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Marion des neiges

Chapter 38: XXXVII
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About This Book

The narrator travels by train through a snowbound plain toward remote placer country, sharing cramped compartments with rough seasonal laborers, a faded dancer, and a young woman named Marion. Through conversations and observations the journey sketches frontier life, the hazards of gold prospecting, harsh climate and hard work, and fragile friendships formed between strangers. Episodes alternate travel scenes, personal recollection, and practical concerns about work, livestock, and survival, building a portrait of endurance, longing, and the uneasy camaraderie of people drawn to a dangerous promise of fortune.

XXXVII

Nous nous figurions, quand l’ouragan commença à siffler, que cela durerait quelques heures… Cela dura neuf jours !… neuf jours pendant lesquels nous ne sortîmes de la hutte qu’à quatre pattes, pour aller donner à manger aux chiens, qu’à chaque visite nous trouvions acculés par le vent dans un coin du chenil, droits sur leurs pattes, poils hérissés. Neuf jours qui pour nous furent un supplice ; je les passai à boire, boire, fumer, dormir, tailler des bouts de bois avec mon couteau, d’un geste machinal et idiot… Les pauvres gens qui font des années de prison !… Patrice, lui, beaucoup plus adapté que moi aux caprices et aux nécessités de ce climat, continua sa vie et profita de ces neuf jours d’incarcération pour s’acquitter d’un tas de petites tâches dont les sables du Sloo l’avaient jusqu’alors détourné : il creusa dans le sol des caves pour l’eau-de-vie, l’eau, les biscuits, les conserves, reprisa ses vêtements, les miens, rapetassa ses chaussures, fondit des balles… et, quand il eut fini tout ce qu’il y avait à faire d’utile, il délaya dans de l’huile un peu de terre, du charbon de bois pilé, se fabriqua un pinceau avec des poils qu’il était allé couper à la queue d’un de ses chiens, — et il fit de l’art… oui, il peignit sur les murs toutes les bêtes des rocs et de la forêt, des ours, des loups, que poursuivaient des chasseurs, armés d’arcs et de flèches… et, au-dessus de tout cela, le boomerang… le Boomerang-Oiseau, symbole, égide, emblème de la tribu !

Vers le septième jour la tempête se fit à ce point affreuse que Patrice me demanda humblement si je consentirais à ce qu’il fît entrer les chiens avec nous.

— Naturellement ! répondis-je. Nous sommes tous frères…

Il alla les chercher. Ils étaient à moitié morts de froid, et, plus encore, d’abrutissement. Ils restaient sur leurs quatre pattes, flageolant, les yeux mi-clos, comme faisant tête encore à la tempête. Les petits, brisés de fatigue, s’endormaient et, dans leur sommeil, faisaient des rêves qui leur arrachaient des cris et des gémissements. Ils se réveillaient en hurlant de frayeur.

Enfin, le neuvième jour, vers midi, le cyclone disparut vers le Nord, et Patrice et moi, et les chiens, nous nous précipitâmes dehors. Quel soulagement !…

Durant quelques moments, nous nous étirâmes, allâmes et vînmes devant la hutte, jouant avec les chiens, comme des enfants.

Puis tout à coup :

— Dites donc, vieux ! m’écriai-je. Qu’est-ce que nous fichons là ?

— Allons-y ! répondit l’Indien.

Un quart d’heure plus tard, — pare à virer, comme disent les marins. Les chiens étaient rentrés, nous étions équipés, nous avions nos fusils, nos outils, nous descendions vers le Sloo, cependant que là-bas, devant nous, par delà la rivière, l’ouragan s’enfuyait, comme un nuage de poussière que le vent chasse.