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Manette Salomon

Chapter 108: CVII
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About This Book

A young woman moves between studios, family homes, and public promenades while navigating romantic entanglements, financial strain, and conflicting loyalties. The narrative alternates intimate domestic scenes with vivid portrayals of the artistic milieu, highlighting social contrasts and the everyday compromises demanded by creative life. Through detailed observation and candid depiction of characters' ambitions and failings, the work examines reputation, desire, and the moral ambiguities of interpersonal obligations among different social circles.

CVII

Lentement Manette avait pris sa place dans l'intérieur. Elle s'y était peu à peu et de jour en jour installée, établie. De cette pose dans la maison qu'a la maîtresse, dont le paquet d'affaires est tout fait dans la commode, de la pose sur la branche où la femme, mal à l'aise avec les gens, effarouchée de ce qui entre, humble, inquiète, furtive, tremble au vent comme une chose aux ordres d'un caprice, toute prête au balayage du lendemain, elle s'était élevée à l'aisance, à l'équilibre, à cet air de maîtresse de maison qui laisse voir dans toute une femme, dans son geste, son ton, sa voix, dans l'épanouissement de sa robe sur un divan, qu'elle est chez elle chez son amant. Elle avait passé le temps où les domestiques s'adressent à l'homme, et consultent du regard Monsieur avant de faire ce que dit Madame: ses ordres commençaient à être pour le service la volonté de Coriolis. Les camarades qui venaient à l'atelier ne la traitaient plus avec leur premier sans-façon: il y avait chez eux comme un accord tacite pour reconnaître en elle la maîtresse officielle, la femme à demeure, ancrée dans le domicile, dans la vie de leur ami, montée à l'espèce de dignité d'une liaison quasi-conjugale. Devant elle, la conversation devenait moins libre, prenait un ton qui la respectait à peu près comme une personne mariée; et un jour qu'Anatole avait lancé un mot un peu vif, Coriolis lui dit un: «Où te crois-tu?» si sérieusement, que Manette elle-même ne put s'empêcher d'en rire.

Manette avait eu à peine besoin de travailler à ce changement. Il s'était fait presque tout seul, par le courant naturel des choses, par la lente et progressive infiltration de l'influence féminine, par l'habitude, par l'oreiller, par la succession de ces accroissements, pareils aux alluvions du concubinage, grandissant la position, le pouvoir, l'initiative de la maîtresse avec tout ce qui se détache à la longue, dans l'amollissement du ménage, de la force de l'homme pour aller à la faiblesse de la femme.

Et maintenant Manette n'était plus seulement la maîtresse: elle était une mère.