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Ma Fille Bernadette

Chapter 53: TON BISAIEUL AUGUSTIN
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About This Book

A poet offers a sequence of intimate prose vignettes that trace the arrival and early life of his daughter, blending domestic detail, religious devotion, and rich natural imagery. He frames these recollections with a dedication to the Virgin, tender fatherly observation, and meditations on guardian angels, birth rites, and neighborhood rhythms. Pastoral scenes of birds and flowers mingle with humble theological reflection, and the pieces alternate lyrical description and simple narrative to explore parenthood, faith, and the poetic imagination as they emerge from everyday moments.

TON BISAIEUL AUGUSTIN

Le port roide de quelque intendant militaire retraité, de petite taille, le nez long chaussant des lunettes fines, les yeux d’un bleu clair, la moustache un peu jaunie par les pipes qui enfumaient aussi les journaux et les livres, et tombante et relevée aux bouts cirés, le menton peu saillant, les cheveux rares et longs ramenés sur le côté du front un peu fuyant, l’oreille large : il faisait songer encore à quelque ancien héros des victoires du romantisme.

Son enfance fut si choyée que lorsqu’il désirait la pluie on montait sur le toit d’où l’on vidait un arrosoir.

C’était un lettré. Il récitait avec passion ces vers de Musset :

Oh ! Sous le vert platane,
Sous les frais coudriers,
Diane
Et ses grands lévriers !

Mais il était surtout musicien.

Dans la ville élégante où il s’est retiré, il longe le boulevard. On voit bien le pic du Midi aujourd’hui.

— Bonjour, Monsieur Bellot, vous allez au concert classique ?

Le voici dans la salle pleine d’un beau monde silencieux. Il est assis tenant par le milieu sa canne qui supporte son chapeau. Il vibre déjà comme un violon que l’on accorde. Une dame lui adresse un salut de la main. Il sourit et s’incline. La symphonie ruisselle et ronfle et à la fin il applaudit, il frappe le parquet poli en signe de satisfaction.

La présence d’un seul moustique dans sa chambre lui fait souhaiter de n’être jamais né.