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Marion des neiges

Chapter 67: LXVI
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About This Book

The narrator travels by train through a snowbound plain toward remote placer country, sharing cramped compartments with rough seasonal laborers, a faded dancer, and a young woman named Marion. Through conversations and observations the journey sketches frontier life, the hazards of gold prospecting, harsh climate and hard work, and fragile friendships formed between strangers. Episodes alternate travel scenes, personal recollection, and practical concerns about work, livestock, and survival, building a portrait of endurance, longing, and the uneasy camaraderie of people drawn to a dangerous promise of fortune.

LXVI

Nous attendîmes un bon quart d’heure sans rien faire pour accélérer le retour de Sqwal à la vie. Il remua enfin, sortit en rampant de dessous sa table, resta un moment assis par terre, nous regardant hébété, avec une gueule extraordinaire, qui était peinte de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel.

— Vous n’êtes pas très joli à regarder, mon cher pédagogue, lui dit Farquard.

— Vous allez me tuer ? demanda-t-il d’une voix rauque.

— Pas forcément, répondis-je. Mais regardez ça.

Je sortis mon revolver de l’étui et le lui mis sous le nez :

— Si vous faites un geste, si vous dites un mot au cours de la petite expédition à laquelle nous allons vous demander de bien vouloir participer, vous avez une balle dans le ventre. Le moment est venu d’obéir, Sqwal, — et au doigt et à l’œil !… Comme une petite bête !

Puis me tournant vers Farquard :

— Vous allez voir, Monsieur Farquard. Il vaut mieux que sa réputation. C’est un garçon très doux.

Alors je commandai :

— Debout, Sqwal !

Il geignit :

— Peux pas !… jambe brisée…

— Je vais compter jusqu’à trois, Sqwal… Un !… Deux !…

Il se leva…

J’ouvris la porte. Patrice était là, appuyé contre le chambranle, les bras croisés. Le patron avait disparu ; on l’entendait scier du bois dans son hangar.

— Allez ! dis-je à Patrice, en lui montrant le maître d’école. Mettez-moi ça dans le traîneau. Je vous suis…

Ils passèrent la porte. Je vis Sqwal se laisser tomber, assommé, sur les peaux d’ours, la tête sur sa poitrine, comme un grand pantin disloqué.

Le patron venait. Je jetai sur le comptoir les deux dollars qu’il me demandait et Farquard et moi nous sortîmes.

— Conduisez-nous, cher monsieur, dis-je à Sqwal. Nous allons à l’ouvroir.