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Marion des neiges

Chapter 24: XXIII
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About This Book

The narrator travels by train through a snowbound plain toward remote placer country, sharing cramped compartments with rough seasonal laborers, a faded dancer, and a young woman named Marion. Through conversations and observations the journey sketches frontier life, the hazards of gold prospecting, harsh climate and hard work, and fragile friendships formed between strangers. Episodes alternate travel scenes, personal recollection, and practical concerns about work, livestock, and survival, building a portrait of endurance, longing, and the uneasy camaraderie of people drawn to a dangerous promise of fortune.

XXIII

Entre Aklansas et le Sloo, sur les bords duquel je voulais courir ma chance, il y a bien, par temps normal et sauf complications, trois semaines ou un mois de route.

Mais, en fait de temps nous eûmes tout d’abord douze jours de neige, et d’une fameuse neige !… avec de véritables tourmentes, qui affolaient les chiens. Puis, après un répit de cinq ou six jours d’un temps à peu près supportable, que nous mîmes à profit pour doubler les étapes, nous eûmes près d’une semaine, encore, de pluies diluviennes, comme je ne pensais pas qu’il pût y en avoir dans ces terres glacées. Le sol n’était plus qu’un immense cloaque.

En fait de complications, deux de nos chiens, le lendemain de notre départ d’Aklansas, passèrent de vie à trépas, sans qu’on ait jamais très bien su pourquoi, peut-être empoisonnés par une charogne. Ils eurent une agonie qui dura toute la nuit et à laquelle nous ne nous décidâmes à mettre fin qu’au petit jour, tellement, Patrice et moi, nous acceptions avec répugnance de nous voir enlever ces pauvres bêtes. Elles hurlaient à faire pitié et nous regardaient, dans leur corps-à-corps avec la souffrance, d’un regard atrocement humain. Patrice les avait couchées sous la tente, et, toute la nuit, leur frictionna le ventre avec de l’alcool. Derrière la toile, les autres chiens, tout bas, pleuraient lugubrement.

Au petit jour enfin, voyant qu’il n’y avait plus aucun espoir, Patrice emmena les deux martyrs et les tua à coups de revolver que, grâce au sourd rideau de neige, je n’entendis même pas.