WeRead Powered by ReaderPub
Marion des neiges cover

Marion des neiges

Chapter 36: XXXV
Open in WeRead

Explore more books like this:

About This Book

The narrator travels by train through a snowbound plain toward remote placer country, sharing cramped compartments with rough seasonal laborers, a faded dancer, and a young woman named Marion. Through conversations and observations the journey sketches frontier life, the hazards of gold prospecting, harsh climate and hard work, and fragile friendships formed between strangers. Episodes alternate travel scenes, personal recollection, and practical concerns about work, livestock, and survival, building a portrait of endurance, longing, and the uneasy camaraderie of people drawn to a dangerous promise of fortune.

XXXV

C’était bien rare quand, mon compagnon et moi, nous ne rentrions pas ensemble et presque à la même seconde, tellement nos journées, à lui et à moi, étaient taillées sur le même patron.

— Alors, vieux garçon ? lui demandais-je, en me laissant tomber sur le traîneau.

— Alors, répondait-il en souriant de ses mille petites rides, la journée a été bonne… La vôtre ?

— Très bonne, disais-je.

Je posais les pépites sur la table et retournais mes poches pour en faire tomber la poudre. Patrice en faisait autant et, pendant un moment, sans mot dire, un peu effarés, un peu effrayés de cette fortune qui montait, nous restions à regarder cela. Puis Patrice ramassait le tout, et, durant que je mettais le couvert, — deux assiettes, deux verres, la caisse à biscuits, — il allait enfouir notre butin.

Cela avait été une affaire d’importance que de nous faire une cachette. Nous n’étions pas là de la journée et donc, bien que nous ne fussions guère dans ce coin perdu, à la merci des voleurs, nous eussions tenté le diable en cachant notre or dans la hutte : c’est là qu’eussent porté en premier les investigations de ces messieurs.

Nous avions donc imaginé d’installer notre coffre-fort au dehors ; dans un trou que nous avions creusé devant la porte. La cachette était sûre mais il fallait du temps pour l’atteindre et la reboucher. C’était Patrice qui chaque soir se chargeait de la besogne… Il avait une patience admirable…

Puis il rentrait. Puis nous dînions. Nous ne disions rien pour cette raison que nous n’avions rien à dire, si ce n’est, de ci, de là, deux ou trois mots sur une tourmente de neige, un peu plus forte que d’habitude, qui, dans la journée, nous avait assaillis, une bête que nous avions vue passer ou un coup de fusil que nous avions tiré… Commentaires brefs, qui, généralement, n’étaient relevés que par un grognement, ou plus simplement encore, par un hochement de tête.

Nous n’avions même pas la ressource de nous entretenir de nos santés respectives : nous nous portions magnifiquement.

A huit heures, nous étions au lit, — je veux dire étendus sur et sous nos peaux d’ours, côte à côte, nous réchauffant l’un l’autre et tombant dans le sommeil, dans un sommeil infini, d’une profondeur d’abîme, avant d’avoir eu le temps de nous dire l’un à l’autre bonsoir.