WeRead Powered by ReaderPub
Manuel de synonymie Latine cover

Manuel de synonymie Latine

Chapter 324: M
Open in WeRead

About This Book

A concise handbook that distills a larger multi-volume study into alphabetized entries defining Latin words, distinguishing closely related terms, and noting classical usage and opposites. It classifies synonyms into three pedagogical groups—those to learn early, those to teach at advanced stages, and those whose differences remain subtle—while omitting detailed etymologies and extended citations. Where useful, entries offer corresponding Greek or French equivalents and practical advice for teachers and students about when nuance matters in composition and textual interpretation.

Litteræ. Artes. Doctrinæ. Disciplinæ.

Litteræ et artes, les lettres et les sciences considérées en général comme le but des études : litteræ, au sens restreint, la littérature d’imagination ou de raisonnement consignée dans les livres, comme moyen direct d’enrichir la mémoire, et moyen indirect d’aiguiser l’intelligence et de former le goût ; artes, les lettres et les sciences dans l’acception la plus haute quand les connaissances qu’on acquiert servent immédiatement à développer l’esprit et le talent. Doctrinæ et disciplinæ, les diverses branches du domaine général de la science réduites en systèmes : doctrinæ, se disant par préférence des sciences spéculatives, abstraites, des études philosophiques et savantes ; disciplinæ, des sciences pratiques appliquées aux usages de la vie.

Locus. Tractus. Regio. Plaga.

Locus, espace pris comme un point isolé, endroit, τόπος ; tractus, espace considéré comme une ligne, bande, zone qui s’étend au loin, c’est à peu près le grec ϰλίμα ; regio, espace pris comme un cercle, comprenant les environs d’un centre, contrée, χῶρος ; plaga, espace pris comme une surface en général.

Lucere. Fulgere. Splendere. Nitere. Renidere. Coruscare. Micare. Radiare.

1. Lucere, fulgere, splendere, nitere, désignent une clarté fixe et permanente : fulgere, celle d’une lumière intense ou d’une couleur de feu qui éblouit, comme φλέγω ; lucere, celle d’une lumière bienfaisante et d’une couleur de feu plus douce, comme φαίνω, φέγγω ; splendere, l’éclat d’une surface polie et nette, par opposition à sordere, comme λάμπω ; nitere en prose et en vers renidere, le lustre d’un corps humide, huilé, graissé, verni ou lavé, par opposition à squalere, comme στίλϐω.

2. Coruscare, micare, radiare, désignent une clarté intermittente et mobile comme étinceler et scintiller : coruscare, briller comme l’éclair qui sort brusquement de la nue ; micare, étinceler comme le métal qu’on agite au soleil ; radiare, lancer des jets de lumière comme le soleil qui darde ses rayons. Cic. Cat. II, 3. “Qui nitent unguentis, qui fulgent purpura.” “Ceux qui empruntent le lustre des parfums, l’éclat de la pourpre.” Auct. ad Herenn. IV, 33. “Tantus erat in armis splendor ut solis fulgor obscurior videretur.” “Ses armes resplendissantes semblaient obscurcir les feux ardents du soleil.” Plin. H. N. XXXVII, 2. Splendor murrhinis sine viribus, nitorque verius quam splendor.” “Il n’y a rien qui frappe dans l’éclat de ces vases, et ils ont même, à vrai dire, plus de lustre que d’éclat.” Splendor présente en effet l’éclat sous son aspect majestueux, nitor sous son aspect aimable, comme dans Auct. ad Herenn. IV, 50. “Gemmæ nitore et auri splendore.” “Par le lustre des pierreries et par l’éclat de l’or.” Au figuré splendor marque la magnificence, nitor l’élégance.

Lucrum. Emolumentum. Quæstus. Compendium.

Lucrum et emolumentum, gain dans toutes les circonstances de la vie : lucrum, gain qu’on doit à ses propres efforts, par opposition à damnum, ϰέρδος ; emolumentum, avantage qui échoit à quelqu’un, par opposition à detrimentum, ὠφέλημα. Quæstus et compendium, bénéfice dans le domaine du commerce : quæstus, bénéfice soutenu, permanent, par opposition à sumptus, χρηματισμός ; compendium, profit accidentel et considérable, par opposition à dispendium.

Luculentus. Illustris.

Luculentus, synonyme de probabilis, ce qui supporte les regards et n’a point de raison de fuir la lumière, ce qui est comme il faut ; illustris, synonyme d’excellens, ce qui attire les regards, ce qui saute aux yeux et brille au soleil. Luculentus ne contient jamais un éloge emphatique. Cic. Off. III, 14, 60. “Нос quidem satis luculente”, c’est-à-dire cela s’entend. Et Finn. I, 5, 15 : “Cum græce, ut videor, luculenter sciam.” “Je crois savoir convenablement le grec, ce qui n’est nullement prétentieux.” C’est comme si on disait : sic satis.

Ludus. Schola.

Ludus, école élémentaire pour les enfants qui ont besoin d’apprendre et qu’on y oblige ; schola, école d’enseignement supérieur pour les jeunes gens et les hommes qui veulent s’instruire. Le ludus suppose des écoliers, discipulos, un maître, ludi magistrum, et une discipline classique ; la schola suppose des auditeurs, auditores, un professeur, doctorem, et un genre d’exposition académique.

Ludus. Lusus. Ludicrum. Jocus.

1. Ludus, le jeu qui offre à l’homme un moyen de divertissement ; lusus, le jeu auquel l’homme se livre, qu’il met en train, qu’il imagine. Ludus présente le jeu comme une récréation, par opposition à la peine ; lusus, comme une action puérile et vaine, par opposition aux occupations sérieuses. Plin. Ep. IX, 33, 3. “Pueri quos otium ludusque sollicitat.” “Les enfants que dérangent le désœuvrement et le jeu.” Comparez avec IX, 25 : Lusus et ineptias nostras legis”. “Tu lis les bagatelles et les sottises auxquelles nous nous sommes amusés.” Cic. Flacc. 5, 12. “Græci quibus jusjurandum jocus est, testimonium ludus, c’est-à-dire les Grecs pour lesquels c’est fort peu de chose que de porter un faux témoignage. Comparez avec Sen. Contr. I, 2. “Piratas... quibus omne fas nefasque lusus est”, c’est-à-dire les pirates aux yeux desquels la différence entre le juste et l’injuste n’est qu’un amusement, un jeu de mots sans conséquence.

2. Le pluriel ludi prend la signification particulière de spectacles publics, et, dans cette acception, il a pour singulier ludicrum.

3. Ludus et lusus ont un tour négatif ; ce sont de simples passe-temps, des distractions, comme moyen préservatif contre l’ennui ; jocus est un terme positif, amusements, plaisanteries, comme manifestation de la bonne humeur et de la vivacité d’esprit. Le ludens ne demande qu’à n’être point astreint, à ne rien faire de sérieux et à se délasser ; le jocans dépense en frivolités autant d’ardeur qu’on en peut mettre aux affaires.

Lues. Contagium. Pestilentia. Pestis. Pernicies. Exitium. Interitus. Exitus.

1. Lues, terme général, miasme, principe impur et délétère ; contagium, mal contagieux ; pestilentia, maladie contagieuse, et de plus régnante, ou au sens restreint, la peste proprement dite. Sall. Cat. 10. “Post ubi contagio quasi pestilentia invasit.” “Puis, quand ce mal contagieux eut fait, comme la peste, d’irrésistibles progrès.” Plin. H. N. XXIII, 28. “Laurus folia pestilentiæ contagia prohibent.” “Les feuilles du laurier de Delphes préservent des atteintes contagieuses de la peste.” Lucan. VI, 89. “Fluidæ contagia pestis.” “L’air se charge d’exhalaisons pestilentielles[1].”

2. La poésie seule emploie pestis pour la peste même ; hors de là, pestis exprime, comme exitium et pernicies, un fléau en général, sans qu’il soit question de maladie ; mais pestis s’emploie régulièrement comme terme concret, exitium et pernicies comme termes abstraits. Sen. N. Q. III, pr. “Philippi aut Alexandri... qui exitio gentium clari non minores fuere pestes mortalium quam inundatio.” “Les Philippe et les Alexandre, fameux par la destruction de tant de peuples, fléaux de l’humanité aussi désastreux qu’un déluge.”

3. Pernicies a la signification active ; il exprime qu’on fait périr par meurtre des êtres vivants ; exitium a la signification passive et s’entend même de la destruction d’objets inanimés ; enfin, interitus a, comme exitus, la signification neutre et se dit d’êtres animés ou inanimés qui tombent en décadence. Tac. Ann. XVI, 63. “Poppæa non nisi in perniciem uxoris nupta ; postremo crimen omni exitio gravius.” “Poppée, qui ne s’était fait épouser que pour perdre la femme légitime ; une accusation enfin plus pénible que mille morts.” Cic. Cat. IV, 3. “Cum de pernicie populi Romani, exitio hujus urbis cogitarit.” “L’extermination du peuple romain, la destruction de la ville à laquelle il songeait sans cesse.” Rull. II, 4, 10. “Extremi exitiorum exitus.”

4. Exitium, fin violente ; exitus, fin naturelle. Cic. Rull. II, 4, 10. “Qui civitatum afflictarum perditis jam rebus extremi exitiorum solent esse exitus.” “Cela exprime pour ainsi dire le dernier soupir d’un État qui périt dans les convulsions.” Verr. V, 6, 12. Exitus exitiales.”

  • 1 Traduction de la collection Panckoucke. Lucain, tome II, p. 9.

Lumen. Lux.

Lumen, le corps lumineux qui éclaire, φέγγος ; lux, la lumière émise, φάος. Cic. Finn. III, 14, 45. “Ut obscuratur et offunditur luce solis lumen lucernæ.” “De même que la simple lumière du soleil fait pâlir et presque évanouir la flamme d’une lampe.” Curt. VIII, 2, 21. “Sed aditus specus accipit lucem ; interiora nisi allato lumine obscura sunt.” “L’entrée de la caverne est accessible à la lumière ; l’intérieur est plongé dans les ténèbres tant qu’on n’y porte point de flambeaux.” Cic. Acadd. pr. II, 8, 26. “Si ista vera sunt, ratio omnis tollitur, quasi quædam lux lumenque vitæ”, c’est-à-dire que la raison, qui est seule claire et lumineuse en elle-même et par elle-même, répand sur la vie sa clarté et sa lumière. Et au sens figuré, lumen se rapporte au principe, lux, au simple fait de la célébrité. Cicéron, Man. 5, appelle Corinthe : “Græciæ totius lumen, mais Rome, Cat. IV, 6 : lucem orbis terrarum”. C’est comparer Corinthe à un foyer de lumières ; c’est dire de Rome que toutes les autres villes ne sont en comparaison que des cités obscures. Lucida oratio, discours plein de clarté, aisé à entendre ; luminosa, discours lumineux, plein de beautés éclatantes.

Luteus. Gilvus. Helvus. Flavus. Luridus.

Luteus, jaune par excellence, par exemple, jaune d’œuf ; gilvus et helvus, jaune obscur qui tire sur le rouge, celui du miel ; flavus et luridus, jaune clair qui tire sur le blanc ; flavus, jaune agréable et brillant, celui des cheveux blonds ; luridus, jaune pâle, désagréable, le jaune livide de la mort.

Lutum. Limus. Cœnum. Sordes. Squalor. Pædor. Situs. Stercus. Fimus. Oletum. Merda.

1. Lutum, limus, cœnum, matière malpropre et humide lutum, boue des rues et des routes, πηλός ; limus, limon des fleuves, ἴλυς ; cœnum, vase des marais, ϐόρϐορος. Tac. Ann. I, 63. “Cætera limosa, tenacia gravi cœno aut rivis incerta erant.” “Hors de là des terrains limoneux où l’on reste fortement engagé dans la vase ou des terrains coupés par des ruisseaux.” Sordes, squalor, pædor, situs, matière malpropre et sèche : sordes, opposé à splendor, crasse des pauvres, de la populace, des avares qui porteront, par exemple, des vêtements hors d’usage, ῥύπος ; squalor, opposé à nitor, malpropreté des gens qui manquent de savoir-vivre et de goût, qui oublieront, par exemple, de se peigner les cheveux, αὐχμός ; pædor, opposé à munditiæ, saleté des gens qui ne prennent aucun soin de leur personne, vermine, gale, πίνος ; situs, opposé à usus, moisissure, rouille, qui proviennent d’un abandon prolongé, ἄζη. De là viennent les formes différentes des adjectifs : lutosus, limosus, cœnosus, c’est-à-dire plein de boue, de limon, de vase ; mais sordidus, squalidus, pædidus, c’est-à-dire qui se sent des sordibus, etc. ; et dans les périphrases : oblitus luto, limo, cœno, mais obsitus sordibus, squalore, pædore.

2. Stercus, le femier considéré par son vilain côté, comme amas d’immondices, ϰόπρος ; fimus, par son côté utile, comme engrais.

3. Cœnum, terme général pour les excréments qui inspirent du dégoût ; oletum, excréments de l’homme ; merda, des animaux.

Luxus. Luxuria.

Luxus, usage ou étalage du luxe, parfois même objet de luxe ; luxuria met toujours l’homme en jeu ; c’est une disposition, une inclination, un penchant au luxe. Sen. Ir. I, 11. “Animis delicias, luxum, opes ignorantibus.” “Ces âmes auxquelles les jouissances, le luxe, les richesses sont inconnues.” Et un peu plus loin : “Opinionem luxuriæ segnitiæque”. “Les lenteurs de Scipion le firent soupçonner d’aimer le luxe et le repos.” Sall. Cat. 13. “Romani famem aut sitim... luxu ante capere”, c’est-à-dire par un raffinement que le luxe avait introduit. Comparez avec Jug. 90 (ou 85[1], vers la fin du discours de Marius). Luxuria atque ignavia, pessimæ artes, luxuria, c’est-à-dire la manie du plaisir.

  • 1 Dans la collection Lemaire et la collection Panckoucke.

M

Magnus. Grandis. Amplus. Ingens. Immanis. Vastus.

1. Magnus, grandis et amplus expriment une grandeur convenable ; ingens, immanis et vastus, une grandeur excessive. Sen. Ir. I, 16, 26. “Nec enim magnitudo ista est, sed immanitas.” “Ce n’est pas le langage d’un grand homme, c’est celui d’un monstre.”

2. Magnus exprime la grandeur sans idée accessoire, par opposition à parvus, comme μέγας ; grandis, avec une idée accessoire de force et de majesté naturelle, grandiose, par opposition à exilis, subtilis, tumidus, minutus, exiguus ; enfin, amplus, avec l’idée accessoire d’une dignité extérieure qui impose et fait impression.

3. Ingens, ἄπλετος, fait ressortir ce qu’il y a d’extraordinaire ; immanis, πελώριος, ce qu’il y a d’effrayant ; vastus, ἀχανὴς, ce qu’il y a de disgracieux dans une grandeur excessive.

Mala. Maxilla. Gena.

1. Mala, la mâchoire supérieure ; maxilla, la mâchoire inférieure.

2. Mala, terme usuel, la joue au sens physiologique ; gena, terme archaïque et choisi, la joue, avec une idée accessoire de beauté.

Maledictum. Probrum. Convicium.

Maledictum, tout ce qu’on dit pour nuire à autrui, soit en forme de malédiction pour lui porter malheur, soit en forme de paroles injurieuses pour le couvrir de honte, ϰαϰηγορία. Probrum et convicium, ce qu’on dit pour couvrir quelqu’un de honte : probrum, ὄνειδος, l’invective composée de phrases et de propos déshonorants ; convicium, λοιδορία, l’insulte composée de mots détachés et de surnoms déshonorants. Fur ! est un convicium ; fur es ! un probrum ; l’un et l’autre sont des maledicta.

Malitia. Malignitas. Malevolentia. Malus. Nequam. Pravus.

1. Malitia, la méchanceté qui aime à mentir et à tromper parce qu’elle est devenue insensible aux avertissements de la conscience ; malignitas, la malignité qui est une forme de l’amour de soi, qui ne souhaite de bien qu’à soi, jamais aux autres et provient d’un égoïsme qui court les rues ; malevolentia, la malveillance qui souhaite plutôt du mal que du bien à quelqu’un par aversion personnelle. La malitia est une façon de penser et d’agir punissable parce qu’elle compromet la sécurité publique ; la malignitas, un sentiment méprisable qui annonce un fond de misanthropie ; la malevolentia enfin est un défaut haïssable parce qu’elle est portée à se réjouir du mal qui arrive aux autres. La malice ne s’appelle jamais en latin malitia, mais plutôt malevolentia, et mieux encore studium nocendi.

2. Malus homo, homme immoral ; nequam, homme qui n’est bon à rien, dont le travers est de fuir les travaux utiles et de se plaire aux mauvais tours, vaurien, par opposition à frugi ; enfin, pravus, homme qui a pris une mauvaise direction au sens physique, intellectuel ou moral, par opposition à rectus. Quintil. VIII, 3, 48. “Nec parricidam nequam dixeris hominem, nec meretrici forte deditum nefarium, quod alterum parum, alterum nimium est.” “Vous ne traiterez ni un parricide de vaurien ni un amoureux de monstre ; le premier dit trop peu, le second dit trop.”

Mane. Crepusculo. Diluculo.

Mane, le matin, ὄρθρῳ ; il s’entend des premiers pas que le jour fait dans sa carrière, par opposition, d’une part, à la nuit, de l’autre, aux heures de la journée qui précèdent midi ; crepusculo, ἦρι, le matin, au crépuscule, par opposition au grand jour ; diluculo, enfin, le matin, à l’aube, par opposition aux ténèbres de la nuit, λυϰόφως.

Manere. Morari. Tardare. Detinere.

1. Manere, rester, par opposition à partir ; morari, s’arrêter en route, interrompre un mouvement au lieu d’aller de l’avant. Cic. Sen. 23. Commorandi natura deversorium nobis, non habitandi dedit.” “C’est un asile passager, ce n’est point une demeure fixe que nous a donné la nature.” Dans Tac. H. II, 48. “Irent propere neu remanendo iram victoris asperarent.” “Il fallait se hâter d’y aller et éviter tous les retards qui pourraient irriter le courroux du vainqueur” : la variante remorando mérite la préférence.

2. Morari aliquem, décider quelqu’un à s’arrêter de son plein gré, διατρίϐειν ; tardare, lui susciter des difficultés qui l’empêchent de parcourir rapidement son chemin, ϐραδύνειν ; detinere, l’empêcher par force d’avancer, ϰατέχειν. Tardare se rapporte par préférence à l’action ; detinere, à la personne ; morari, aux deux.

Manere. Exspectare. Præstolari. Opperiri.

1. Manere n’exprime qu’une action physique, comme d’attendre et de rester en un lieu jusqu’à ce qu’une chose arrive ; exspectare, præstolari et opperiri expriment une action de l’âme, comme d’attendre quelque chose ou quelqu’un avec une certaine tension d’esprit.

2. Exspectare présente l’attente comme un acte simple de l’esprit, sans idée accessoire d’application pratique ; præstolari et opperiri expriment en outre cette idée accessoire que celui qui attend compte agir quand la chose ou la personne attendue sera arrivée.

3. Le præstolans attend une personne au service et à la disposition de laquelle il veut se mettre ; l’opperiens, un événement par lequel il ne veut point se laisser surprendre. Le præstolans est un inférieur ; l’opperiens, un égal, soit ami, soit ennemi, par rapport à la personne attendue. Enfin, præstolari est un terme prosaïque, opperiri, un terme poétique ou du moins choisi. Les Latins n’ont point de synonymes qui correspondent à la distinction qu’on fait en allemand entre warten et harren, entre l’attente paisible, calme, et l’attente impatiente qui tend tous les ressorts de l’âme.

Mansuetudo. Clementia.

Mansuetudo, la douceur et la magnanimité de l’homme et du particulier qui ne tire point vengeance d’une injure, par opposition à iracundia ; clementia, l’indulgence et l’humanité du souverain ou du juge qui ne fait point subir au coupable un châtiment mérité, par opposition à crudelitas.

Mare. Æquor. Pontus. Pelagus.

1. Mare, la mer prise comme un amas d’eau, par opposition à terra et aer, ἄλς, θάλασσα ; æquor, pelagus et pontus, la mer au point de vue de ses dimensions : æquor et pelagus, de sa dimension horizontale, la surface de la mer, comme πέλαγος, d’où vient πελαγίζειν, inonder ; pontus, de sa dimension verticale, la profondeur de la mer, comme πόντος, d’où ποντίζειν, submerger. Colum. VIII, 17. “Ut in solo piscinæ posita libella septem pedibus sublimius esset maris æquor.” “En sorte qu’un niveau placé sur le fond du vivier marque sept pieds au-dessous du niveau de la mer.” Ovid. Met. II, 872. “Mediique per æquora ponti fert prædam.” “Il traverse les plaines de la haute mer avec la proie qu’il emporte.”

2. Æquor, la surface de la mer au simple sens physique ; pelagus, avec l’idée accessoire de sa vaste étendue, de son immensité.

Margo. Ora.

Margo, le bord, la limite naturelle d’une surface conçue comme une ligne mathématique, et ne comprenant que par extension la partie extrême de la surface ou bordure ; ora, la frange, la bordure artificielle de la surface, ajoutée le plus souvent dans un but d’ornement et occupant elle-même une certaine largeur. Aussi dit-on ora togæ et non margo, et vice versa margo fluminis et ripæ, quand il s’agit de désigner la ligne de bord à l’exclusion de la rive.

Mederi. Medicari. Sanare. Medicamen. Medicina. Remedium.

1. Mederi et en vers medicari, synonymes de curare, ἰᾶσθαι, présentent la guérison comme le résultat obtenu par le médecin et dû à ses soins, à sa prudence, à son art ; sanare, synonyme de restituere, ἀϰεῖσθαι, comme l’effet du remède qui rend la santé au malade par une action physique.

2. Medicamentum, médecine considérée dans sa substance matérielle, telle qu’elle sort des mains du pharmacien, φάρμαϰον ; medicina, médecine considérée au point de vue de sa vertu curative, telle qu’elle est prescrite par le médecin : c’est d’une maladie qu’il s’agit dans les deux cas. Remedium, toute espèce de secours contre un mal donné, ἄϰος. CIC, N. D. II, 53, Medicamentorum salutarium plenissimæ terræ.” “Terres qui abondent en simples salutaires.” Comparez avec Divin. II, 51. “A medico petere medicinam.” Demander une ordonnance au médecin.

Medius. Modicus. Mediocris.

Medius est toujours adjectif de lieu, au milieu, entre deux, par opposition aux points extrêmes ; modicus est un adjectif de quantité qui se rapporte au nombre et à la grandeur, comme modéré, par opposition à toute sorte d’excès ; mediocris est un adjectif de qualité qui se rapporte à la valeur d’un objet, comme médiocre, par opposition à l’excellence. Il y a identité entre modicæ facultates, une certaine dose de moyens, et mediocre ingenium, un génie médiocre. Cic. Rep. II, 31. “Haud mediocris vir fuit, qui modica libertate populo data facilius tenuit auctoritatem principum.” “Je ne saurais voir un génie médiocre dans l’homme qui ne donna au peuple une liberté modérée que pour mieux conserver l’autorité des grands.”

Membrum. Artus.

Membrum, le membre même constituant une partie du corps, comme μέλος et χῶλον ; artus, l’articulation du membre, comme ἄρθρον et ἅψος. Sen. Contr. II, 13. “Differebatur distortis manibus, emotis articulis ; nondum in sua membra artus redierant[1].” “On la tiraillait encore quoique les mains fussent disloquées, les articulations luxées ; les jointures ne s’étaient pas encore rapprochées des membres.” Virg. Æn. V, 422. “Magnos artus membrorum.” “Les muscles puissants qui servaient d’attache aux membres.” Quintil. Decl. Ult. “Ut per singulos artus membra laxaret[2].” “Afin de déboîter les membres à chaque jointure.” D’autre part, membra se dit de toutes les parties du corps, même de la tête et du tronc ; artus ne désigne que les extrémités qui se rattachent par des jointures, commissuræ, au corps proprement dit, composé de la tête et du tronc.

  • 1 Collection Lemaire. Tome CXXXIII, p. 219.
  • 2 Collection Lemaire, Tome XLIX, p. 406.

Meminisse. Reminisci. Recordari.

Meminisse présente le souvenir comme un état de l’esprit, μεμνῆσθαι, on a conservé un fait dans sa mémoire, on sait encore sans avoir jamais oublié, c’est le sens de memorem esse ; reminisci et recordari présentent le souvenir comme un acte de l’esprit, ἀναμιμνήσϰεσθαι, on retrouve une idée qu’on avait perdue de vue. Mais reminisci exprime, comme in memoriam revocare, un acte momentané ; recordari un acte durable, comme revocata in memoriam contemplari. Cic. Lig. 12, 35. “Equidem, cum tuis omnibus negotiis interessem, memoria teneo, qualis T. Ligarius, quæstor urbanus, fuerit erga te et dignitatem tuam ; sed parum est, me hoc meminisse ; spero etiam te, qui oblivisci nihil soles, nisi injurias, quoniam hoc est animi, quoniam etiam ingenii tui, te aliquid de hujus illo quæstorio officio cogitantem, etiam de aliis quibusdam quæstoribus reminiscentem recordari.” “Témoin de tous tes embarras, j’ai la mémoire encore pleine de ce que T. Ligarius a fait pour toi, pour ménager ta dignité, dans sa questure civile. Mais c’est peu que je me souvienne moi. Tu nous as habitués à ne te voir jamais oublier que les injustices, c’est là que va la pente de ton âme et de ton caractère ; j’espère donc qu’en songeant à la manière dont il a rempli cette charge, tu t’arrêteras aussi sur les souvenirs qui se rapportent à quelques autres questeurs.” Ce passage fait voir 1º que memoria tenere n’est qu’une périphrase de meminisse ; 2° que recordari peut être une conséquence de reminisci, sans que la réciproque soit vraie, car il y a entre les deux le même rapport qu’entre intueri et conspicere. Cic. Sen. 21. “Pueri... ita. celeriter res innumerabiles arripiunt, ut eas non tum primum accipere videantur, sed reminisci et recordari.” “Les enfants saisissent si promptement une foule d’idées qu’ils ont l’air de les retrouver et de s’y arrêter par souvenir plutôt que de les recevoir pour la première fois.” Cicéron aurait pu ajouter : “quæ non satis meminerint, sed in aliquantum temporis obliti sint” : “idées qui ne s’étaient point assez gravées dans leur mémoire, qu’ils avaient oubliées pour un temps”. Tusc. I, 24, 58. “Animus, quum se collegit atque recreavit, tum agnoscit illa reminiscendo ; ita nihil aliud est discere, quam recordari.” “L’esprit se recueille et reprend des forces, après quoi il retrouve ces idées par un effort de mémoire ; apprendre, c’est donc s’arrêter sur des souvenirs.” Sen. Ep. 100. “Magis reminiscor quam teneo.” “C’est un souvenir que je retrouve plutôt qu’un souvenir qui m’est resté.”

Mercenarii. Operarii. Operæ.

Mercenarii, journaliers qui ne travaillent point à leur compte, mais pour un salaire, par opposition au propriétaire qui a le profit ; operarii et operæ, manœuvres qui entreprennent pour un autre un travail mécanique par opposition au maître qui fournit l’idée. Les mercenarii sont relégués à un rang inférieur par leurs mœurs ; les operarii, par la grossièreté de leur travail,