. Elle s’arrêta une fois pour considérer avec attendrissement un tout petit restaurant de l’avenue de Clichy et elle dit :

— Comme ce serait amusant de venir ici manger toute seule.

Je répondis aigrement que je n’étais pas un tyran et que je ne l’empêchais pas de réaliser ce rêve, si cela lui plaisait. J’ajoutai qu’elle serait dégoûtée d’ailleurs par une ou deux expériences et qu’elle n’aurait pas envie de recommencer.

Mais elle se mit à rire comme s’il s’agissait d’une plaisanterie et elle se contenta de dire :

— Qui sait ?

D’ailleurs, mes craintes furent passagères. J’avais une trop grande confiance en moi pour penser que Laurence pût me quitter.

Et peu à peu, en vertu du charme qu’ont les énigmes, je fus attiré par celle que cachait le cœur de Laurence. C’était surtout le soir que l’idée de possession s’emparait de moi. Cette possession nous était commune. Mais elle s’extériorisait davantage chez Laurence et je pris l’habitude de l’observer sans en avoir l’air pour savoir quel chemin le mal prend pour se développer, quels sont les signes qu’il fait, avec quelle voix il appelle.

Le jour de Noël arriva et autant pour satisfaire ma curiosité que pour faire plaisir à Laurence, je décidai de réveillonner dans l’établissement de la charmante Alberte, à côté de cette place Blanche de bénédiction que nous pourrions, toute la nuit si cela nous plaisait, contempler à travers les carreaux. Afin qu’aucun nuage ne jetât une ombre sur cette soirée merveilleuse, j’invitai à nous accompagner le triste Falou, élu de Laurence à cause de ses bottines éculées et de sa mauvaise humeur de pauvre honteux.


Il fut décidé qu’avant de s’asseoir au cœur de cette étoile aux sept branches irrégulières que forme la place Blanche, nous passerions une heure au bal Wagram dont Falou avait vanté le pittoresque et que Laurence voulait connaître. Je ne rapporte cette visite que parce que là devaient commencer à retentir les voix, que parce que derrière les caricatures humaines devaient commencer à se dessiner les visages séduisants du mal.

Les boulevards charriaient une immense cohue agitée par une liesse de nourriture. Les autos sortaient de partout. Les boutiques de victuailles étincelaient fastueusement. Des familles s’avançaient avec cette lenteur satisfaite que donne la certitude de ripailles prochaines. Des cols de bouteilles émergeaient hors des poches des pardessus.

Je fus frappé par la taille des municipaux qui étaient au seuil de la salle Wagram. Ils étaient plus grands que nature, disproportionnés comme certains cartonnages baroques que j’avais vus à une exposition des Humoristes. Ils semblaient les gardiens grotesques d’un enfer hurluberlu. Les water-closets s’annonçaient au public en d’énormes lettres lumineuses comme s’ils étaient le point central de cet établissement, son cœur rayonnant et une main peinte sur le mur désignait encore leur entrée afin qu’ils ne pussent passer inaperçus aux yeux les plus myopes ou les plus distraits.

Laurence pénétra la première dans une vaste salle pleine de danseurs et j’admirai la délicatesse de pastel qu’avait son cou blanc dans le frisson de sa fourrure.

Nous nous assîmes derrière une table, dans la foule. L’air était étouffant et transportait une odeur de sueur d’homme. Sur un écriteau, devant l’orchestre, le mot : Java, était écrit.

— Je n’y tiens pas. J’ôte mon manteau, dit Laurence dont le visage était illuminé de joie.

Elle se leva et apparut dans sa robe rose à peine décolletée. Je faillis pousser un cri. Il me sembla qu’elle était toute nue et comme elle jetait un regard circulaire autour d’elle, un silence se fit, se propagea jusqu’aux confins de la salle et tous les yeux se fixèrent sur son jeune corps. Je vis des faces en sueur grimacer et une telle expression de bestialité y apparut que je faillis m’élancer devant Laurence pour la protéger contre les créatures animales qui s’apprêtaient à bondir sur elle. Cela ne dura qu’une seconde pendant laquelle j’eus le temps de m’étonner de l’indifférence de Falou.

Un tintamarre d’orchestre éclata, la foule se déplaça pour danser, Laurence se rassit paisiblement. Son manteau était retombé derrière elle sur sa chaise et sa robe rose la recouvrait normalement de la naissance des seins aux genoux.

Je récapitulai ce que j’avais bu dans la soirée. Un cocktail avant le dîner, un verre de liqueur après. Je ne pouvais pas être gris à mon insu. J’avalai d’un trait l’alcool que je venais de commander et je cherchai s’il n’y avait pas sur les visages qui m’entouraient une apparence justifiant ce que j’avais cru voir.

Près de moi un mulâtre élégant, les yeux fixés sur une cerise à l’eau de vie, était enfoncé dans une sombre rêverie. Deux femmes blondes tournaient ensemble, étroitement serrées. Un homme d’une cinquantaine d’années, avec une barbe en fer à cheval, dansait plaisamment avec une naine. Ce devait être le boute-en-train d’un groupe et sa réputation de comique était sans doute bien établie car chacun de ses gestes provoquait les éclats de rire de quelques personnes attablées. Une femme aux joues pendantes s’esclaffait et l’on sentait la naine orgueilleuse d’avoir un aussi joyeux compagnon. Plus loin, un bellâtre solitaire suivait d’un regard fatal des femmes de chambre endimanchées. Et il y avait des soldats d’infanterie de marine, des gnomes sportifs, des chauffeurs blasés, une humanité pour qui toute notion de beauté semblait abolie et qui n’en avait pas le regret.

Et tout à coup, j’eus à nouveau l’impression que Laurence était le point de mire de la salle. Les yeux du bellâtre avaient abandonné les femmes de chambre et étaient fixés sur elle. Le mulâtre, à côté de moi, était sorti de sa rêverie. Le boute-en-train quinquagénaire multipliait ses farces pour Laurence. Sa barbe en fer à cheval me fit l’effet de la barbe d’un bouc. Plus loin, un personnage, rose comme un porc, passait sa langue sur ses babines avec une expression significative et un grand jeune homme qui avait des lorgnons et un cou d’oiseau, se tendait, s’allongeait comme s’il voulait atteindre un point situé entre les deux seins de Laurence. Nul doute, elle était le centre du désir de toutes ces créatures inférieures, elle était enveloppée par une obscène conspiration.

Et elle le savait. Elle rayonnait sous les effluves de ces désirs. Selon son habitude, elle regardait sans se lasser les visages, elle suivait les expressions et les mouvements comme si elle cherchait à reconnaître une de ces bêtes entre toutes les bêtes. Elle était pleine d’aisance. Adossée à sa chaise, elle avait les jambes croisées avec impudeur et elle ne s’occupait pas, comme font toutes les femmes aux robes courtes, de ramener sa jupe sur ses genoux.

— Possédée ! pensai-je. Cette foule attend son signal. Elle va s’élancer tout à coup, arracher en hurlant cette mince robe rose et le sabbat moderne où je l’ai moi-même conduite va se déchaîner.

Car j’étais au sabbat. Les fêtes secrètes du Moyen Age, que l’on célébrait sur la lande, n’étaient pas autre chose. Ceux que la vie privait de joie éprouvaient à certaines périodes le désir d’une fête collective où tous les appétits étaient satisfaits. Ainsi tous ces pauvres amants de leurs propres plaisirs s’apprêtaient à manger et à boire outre mesure pour se mêler ensuite entre eux. Au lieu d’enfourcher un manche à balai, les adorateurs du diable étaient venus à pied ou en taxi. C’était la seule différence. Mais Lucifer ne devait pas être loin, il allait sortir de ces water-closets qu’on avait illuminés si magnifiquement pour cela et nous baiserions tous son derrière, selon le rite millénaire.

Lucifer n’apparut pas et Laurence ne déchira pas ses vêtements pour s’offrir à lui. Elle se contenta de découvrir ses jambes, de sourire, de lever parfois la tête comme pour écouter une voix qui l’appelait. Elle répétait ce mouvement si souvent que je prêtai l’oreille à mon tour.

L’affluence était devenue plus nombreuse. Les cris et les rires se mêlaient au fracas des instruments et je crus percevoir derrière ces bruits, une voix basse qui venait de partout et qui prononçait tour à tour le nom de Laurence et le mien. Je touchai doucement du doigt l’épaule de Falou et je lui dis :

— N’entends-tu rien ?

Il me regarda d’une façon idiote et il me répondit :

— Si. Il y a beaucoup de bruit.

Il y avait parfois des silences subits et alors la voix se taisait, puis elle reprenait confusément et j’entendis des paroles distinctes qui m’étaient adressées :

— La seule vérité est dans la jouissance matérielle. Tu n’es sûr de rien que de la réalité de ton corps et de la faculté qu’il a de te donner du plaisir par les sens. Regarde le spectacle varié des choses. Mange et bois pour la plénitude de la digestion. Profite de la facilité des femmes pour t’allonger contre elles et te pâmer sur le satin de leur peau. Tout ce qui est désirable est autour de toi. Je suis le Dieu unique et tu me respires dans l’air embué de tabac. C’est mon rire qui est sur la courbe peinte des lèvres. Je m’allonge avec les jambes de ta maîtresse, je frémis dans la soie des robes et le pli des chevelures, je tourbillonne avec la musique, je brille avec les lampes électriques, je suis la couleur des yeux, l’odeur des aisselles, la chaleur des reins, ce que tu nommes la beauté, je suis la matière.

Je fis signe à Laurence que je voulais partir. Elle résista tout d’abord. Mais Falou fit remarquer que si nous arrivions trop tard, Alberte ne garderait peut-être pas la table que nous avions retenue. Cela la décida et je l’entraînai au dehors.


En récapitulant les événements de cette mémorable soirée, je revois une glace de taxi que je fais tomber précipitamment, malgré le froid et les protestations de mes compagnons. Je revois aussi dans une boutique de sucres d’orge, sur le boulevard de Clichy, un Japonais en costume d’opérette qui fait tourner d’une main un tourniquet métallique et élève de l’autre un flacon de bonbons magiques.

Le bar d’Alberte est plein de la musique d’un orchestre qu’on a loué pour la circonstance. La nappe de notre table me fait penser à celle d’un autel. Je m’assieds et je regarde par-dessus mon épaule si le Japonais ne m’a pas suivi. Je détourne la tête pour ne pas voir Drevet, un bohème de cafés, d’une espèce inférieure à celle de Falou, que celui-ci méprise et traite de bohème. C’est un ancien peintre que l’alcool empêche maintenant de peindre. Laurence lui fait des signes d’amitié, car ce Drevet a naturellement toute sa sympathie.

Des groupes aux faces enluminées, des gens en habit, des femmes décolletées entrent et sortent sans arrêt et j’en ai presque le vertige. Une vague de ce flot humain dépose comme une épave, sur un tabouret élevé, une grande créature maigre et un peu voûtée. C’est une femme encore jeune au nez trop long. Alberte lui prodigue des consolations.

Nous demandons la cause de son chagrin. Elle n’a aucun chagrin spécial. C’est la grande Loulou, celle qui n’a pas de chance et la vie inexorable continue à lui être contraire. Seule, entre toutes les femmes de Paris et peut-être du monde, elle se trouve sans invitation le soir du réveillon.

— Cela peut arriver, dit Alberte sans conviction, car elle sait que cela ne peut arriver qu’à la grande Loulou, marquée dès sa naissance pour une déveine éternelle.

Mais Laurence ne peut supporter une telle injustice.

Elle se lève avec un élan d’amour que je ne lui ai jamais vu et avant que j’aie pu l’arrêter elle invite la grande Loulou à souper. En vain Falou proteste-t-il par des signes, car il est superstitieux, et il comprend dans toute son étendue profonde le sens que peut prendre le mot déveine. La grande Loulou refuse timidement. Mais Laurence est prête à se mettre à genoux devant elle et elle la force à s’asseoir parmi nous. Je vois sous la table que Falou tend son index et son petit doigt allongés. Tout ce qui m’entoure prend pour moi un sens symbolique et j’ai le sentiment qu’un événement d’ordre occulte va se produire.

Pourtant, je suis calme et je pense :

— Quelle folie ! Toujours ce goût de la bassesse ! Que penseront mes amis, s’ils me voient attablé avec une raccrocheuse ?

Falou se penche pour me dire à l’oreille :

— Il va nous arriver un malheur dans la soirée.

Mais Alberte vient nous verser elle-même le champagne, malgré la difficulté qu’elle a à se déplacer. Je n’avais vu jusqu’alors que son buste et son embonpoint me remplit d’étonnement.

— Ainsi ce qui est caché se révèle, me dis-je.

L’orchestre fait tellement de bruit que l’on voit les bouches articuler les phrases sans entendre aucun son. Des danseurs essayent d’esquisser des pas entre les tables. Une odeur de nourriture se mêle au parfum des femmes et de la porte sans cesse ouverte et refermée vient avec régularité un souffle frais. Je m’attends toujours à voir paraître le Japonais avec son flacon de sucres d’orge.

Je ne sais combien de temps nous restons là. Je bois tout ce que l’on verse dans mon verre, mais mon esprit demeure assez lucide pour remarquer l’inquiétude de Laurence et sa manière plus étrange que de coutume de regarder autour d’elle. Son attitude à mon égard semble modifiée. Deux ou trois fois, elle me prend la main avec un geste de tendresse qui ne lui est pas habituel. Mais je ne réponds pas à ce geste et je me dégage chaque fois assez vivement car je suis exaspéré par l’amitié qu’elle montre à la grande Loulou et les regards d’intelligence qu’elle échange avec le peintre Drevet.

Cette exaspération s’atténue pourtant et les choses prennent autour de moi un caractère d’irréalité. La tête me tourne un peu.

A un moment donné et bien que Laurence n’en ait rien manifesté, j’ai la certitude qu’elle vient d’entendre quelqu’un l’appeler. La voix n’avait aucun accent humain et elle ne venait de nulle part. C’est celle que j’ai entendue au bal Wagram. Et en même temps je suis saisi par une puissance d’immobilité, d’indifférence, comme si au lieu d’être acteur dans la scène que je vis, je devenais un simple témoin.

Et alors, j’entends un cri déchirant, pareil à celui d’un homme qu’on égorge. Est-ce l’événement occulte que j’attends ? Le Japonais est-il dans la salle ? Mais non. A quelques pas de moi un monsieur en habit est debout, il agite les bras, il a un couteau à la main et une grande plaque de sang tache le plastron de sa chemise, à la place du cœur. Mais ses cris sont faux. Je comprends. Un verre de vin rouge est tombé sur lui et pour égayer l’assistance il a fait semblant de se frapper et il titube en simulant les affres de la mort. C’est un vieux noceur à moustaches cirées et ses amis hurlent de joie autour de lui. Une jeune femme ivre fait le simulacre de préparer un pansement avec sa serviette pliée.

La porte s’ouvre et je détourne la tête. Quelqu’un vient d’entrer, n’importe qui, un être anonyme, avec un chapeau melon. Dans l’encadrement de la porte, j’ai la vision de quelques pauvres, d’un mendiant, d’une marchande de fleurs avec une fillette, d’autres silhouettes encore moins distinctes.

L’homme en habit s’agite d’un côté comme une caricature de la bêtise assassinée, de l’autre, les créatures de la rue s’immobilisent, prennent des nuances de rêve et l’étonnement donne à leur visage cette pureté suave que l’on voit aux personnages de certains tableaux.

Que se passe-t-il alors ? Je ne l’ai jamais bien compris. La voix est-elle réelle ? Vient-elle de la rue, émet-elle des vibrations comme tous les sons terrestres ou ne résonne-t-elle qu’au fond du cœur ? Est-ce que ces pauvres de la rue ont entonné tout à coup un hymne de misère ? Est-ce la voix de ce que je m’imagine être le mal ? Laurence m’a serré le bras. Elle a entendu. Mais c’est peut-être pour elle une voix qui vient de plus loin, qui vient des entrailles maternelles qui l’ont portée et lui rappelle que les filles sont vouées aux mêmes servitudes que les mères ? Peut-être n’y a-t-il pas de voix du tout et la résolution de Laurence est-elle déjà prise depuis longtemps.

Un baiser très doux effleure mes tempes, à l’endroit où mes cheveux commencent à blanchir... J’ai le sentiment d’une robe qui s’éloigne, d’un peu de jeunesse qui m’est retirée... Je demeure sans bouger, la tête entre mes mains...

Beaucoup plus tard, je m’aperçois que Laurence n’est plus là. Je ne suis pas étonné, mais je demeure à l’attendre un temps indéterminé, tout en sachant qu’elle ne reviendra pas. La grande Loulou aussi a disparu.

Je me lève à la fin. L’expression du visage de Falou est complètement stupide :

— Laurence est partie la première, dit-il simplement.

Et Alberte, sans arrière-pensée, avec la parfaite ingénuité dont est capable son visage flasque, ajoute en me serrant la main :

— Votre dame vous a précédé.

Je fais oui de la tête. Je laisse croire que je suis tranquille, que je vais retrouver Laurence chez moi. Je suis certain que je ne l’y retrouverai pas, que je ne la reverrai ni le lendemain, ni les jours suivants, ni plus jamais.

Dehors, j’aperçois le Japonais qui vient de fermer sa boutique. Il a passé un pardessus sur son costume et enfoncé un feutre mou sur sa tête. Mais il a encore des babouches rouges d’une forme bizarre. Il n’a rien de mystérieux. Il marche à pas lents. Il a l’air pauvre et triste. Laurence l’aimerait.

Je pense : Comme on s’attache vite, sans s’en douter !

Et Falou me dit :

— C’est curieux ! Il ne nous est rien arrivé de fâcheux.

Et il a une nuance de regret dans la voix.

Nous dépassons la place Clichy. Je lève les yeux. Le ciel est extraordinairement clair et je suis surpris par les couleurs différentes des étoiles. Je fais remarquer à mon compagnon que c’est la première fois, peut-être, que je remarque la beauté des étoiles à Paris. Et j’ajoute :

— On ne regarde le ciel qu’à la campagne.

Il me répond que lui ne le regarde jamais, ni à Paris, ni à la campagne.

Il me quitte enfin. Il n’y a pas de voiture. Alors je me mets à courir aussi vite que je le peux.

Ah ! si je pouvais trouver Laurence endormie dans notre chambre.

La clef fait du bruit dans la serrure. J’appelle, Laurence ! à voix basse d’abord, puis d’une voix forte, dont je ne reconnais pas le timbre.

Mais non. Je le savais bien. Il n’y a personne.