SCÈNE II
A Fife.—Un appartement du château de Macduff.
Entrent lady MACDUFF, son JEUNE FILS, ROSSE.
LADY MACDUFF.—Qu'avait-il fait qui pût le forcer à fuir son pays?
ROSSE.—Ayez patience, madame.
LADY MACDUFF.—Il n'en a pas eu, lui. Sa fuite est une folie; à défaut de nos actions, ce sont nos frayeurs qui font de nous des traîtres.
ROSSE.—Vous ne savez pas si ç'a été en lui sagesse ou frayeur.
LADY MACDUFF.—Sagesse! de laisser sa femme, laisser ses petits enfants, ses biens, ses titres dans un lieu d'où il s'enfuit! Il ne nous aime point, il ne ressent point les mouvements de la nature. Le pauvre roitelet, le plus faible des oiseaux dispute dans son nid ses petits au hibou. Il n'y a que de la frayeur, aucune affection, et tout aussi peu de sagesse, dans une fuite précipitée ainsi contre toute raison.
ROSSE.—Chère cousine, je vous en prie, gouvernez-vous; car, pour votre époux, il est généreux, sage, judicieux, et connaît mieux que personne ce qui convient aux circonstances. Je n'ose pas trop en dire davantage; mais ce sont dis temps bien cruels que ceux où nous sommes des traîtres sans nous en douter nous-mêmes, où le bruit menaçant arrive jusqu'à nous sans que nous sachions ce qui nous menace, et ou nous flottons au hasard, sans nous diriger, sur une mer capricieuse et irritée35. Je prends congé de vous; vous ne tarderez pas à me revoir ici. Les choses arrivées au dernier degré du mal doivent s'arrêter ou remonter vers ce qu'elles étaient naguère.—Mon joli cousin, que le ciel veille sur vous.
LADY MACDUFF.—Il a un père, et pourtant il n'a point de père.
ROSSE.—Je suis si peu maître de moi-même, que si je m'arrêtais plus longtemps, je me perdrais et ne ferais qu'ajouter à vos peines. Adieu, je prends congé de vous pour cette fois.
LADY MACDUFF.—Mon garçon, votre père est mort: qu'allez-vous devenir? Comment vivrez-vous?
L'ENFANT.—Comme vivent les oiseaux, ma mère.
LADY MACDUFF.—Quoi! de vers et de mouches?
L'ENFANT.—De ce que je pourrai trouver, je veux dire: c'est ainsi que vivent les oiseaux.
LADY MACDUFF.—Pauvre petit oiseau! ainsi tu ne craindrais pas le filet, la glu, le piège, le trébuchet?
L'ENFANT.—Pourquoi les craindrais-je, ma mère? Ils ne sont pas destinés aux petits oiseaux.—Mon père n'est pas mort, quoi que vous en disiez.
LADY MACDUFF.—Oui, il est mort. Comment feras-tu pour avoir un père?
L'ENFANT.—Comment ferez-vous pour avoir un mari?
LADY MACDUFF.—Moi! j'en pourrais acheter vingt au premier marché.
L'ENFANT.—Vous les achèteriez donc pour les revendre?
LADY MACDUFF.—Tu dis tout ce que tu sais, et en vérité cela n'est pas mal pour ton âge.
L'ENFANT.—Mon père était-il un traître, ma mère?
LADY MACDUFF.—Oui, c'était un traître.
L'ENFANT.—Qu'est-ce que c'est qu'un traître?
LADY MACDUFF.—C'est un homme qui jure et qui ment.
L'ENFANT.—Et tous ceux qui font cela sont-ils des traîtres?
LADY MACDUFF.—Oui, tout homme qui fait cela est un traître, et mérite d'être pendu.
L'ENFANT.—Et doivent-ils être tous pendus, ceux, qui jurent et qui mentent?
LADY MACDUFF.—Oui, tous.
L'ENFANT.—Et qui est-ce qui doit les pendre?
LADY MACDUFF.—Les honnêtes gens.
L'ENFANT.—Alors les menteurs et les jureurs sont des imbéciles, car il y a assez de menteurs et de jureurs pour battre les honnêtes gens et pour les pendre.
LADY MACDUFF.—Que Dieu te garde, pauvre petit singe! Mais comment feras-tu pour avoir un père?
L'ENFANT.—S'il était mort, vous le pleureriez, et si vous ne pleuriez pas, ce serait un bon signe que j'aurais bientôt un nouveau père.
LADY MACDUFF.—Pauvre petit causeur, comme tu babilles!
(Arrive un messager.)
LE MESSAGER.—Dieu vous garde, belle dame! je ne vous suis pas connu, quoique je sois parfaitement instruit du rang que vous tenez. Je crains que quelque danger ne soit prêt à fondre sur vous. Si vous voulez suivre l'avis d'un homme simple, qu'on ne vous trouve pas en ce lieu. Fuyez d'ici avec vos petits enfants. Je suis trop barbare, je le sens, de vous épouvanter ainsi: vous faire plus de mal encore serait une horrible cruauté qui est trop près de vous atteindre. Que le ciel vous protège! Je n'ose m'arrêter plus longtemps.
(Il sort.)
LADY MACDUFF.—Où pourrai-je fuir? Je n'ai point fait de mal: mais je me rappelle maintenant que je suis dans ce monde terrestre, où faire le mal est souvent regardé comme louable, et faire le bien passe quelquefois pour une dangereuse folie. Pourquoi donc, hélas! présenterais-je cette défense de femme, et dirais-je: Je n'ai point fait de mal?—(Entrent des assassins.) Quelles sont ces figures?
UN ASSASSIN.—Où est votre mari?
LADY MACDUFF.—Pas dans un lieu, j'espère, assez maudit du ciel pour qu'il puisse être trouvé par un homme tel que toi.
L'ASSASSIN.—C'est un traître.
L'ENFANT.—Tu en as menti, vilain, aux poils roux!
L'ASSASSIN, poignardant l'enfant.—Comment, toi qui n'es pas sorti de ta coquille, petit frai de traître!
L'ENFANT.—Il m'a tué, ma mère: sauvez-vous, je vous en prie.
(Il meurt. Lady Macduff sort en criant au meurtre, et poursuivie par les assassins.)
Note 35: (retour)When we hold rumour
From what we fear, yet know not what we fear.
But float upon a wild and violent sea,
Each way and move.
Les commentateurs me paraissent n'avoir pas compris ce passage; ils veulent entendre hold dans le sens de keep, tenir, tenir pour certain, et je crois qu'il doit être pris pour celui catch, prendre, recevoir, comme prendre le mal, catch the infection. Ainsi le sens sera: nous recevons le bruit de ce que nous craignons sans savoir ce que nous craignons. Il a fallu rendre l'expression de cette pensée un peu moins littérale pour la rendre plus claire, ainsi qu'il arrive souvent en traduisant Shakspeare; mais elle me parait d'ailleurs entièrement d'accord avec la phrase suivante, encore imparfaitement comprise par les commentateurs, qui ne conçoivent pas qu'au mot float Shakspeare ait ajouté and move, «parce que, disent-ils, si nous flottons de tous côtés, il n'est pas nécessaire de nous apprendre que nous nous mouvons (move).» Il est cependant certain qu'arrêtés par un bruit vague dont nous ne connaissons pas la source, et ne sachant pas de quel côté nous devons agir, nous ajoutons à l'incertitude des événements celle de nos propres volontés: c'est ce que Shakspeare a dû et voulu exprimer.
SCÈNE III
En Angleterre.—Un appartement dans le palais du roi.
Entrent MALCOLM ET MACDUFF.
MALCOLM.—Cherchons quelque sombre solitude où nous puissions vider de larmes nos tristes coeurs.
MACDUFF.—Empoignons plutôt l'épée meurtrière, et, en hommes de courage, marchons à grands pas vers notre patrie abattue36. Chaque matin se lamentent de nouvelles veuves, de nouveaux orphelins pleurent; chaque jour de nouveaux accents de douleur vont frapper la face du ciel, qui en retentit, comme s'il était sensible aux maux de l'Écosse, et qu'il répondit par des cris aussi lamentables.
MALCOLM.—Je pleure sur ce que je crois; je crois ce que j'ai appris, et ce que je puis redresser sera redressé dès que je trouverai l'occasion amie. Il peut se faire que ce que vous m'avez raconté soit vrai: cependant ce tyran, dont le nom seul blesse notre langue, passa autrefois pour un honnête homme; vous l'avez aimé chèrement; il ne vous a point encore fait de mal. Je suis jeune, mais vous pourriez vous faire un mérite près de lui à mes dépens; et c'est sagesse que d'offrir un pauvre, faible et innocent agneau pour apaiser un dieu irrité.
MACDUFF.—Je ne suis pas traître.
MALCOLM.—Mais Macbeth l'est. Un bon et vertueux naturel peut plier sous la main d'un monarque. Je vous demande pardon; mes idées ne changent point ce que vous êtes en effet: les anges sont demeurés brillants, quoique le plus brillant soit tombé; et quand tout ce qu'il y a d'odieux se présenterait sous les traits de la vertu, la vertu n'en conserverait pas moins son aspect ordinaire.
MACDUFF.—J'ai perdu mes espérances.
MALCOLM.—Peut-être là même où j'ai trouvé des doutes. Pourquoi avez-vous si brusquement quitté, sans prendre congé d'eux, votre femme et vos enfants, ces précieux motifs de nos actions, ces puissants liens d'amour?—Je vous prie, ne voyez pas dans mes soupçons des affronts pour vous, mais seulement des sûretés pour moi: vous pouvez être parfaitement honnête, quoique je puisse penser.
MACDUFF.—Péris, péris, pauvre patrie! Tyrannie puissante, affermis-toi sur tes fondements, car la vertu n'ose te réprimer; et toi, subis tes injures, c'est maintenant à juste titre37. Adieu, prince: je ne voudrais pas être le misérable que tu soupçonnes pour tout l'espace qui est sous la main du tyran, avec le riche Orient par-dessus le marché.
MALCOLM.—Ne vous offensez point: ce que je dis ne vient point d'une défiance décidée contre vous. Je crois que notre patrie succombe sous le joug, elle pleure, son sang coule, et chaque jour de plus ajoute une plaie à ses blessures; je crois aussi que plus d'une main se lèverait en faveur de mes droits, et je reçois ici de la généreuse Angleterre l'offre d'un million de bons soldats: mais après tout cela, quand j'aurai foulé aux pieds la tête du tyran, ou que je l'aurai placée sur la pointe de mon épée, ma pauvre patrie se trouvera en proie à plus de vices encore qu'auparavant; elle souffrira encore, et de plus de manières, de celui qui succédera.
MACDUFF.—Et qui sera-ce donc?
MALCOLM.—C'est moi-même dont je veux parler; je sens en moi toutes les sortes de vices tellement enracinés, que, quand ils viendront à s'épanouir, le noir Macbeth paraîtra pur comme la neige; et le pauvre État le tiendra pour un agneau en comparaison des maux sans bornes qui viendraient de moi.
MACDUFF.—Jamais, aux légions de l'horrible enfer, il ne peut se joindre un démon assez maudit en méchanceté pour surpasser Macbeth.
MALCOLM.—J'avoue qu'il est sanguinaire, esclave de la luxure, avare, faux, trompeur, capricieux, violent, et infecté de tous les vices qui ont un nom; mais il n'y a point de limites, il n'y en a aucune à mes ardeurs de volupté: vos femmes, vos filles, vos matrones et vos servantes, ne pourraient combler le gouffre de mon incontinence, et mes désirs renverseraient tous les obstacles que la vertu opposerait à ma volonté. Macbeth vaut mieux qu'un pareil roi,
MACDUFF.—Une intempérance sans fin est une tyrannie de la nature; elle a plus d'une fois avant le temps rendu vacant un trône fortuné, et causé la chute de beaucoup de rois. Mais ne craignez point pour cela de vous charger de la couronne qui vous appartient. Vous pouvez abandonner à votre passion une vaste moisson de voluptés, et paraître encore tempérant, tant il vous sera aisé de fasciner le public. Nous avons assez de dames de bonne volonté, et vous ne pouvez renfermer en vous-même un vautour capable de dévorer toutes celles qui viendront s'offrir d'elles-mêmes à l'homme revêtu du pouvoir, aussitôt quelles auront découvert son inclination.
MALCOLM.—Outre cela, au nombre de mes penchants désordonnés s'élève en moi une avarice si insatiable, que, si j'étais roi, je ferais périr les nobles pour avoir leurs terres; je convoiterais les joyaux de l'un, le château d'un autre; et plus j'aurais, plus cet assaisonnement augmenterait mon appétit, en sorte que je forgerais d'injustes accusations contre des hommes honnêtes et fidèles, et je les détruirais par avidité de richesses.
MACDUFF.—L'avarice pénètre plus avant et jette des racines plus pernicieuses que l'incontinence, fruit de l'été38; elle a été le glaive qui a égorgé nos rois. Cependant ne craignez rien: l'Écosse contient des richesses à foison pour assouvir vos désirs, même de votre propre bien; tous ces vices sont tolérables quand ils sont balancés par des vertus.
MALCOLM.—Mais je n'en ai point: tout ce qui fait l'ornement des rois, justice, franchise, tempérance, fermeté, libéralité, persévérance, clémence, modestie, piété, patience, courage, bravoure, tout cela n'a pour moi aucun attrait; mais j'abonde en vices de toutes sortes, chacun en particulier reproduit sous différentes formes. Oui! si j'en avais le pouvoir, je ferais couler dans l'enfer le doux lait de la concorde, je bouleverserais la paix universelle, et je porterais le désordre dans tout ce qui est uni sur la terre.
MACDUFF.—O Écosse! Écosse!
MALCOLM.—Si un pareil homme est fait pour gouverner, parlez; je suis tel que je vous l'ai dit.
MACDUFF.—Fait pour gouverner! non, pas même pour vivre! O nation misérable! sous le joug d'un tyran usurpateur, armé d'un sceptre ensanglanté, quand reverras-tu des jours prospères, puisque le rejeton légitime de ton trône demeure réprouvé par son propre arrêt et blasphème contre sa race? Ton père était un saint roi; la reine qui t'a porté, plus souvent à genoux que sur ses pieds, mourait chaque jour à elle-même. Adieu: ces vices dont tu t'accuses toi-même m'ont banni d'Écosse. O mon coeur, ta dernière espérance s'évanouit ici!
MALCOLM.—Macduff, ce noble transport, fils de l'intégrité, a effacé de mon âme tous ses noirs soupçons, m'a convaincu de ton honneur et de ta bonne foi. Le diabolique Macbeth a déjà tenté, par plusieurs artifices semblables, de m'attirer sous sa puissance; et une modeste prudence me défend contre une crédulité trop précipitée. Mais que le Dieu d'en haut traite seul entre toi et moi! De ce moment je m'abandonne à tes conseils; je rétracte les calomnies que j'ai proférées contre moi-même, et j'abjure ici tous les reproches, toutes les imputations dont je me suis chargé, comme étrangers à mon caractère. Je suis encore inconnu à une femme; jamais je ne fus parjure; à peine ai-je convoité la possession de mon propre bien; jamais je n'ai violé ma foi; je ne trahirais pas le diable à son compère; et la vérité m'est aussi chère que la vie. Mon premier mensonge est celui que je viens de faire contre moi. Ce que je suis en en effet, c'est à toi et à ma pauvre patrie à en disposer, et déjà, avant ton arrivée en ce lieu, le vieux Siward, à la tête de dix mille vaillants guerriers réunis sur un même point, allait se mettre en marche pour l'Écosse. Maintenant nous irons ensemble; et puisse le succès être aussi bon que la querelle que nous soutenons!—Pourquoi gardes-tu le silence?
MACDUFF.—Tant d'idées agréables et tant d'idées fâcheuses à la fois ne sont pas aisées à concilier.
(Entre un médecin.)
MALCOLM, à Macduff.—Nous en reparlerons.—Je vous prie, le roi va-t-il paraître?
LE MÉDECIN,—Oui, seigneur; il y a là une foule de malheureux qui attendent de lui leur guérison. Leur maladie triomphe des plus puissants moyens de l'art; mais dès qu'il les touche, telle est la vertu sainte dont le ciel a doué sa main, qu'ils guérissent à l'instant.
MALCOLM.—Je vous remercie, docteur.
(Le médecin sort.)
MACDUFF.—Quelle est la maladie dont il veut parler?
MALCOLM.—On l'appelle le mal du roi39: c'est une oeuvre miraculeuse de ce bon prince, et dont j'ai été moi-même souvent témoin depuis mon séjour dans cette cour. Comment il se fait exaucer du ciel, lui seul le sait; mais le fait est qu'il guérit des gens affligés d'un mal cruel, tout bouffis et couverts d'ulcères, pitoyables à voir, et désespoir de la médecine, en leur suspendant au cou une médaille d'or qu'il accompagne de saintes prières; et l'on dit qu'il transmettra aux rois ses successeurs ce bienfaisant pouvoir de guérir. Outre cette vertu singulière, il a encore reçu du ciel le don de prophétie; et les nombreuses bénédictions qui planent sur son trône annoncent assez qu'il est rempli de la grâce de Dieu.
(Entre Rosse.)
MACDUFF.—Voyez: qui vient à nous?
MALCOLM.—Un de mes compatriotes, mais je ne le reconnais pas encore.
MACDUFF, à Rosse.—Mon bon et cher cousin, soyez le bienvenu.
MALCOLM.—Je le reconnais à présent. Dieu de bonté, écarte promptement les causes qui nous rendent ainsi étrangers les uns aux autres.
ROSSE.—Amen, seigneur.
MACDUFF.—L'Écosse est-elle toujours à sa place?
ROSSE.—Hélas! pauvre pays qui n'ose presque plus se reconnaître! On ne peut l'appeler notre mère, mais notre tombeau, cette patrie où l'on n'a jamais vu sourire que ce qui est privé d'intelligence; où l'air est déchiré de soupirs, de gémissements, de cris douloureux qu'on ne remarque plus; où la violence de la douleur est regardée comme une folie ordinaire40; où la cloche mortuaire sonne sans qu'à peine on demande pour qui; où la vie des hommes de bien expire avant que soit séchée la fleur qu'ils portent à leur chapeau, ou même avant qu'elle commence à se flétrir.
MACDUFF.—O récit trop exact, et cependant trop vrai!
MALCOLM.—Quel est le malheur le plus nouveau?
ROSSE.—Le malheur qui date d'une heure fait siffler celui qui le raconte; chaque minute en enfante un nouveau.
MACDUFF.—Comment se porte ma femme?
ROSSE.—Mais, bien.
MACDUFF.—Et tous mes enfants?
ROSSE.—Bien aussi.
MACDUFF.—Et le tyran n'a pas attenté à leur paix?
ROSSE.—Non, ils étaient bien en paix quand je les ai quittés.
MACDUFF.—Ne soyez point avare de paroles: comment cela va-t-il?
ROSSE.—Lorsque je suis arrivé ici pour apporter les nouvelles qui me pèsent si cruellement, le bruit courait que plusieurs hommes de coeur s'étaient mis en campagne; et, d'après ce que j'ai vu des forces que le tyran à sur pied en ce moment, je suis disposé à le croire. L'heure est venue de nous secourir; un de vos regards en Écosse créerait des soldats, et ferait combattre jusqu'aux femmes pour s'affranchir de tant d'horribles maux.
MALCOLM.—Qu'ils se consolent, nous allons en Écosse. La généreuse Angleterre nous a prêté le brave Siward et dix mille hommes: la chrétienté ne fournit pas un plus ancien, ni un meilleur soldat.
ROSSE.—Plût au ciel que je pusse répondre à cette consolation en vous rendant la pareille! mais j'ai à prononcer des paroles qu'il faudrait hurler dans l'air solitaire, là où l'ouïe ne pourrait les saisir.
MACDUFF.—Qui intéressent-elles? Est-ce la cause générale? ou bien est-ce un patrimoine de douleur qu'un seul coeur puisse réclamer comme sien?
ROSSE.—Il n'est point d'âme honnête qui ne partage cette douleur, bien que la principale part n'en appartienne qu'à vous.
MACDUFF.—Si elle m'appartient, ne me la gardez pas plus longtemps; que j'en sois mis en possession sur-le-champ.
ROSSE.—Que vos oreilles ne prennent pas pour jamais en aversion ma voix, qui va les frapper des sons les plus accablants qu'elles aient jamais entendus.
MACDUFF.—Ouf! je devine!
ROSSE.—Votre château a été surpris, votre femme et vos petits enfants inhumainement massacrés. Vous dire la manière, ce serait à la curée de ces daims massacrés vouloir ajouter encore votre mort.
MALCOLM.—Dieu de miséricorde!—Allons, homme, n'enfoncez point votre chapeau sur vos yeux; donnez des expressions à la douleur: le chagrin qui ne parle pas murmure en secret au coeur surchargé et lui ordonne de se rompre,
MACDUFF.—Mes enfants aussi?
ROSSE.—Femmes, enfants, serviteurs, tout ce qu'ils ont pu trouver.
MACDUFF.—Et fallait-il que je n'y fusse pas! Ma femme tuée aussi!
ROSSE.—Je vous l'ai dit.
MALCOLM.—Prenez courage: cherchons dans une grande vengeance des remèdes propres à guérir cette mortelle douleur.
MACDUFF.—Il n'a point d'enfants41!—Tous mes jolis enfants, avez-vous dit? tous? Oh! milan d'enfer! Tous? quoi! tous mes pauvres petits poulets et leur mère, tous enlevés d'un seul horrible coup?
MALCOLM.—Luttez en homme contre le malheur.
MACDUFF.—Je le ferai; mais il faut bien aussi que je le sente en homme; il faut bien aussi que je me rappelle qu'il a existé dans le monde des êtres qui étaient pour moi ce qu'il y avait de plus précieux. Le ciel l'a vu et n'a pas pris leur défense! Coupable Macduff! ils ont tous été frappés pour toi! Misérable que je suis! ce n'est pas pour leurs fautes, mais pour les miennes, que le meurtre a fondu sur eux. Que le ciel maintenant leur donne la paix!
MALCOLM.—Que ceci aiguise votre épée; que votre douleur se change en colère, qu'elle n'affaiblisse pas votre coeur, qu'elle l'enrage.
MACDUFF.—Oh! je pourrais jouer le rôle d'une femme et celui d'un fanfaron avec ma langue; mais, ô ciel propice, abrège tout délai; mets-nous face à face ce démon de l'Écosse et moi; place-le à la longueur de mon épée, s'il m'échappe, que le ciel lui pardonne aussi!
MALCOLM.—Ces accents sont d'un homme. Allons trouver le roi; notre armée est prête; nous n'avons plus qu'à prendre congé. Macbeth est mûr pour tomber, et les puissances d'en haut ont saisi la faucille.—Acceptez tout ce qui peut vous consoler. C'est une longue nuit que celle qui n'arrive point au jour.
(Ils sortent.)
Note 36: (retour)And like goodmen
Bestride our down fall'n birthdom.
Les commentateurs ont voulu expliquer pur birth right, droit de naissance, le mot de birthdom, qui signifie, je crois, pays natal. Dans cette supposition, ils ont expliqué le mot bestride par être à cheval, à la manière d'un homme qui met entre ses jambes, pour le défendre, l'objet qu'on veut lui enlever. Cette explication me paraît être forcée et nullement en rapport avec le reste du dialogue.—Malcolm parle de se retirer dans un coin pour pleurer; Macduff veut au contraire qu'il se rende dans son pays, et part de là pour lui décrire les maux de ce pays: cela est naturel.
Note 37: (retour)Wear thou thy wrongs,
Thy title is affeer'd.
Affeer'd est un terme de loi qui paraît signifier confirmer. Je pense, malgré l'opinion de la plupart des commentateurs, que Macduff s'adresse ici à Malcolm, et lui dit, pour lui reprocher sa lâcheté: «Subis tes injures, ton titre est consacré, tu y as droit.»
Note 38: (retour) Summer seeding lust.
Note 39: (retour) Les écrouelles.
Note 40: (retour) Modern ecstasy.
Note 41: (retour) He has no children! On est demeuré dans l'incertitude sur le sens de cette exclamation: quelques personnes pensent qu'elle s'adresse à Malcolm, dont les impuissantes consolations ne peuvent venir que d'un homme qui n'a pu connaître une pareille douleur; et il est certain qu'à l'appui de cette opinion vient ce qu'a dit lady Macbeth, dans le premier acte, du bonheur qu'elle a senti à allaiter son enfant; de plus, les chroniques d'Écosse parlent d'un fils de Macbeth, nommé Lulah, qui fut, après la mort de son père, couronné roi par quelques-uns de ses partisans, et fut ensuite tué quatre mois environ après la bataille de Dunsinane. Mais, d'un autre côté, il est clair que Macduff répond à Malcolm, et qu'il repousse ses consolations par l'impossibilité où il est de se venger sur un homme qui n'a pas d'enfants. Il faut remarquer d'ailleurs que rien dans la pièce n'a indiqué que Macbeth eût des enfants vivants, et que le désespoir avec lequel Macbeth apprend que des enfants de Banquo régneront après lui, ne parait pas porter sur l'idée de voir privé de la couronne un enfant déjà existant. Il ne dit point: not my son, mais no son of mine succeeding; enfin, ce sens exprime un sentiment beaucoup plus profond, et c'est une raison pour croire que c'est celui de Shakspeare.
FIN DU QUATRIÈME ACTE.
ACTE CINQUIÈME
SCÈNE I
A Dunsinane.—Un appartement du château.
Entrent UN MÉDECIN ET UNE DAME suivante de la reine.
LE MÉDECIN.—Voilà deux nuits que je veille avec vous, et rien ne m'a confirmé la vérité de votre rapport. Quand lui est-il arrivé la dernière fois de se promener ainsi?
LA DAME SUIVANTE.—C'est depuis que Sa Majesté est entrée en campagne: je l'ai vue se lever de son lit, jeter sur elle sa robe de nuit, ouvrir son cabinet, prendre du papier, le plier, écrire dessus, le lire, le cacheter ensuite, puis retourner se mettre au lit; et pendant tout ce temps-là demeurer dans le plus profond sommeil.
LE MÉDECIN.—Il faut qu'il existe un grand désordre dans les fonctions naturelles, pour qu'on puisse à la fois jouir des bienfaits du sommeil et agir comme si l'on était éveillé. Dites-moi, dans cette agitation endormie, outre sa promenade et les autres actions dont vous parlez, que lui avez-vous jamais entendu dire?
LA DAME SUIVANTE.—Ce que je ne veux pas répéter après elle, monsieur.
LE MÉDECIN.—Vous pouvez me le dire à moi, et cela est même très-nécessaire.
LA DAME SUIVANTE.—Ni à vous, ni à personne, puisque je n'ai aucun témoin pour confirmer mon récit. (Entre lady Macbeth, avec un flambeau.) Tenez, la voilà qui vient absolument comme à l'ordinaire; et, sur ma vie, elle est profondément endormie. Observez-la; demeurez à l'écart.
LE MÉDECIN.—Comment a-t-elle eu cette lumière?
LA DAME SUIVANTE.—Ah! elle était près d'elle: elle a toujours de la lumière près d'elle; c'est son ordre.
LE MÉDECIN.—Vous voyez que ses yeux sont ouverts.
LA DAME SUIVANTE.—Oui, mais ils sont fermés à toute impression.
LE MÉDECIN.—Que fait-elle donc là? Voyez comme elle se frotte les mains.
LA DAME SUIVANTE.—C'est un geste qui lui est ordinaire: elle a toujours l'air de se laver les mains; je l'ai vue le faire sans relâche un quart d'heure de suite.
LADY MACBETH.—Il y a toujours une tache.
LE MÉDECIN.—Écoutez; elle parle. Je veux écrire ce qu'elle dira, afin d'en conserver plus nettement le souvenir.
LADY MACBETH.—Va-t'en, maudite tache...; va-t'en, te dis-je.—Une, deux heures.—Allons, il est temps de le faire.—L'enfer est sombre!—Fi! mon seigneur, fi! un soldat avoir peur! Qu'avons-nous besoin de nous inquiéter, qui le saura, quand personne ne pourra demander de comptes à notre puissance?—Mais qui aurait cru que ce vieillard eut encore tant de sang dans le corps?
LE MÉDECIN. à la dame suivante.—Remarquez-vous cela?
LADY MACBETH.—Le thane de Fife avait une femme: où est-elle maintenant?—Quoi! ces mains ne seront-elles jamais propres?—Plus de cela, mon seigneur, plus de cela: vous gâtez tout par ces tressaillements.
LE MÉDECIN.—Allez-vous-en, allez-vous-en; vous avez appris ce que vous ne deviez pas savoir.
LA DAME SUIVANTE.—Elle a dit ce qu'elle ne devait pas dire, j'en suis sûre. Dieu sait tout ce qu'elle a su!
LADY MACBETH.—Il y a toujours là une odeur de sang. Tous les parfums de l'Arabie ne peuvent purifier cette petite main!—Oh! oh! oh!
LE MÉDECIN.—Quel profond soupir! Le coeur est cruellement chargé.
LA DAME SUIVANTE.—Je ne voudrais pas avoir un pareil coeur dans mon sein, pour les grandeurs de tout ce corps.
LE MÉDECIN.—Bien, bien, bien.
LA DAME SUIVANTE.—Je prie Dieu qu'il en soit ainsi, docteur.
LE MÉDECIN.—Cette maladie est au-dessus de mon art: cependant j'ai connu des personnes qui se promenaient durant leur sommeil, et qui sont mortes saintement dans leur lit.
LADY MACBETH.—Lavez vos mains, mettez votre robe de nuit, ne soyez pas si pâle. Je vous le répète, Banquo est enterré, il ne peut pas sortir de son tombeau.
LE MÉDECIN.—Et cela encore?
LADY MACBETH.—Au lit, au lit: on frappe à la porte; venez, venez, venez, donnez-moi votre main. Ce qui est fait ne peut se défaire. Au lit, au lit, au lit!
(Elle sort.)
LE MÉDECIN.—Va-t-elle retourner à son lit?
LA DAME SUIVANTE.—Tout droit.
LE MÉDECIN.—Il a été murmuré d'horribles secrets.—Des actions contre nature produisent des désordres contre nature. Le sourd oreiller recevra les confidences des consciences souillées.—Elle a plus besoin d'un prêtre que d'un médecin. Dieu! Dieu! pardonne-nous à tous.—Suivez-la; écartez d'elle tout ce qui pourrait la déranger, et ayez toujours les yeux sur elle; je pense, mais je n'ose parler.
LA DAME SUIVANTE.—Bonne nuit, cher docteur.
(Ils sortent.)
SCÈNE II
Dans la campagne, près de Dunsinane.
Entrent avec des enseignes et des tambours MENTEITH, CAITHNESS, ANGUS, LENOX, des soldats.
MENTEITH.—L'armée anglaise approche: elle est conduite par Malcolm, son oncle Siward et le brave Macduff. La vengeance brûle dans leur coeur: une cause si chère exciterait l'homme le plus mort au monde à se lancer dans le sang et les terreurs de la guerre.
ANGUS.—Nous ferons bien d'aller les joindre près de la forêt de Birnam; c'est par cette route qu'ils arrivent.
CAITHNESS.—Qui sait si Donalbain est avec son frère?
LENOX.—Certainement non, seigneur, il n'y est pas. J'ai une liste de toute cette noblesse: le fils de Siward en est, ainsi qu'un grand nombre de jeunes gens encore sans barbe, et qui vont pour la première fois faire acte de virilité.
MENTEITH.—Que fait le tyran?
CAITHNESS.—Il fait fortifier solidement le grand château de Dunsinane. Quelques-uns disent qu'il est fou; d'autres, qui le haïssent moins, appellent cela une courageuse fureur. Mais ce qu'il y a de certain, c'est qu'il ne peut plus boucler la ceinture de la règle sur une cause aussi malade.
ANGUS.—Il sent maintenant ses meurtres secrets blesser ses propres mains. A chaque instant de nouvelles révoltes viennent lui reprocher son manque de foi. Ceux qu'il commande n'obéissent qu'à l'autorité, et nullement à l'amour. Il commence à sentir la dignité souveraine l'embarrasser de son ampleur inutile, comme la robe d'un géant volée par un nain.
MENTEITH.—Qui pourra blâmer ses sens troublés de reculer et de tressaillir, quand tout ce qui est en lui se reproche sa propre existence?
CAITHNESS.—Marchons; allons porter notre obéissance à qui elle est légitimement due. Allons trouver le médecin de cet État malade; et versons avec lui jusqu'à la dernière goutte de notre sang pour le remède de notre patrie.
LENOX.—Tout ce qu'il en faudra du moins pour arroser la fleur royale et noyer les mauvaises herbes. Dirigeons notre marche vers Birnam.
SCÈNE III
A Dunsinane.—Un appartement du château.
Entrent MACBETH, LE MÉDECIN; suite.
MACBETH, aux personnes de sa suite.—Ne m'apportez plus de rapports. Qu'ils s'envolent tous; jusqu'à ce que la forêt de Birnam se mette en mouvement vers Dunsinane, la crainte ne pourra m'atteindre. Qu'est-ce que ce petit Malcolm? n'est-il pas né d'une femme? Les esprits, qui connaissent tout l'enchaînement des causes de mort, me l'ont ainsi déclaré: «Ne crains rien, Macbeth; nul homme né d'une femme n'aura jamais de pouvoir sur toi.»—Fuyez donc, perfides thanes, et allez vous confondre avec ces épicuriens d'Anglais. L'esprit par lequel je gouverne et le coeur que je porte ne seront jamais accablés par l'inquiétude, ni ébranlés par la crainte—(Entre un domestique.) Que le diable te grille, vilain à face de crème! où as-tu pris cet air d'oison?
LE DOMESTIQUE.—Seigneur, il y a dix mille...
MACBETH.—Oisons, misérable!
LE DOMESTIQUE.—Soldats, seigneur.
MACBETH.—Va-t'en te piquer la figure pour cacher ta frayeur sous un peu de rouge, drôle, au foie blanc de lis42. Quoi, soldats! vous voilà de toutes les couleurs!—Mort de mon âme! Tes joues de linge apprennent la peur aux autres. Quoi, soldats! des visages de petit-lait!
LE DOMESTIQUE.—L'armée anglaise, sauf votre bon plaisir...
MACBETH.—Ôte-moi d'ici ta face.—Seyton!—Le coeur me manque quand je vois....—Seyton!—De ce coup je vais être mis à l'aise pour toujours, ou jeté à bas.—J'ai vécu assez longtemps, la course de ma vie est arrivée à l'automne, les feuilles jaunissent, et tout ce qui devrait accompagner la vieillesse, comme l'honneur, l'amour, les troupes d'amis, je ne dois pas y prétendre: à leur place ce sont des malédictions prononcées tout bas, mais du fond de l'âme; des hommages de bouche, vain souffle que le pauvre coeur voudrait refuser et n'ose.—Seyton!
(Entre Seyton.)
SEYTON.—Quel est votre bon plaisir?
MACBETH.—Quelles nouvelles y a-t-il encore?
SEYTON.—Tout ce qu'on a annoncé est confirmé, seigneur.
MACBETH.—Je combattrai jusqu'à ce que ma chair tombe en pièces de dessus mes os.—Donne-moi mon armure.
SEYTON.—Vous n'en avez pas encore besoin.
MACBETH.—Je veux la mettre. Envoie un plus grand nombre de cavaliers parcourir le pays, qu'on pende ceux qui parlent de peur. Donne-moi mon armure.—Comment va votre malade, docteur?
LE MÉDECIN.—Elle n'est pas si malade, seigneur, qu'obsédée de rêveries qui se pressent dans son imagination et l'empêchent de reposer.
MACBETH.—Guéris-la de cela. Ne peux-tu donc soigner un esprit malade, arracher de la mémoire un chagrin enraciné, effacer les soucis gravés dans le cerveau, et, par la vertu de quelque bienfaisant antidote d'oubli, nettoyer le sein encombré de cette matière pernicieuse qui pèse sur le coeur?
LE MÉDECIN.—C'est au malade en pareil cas à se soigner lui-même.
MACBETH.—Jette donc la médecine aux chiens; je n'en veux pas.—Allons, mets-moi mon armure; donne-moi ma lance.—Seyton, envoie la cavalerie.—Docteur, les thanes m'abandonnent.—Allons, monsieur, dépêchez-vous.—Docteur, si tu pouvais, à l'inspection de l'eau de mon royaume43, reconnaître sa maladie, et lui rendre par tes remèdes sa bonne santé passée, je t'applaudirais à tous les échos capables de répéter mes applaudissements.—(A Seyton.) Ôte-la, te dis-je.—Quelle sorte de rhubarbe, de séné, ou de toute autre drogue purgative, pourrais-tu nous donner pour nous évacuer de ces Anglais? En as-tu entendu parler?
LE MÉDECIN.—Mon bon seigneur, les préparatifs de Votre Majesté nous en disent quelque chose.
MACBETH, à Seyton.—Porte-la derrière moi.—Je n'ai à craindre ni mort, ni ruine, jusqu'à ce que la forêt de Birnam vienne à Dunsinane.
(Il sort.)
LE MÉDECIN.—Si j'étais sain et sauf hors de Dunsinane, il ne serait pas aisé de m'y faire rentrer pour de l'argent.
(Il sort.)
Note 42: (retour) La blancheur du foie passait pour une preuve de lâcheté.
Note 43: (retour)Cast
The water of my land.
Cast the water était alors l'expression anglaise pour examiner les urines.
SCÈNE IV
Dans la campagne près de Dunsinane, et en vue d'une forêt.
Entrent avec des enseignes et des tambours MALCOLM, LE VIEUX SIWARD ET SON FILS, MACDUFF, MENTEITH, CAITHNESS, ANGUS, LENOX, ROSSE; soldats en marche.
MALCOLM.—Cousins, j'espère que le jour n'est pas loin où nous serons en sûreté chez nous.
MENTEITH.—Nous n'en doutons nullement.
SIWARD.—Quelle est cette forêt que je vois devant nous?
MENTEITH.—La forêt de Birnam.
MALCOLM.—Que chaque soldat coupe une branche d'arbre et la porte devant lui: par-là nous dissimulerons à l'ennemi notre force, et tromperons ceux qu'il enverra à la découverte.
LES SOLDATS.—Vous allez être obéi.
SIWARD.—Nous n'avons rien appris, si ce n'est que le tyran, plein de confiance, se tient ferme dans Dunsinane et nous y laissera mettre le siège.
MALCOLM.—C'est sa principale ressource, car, partout où l'on en trouve l'occasion, les grands et les petits se révoltent contre lui. Il n'est servi que par des machines qui lui obéissent de force, tandis que leurs coeurs sont ailleurs.
MACDUFF.—Nous jugerons justement après l'événement qui ne trompe point. Ne négligeons aucune des ressources de l'art militaire.
SIWARD.—Le temps approche où nous apprendrons décidément ce que nous avons et ce que nous devons. Les idées spéculatives nous entretiennent de leurs espérances incertaines, mais les coups déterminent l'événement d'une manière positive: c'est à ce but qu'il faut que la guerre marche.
(Ils se mettent en marche.)