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Marion des neiges

Chapter 66: LXV
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About This Book

The narrator travels by train through a snowbound plain toward remote placer country, sharing cramped compartments with rough seasonal laborers, a faded dancer, and a young woman named Marion. Through conversations and observations the journey sketches frontier life, the hazards of gold prospecting, harsh climate and hard work, and fragile friendships formed between strangers. Episodes alternate travel scenes, personal recollection, and practical concerns about work, livestock, and survival, building a portrait of endurance, longing, and the uneasy camaraderie of people drawn to a dangerous promise of fortune.

LXV

Farquard s’était levé :

— Sqwal, dit-il soudain, en élevant la voix et en retirant la table derrière laquelle le pédagogue était assis, Sqwal, c’est fini de rire… Lève-toi !

— Pour quoi faire ? fit l’autre.

— Parce que je suis Farquard, Daniel Farquard, de Banbury !

— Je sais, je sais…

— Je suis le père du petit Farquard, que tu as eu comme élève, — et que tu as torturé !

— Sanction et réparation !… fit Sqwal, stupide.

— Oui, dit Farquard. Sanction et réparation !… Belle formule !… et qui avec moi aura son sens plein !… Sqwal, abominable brute, pourceau immonde, nous allons sanctionner et réparer !… Debout !

— Mais… eh ! Farquard… tu es saoul !… bégaya le maître d’école, — et il fit mine de porter la main à son verre, pour boire, — ou pour jeter à la tête de Farquard.

Mais l’autre ne lui en laissa pas le temps. Il le prit par les cheveux… tira !… han !… Sqwal poussa une sorte de hurlement, se leva, pâle soudain, dégrisé, s’appuyant du dos au bord de la table, les traits crispés.

Et pan !… le poing de Farquard se décocha comme une énorme pierre… Sqwal reçut la chose en plein sur l’œil, bascula par dessus la table, les quatre fers en l’air, la tête cogna contre le mur avec un bruit sourd, il resta affalé, le corps sur la banquette, les jambes sur la table… Il n’avait pas fait ouf !… Je me penchai sur lui. Il avait la peau de la joue comme crevée d’un coup de couteau. Le sang coulait…

— Vous l’avez tué ! dis-je à Farquard.

— Pensez-vous ! fit Farquard. Ces charognes-là ne crèvent pas… Mais l’animal a la tête dure comme du bois. Je me suis à moitié foulé le poignet…

Il but une gorgée de gin.

— Un million ! dit-il. Je ne donnerais pas ce coup de poing-là pour un million !

Sqwal avait fait un vague mouvement.

— Mouillez-lui son aimable figure, me dit Farquard.

Je fis couler sur lui le contenu d’une carafe. Il ouvrit un œil, — le seul de ses yeux qui eût encore quelque possibilité de s’ouvrir, — se secoua, comme un chien qui sort de l’eau, — regarda, ahuri… se leva et, comme s’il ne nous avait pas vus, se dirigea vers la porte…

Alors… pan !… un second coup de poing du terrible petit homme le lança dans une bousculade de chaises et, cette fois, il disparut sous la table, sous la banquette… Il n’y avait plus que ses deux jambes maigres qui dépassaient, avec ses chaussettes qui retombaient élégamment sur les chevilles…

Farquard resta un moment à le regarder, en s’appuyant sur une chaise, — car il était à la fois essoufflé et tremblant de « nervosisme », comme eût dit Sqwal.

— Voilà. C’est fait, dit-il enfin. Nous pouvons nous en aller.

— Non, fis-je. Il me reste la petite à tirer de là. Je vais aller à l’ouvroir… Est-ce qu’il peut marcher ?

— Lui ? dit Farquard. Il ne s’est jamais si bien porté. Il nous enterrera tous… N’est-ce pas, vieux ?

Et il lui allongea un grand coup de pied dans les jambes…