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Marion des neiges

Chapter 4: III
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About This Book

The narrator travels by train through a snowbound plain toward remote placer country, sharing cramped compartments with rough seasonal laborers, a faded dancer, and a young woman named Marion. Through conversations and observations the journey sketches frontier life, the hazards of gold prospecting, harsh climate and hard work, and fragile friendships formed between strangers. Episodes alternate travel scenes, personal recollection, and practical concerns about work, livestock, and survival, building a portrait of endurance, longing, and the uneasy camaraderie of people drawn to a dangerous promise of fortune.

III

A Dalkeith, qui est un village d’une trentaine de maisons sur le Jorre, six des dix voyageurs de notre compartiment descendirent, les espèces de brutes à visage vaguement humain, qui allaient aux pêcheries de Billebedoo. Ils prenaient le bateau qui devait les conduire en quatre ou cinq jours (le trajet est assez long à cause des rapides) à Billebedoo, sur l’Océan. Du coup nous nous trouvions soulagés d’une partie de notre vermine et de notre puanteur.

Nous restions quatre : les deux femmes, le jeune chercheur d’or, et moi. Les deux femmes, et notamment la danseuse, qui, maintenant, était à bout, fripée et flapie comme une vieille poire tapée, purent s’étendre sur les banquettes. Elles s’allongèrent avec délices sur ces durs morceaux de bois.

Le jeune chercheur d’or, lui, parut un peu ouvrir les yeux à la réalité des choses et s’apercevoir, confusément, que nous existions. A un moment, alors que nous ne lui demandions absolument rien, il nous raconta tout d’une traite, comme un rouleau de phonographe, qu’il s’appelait Spiers, Jérémie, qu’il avait lâché le commerce des tissus d’ameublement dans une ville dont il ne put jamais, d’ailleurs, articuler le nom, et qui devait être Chillicothe, et qu’il allait, avec, pour toute fortune, cinquante-quatre dollars dans la poche intérieure de son gilet, dans le Muskegon, courir sa chance.

— Dans le Muskegon ! m’écriai-je. Alors nous serons voisins de bagne ! Je vais au Sloo…

— Pourquoi allez-vous par là ? me dit-il avec une moue de dédain. On n’y a jamais ramassé la moindre pépite.

— Parce qu’on a mal cherché, répondis-je. J’ai des renseignements là-dessus.

— Quels ? dit-il.

J’ouvrais la bouche pour lui dire en quoi consistaient ces renseignements et quelles choses m’entraînaient, à travers les plaines glacées, vers ce point désertique du globe, quand je sentis, sous la grosse couverture dont les poils nous entraient dans la peau, — je sentis la petite main de Marion qui se posait, tout doucement, sur la mienne.

Marion, la tête renversée contre la cloison du wagon, les yeux grands ouverts et comme perdus vers le toit de bois d’où filtraient des gouttes d’eau glacée, Marion, pourtant, semblait ne suivre notre conversation que de fort loin. Mais elle avait entendu et me criait fraternellement : attention !… Je me sentis rougir comme un gamin pris en faute.

— Quels renseignements ? répéta Spiers, dont les yeux braqués sur moi, étaient soudain devenus plus aigus.

Je m’en tirai en faisant la bête :

— Il paraîtrait, répondis-je, que sur les bords du Sloo (ce sont les peaux-rouges qui racontent cela) il y a, dans une immense forêt, les ruines d’une ville tout entière bâtie en or…

— Oui ?… fit-il, après un moment de silence, comme s’il s’était aperçu que je voulais lui donner le change.

Il se retourna du côté de la portière et sembla, en regardant se dérouler ces mornes plaines toutes blanches, sous un ciel presque noir, donner un autre cours à ses pensées. Marion me lança de profil un demi-sourire qui voulait dire : « Eh bien ! quoi donc ? En voilà un enfant ! »