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Marion des neiges

Chapter 46: XLV
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About This Book

The narrator travels by train through a snowbound plain toward remote placer country, sharing cramped compartments with rough seasonal laborers, a faded dancer, and a young woman named Marion. Through conversations and observations the journey sketches frontier life, the hazards of gold prospecting, harsh climate and hard work, and fragile friendships formed between strangers. Episodes alternate travel scenes, personal recollection, and practical concerns about work, livestock, and survival, building a portrait of endurance, longing, and the uneasy camaraderie of people drawn to a dangerous promise of fortune.

XLV

Le travail reprit plus fiévreux et plus productif que jamais et l’hiver se passa sans qu’un seul jour il nous vînt la pensée de nous retirer des affaires ou seulement de nous reposer… Pourtant, quel hiver ! Il fut si rigoureux, si terrible, avec de telles tempêtes de neige, ou, ce qui était pis encore, de vent glacé, coupant comme des lames de rasoir, que les bêtes descendaient du Nord par centaines, si affolées devant le froid qu’elles ne songeaient même pas à nous attaquer. Un loup, une fois, pendant que j’étais en train de piocher le sable gelé de la grève, me déboula entre les jambes. Je lui donnai un coup de pied. Il se sauva en poussant des cris aigus comme un chien qu’on fouette…

Vers la fin de février, enfin, il fallut s’arrêter. Nous n’en pouvions plus. Je me rappelle que ce soir-là nous mîmes près de trois quarts d’heure pour remonter du Sloo jusqu’à la hutte. Tous les vingt pas nous nous arrêtions, et, sans oser nous asseoir, — car un homme qui s’assied sous le vent des glaces est un homme mort, — nous restions ainsi, un bon moment, appuyés sur le manche de notre outil, à reprendre notre souffle. Arrivés à la hutte, une fois la porte refermée, nous nous laissâmes tomber sur notre grabat et nous nous endormîmes ainsi, sans manger.

Le lendemain, comme je me réveillais, j’aperçus Patrice qui, déjà debout, assis à la table, me regardait :

— Assez joué, dit-il. Nous sommes arrivés à la limite et un pas de plus dans cet enfer nous tuerait. Nous sommes riches. Aucun chercheur de paillettes n’a jamais eu la veine que nous venons d’avoir. Reposons-nous.

— Reposons-nous, dis-je. Nous reprendrons ça plus tard. Car le jeu me plaît. J’ai fini par aimer l’or, Patrice. L’or pour l’or. Peu m’importe de savoir ce qu’il y a au bout et ça m’embête de penser qu’il va falloir changer cela contre du pain, de l’alcool, de la poudre, de la noce, etc. L’or est tellement plus beau que tout…

— Oui, dit Patrice. Il n’y a qu’une façon de dépenser l’or qui soit digne de l’or : c’est de le jouer.

Nous passâmes toute notre journée à nous préoccuper de notre départ.

Nous avions décidé d’aller d’abord à Aklansas nous « refaire ». Nous y resterions trois semaines ou un mois et à ce moment nous verrions. Nous faisions des projets fous, qui, d’ailleurs, étant donné le nombre important de livres d’or que nous avions tirées du Sloo, n’étaient pas irréalisables. Patrice et moi, nous devions nous habiller de neuf, nous faire beaux comme des rois, et, en compagnie de nos chiens, aller nous montrer sur les plages mondaines de l’Est, descendant dans les palaces et menant grande vie.

Patrice et moi, il ne nous semblait pas que nous pussions nous séparer, que l’un pût agir à l’écart de l’autre, — à part, bien entendu, la petite visite que je devais aller faire au premier bureau de télégraphe pour rembourser les Sharrock. Je leur avais volé quatre mille dollars. Je quadruplai la somme. Il y a beaucoup d’honnêtes gens qui ne vont pas jusqu’à quadrupler.