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Marion des neiges

Chapter 69: LXVIII
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About This Book

The narrator travels by train through a snowbound plain toward remote placer country, sharing cramped compartments with rough seasonal laborers, a faded dancer, and a young woman named Marion. Through conversations and observations the journey sketches frontier life, the hazards of gold prospecting, harsh climate and hard work, and fragile friendships formed between strangers. Episodes alternate travel scenes, personal recollection, and practical concerns about work, livestock, and survival, building a portrait of endurance, longing, and the uneasy camaraderie of people drawn to a dangerous promise of fortune.

LXVIII

— 20 ! dit la grosse femme de sa voix rude et traînante.

Je reconnus « le 20 » : c’était Marion…

J’ouvris la porte et j’entrai.

— Marion ! dis-je. Marion ! Que faites-vous ici ? N’aimez-vous pas mieux la mort ? Que cherchez-vous ? Vous voulez expier ? Expier quoi ! La folie de la vie ?

Elle m’avait aperçu, — pauvre petit être qu’ils avaient rendu grotesque et laid, — elle si jeune, si fraîche, avec son clair visage et ses grands cils qui abritaient tant de rêve !… Elle restait là, gauche, inerte, la bouche demi-ouverte comme sur un cri muet.

— Marion ! repris-je. Vous n’avez donc pas pour deux sous d’orgueil et de sang dans les veines ? Puisque vous voulez racheter votre faute, — si faute il y a !… vous n’êtes pas assez grande pour la racheter devant vous seule ? Vous donnez votre âme à ces brutes ?

Elle posa sa gamelle sur une table. Je crus qu’elle allait parler… Non. Elle ferma seulement les yeux et appuya ses deux mains tremblantes sur son visage.

— Venez ! dis-je. Venez ! le traîneau est là… Nous irons aux cinq cents diables, au pays des loups, de la neige, — loin des hommes et loin de tout.

Elle ne bougeait toujours pas et j’entendais déjà derrière moi le ricanement de Sqwal. Alors je m’approchai d’elle, — je lui posai doucement la main sur le bras, — et ce fut comme si la chaleur de ma main l’avait soudain tirée de son envoûtement : elle se jeta à mon cou et dans un flot de larmes elle me cria : « Sauvez-moi ! »

Je l’entraînai. Sqwal avait disparu. Farquard se mouchait bruyamment. Nous traversâmes la galerie… Elle courait. Elle perdit en route ses sabots…

Alors je la pris dans mes bras, franchis la porte, devant la concierge affolée, qui criait : « Arrêtez ! Arrêtez ! », la posai dans le traîneau, — et j’allais monter près d’elle, — Patrice avait déjà levé son fouet… Une main se posa sur mon épaule :

— Adieu ! me dit Farquard.

— Adieu ! lui dis-je.

— Rrrra…i !… cria Patrice, — et le traîneau se mit à glisser.

FIN

Établiss. Busson, 117, r. des Poissonniers, Paris (18e). — 15-12-28